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 Le monde a des raisons de trembler, la Chine s'est éveillée...

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a.nonymous



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MessageSujet: Le monde a des raisons de trembler, la Chine s'est éveillée...   Sam 11 Jan 2014, 16:17

C'est Napoléon qui a prononcé cette célèbre phrase devenue le titre d'un livre de Roger Peyrefitte: "Quand la Chine s'éveillera le monde tremblera"... Aujourd'hui la Chine semble hélas bel et bien éveillée...


"il est presque confirmé que la Chine a détrôné les Etats-Unis pour la première fois l'an dernier, au premier rang mondial en termes d'échanges commerciaux de biens" (excluant les services), s'est félicité le porte-parole des douanes, Zheng Yuesheng."


Challenge a écrit:
La Chine a exporté pratiquement l'équivalent du PIB de la France en 2013
Publié le 10-01-2014 à 08h03 - Mis à jour à 10h17
Challenges.fr

L'excédent commercial atteint ainsi des records. Il a gonflé de 12,8% en 2013, à 260 milliards de dollars.

La Chine s'est dite vendredi 10 janvier assurée d'être désormais la première puissance commerciale mondiale, en annonçant pour 2013 un volume d'échanges annuel pour la première fois supérieur à 4.000 milliards de dollars, tout en faisant état de chiffres mitigés pour décembre.

Les exportations chinoises ont grimpé en 2013 de 7,9%, à 2.210 milliards de dollars, selon des chiffres publiés vendredi par les douanes. Pour avoir un ordre d'idée du gigantisme de ce chiffre, cela représente près de 80% du PIB de la France en 2013 (2.032 milliards d'euros en 2012, soit 2.766 milliards de dollars).

Dans le même temps, les importations croissaient de 7,3%, à 1.950 milliards. L'excédent commercial a donc gonflé de 12,8% en 2013, à 260 milliards de dollars -- après un bond de presque 50% l'année précédente.

Au total, le volume du commerce extérieur a progressé de 7,6% en 2013 (à 4.160 milliards de dollars), en deçà de l'objectif gouvernemental d'une croissance de 8%.


La Chine devant les Etats-Unis

Mais avec ce niveau record, "il est presque confirmé que la Chine a détrôné les Etats-Unis pour la première fois l'an dernier, au premier rang mondial en termes d'échanges commerciaux de biens" (excluant les services), s'est félicité le porte-parole des douanes, Zheng Yuesheng.

Des commentateurs avaient estimé en février que ce basculement avait eu lieu dès 2012. Mais les douanes chinoises ont mis en avant des différences techniques dans le calcul des statistiques des deux pays, et estiment que ce n'est que l'an dernier que la Chine a surpassé son rival --même si les chiffres américains pour 2013 ne sont pas encore publiés.

Les échanges commerciaux de la deuxième économie mondiale pour décembre ont cependant offert un tableau plus mitigé.

L'excédent commercial chinois s'est nettement réduit le mois dernier, baissant de 17,4% sur un an à 25,64 milliards de dollars --très en dessous des prévisions des économistes interrogés par Dow Jones Newswires, qui tablaient sur 32,2 milliards.


Net ralentissement ces derniers mois

En cause: les exportations n'ont augmenté en décembre que de 4,3% sur un an, à 207,74 milliards de dollars, un net ralentissement par rapport à la hausse de 12,7% sur un an enregistrée en novembre.

Toutefois, "les exportations sont en ligne avec les prévisions du marché", en raison d'une base de comparaison élevée en décembre 2012 (où un gonflement dû à des surfacturations avait été constaté), a tempéré Lu Ting, analyste de Bank of America Merrill Lynch.

Par contraste, les importations ont grimpé de 8,3% en décembre, à 182,1 milliards, une performance bien meilleure qu'attendu, qui "suggère que la demande intérieure se maintient solidement", a souligné Lu Ting.

L'économie chinoise a enregistré un net regain de vigueur au troisième trimestre, et les autorités chinoises ont annoncé un ambitieux programme de réformes en vue de rééquilibrer la croissance du pays au détriment des investissements dans les infrastructures et en faveur de la consommation intérieure.

