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 La querelle de l'Unigenitus à Fontenay de Lenain de Tillemont à l'abbé Lebeuf

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MessageSujet: La querelle de l'Unigenitus à Fontenay de Lenain de Tillemont à l'abbé Lebeuf   Mar 31 Déc 2013, 00:45

Que ce soit Georges Naudet dans son livre sur l’histoire de Fontenay, ou le site de Fontenay sous Bois ou d’autres supports nous lisons toujours ceci :

L’abbé Lebeuf, dans son Histoire du diocèse de Paris, indique que la première mention de Fontenay remonte à 847. En 982, un acte indique que l'église de Fontenay est dépendante de la cathédrale de Paris.

Une simple phrase, qui de mon point de vue cache une longue épopée locale  que je voudrais vous relater à ma manière en respectant scrupuleusement deux déroulés historiques a priori distincts mais qui en fin de compte pourraient bien se rejoindre. Chacun disposant de son libre arbitre pour y croire ou non comme il se doit.

Le premier déroulé concerne le lien entre l’école de Port Royal et Sébastien Le Nain de Tillemont :

Le contexte : Fondée en 1204, l'abbaye de Port-Royal des Champs devient dès le début du XVIIe siècle un haut lieu de la réforme qui rétablit l'observance stricte de la règle de saint Benoît.

Transférée à Paris en 1625, la communauté passe sous la juridiction de l'archevêque de Paris et devient, en 1647, Port-Royal du Saint-Sacrement. Vers 1635, ce monastère, favorise la constitution du groupe des « solitaires », qui deviennent eux-mêmes les chefs de file d'un courant théologique, retournant à la lecture des pères de l'Eglise, principalement de saint Augustin. Condamné par Rome en 1642, l'Augustinus de Jansenius devient l'objet d'âpres polémiques, dont les solitaires de Port-Royal se font les portes paroles.

Principal foyer de la pensée janséniste en France, Port-Royal apparaît alors comme un lieu de résistance au pouvoir royal, que Louis XIV ne parvient pas à réduire, pendant tout son long règne.

En 1661, il ordonne la dispersion des Solitaires une première fois.

L’un de ses solitaires est Louis-Sébastien Lenain de Tillemont, savant modeste et vertueux. Il appartient à une famille de la noblesse de robe  entrée depuis la fin du XVIe siècle au Conseil du Roi et au Parlement de Paris (avec Jean Le Nain, seigneur de Beaumont, devenu secrétaire du roi en 1590).

Son père, Jean IV Le Nain qui fut le premier propriétaire du domaine et du château de Tillemont fut lui-même conseiller au Parlement à partir de 1632, maître des requêtes de l'Hôtel en 1642 ; il est lui-même resté célèbre pour sa fameuse Table du Parlement en 83 volumes, compilation méthodique, accompagnée de notices érudites, d'extraits des registres du Parlement de Paris depuis le XIIIe siècle, monument important de l'histoire du droit.

Sa mère, de son nom de jeune fille Marie Le Ragois, était d'une famille issue de la finance et comptant également plusieurs membres de la magistrature et de la haute administration royale. Le couple, très pieux, lié aux milieux jansénistes, eut au moins sept enfants ayant vécu.

Voilà pour les présentations de notre premier personnage, revenons maintenant à l’année 1661 :

Louis-Sébastien, sur la recommandation de Lemaistre de Sacy,  est admis au séminaire de Beauvais, ville dont l'évêque était alors (de 1650 à 1679) Nicolas Choart de Buzenval, ancien avocat, parlementaire et conseiller d'État, très lié à Port-Royal et aux jansénistes (le séminaire de son diocèse passait alors pour l'« université » de ce courant).

Louis-Sébastien Le Nain reste élève du séminaire pendant trois ans (1661-1664), puis emménagea chez le chanoine Godefroy Hermant (ancien recteur de l'Université de Paris de 1646 à 1648, figure dominante du corps professoral du séminaire), où il resta de 1664 à 1669.

Après la « Paix de l'Église » et la réouverture de Port-Royal des Champs, Le Nain se joignit aux « Messieurs » et alla vivre à proximité de l'établissement, où il se rendait souvent. Il fut ordonné sous-diacre en 1672, et prêtre en 1676.

En 1679, les « Solitaires de Port-Royal » sont de nouveau invités à se disperser sur l'ordre de l'archevêque de Paris, François Harlay de Champvallon, et c’est alors que Le Nain se retire à Tillemont, petite propriété de sa famille, entre Montreuil et Vincennes. (voir le sujet sur une mare, un sentier, un val…pour identifier cette demeure)….

Plusieurs documents attestent qu'il ne sortit jamais de sa retraite que pour aller voir en Flandre le grand Arnauld, et en Hollande, un évêque persécuté aussi pour « jansénisme ».

Cet homme, plein de douceur, n'aimait guère les disputes littéraires et la seule qu'on lui connaisse est celle avec le Père Lami de l’Oratoire, sur un point d’érudition ecclésiastique ; « C’était, disait Nicole, un modèle de la manière dont les Chrétiens devraient disputer entre eux. » Bossuet disait, au contraire, à M. de Tillemont : « Ne soyez pas toujours aux genoux de votre adversaire, et relevez-vous quelquefois. »

Le Nain de Tillemont suivra de fait ce conseil pour rejoindre la branche « pacifiée » du jansénisme, ce qui nous allons le voir va prendre une importance capitale pour la suite du récit car pronant le rapprochement des points de vue ecclésiastiques.

Lenain de Tillemont mènera donc jusqu'à sa mort une vie très austère, se consacrant à ses travaux historiques.

Il commença la publication de l'Histoire des empereurs... en 1690, et ses premières Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique... en 1693, mais seulement quatre volumes (sur six) de la première et quatre volumes (sur seize) des seconds parurent de son vivant. Et nous allons bientôt comprendre pourquoi…

On sait qu’il passa également deux ans à collecter des documents et à établir des notes sur saint Louis toujours  pour le compte de Lemaistre de Sacy (mort en 1684), qui disparut trop tôt pour les utiliser (ce travail fut publié en six volumes par la Société de l'histoire de France en 1847-51 et de ces ouvrages que nous est parvenu la légende du chène au pied duquel le Roi rendait la justice –voir le blason de notre ville-).