Ce qui pourrait, aux côtés d'un environnement international "plus favorable", continuer de soutenir le commerce chinois en 2014, selon les autorités douanières.


L'Europe, premier partenaire commercial de la Chine

L'Union européenne (UE) a confirmé l'an dernier sa place de premier partenaire commercial de la Chine, suivie par les Etats-Unis, les pays de l'Asean (Association des nations du Sud-est asiatique), Hong Kong et le Japon.

Les échanges vers les marchés traditionnels que représentent l'UE, les Etats-Unis et le Japon (absorbant à eux trois 33,5% du commerce extérieur chinois) ont en revanche reculé de 1,7% l'an dernier --suggérant une progression plus vigoureuse des échanges avec les économies émergentes.

Les analystes se montrent cependant bien plus prudents sur les perspectives pour 2014, notamment en raison des fragilités de la conjoncture économique chinoise.

"Nous restons convaincus que la croissance économique chinoise a trébuché au quatrième trimestre, et cette dynamique baissière devrait se poursuivre sur les deux premiers trimestres de 2014", a indiqué Wendy Chen, économiste de Nomura.

Sur le plan extérieur, "les marchés émergents, devenus de plus en plus importants pour la Chine, seront pénalisés par le coup de frein" aux Etats-Unis des mesures de soutien économique de la Banque centrale américaine, a ajouté Lu Ting.

Ce dernier souligne également que le yuan "pourrait se renforcer encore davantage contre les grandes devises, accroissant la pression sur les exportateurs chinois".

De fait, le yuan s'est renchéri de plus de 3% contre le dollar en 2013, atteignant des sommets inédits depuis 1994 et l'arrimage de la devise chinoise au billet vert. Il tutoyait vendredi le niveau inédit de 6 yuans pour un dollar.

(Avec AFP)
Source: http://www.challenges.fr/economie/20140110.CHA9073/la-chine-a-pratiquement-exporte-l-equivalent-du-pib-de-la-france-en-2013.html
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Libellule

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MessageSujet: Re: Le monde a des raisons de trembler, la Chine s'est éveillée...   Sam 11 Jan 2014, 21:53

Certes, certes. Mais la Chine peut surtout trembler pour elle-même, son réveil se faisant chaque matin dans une atmosphère de plus en plus polluée que ce soit au niveau de son air devenu irrespirable quasiment un jour sur deux, de son eau, de moins en moins potable ou de son sol de moins en moins fertile. Mais comme c'est loin, cela ne compte pas.

Néanmoins, pour prendre la mesure de cet aspect des choses, un lien parmi tant d'autres.
http://french.china.org.cn/china/txt/2014-01/09/content_31140116.htm

Et un conseil tapez "chine pollution" dans Google actualités et vous comprendrez l'ampleur de la catastrophe en cours.
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a.nonymous



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MessageSujet: Re: Le monde a des raisons de trembler, la Chine s'est éveillée...   Sam 11 Jan 2014, 23:49

Libellule a écrit:
Certes, certes. Mais la Chine peut surtout trembler pour elle-même, son réveil se faisant chaque matin dans une atmosphère de plus en plus polluée que ce soit au niveau de son air devenu irrespirable quasiment un jour sur deux,  de son eau, de moins en moins potable ou de son sol de moins en moins fertile. Mais comme c'est loin, cela ne compte pas.

Et en France chaque jour 5 millions de chômeurs se réveillent sans aucune perspective d'avenir... Soit le gouvernement arrive à redonner un travail à chacun en relocalisant des productions parties en Chine ou ailleurs soit ce sera le chaos social... Pour le moment l'Etat peut acheter pour quelque temps encore la paix sociale mais cela ne va durer et certains doivent déjà trembler...
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tonton christobal

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MessageSujet: Re: Le monde a des raisons de trembler, la Chine s'est éveillée...   Sam 11 Jan 2014, 23:53

Sommes nous en position de donner des leçons à nos voisins alors que nous sommes incapables de faire fonctionner les structures de notre pays ?


Heureusement il y a la grande affaire de la semaine : Dieudonné.... et l'épisode "bonnes soirées" et confidences 2014" les amours du président...

Et la pauvre Valérie séduite et abandonnée que pense t elle de tout cela ? personne ne s'occupe d'elle ! nous allons avoir droit à un "tweet" sans doute.

La suite de "Dallas sur Seine" le nouveau feuilleton national qui bouleversera les foules la semaine prochaine.
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a.nonymous



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MessageSujet: Re: Le monde a des raisons de trembler, la Chine s'est éveillée...   Mar 14 Jan 2014, 15:48

Sur Rue89....

Rue89 a écrit:
Le Grand entretien 13/01/2014 à 16h14
« Comment le mouvement ouvrier chinois peut changer le monde »

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Han Dongfang est un activiste chinois pas comme les autres. Basé à Hong Kong, il défend les droits des ouvriers chinois en favorisant les négociations collectives dans les conflits sociaux, une approche constructive, qu’il veut déconnecter au maximum des enjeux idéologiques et de pouvoir.

Agé de 50 ans, cet ancien syndicaliste engagé dans le mouvement démocratique de Tiananmen en 1989, emprisonné puis exilé, explique sa démarche dans un livre, « Mon combat pour les ouvriers chinois » (éd. Michel Lafon, 16 janvier 2014), écrit avec le journaliste français Michaël Sztanke.

De passage à Paris, il explique à Rue89 en quoi son approche pragmatique de l’action sociale dans un pays autoritaire peut transformer la Chine, mais aussi avoir un impact sur le reste du monde en faisant passer les travailleurs chinois du statut de victime ou de concurrent des ouvriers occidentaux à celui d’alliés dans un monde globalisé, en faveur de meilleures normes sociales.


Rue89 : Vous appartenez à la génération des activistes de Tiananmen en exil, mais vous ne vous définissez pas comme « dissident » et ne participez pas au combat pour la démocratie mais pour les droits des travailleurs. Pourquoi ce choix ?

Han Dongfang : En 1992, quand j’ai pu quitter la Chine, j’ai passé un an aux Etats-Unis à observer le mouvement dissident en exil. J’étais malade, sous traitement, incapable de faire quoi que ce soit, et ça a été une « chance ».

J’avais déjà décidé de tenter de rentrer en Chine, car je suis un militant du mouvement social, et vous ne pouvez pas agir loin des travailleurs.

Et, quand j’ai essayé de rentrer en Chine, j’ai eu la chance que le gouvernement chinois m’expulse vers Hong Kong [territoire autonome au sein de la Chine, ndlr], pas vers les Etats-Unis ou l’Europe. C’est une chance car Hong Kong est en prise directe sur la Chine continentale. Vous ne pouvez pas traverser la frontière, mais vous êtes juste de l’autre côté.

Quand j’ai démarré mon programme sur Radio Free Asia [une radio financée par le Congrès américain, ndlr] mon émission s’est vite transformée de commentaire en conversation téléphonique permanente avec des ouvriers en Chine. Ça me permettait de ne pas être éloigné de la réalité quotidienne des Chinois.

Tout ceci a conduit à la création du China Labour Bulletin, à Hong Kong, et son implication de plus en plus grande dans l’aide aux travailleurs chinois dans leur action, en particulier sur le terrain légal, pour faire valoir leurs droits.

Mais pour cela, il faut reconnaître l’autorité des tribunaux, même si c’est dans un système corrompu. Reconnaître l’autorité, cela ne signifie pas que vous en acceptez la réalité. Mais vous entrez dans un dialogue avec ce système corrompu pour le changer.

L’implication des travailleurs dans ce combat, sur leurs propres dossiers, permet de faire la différence.


Vous pensez qu’il existe une possibilité de changer le système de l’intérieur ?

Oui, il y a toujours un espace pour ça, sinon c’est désespérant de penser que quelque chose est immuable.

J’ai visité la Pologne. Beaucoup de gens pensent que la voie polonaise [Solidarité, l’action clandestine, etc., ndlr] est la seule voie. Mais ce qui me dérange, c’est que j’ai fait de la prison, ce n’est pas une expérience agréable même si on apprend beaucoup.

Je suis à Hong Kong, et c’est moralement insupportable de me dire que je pourrais envoyer en prison les gens avec qui je travaillerais dans la clandestinité, tandis que je resterais confortablement dans mon refuge hongkongais.