De Tillemont était né le 30 novembre 1637, et meurt donc le 10 janvier 1698  sans que toute son œuvre ne soit publiée:

Il eut néanmoins droit à des funérailles mémorables organisées par l’abbé Michel Tronchay dans l’église de Saint Germain d’Auxerre à Fontenay sous Bois. Et pour cause…

Peu de personnes ne se sont intéressées à cet abbé et je pense pour ma part qu’il s’agit du personnage manquant pour comprendre ce qui s’est passé par la suite.

Lui-même fait ses premières études au collège de Mayenne, sa ville natale, sous le diacre Louis Enjubault, et sa philosophie à l'Oratoire du Mans, deux foyers du Jansénisme. Il continue des études de philosophie au Collège du Plessis à Paris et étudia deux ans à la Sorbonne. Il enseigne au collège du Plessis et à la Sorbonne. C’est alors qu’il est remarqué par le prêtre et historien, Louis-Sébastien Le Nain de Tillemont, qui vient de perdre son collaborateur Ernest Ruth d'Ans.

Il le suit au village de Tillemont et participe à ses études avec acharnement. CQFD.

Pendant huit années, les deux savants vont travailler d'arrache-pied dans une atmosphère monacale loin de la ville. Son maître obtint pour lui un dimissoire de Louis de Tressan, afin de lui faire prendre le sous-diaconat, dont il remplissait déjà les fonctions à la paroisse.

C’est lui qui, comme éditeur, a finalement publié et mis en ordre les tomes 6-16 des Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastiques des 6 premiers siècles, par Le Nain de Tillemont après sa mort, pour la simple et bonne raison que la famille Lenain choisit de confier à l’église de Saint Germain l’ensemble de ses notes qui donneront lieu à publication de  1712, à 1738.

Il est d’ailleurs désormais établi que pour ce travail l’abbé Michel Tronchay reçut cinq cents livres de rentes, et l'usage de la bibliothèque à charge pour lui de terminer et de publier la suite des « Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique ».

Une copie de son texte de la « Vie de M. Le Nain de Tillemont, suivie des réflexions pieuses et des lettres édifiantes du même, parait ainsi en 1735 à Utrecht et Cologne et en témoigne.

Si on ne trouve pas vraiment trace de ces travaux sur Fontenay même c’est parce que les héritiers de Lenain contraignent Michel Tronchay à quitter Tillemont en même temps qu’ils  dispersent la bibliothèque du château en 1710.

Tout cela parce que Tronchay, en parallèle de son travail d'édition, entretient une correspondance suivie avec Pasquier Quesnel, un janséniste « pur et dur »  qui durera jusqu'à la mort de celui-ci, et il se voit donc obligé de regagner Paris. On sait de plus que 5 ans plus tard, Louis XIV qui soutient les jésuites, enverra même par lettre de cachet Michel Tronchay à la Bastille en 1715,ce qui le pousse à fuir Paris pour quelque mois seulement. Il y reviendra en fait dès la mort de Louis XIV, à Versailles le 1er septembre 1715.

Malgré tout, il ne put obtenir du Régent l'entrée de la Bibliothèque royale pour continuer ses recherches sur l'origine de l'Église. Devant les pressions du Régent, il poursuivra dès lors ses travaux dans la plus grande discrétion. Il meurt le 30 octobre 1733 au château de Nonant près de Lisieux. Il laissera à un de ses amis de Laval un acte de sa main par lequel il protestait encore et toujours contre la bulle Unigenitus et s'opposait à ce qu'elle fût reçue par le chapitre. Il mourut dans ces dispositions. Confirmant ainsi ses prises de positions trop intrangisantes pour la famille Lenain.

Le dictionnaire de Moréri lui attribue même une lettre écrite en 1725 à l'évêque de Montpellier sur la bulle Unigenitus ;  en même temps qu’une relation sur la manière dont M. de Tillemont se conduisait différemment que lui dans ses études ; enfin l’histoire abrégée de l'abbaye de Port-Royal, depuis la fondation de 1204 jusqu'à l'enlèvement des religieuses en 1709.  (Paris, 1710, Amsterdam, Hook, 1720 ; et donc Idée de la Vie et l'Esprit de Monsieur Louis Lenain de Tillemont).  

Quant aux œuvres de Lenain de Tillemont on lui doit donc en tant qu'éditeur :

‒ *Histoire des empereurs et des autres princes qui ont regné durant les six premiers siecles de l'Eglise...
‒ *Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles, justifiez par les citations des Auteurs originaux, 2e éd., 8 vol. [jusque a.394], Paris, 1701-1713.

==================

Un mot maintenant sur la bulle Unigenitus ou Unigenitus Dei Filius pour bien suivre le fil des événements entre eux : le pape Clément XI fulmine en septembre 1713 pour dénoncer le jansénisme qui se durcit, et qui en aucun cas ne cherche la pacification.

Elle vise plus particulièrement l'oratorien Pasquier Quesnel, le correspondant de Tronchay,  et condamne comme fausses et hérétiques cent une propositions extraites des Réflexions morales, son ouvrage paru en 1692 et qui continue d'asseoir son succès.

Loin de mettre fin aux divisions de l'Église, cette bulle provoque la coalition, voire la fusion de plusieurs oppositions : gallicane, richériste et janséniste. Face au refus du parlement de Paris de l'enregistrer et aux réticences de certains évêques, Louis XIV cherche à l'imposer par la force.

L'opposition à la bulle se réveille lors de la Régence et en appelle à un concile général. Fleury qui arrive au pouvoir la fait devenir loi du royaume par le lit de justice royal du 24 mars 1730 et continue une épuration du clergé, ce qui attise les oppositions (clergé, parlement).

Dès lors, le jansénisme se construit en opposition aux proclamations de la bulle.