J’ai cherché d’autres voies que le syndicat clandestin sur le modèle de Solidarité en Pologne. La victoire de Solidarité est historique, unique, pas nécessairement reproductible. En Chine, nous ne pouvons pas attendre le moment où il sera possible d’en faire de même...


En vingt ans, le paysage social chinois a beaucoup changé. Quels en sont pour vous les principales raisons ?

Il y a plusieurs différences. D’abord le facteur générationnel. Les jeunes nés après 1989, qui ont maintenant 23-24 ans, dont beaucoup travaillent en usine depuis plusieurs années, ne connaissent pas la peur.

Ils n’ont pas l’angoisse de 1989 [le massacre de Tiananmen, ndlr], or la peur est un facteur puissant qui affecte l’esprit et l’action des gens. Si vous avez peur, c’est elle qui vous contrôle, si vous n’avez pas peur, vous faites ce que vous pensez juste.

Lorsque cette génération se met en grève, elle n’a pas le réflexe de la génération précédente, qui s’attend immédiatement à la répression du gouvernement. Ce n’est pas dans leur tête. Ils pensent que leur action n’a rien à voir avec le gouvernement, qu’elle est juste dirigée contre leur patron qui les traite mal. Je me mets en grève pour mes droits, un point c’est tout.

Et comme ils n’ont pas peur, le gouvernement n’a pas non plus besoin d’avoir peur. La peur de l’un génère la peur de l’autre, car la peur cache souvent un agenda parallèle. L’absence de peur permet des possibilités nouvelles.

La deuxième raison est économique. La Chine a globalement réussi sa transformation d’économie planifiée en économie de marché. Il y a plein de problèmes, mais c’est globalement une réussite.

Mais si les biens de consommation sont soumis aux prix du marché, le coût du travail, lui, n’est pas soumis au marché. C’est une décision unilatérale des employeurs, et le niveau de salaire ne correspond pas aux besoins de consommation des gens. Il y a un fossé trop grand et il doit être réajusté.

Il n’y a pas de système de négociation en Chine, et lorsque les gens pensent qu’une situation est injuste, ils se mettent en grève pour faire connaître leurs revendications.

Enfin, Internet et les médias sociaux ont changé la donne. Les gens participent activement.


Le développement économique de la Chine a été longtemps basé sur le faible coût de la main-d’œuvre. C’est en train de disparaître avec la fin du modèle entièrement tourné vers les exportations. Mais quelle est la place des travailleurs dans cette mutation ?

C’est un moment idéal pour l’émergence d’un mouvement ouvrier qui pousse à la création d’un système de négociations collectives.

Au cours des 30-35 années de réforme économique [depuis la mort de Mao Zedong en 1976 et le lancement des réformes par Deng Xiaoping en 1979, ndlr], le gouvernement n’a réalisé qu’une partie de la promesse faite au peuple. Un groupe de millionnaires a émergé, mais pour des centaines de millions de personnes, c’est encore une économie de survie.

Aujourd’hui, les gens en sont conscients grâce à la circulation de l’information. Avant, les gens pouvaient se dire « je n’ai pas de chance, je suis stupide, je n’ai pas eu la chance de faire des études »... Aujourd’hui, ils savent ce qui se passe aux quatre coins du pays, les gens se plaignent sur les médias sociaux des mêmes choses.

Une conscience de classe, et pas seulement individuelle, émerge, et ça fait une grande différence.

Si vous voulez réorienter l’économie vers la consommation plutôt que l’exportation, comme le dit le gouvernement, vous ne pouvez pas échapper au sujet de l’amélioration de la vie des ouvriers.

Nous ne nous voyons pas seulement comme des ouvriers faisant des objets pour un faible salaire, mais comme des éléments d’une activité économique globale. Ça nous permet de convaincre le gouvernement d’accepter l’idée des négociations collectives, pour aider les ouvriers dans l’économie moderne avec un pouvoir de consommation.


Le Parti communiste chinois peut-il accepter de passer de questions individuelles à collectives sans se mettre en péril ?