Il faut dire que la Constitution apostolique Unigenitus (nommée ainsi par ses premiers mots en latin Unigenitus Dei filius, c'est-à-dire « le fils unique engendré par Dieu), est une où les 101 propositions de Pasquier Quesnel s'y trouvent condamnées comme – excusez du peu- « fausses, captieuses, mal sonnantes, injurieuses aux oreilles pieuses, scandaleuses, pernicieuses, téméraires, préjudiciables à l'Église et à ses pratiques, insolentes envers l'Église et l'État, séditieuses, impies, blasphématoires, suspectes d'hérésie et sentant l'hérésie, favorisant les hérétiques, l'hérésie et le schisme, fausses, proche de l'hérésie, souvent condamnée, hérétiques et faisant revivre différentes hérésies, surtout celles que contenaient les fameuses propositions de Jansénius ».

La controverse sur l'acceptation de la bulle Unigenitus en France nous éclaire plus sur la conduite de la diplomatie à la cour de Louis XIV dans sa vieillesse qu'elle ne le fait sur ce qu'est en fait le jansénisme.

En 1671, Pasquier Quesnel avait publié son livre Abrégé de la morale de l'Évangile, qui contenait les quatre Évangiles en français, accompagnés de courtes notes explicatives, afin d'aider à la méditation. Alors que la première édition du travail ne contenait que quelques traces de jansénisme, la tendance janséniste se manifesta davantage dans la deuxième édition et, sous sa forme complète de 1693, il était « envahi de pratiquement toutes les erreurs du jansénisme », pour parler comme l'Encyclopédie Catholique. Plusieurs évêques en interdirent la lecture et Clément XI le condamna dans un décret, le 13 juillet 1708.

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1967_num_125_2_449770_t1_0490_0000_5

Quelques paroisses décident de remettre de l’ordre dans les publications des jansénistes. Et c’est à ce moment-là qu’entre en scène l’abbé Lebeuf, notre second personnage clef du récit, sous l’impulsion de Fleury….

Lebeuf, après avoir fait de bonnes études classiques, embrassa le sacerdoce et exerça le ministère sacré dans sa ville natale. Il fut nommé, jeune encore, chanoine honoraire de la cathédrale d'Auxerre. Entraîné par une vocation décidée pour les recherches historiques, il était connu pour s’attacher  à éclairer les antiquités de son pays. On lui demande donc de reprendre l’histoire du monastère en centrant l’étude sur son insertion et sa place dans la société de son temps.

Présents dans les relations politiques, comme dans les enjeux économiques ou territoriaux, on lui demande de s’inscrire pleinement dans le monde de son monastère, considéré comme un acteur social. Et le voilà missionné à se rendre dans ses dépendances dont l’église Saint Germain d’Auxerre de notre ville.

Dans une ample chronologie, partant de la fondation de l’oratoire par l’évêque Germain, au milieu du Ve siècle, jusqu’à la mise par écrit de la mémoire monastique dans deux cartulaires et des Gestes abbatiaux rédigés dans la seconde moitié du XIIIe siècle, il décide d’articuler son enquête autour de deux axes de recherche successifs et complémentaires.

Le premier portant donc sur les dépendances monastiques, qui viennent peu à peu s’inscrire dans la filiation auxerroise entre le VIe et le XIIe siècle. On estime alors que ces établissements, appelés traditionnellement prieurés, sont très mal connus.

On ignore tout des frères qui y vivaient et de leurs relations avec le milieu local, tant sur le plan territorial, économique que spirituel. Mais, au-delà de l’attrait spécifique de chacun de ces établissements, il s’est agi de comprendre les liens qui les unissaient à leur abbaye mère.

Le petit réseau monastique fut alors appréhendé comme un corps, avec une cohérence propre et une évolution étroitement liée à l’emprise du monastère dans la société. En effet, s’il témoigne assurément d’un certain rayonnement abbatial, cet ensemble, ainsi formé autour de Saint-Germain, est resté limité. Avec un essor restreint pour une abbaye, qui connut pourtant son heure de gloire à l’époque carolingienne, le réseau monastique de Saint-Germain offrait l’occasion d’éclairer ce champ historique, encore mal défriché par l’historiographie.

À cette approche de l’identité monastique, envisagée du point de vue du corps abbatial formé par Saint-Germain et ses dépendances, il sembla pertinent de greffer une nouvelle perspective destinée à cerner de plus près l’ancrage de l’abbaye dans la société et le réseau des relations qu’il y entretenait.

L’analyse s’est structurée en trois phases chronologiques, qui correspondent à trois temps de l’expansion monastique, et une dernière partie thématique, qui s’est attachée à cerner le réseau monastique ainsi constitué :

• entre le Ve et le Xe siècle, l’oratoire, qui reçoit la dépouille de Germain, opère sa lente mutation en un monastère desservi par une communauté régulière, qui s’installe dans l’espace diocésain grâce à la protection des évêques et des souverains, depuis Clotilde jusqu’à Charles le Chauve. Dans cette phase, le culte du saint évêque fondateur est le principal ressort de l’expansion foncière, grâce à un afflux de donations aristocratiques ;

• entre la fin du Xe et le XIIe siècle, les impulsions réformatrices permettent au monastère d’entrer dans sa véritable phase d’expansion et de passer d’un établissement autonome à un chef de réseau monastique, qui contrôle une vingtaine de dépendances, même si le monastère est finalement intégré dans l’Ecclesia cluniacensis (vers 1100) ;

• à l’inverse de nombreux établissements bénédictins, le XIIIe siècle marque pour Saint-Germain un temps de pleine expansion : grands travaux pour adapter l’abbatiale à la mode gothique, réformes liturgiques, procès en cour de Rome pour recouvrer son indépendance face à Cluny, mise en ordre des archives et réécriture de son passé témoignent de ce dynamisme, qui s’accompagne d’une recomposition des réseaux de fidèles autour de petits nobles ;

• cerner l’organisation du réseau monastique formé autour de Saint-Germain d’Auxerre n’est pas chose facile, car une grande disparité règne entre les dépendances, pourtant peu nombreuses. L’observance régulière, l’organisation des communautés, les pratiques liturgiques mêmes sont très variables d’un établissement à l’autre. C’est avant tout la souplesse des hommes, qui transitent d’une dépendance à l’autre, et la solidarité, notamment financière, entre les dépendances et leur abbaye mère, qui constitue l’armature de ce petit réseau monastique.