La mentalité de la guerre froide est encore forte, plus de vingt ans après la chute du Mur de Berlin. Cette mentalité, c’est de fixer son agenda à l’avance, de désigner votre ennemi... Ce qui voudrait dire, créer un syndicat indépendant, type Solidarité en Pologne.

Nous devons sortir de cette équation et de cette mentalité. C’est une époque différente.

Le China Labour Bulletin a choisi cette approche. Nous nous sommes d’abord demandés ce que veulent les gens : une vie meilleure. La question est donc, faut-il d’abord créer un syndicat indépendant pour y arriver, ou peut-on démarrer là où nous pouvons pour améliorer la vie des gens ?

Nous pensons qu’il faut être réaliste et pragmatique, chercher à améliorer la vie des gens.


Pouvez-vous donner un exemple concret de processus de ce dont vous parlez ?

En 2011, il y a eu une grève des ouvriers d’une usine de montres japonaises Citizen. Les ouvriers demandaient des indemnités car pendant six ans, la direction leur a fait travailler vingt minutes de plus par jour pour compenser le temps de pause, de toilettes, etc. Ils l’ont longtemps accepté, avant de réaliser que c’était illégal, même selon la loi chinoise.

Il y a eu une grève, et le gouvernement a décidé de ne pas envoyer la police contre les grévistes car leurs demandes étaient fondées sur la loi, et il n’y avait aucune colère dirigée contre le pouvoir politique, uniquement contre l’employeur.

Notre partenaire à Shenzhen (sud de la Chine) est intervenu à la demande des ouvriers pour les aider à élire leurs représentants et négocier avec la direction. Et cette confrontation a débouché sur une négociation et un accord.

Pensez-y : la direction retrouve sa production, les ouvriers ont obtenu non pas 100% de leur demande mais 70%, tandis que le gouvernement, qui a pu être tenté d’envoyer la police, n’est pas intervenu et il ne s’est rien passé de dramatique. C’est donc une situation où tout le monde est gagnant.

Si nous avions pris le problème dans l’autre sens, en réclamant d’abord un syndicat indépendant, que se serait-il passé ? Quelle aurait été la réponse du gouvernement et quel aurait été le résultat pour les ouvriers ? C’est la direction qui gagnait car la colère des ouvriers aurait été redirigée sur le pouvoir politique...


En quoi cela change-t-il la Chine ?

Cela réduit la peur. Les questions des droits des travailleurs, la question syndicale, étaient des tabous absolus, des sujets hypersensibles. Certains pensent que la répression de 1989 était notamment due à la participation d’ouvriers au mouvement étudiant.

Le Parti communiste a pris le pouvoir en proclamant qu’il était le parti des travailleurs. Si les travailleurs sont mécontents du parti des travailleurs, celui-ci n’a plus de légitimité... L’exemple de Solidarité en Pologne a montré qu’un syndicat pouvait conduire à la fin du pouvoir du Parti communiste...

Pour ces raisons, c’était un sujet tabou. Mais à travers les négociations collectives, vous ouvrez une porte qui apaise les peurs et les tensions. Vous n’avez pas besoin d’avoir peur, nous vivons dans un nouveau monde, ce n’est plus celui de la guerre froide, tout est aujourd’hui une question d’intérêt économique...

Les travailleurs ont fait le premier pas. Nous ne sommes pas dans une démarche d’ennemis, et nous l’avons prouvé par les faits, sur le terrain.

Ainsi, le sujet le plus sensible est devenu l’un des moins sensibles, même si l’on compare avec les questions environnementales qui sont devenues très délicates.


Qu’est-ce que ça signifie pour le reste du monde ?

Pour le mouvement syndical international et le mouvement ouvrier, tout ça est très important. Les ouvriers chinois sont exploités, constituent une main-d’œuvre bon marché, c’est une réalité.

Mais la montée du mouvement ouvrier chinois et la demande d’un droit de négociations collectives devraient être considérées comme un atout pour le mouvement syndical mondial, ce qui n’est pas encore le cas. C’est le message que j’essaye de faire passer à Paris [Han Dongfang doit rencontrer la CGT, CFDT et FO, ndlr].