Quant à lui, il  consacra dans ses Mémoires concernant l’histoire civile et ecclésiastique d’Auxerre et de son ancien diocèse (1743) une large part à nous relater l’histoire de Saint-Germain d’Auxerre et de ses dépendances.
(Auxerre, in-8°), sur le titre de laquelle il ne jugea pas à propos de mettre son nom.

Ces travaux n’étaient qu’une préparation à l’Histoire ecclésiastique et civile d’Auxerre qu’il publia vingt ans plus tard (1743, 2 vol. in-4°).

Personne ne nous dit qu’il ait pu tomber sur les notes de Tillemont lors de son séjour à Fontenay sous Bois.

Reste qu’en 1734, il était couronné pour son Discours sur l’état des sciences dans l’étendue de la monarchie française, depuis la mort de Charlemagne jusqu’à celle de Robert, dissertation qui a paru d’abord dans le Mercure de France de juin et juillet 1734 et a été réimprimée dans l’ouvrage de Lebeuf, intitulé Recueil de divers écrits pour servir d’éclaircissements à l’histoire de France et de supplément à la notice des Gaules (Paris, 1738, vol. in-12). Dans ce recueil on retrouve plusieurs mémoires qui avaient paru séparément.

Lebeuf deviendra dès lors un des membres les plus actifs de l’Académie, dont le recueil renferme quarante-six de ses dissertations. Géographie de la Gaule et de la France au Moyen Âge, archéologie gallo-romaine, numismatique, histoire de nos rois, histoire de nos villes, diplomatique, histoire littéraire, critique des sources, hagiographie, histoire des mœurs et coutumes des Français, Lebeuf embrasse tout et traite tout avec une égale érudition, un grand sens et une parfaite entente du sujet. Il s’attache plus généralement aux détails, et on ne trouve pas en lui une grande hauteur d’aperçus, mais il saisit habilement et expose avec clarté la marche des événements. On peut le considérer comme un des fondateurs de l’étude et de la géographie nationale aux époques mérovingienne et carolingienne. Epoque incluses dans les six siècles …. étudiées par Lenain de Tillemont, et confiées à la paroisse de Saint Germain d'Auxeree de Fontenay sous bois.

Les Antiquités de Paris et de ses environs firent l’objet plus habituel des derniers travaux de Lebeuf ; il avait déjà donné en 1739 une Dissertation sur l’histoire ecclésiastique et civile de Paris ; mais il reprit complètement ce sujet dans un grand ouvrage qui parut de 1754 à 1758 (15 vol. in-12), sous le titre d’Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, véritable monument de la plus vaste érudition, recueil d’une incomparable richesse dans laquelle ont puisé et puisent encore tous ceux qui s’occupent de la géographie et des antiquités de l’Île-de-France.

Il faut joindre à cet ouvrage son Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris (Paris, in-12), qui en forme le complément. Entièrement absorbé dans ses travaux, Lebeuf vécut sans ambition et de la manière la plus modeste. Le pape Benoît XIV, qui avait été frappé des mérites de Lebeuf, voulut l’attirer à Rome ; mais la mauvaise santé du savant ecclésiastique l’empêcha d’accepter cette proposition. Bien que n’ayant qu’un revenu restreint, il trouva le moyen de faire des legs pieux à divers établissements publics de sa ville natale, et il fonda sur ses épargnes un lit à l’hôpital des incurables de Paris.

Lebeuf mourut le 10 avril 1760. Son éloge a été prononcé par Lebeau. La Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne a entrepris au XIXe siècle la publication de la correspondance de l’abbé Lebeuf.

Et celle-ci nous précise ceci : (jen ferai ma conclusion).

Au cœur de la crise janséniste des années 1730, l’archevêque de Paris pilote cette refonte en s’appuyant sur une commission dont les travaux s’inscrivent dans le cadre des prescriptions des liturgistes néogallicans de la fin du XVIIe siècle : priorité donnée aux textes scripturaires, critiques des textes et unité de temps pour la récitation hebdomadaire du psautier sans oublier l’importance accordée au chant d’Église.

Un homme incarne parfaitement cette complémentarité des approches érudites et musicales : l’abbé Lebeuf dont le Traité de 1741 illustre cette démarche à la fois érudite et pastorale.

Bisaro, (l’auteur de l’étude)  analyse ainsi comment, dans les années 1760 avec la première diffusion significative de la liturgie parisienne, apparaissent les signes d’une tendance à l’homogénéisation de la pratique religieuse avec la convergence du contenu des livres liturgiques dont le modèle est clairement identifié : la liturgie parisienne.

Il étudie les modalités de l’adoption ou non des livres parisiens en province (la dimension pédagogique et pastorale défendue par les évêques, la résistance des chapitres cathédraux, le poids de la librairie liturgique mais aussi le « silence » du clergé paroissial), qui aboutit à une nouvelle carte ecclésiastique du royaume dans laquelle le bréviaire parisien rejoint par exemple le mouvement d’uniformisation des catéchismes mais aussi l’intrusion de la raison d’État dans la morale, la pratique et la liturgie chrétiennes.

Ces données prendront aussi corps au cœur de la période révolutionnaire où la question liturgique rejoint la dynamique d’unification religieuse autour du redécoupage des diocèses puis du projet du Missale gallicanum.