Les syndicalistes du reste du monde devaient le réaliser. Voici des centaines de millions de travailleurs qui réclament leur droit de négociations collectives, c’est important, même si ce n’est que le début de la route.

Mais ça peut permettre d’effacer ou d’atténuer les effets négatifs des dernières décennies, qu’ont été l’affaiblissement des normes sociales dans le monde, la perte d’emplois y compris en France...

Une partie de la production va quitter la Chine – ça a commencé – car les coûts montent, et se délocaliser au Bangladesh, au Sri Lanka, etc. Ce n’est pas un problème. Une partie importante va rester en Chine, nous avons des bonnes infrastructures, un marché intérieur...


Donc il faut cesser de voir les travailleurs chinois comme des victimes ou comme des concurrents, mais comme des alliés ?

Exactement. D’autant qu’une partie de la production va revenir chez vous dans ce processus. Les grandes centrales syndicales doivent prendre ça en considération.


Les syndicats étrangers doivent-ils parler au syndicat officiel chinois ?

C’est pertinent, mais seulement en partie. Le syndicat officiel ACFTU garde la porte d’entrée au monde ouvrier chinois, mais cela ne suffit pas de rester à la porte... Autrement vous risquez de passer à côté du potentiel du mouvement ouvrier.

Je conseille aux syndicats étrangers de se concentrer sur la négociation collective et d’aider le syndicat officiel chinois à s’y rallier.

Il ne s’agit pas seulement de savoir s’il faut ou pas leur parler, mais leur parler de quoi et pour quoi faire ?


Vous dites dans le livre que le Parti communiste est devenu un parti capitaliste. Cela signifie-t-il que la lutte des classes est de retour ?

Le Parti communiste a perdu la partie dans son sens historique ; il doit faire face à une nouvelle réalité.

Après 1989, il y a eu un pacte diabolique : le parti avait surtout besoin de la loyauté de ses membres, et il l’a échangée contre le droit de s’enrichir par n’importe quel moyen.

C’est pour cela que la corruption est devenue folle en Chine au cours des vingt dernières années, avec un pouvoir politique qui fermait les yeux.

C’est un peu comme lorsque vous avez soif et que vous buvez votre propre sang. Il y a un moment où ça prend fin. C’est ce qui se passe aujourd’hui. Boire son propre sang atteint ses limites : vous changez ou vous mourrez.

Le capitalisme aussi est devenu fou. Car le pouvoir des officiels corrompus ne les enrichit pas en tant que tels, c’est uniquement dans leur interaction avec le monde de l’économie qu’ils peuvent en tirer un profit.

C’est de cette manière que le Parti communiste est devenu capitaliste. Ce n’est pas une question idéologique, mais une question d’intérêt. C’est cette évolution qui touche à sa fin.

Le pouvoir actuel, le groupe de Xi Jinping [le président et chef du parti, ndlr] le sait très bien. Ils savent mieux que vous et moi quelle est la température réelle du pays. Ils doivent trouver une solution, et rétablir la légitimité du parti. C’est un groupe pragmatique, qui n’a pas d’autre choix que d’agir pour changer les choses.

Il peut dès lors y avoir un intérêt commun au parti et aux travailleurs, pourquoi pas ?


Vous êtes parfois critiqué en disant que vous faites le jeu des Américains qui veulent affaiblir la Chine, que vous intervenez sur une radio financée par Washington, etc.

[Rires.] J’ai aussi la critique opposée : on me reproche d’accepter la réalité du pouvoir du Parti communiste, d’accepter la négociation, et je serais donc un traître à la cause de la démocratie, à la cause de 1989...

Je pense que toutes ces critiques sont des héritages de la guerre froide, de gens qui refusent d’accepter que nous vivons dans un monde différent.

J’ai fait mes choix, je les assume, j’accepte ces critiques, mais je me concentre sur mon action pour améliorer la vie des travailleurs, et faire que ce pays s’améliore. Et peut-être, au passage, aurons-nous aidé à transformer ce régime communiste en régime démocratique, une première, pourquoi pas ? ...
Source AVEC ILLUSTRATIONS ET LIENS: http://rue89.nouvelobs.com/2014/01/13/comment-mouvement-ouvrier-chinois-peut-changer-monde-248943
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