« Xavier Bisaro, Une nation de fidèles. L’Église et la liturgie parisienne au XVIIIe siècle », Archives de sciences sociales des religions
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MessageSujet: Re: La querelle de l'Unigenitus à Fontenay de Lenain de Tillemont à l'abbé Lebeuf   Mar 31 Déc 2013, 02:55

De nos jours il en est effectivement ainsi. Par contre en consultant ce lien et son point "fief de Montreau",
http://perso.numericable.com/rconnat/montreuil2012/conversion/seigneurs_religieux.html
on s'apreçoit que le domaine de Tillemont a d'abord été un des legs laissé par Guillaume de Garlande  et que celui-ci est dissocié des terres de Montreuil qui s'arrêtent, elles, alors au domaine de Montreau. (thèse soutenue par l'abbé lebeuf au demeurant). Comme l'a certainement du l'être le Bois de l'Aulnaye, voire même celui du Galon, ce qui expliquerait d'ailleurs leurs représentations sur le dessin de 1770.

(l'image issue du lien étant la suivante)



Et ce lien qui témoigne de l'intérêt que portait Lebeuf à Tillemont, quoi qu'on en dise...
http://books.google.fr/books?id=pvU75t2IxUoC&pg=PA344&lpg=PA344&dq=lebeuf++tillemont&source=bl&ots=RZcZl0PKX1&sig=sI8TxzNgPFp8Z6BdrkaFNTrGqOQ&hl=fr&sa=X&ei=XKrBUo3pCMOg0wXs-YHIAg&redir_esc=y

Voir par ailleurs le sujet
http://www.plateaufontenay.net/t1465-une-mare-un-bois-un-val-et-le-temps-qui-fait-son-oeuvre
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MessageSujet: Re: La querelle de l'Unigenitus à Fontenay de Lenain de Tillemont à l'abbé Lebeuf   Mar 31 Déc 2013, 10:05

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MessageSujet: Re: La querelle de l'Unigenitus à Fontenay de Lenain de Tillemont à l'abbé Lebeuf   Mar 31 Déc 2013, 12:40

Ce qui est désormais remarquable c'est cette possibilité qui nous est offerte par la numérisation des livres de les lire quelque soit l'endroit où ils l'ont été. En Russie, en Allemagne, ou comme ces derniers liens provenant de Suisse et de Belgique.

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/histoiredusentimentreligieux/volume04/tome04008.htm

http://bcs.fltr.ucl.ac.be/ENC3/11.html

Autre lien source sur les 101 propositions de Pasquier Quesnel
http://books.google.fr/books?id=93c8AAAAcAAJ&pg=PA3&lpg=PA3&dq=pasquier+quesnel+r%C3%A9flexions+morales&source=bl&ots=MpVmpfRFpW&sig=AJE54aPN92N9vPMmsxVQcn-wjec&hl=fr&sa=X&ei=Vl7CUqbVHKic0AXg2oDADQ&redir_esc=y
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MessageSujet: Re: La querelle de l'Unigenitus à Fontenay de Lenain de Tillemont à l'abbé Lebeuf   Mar 31 Déc 2013, 21:42

un clin d'oeil en valant un autre...  elephant study le titre d'un des ouvrages de ce Monsieur, par ailleurs.

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MessageSujet: Re: La querelle de l'Unigenitus à Fontenay de Lenain de Tillemont à l'abbé Lebeuf   Mar 31 Déc 2013, 22:48

Plus sérieusement, l'Abbé Lebeuf nous indiquant qu'il a lui-même trouvé trace de la mention de notre ville dans un texte de Charles II le Chauve, on peut par ce lien se faire une idée de ce qui se passait sous son règne, année par année incluant la fameuse année 847. Il fait en même temps référence à un archivage possible de ce document à ... Saint Maur.... Alors je suis allé voir de ce côté là des fois que... et n'ai pour l'instant trouvé que cela.. (à suivre donc).
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1928_num_89_1_448818

Sinon, on est en plein démentellement de l'Empire de Charlemagne... et tout le monde a l'air de bien s'entendre.  study 

http://www.histoireeurope.fr/RechercheLocution.php?Locutions=Charles+II+Le+Chauve&Date1=823&Date2=900&maf=1
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MessageSujet: Re: La querelle de l'Unigenitus à Fontenay de Lenain de Tillemont à l'abbé Lebeuf   Mer 01 Jan 2014, 03:53

Le fac similé de l'acte de Charles II le chauve est finalement ici
http://francia.ahlfeldt.se/page/documents/21728

Extraits
1. Fontenay-sous-Bois , as possession Dedit igitur praefatus Herchenradus episcopus ex rebus ecclesiae sibi comissae, de villa quae vocatur Fontanedus, ad partem Eginardi abbatis et ecclesiae suae perpetualiter ad habendum, una cum consensu canonicorum suorum, concidem quae vocatur Vilcenna, habentem in gyro perticas quingentas XXXVII. 2. Vincennes , as possession Dedit igitur praefatus Herchenradus episcopus ex rebus ecclesiae sibi comissae, de villa quae vocatur Fontanedus, ad partem Eginardi abbatis et ecclesiae suae perpetualiter ad habendum, una cum consensu canonicorum suorum, concidem quae vocatur Vilcenna, habentem in gyro perticas quingentas XXXVII.
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MessageSujet: Re: La querelle de l'Unigenitus à Fontenay de Lenain de Tillemont à l'abbé Lebeuf   Jeu 02 Jan 2014, 22:35

Moralité de la petite et de la grande histoire concernant la première présence de Fontenay sous Bois dans un document officiel. On n’a peut-être pas rendu à son auteur ce qui lui appartenait vraiment. C’est ce que je propose de démontrer maintenant.

Pour faire simple je vais partir  de Saint Germain d’Auxerre.

Celui-ci est consacré évêque d’Auxerre en 418. Une représentation de sa consécration est visible dans l’église de Fontenay sous bois la voici



Sous sommes à l’époque mérovingienne, de 418 jusqu’en 448 date de la mort de Saint Germain, notre pays étant encore la Gaule (Gallica).  Nous sommes quelques années avant que Clovis ne devienne le premier roi des Francs de 481 à 511. Sachant que c'est Clothilde (l’épouse de Clovis) qui substituera à l’oratoire où Germain avait choisi de reposer, une basilique qu’elle lui dédie. Ces pieuses dispositions étant à l’origine de l’abbaye de Saint-Germain dont l’époque carolingienne va consacrer la puissance et le rayonnement (centre intellectuel éminent au IXe siècle où l’enseignement bénédictin qu’y dispensent les clercs atteint une grande réputation dans toute l’Europe

La notion de Francia (France) ne prenant corps qu’après le démantèlement de l’empire Carolingien.

Pourquoi ces précisions ? Parce que les ecclésiastiques, au XI et XII siècle vont se séparer en deux écoles, celle des gallicans et celle des francs, les premiers cherchant leurs sources dès l’avènement de Clovis pour écrire l'histoire de France, les seconds considérant qu'elle ne doit démarrer qu'à partir de l’éclatement de l’empire qui allait d’un côté donner la France et de l’autre l’Allemagne au fil des acquisitions, unions et partages des terres.

Ce travail d’unification du Royaume des Francs (regnum francorum) donne lieu à divers inventaires des possessions de chacun, qui seront faits sous formes d’acte ces travaux commençant sous Charles II le Chauve.

Né le 13 juin 823 à Francfort-sur-le-Main (Allemagne), mort le 6 octobre 877 à Avrieux (Savoie), Charles II le Chauve est un des petits-fils de Charlemagne qui, de fait, procèdent au partage de l'Empire en 843. Roi d'Aquitaine dès le règne de Louis le Pieux, il devient roi de la Francie occidentale cette année-là. Il lance ses opérations d’identification de Touraine....

Les siècles passent, avec cette période d'obscurantisme qui accompagne le Moyen-âge, ...

Sautons quelques étapes et projetons nous directement au milieu du XVIIe siècle : Ecole Gallicane et Ecole Française continuant à s’opposer sur les fonadamentaux autour de l’origine du pays, Le Maistre de Sacy,  l’animateur de Port Royal -déjà maître d'œuvre d'une traduction en langue française de la Bible, dite "Bible du Port-Royal" ou "Bible de Sacy" au moment où notre histoire reprend-, vient de décider de prolonger ces travaux par une révision de l’histoire des six premier siècles de la chrétienté qu’il confie donc à Lenain de Tillemont.

Lenain de Tillemont sait s'entourer de gens savants et érudits comme En atteste cette reproduction d'un tableau qui figure en bonne place à Montreuil sous Bois



Dans ses mémoires pour Servir à L'Histoire Ecclésiastique des six Premiers Siècles en son Tome Quinzieme, l’Abbé Tronchay reprenant les notes de Lenain de Tillemont décédé en 1698 publie une partie de ce travail. (voir ci dessus). Ce volume traite de Saint Germain d'Auxerre, et  quelques autres Saints ou grands hommes  morts depuis 448 jusqu’en 461, dont Saint Alode second successeur de Saint Germain à l’évéché d’Auxerre.

Troncahy y évoque alors l’attribution d’une terre de Fontenay à l’abbaye pour lui fournir des grains de blé. Nous serions en l’année 488. Plus loin, l’éditeur ajoute une annotation comme quoi ce Fontenay serait le même que celui figurant dans l’acte de possession de Charles II le Chauve établi en 847.  (Gallica, Francia, mêmes sources)

http://books.google.fr/books?id=9QE_AAAAcAAJ&pg=PA27&lpg=PA27&dq=tillemont+fontenay+alode&source=bl&ots=_vJuTyLelZ&sig=xLG8vPFBAM1avjHcF0WmCpwgG1Y&hl=fr&sa=X&ei=zqXEUvj-MoHS0QX-rICIDg&redir_esc=y#v=onepage&q=tillemont%20fontenay%20alode&f=false

Ce texte arrivant entre les mains de l’Abbé Lebeuf entrainera de sa part des commentaires plutôt acerbes par correspondance interposée, tenant en trois points

1) Le Fontenay du Ve siècle ne peut en aucun cas être celui du iXe siècle
2) Le sieur Tillemont se trompe lourdement en les assimilant.
3) Mais il reconnait l’exactitude de ce que disent  les actes de Charles II le Chauve.


http://books.google.fr/books?id=Q3lCAAAAcAAJ&pg=PA13&dq=lebeuf+tillemont+fontenay&hl=fr&sa=X&ei=aZLEUoyoHciY0QWZ_YDoDw&redir_esc=y

Avant de lui-même publier ceci

http://books.google.fr/books?id=kHNHusR0FEQC&pg=PA44&lpg=PA44&dq=847+lebeuf+fontenay&source=bl&ots=deOiaJMr9b&sig=5zYGyVjnLpF-ow4zxcu6FTJw3LQ&hl=fr&sa=X&ei=Me3BUpaPAqO00wXcvICoCA&redir_esc=y#v=onepage&q=847%20lebeuf%20fontenay&f=false

En précisant que les actes en question étaient conservés au fief de Saint Maur… (voir ma première remarque plus haut)

En fait de Saint Maur, il aurait fallu qu’il écrive Sainte Maure de Touraine.

Voyons cela de plus près. En repartant de ce lien
http://francia.ahlfeldt.se/page/documents/21728

Notre érudit suédois, -a priori bien documenté-, prend la peine de nous préciser quel document source il avait  utilisé pour établir sa carte interactive) à savoir un livre de l’éditeur Duchesne. Qui plus est, il prend le soin d’appeler son propre travail « regnum francorum online », rendant possible l’identification de l’ouvrage en question, en l’occurrence  le « Regnum Francorum scriptores datant de 1636 » et dont voici la couverture.



Document que l’Abbé Lebeuf ne pouvait par ailleurs ignorer.

http://books.google.fr/books?id=OIwoAAAAYAAJ&pg=PA15&dq=duchesne+lebeuf&hl=fr&sa=X&ei=6wXDUsKSOfKa1AWq04Aw&ved=0CDkQ6AEwAQ#v=onepage&q=duchesne%20lebeuf&f=false

Ce qui permet de conclure ainsi :

Lenain de Tillemont a mené des recherches sur Saint Germain d’Auxerre et ses dépendances en s’intéressant bien entendu à celle de Fontenay sous Bois vu le collaborateur qu’il s’est choisi en la personne de l’abbé Tronchay.

Cet abbé se chargea de la mise en forme de ses archives post mortem assimilant deux références à Fontenay en un même site, ce qui était une erreur. Néanmoins il cite comme source pour celle de 847 qui est bonne les actes de Charles II le Chauve, sans autre précision.

L’abbé Lebeuf constate l’erreur et relève la confusion entre les deux Fontenay et décide d’apporter une précision dans son « recopiage » de l’information, l’endroit où se trouve les archives sources, nous parlant de Saint Maur au lieu de Saint Maure en Touraine… ce qui lui permet de ne pas citer Tillemont dans son ouvrage de 1754.

Mais il ne cite pas non plus le livre source qui est, de fait, celui de Duchesne écrit en 1636 pour ce qui est du détail des actes de Charles II le Chauve.

Mais à propos, y aurait-il une raison pour entretenir ces petites cachoteries?
Pour ma part, je le pense et pour s'en persuader, voyons ensemble qui est ce Duchesne ?

Wiki truc, nous dit qu'on voit généralement en lui le père de l'histoire française. Né à l'Ile Bouchard, à 16kms de Saint Maure de Touraine... (si,si) il fit ses études à Loudun puis à Paris. De bonne heure il se consacra à la recherche historique et géographique et son premier travail :

Egregiarum seu selectarum lectionum et antiquitatum liber, publié dans sa dix-septième année, laissait déjà voir sa grande érudition.

Il est présenté comme jouissant de l'appui du cardinal de Richelieu, originaire de la même région que lui, la Touraine (re si si) la ville de Richelieu que le cardinal fit construire en 1631 et portant son nom se trouvant elle-même à 16kms de l'Ile Bouchard et 28 de Sainte Maure de Touraine, et dont l'appui lui vaudra d'être nommé historiographe et géographe du roi.

Duchesne mourut en 1640, après avoir été écrasé par un chariot alors qu'il se rendait de Paris à sa maison de campagne de Verrières. Il avait fait construire un Hôtel particulier au 27 rue Saint-André-des-Arts, à Paris.

Un modeste concurrent de Lenain et Lebeuf pour le coup puisque Duchesnes laisse plus de 100 volumes in-folio de notes manuscrites conservées à présent à la Bibliothèque Nationale (Léopold Delisle, Le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque Impériale, t. 1, p. 333-334).

Plusieurs de ses travaux les plus importants furent continués par son fils unique, François Duchesne (1616-1693), qui lui avait succédé au poste d'historiographe du roi.

Parmi ses ouvrages précieux pour l'histoire:
■Les Antiquités et recherches de la grandeur et majesté des rois de France (Paris, 1609) ;
■Les Antiquités et recherches des villes, châteaux, &c., de toute la France (Paris, 1609) ;
■Bibliothèque des auteurs qui ont écrit l'histoire et la topographie de la France, 1618 ;
■Histoire des Papes jusqu'à Paul V (Paris, 1619) ;
■Histoire des rois, ducs, et comtes de Bourgogne (1619-1628, 2 volumes fol.)
(à propos Auxerre n’est-elle pas terre bourguignonne ?)

Et donc
■Historiae Francorum scriptores (5 volumes fol., 1636-1649).
Ce dernier ouvrage devait comprendre 24 volumes et contenir les sources narratives pour l'histoire de France au Moyen Âge ; seuls deux volumes furent publiés par l'auteur, son fils François en publia trois autres et le travail resta inachevé.

Ce qui ne fut pas sans avantage pour d'autres auteurs...

Reste qu'il s'agit là de l'éditeur qui, a son insu, fournira les éléments fixant une première datation de notre ville dans les manuels d'histoire à 847, que reprendront -sans le citer- tout autant Lenain de Tillemont et l’abbé Lebeuf…. CQFD
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Marion Legouy-Desaulle



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MessageSujet: Re: La querelle de l'Unigenitus à Fontenay de Lenain de Tillemont à l'abbé Lebeuf   Jeu 02 Jan 2014, 23:48

"La foy et l'innocence du clergé de Hollande", j'espère que c'est de bon augure pour le deuxième tour quand les Fontenaysiens auront livré leur arbitrage Bédouret/Voguet/Lecoq au premier tour .
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MessageSujet: Re: La querelle de l'Unigenitus à Fontenay de Lenain de Tillemont à l'abbé Lebeuf   Ven 03 Jan 2014, 01:04

En tout cas tous les débats en cours sur ce forum m'ont l'air aussi intenses en ce début 2014 qu'ils pouvaient l'être à l'époque des Lenain Tronchay Lebeuf Quesnel Duchesne et Cie, chacun y allant de son analyse des faits, de sa vérité, de son argumentaire et finalement de son désir de convaincre la partie adverse.  pirat

Peut-être verra-t-on en 2314 des érudits locaux essayer de déchiffrer ce qui d'ici là s'appellera "archives du forum du plateau, un lieu dit cité comme ancien quartier pavillonnaire du 21e arrondissement du grand Paris, qui regroupait les anciennes communes de Montreuil, Fontenay sous Bois et Rosny sous le même bois de Vincennes dont il ne reste plus que des stations dites métropolitaines pour témoigner de leur inter communalité souterraine", alors que toute numérisation aura disparu et que nous serons peut-être à l'ère de la communication inter galactique grâce aux énergies solaires mises en réseau à l'échelle de l'univers....  study
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MessageSujet: Re: La querelle de l'Unigenitus à Fontenay de Lenain de Tillemont à l'abbé Lebeuf   Ven 03 Jan 2014, 21:05

A ce stade, je n'ai encore rien dit sur ce second morceau de phrase

En 982, un acte indique que l'église de Fontenay est dépendante de la cathédrale de Paris

Alors autant vous le dire tout de suite, je crois franchement que celui-ci doit être modifié.

En voici les raisons principales

Sous ce lien historique
http://www.notredamedeparis.fr/spip.php?article116 nous lisons :  

Nommé évêque de Paris en 1160, Maurice de Sully décide de donner à la capitale une cathédrale digne de la première ville de France. Il veut la faire construire dans le style d’alors, style que l’on appelle aujourd’hui gothique. Le roi Louis VII, son compagnon de classe, favorise le projet. L’Église, les notables de la ville et le peuple tout entier participent : les uns offrent de l’argent, les autres leur travail, leur savoir-faire. La construction commence en 1163, Notre-Dame ne sera achevée qu’un peu plus de 100 ans plus tard, en 1272. Pendant cette période, toutes les corporations d’artisans (tailleurs, sculpteurs, charpentiers, menuisiers, maçons, verriers…) travailleront sans relâche sous la direction d’architectes chevronnés. Tous offriront d’une manière égale leurs efforts à Dieu et à Marie.

Autrement dit il est difficile d’accepter l’idée que Fontenay sous Bois ait pu être déclarée dépendante d’une cathédrale pas encore construite.

Il serait plus exacte ici de parler de dépendance non de l'archidiocèse de Paris (en latin : Archidioecesis Parisiensis) mais du diocèse de Paris (en latin : Dioecesis Parisiensis).

Je me suis permis de passer au latin simplement pour faciliter l’introduction du lien source qui atteste probablement du bien fondé de ma remarque, dans la mesure où, dans son expression d’origine la dépendance de Fontenay à un corps écclesiastique se disait Fontenetum cum ecclesia et que l’utilisation de cette expression nous amène ici

http://books.google.fr/books?id=P8cSdea2dWQC&pg=PA247&dq=Fontenetum+cum+ecclesia&hl=fr&sa=X&ei=k3HGUsedCaeL2AWNlYDQAw&ved=0CDUQ6AEwAA#v=onepage&q=Fontenetum%20cum%20ecclesia&f=false

Il s’agit d’une reproduction d’un ouvrage de la congrégation de Saint Maur (les fossés cette fois, comme quoi... ) daté de 1757 et qui reprend effectivement des textes des années 980.

Dans les faits, il s’agit de présenter les villes et villages bénéficiant des privilèges de rattachement des paroisses aux diocèses dont le parisiensis. CQFD.

On remarquera qu'il s'agit d’un document qui par ailleurs se réfère à la Gaule (Gallia) et non à la Francia (France) son titre étant d’ailleurs non ambigu : Recueil des historiens des Gaules et de la France: Rerum gallicarum.

Avec cette phrase page 247 paragraphe D : Fontenetum cum ecclesia ; Vilcenam cum omnibus inibi adjacentis. écrite sous le chapitre du Parisiensis.

Pour être précis, et pour faire le lien avec l'époque de la première mention de Fontenay dans un recueil officiel, je peux dire que cet inventaire de 982 fait lui même suite à une décicion prise au concile de 845 : commencer à rapprocher les paroisses les unes des autres pour renforcer le poids non de la cathédrale qui n’existe pas encore mais de la « Cité en parisis » et plus généralement des grands centres de la chrétienté.

Le rattachement de la paroisse de Fontenay intervenant en 982 dans le cadre de cet inventaire.

C'est pourquoi je vous propose de retourner un instant en 845, histoire de retrouver de nouveau Charles II Le Chauve…

Cette année là, les Normands (Vikings) avec à leur tête Ragnar Lodbrok  remontent la Seine au mois de mars et après s'être emparés de Rouen, dévastent Saint-Riquier et pillent les abbayes de Saint-Germain-des-Prés et Sainte-Geneviève, puis mettent le siège devant Paris. Après une victoire facile, ils entrent sans difficultés dans la ville (28 mars). Le roi Charles le Chauve leur verse un tribut de 7000 livres d'argent pour acheter leur départ..
Sortons les tous quelque soit le prix à payer dirait-on de nos jours  Basketball 

Le 3 mai : Hincmar devient archevêque de Reims. Le 17 juin s’ouvre donc le concile de Meaux.

De fait, il promulgue des canons contre l'aliénation des biens ecclésiastiques peu de temps avant que  le souverain de Bretagne Nominoë batte le roi de Francie occidentale Charles le Chauve à la bataille de Ballon, près de Redon.

Pour l'anecdote c’est de ce jour que la Bretagne ne paiera plus tribut à la France (une pensée au bonnets rouges, donc  Basketball ) ; elle devient indépendante du royaume et le restera pendant plus de six siècles.

Malgré cette défaite les travaux de rapprochement des paroisses se poursuivront pendant près d’un siècle et demi jusqu'à la seconde mention de notre ville après celle de 847, (deux ans après le concile de Meaux) en 982.

Comme si il avait fallu tout ce temps pour passer de la mise au répertoire du village, à l'integration de sa paroisee au diocèse de Paris.


Dernière édition par Libellule le Sam 04 Jan 2014, 03:21, édité 1 fois
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Libellule

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MessageSujet: Re: La querelle de l'Unigenitus à Fontenay de Lenain de Tillemont à l'abbé Lebeuf   Ven 03 Jan 2014, 23:40

La paroisse de Fontenay, Vincennes et tout ce qui l'entoure.

Je peux aussi préciser que l'Abbaye de Saint Maur les Fossés recueillera sur instructions de Charles le Chauve, les reliques de Saint Maur en provenance de Abbaye Saint-Maur de Glanfeuil près de Saumur, menacée par les Vikings. Le monde est vraiment petit
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Robin

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MessageSujet: Re: La querelle de l'Unigenitus à Fontenay de Lenain de Tillemont à l'abbé Lebeuf   Sam 04 Jan 2014, 21:38

Effectivement. J'apprends plein de choses en lisant ces post.
Comme quoi Libellule n'a pas que des vues pro-écolo parfois agaçantes !
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La querelle de l'Unigenitus à Fontenay de Lenain de Tillemont à l'abbé Lebeuf
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