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 Au comptoir du limonadier de Fontenay à la manière d'Alexandre Dumas

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Libellule

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MessageSujet: Au comptoir du limonadier de Fontenay à la manière d'Alexandre Dumas   Mer 22 Jan 2014, 01:01

Je me suis pour l'essentiel contenté d'enlever les noms des protagonsites pour ne laisser que leurs initiales

Promis.  sunny 

Trois hommes étaient assis autour d'une table, avec du papier, des plumes, de l'encre devant eux, chargés qu'ils étaient de rédiger la pétition. Ces trois hommes, c'étaient D…., L….. et B…...  

D….. n'était point l'homme de ces sortes de réunions ; d'ailleurs, dans sa vie toute de mouvement, il attendait avec impatience la fin de chaque comité dont il faisait partie. Au bout d'un instant, il se leva donc, laissant B…. et L….. rédiger la pétition comme ils l'entendraient.

L….. le vit sortir, et le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il eût disparu, de l'oreille jusqu'à ce qu'il lui eût entendu fermer la porte. Cette double fonction de ses sens parut le tirer un instant de cette somnolence factice sous laquelle il cachait son infatigable activité ; puis il s'affaissa sur son fauteuil, et, laissant tomber la plume de sa main :

- Ah ! ma foi, mon cher monsieur B….., dit-il, rédigez-nous cela comme vous l'entendez ; quant à moi, je me récuse... Ah ! si c'était un mauvais livre, comme on dit à la cour, une suite des Liaisons dangereuses, j'en ferais mon affaire ; mais une pétition, une pétition ..., ajouta-t-il en bâillant à se démonter la mâchoire, cela m'ennuie horriblement !

B….. était, au contraire, l'homme de ces sortes de rédactions. Convaincu donc qu'il rédigerait la pétition mieux que personne, il accepta le mandat que lui donnait l'absence de D….. et la position de L….., lequel ferma les yeux, s'accommoda du mieux qu'il put dans son fauteuil, comme s'il voulait dormir, et s'apprêta à peser chaque phrase, chaque lettre, afin d'y intercaler à l'occasion une réserve pour la régence de son prince.
A mesure que B….. écrivait une phrase, il la lisait, et L…. approuvait, d'un petit mouvement de tête et d'une petite intonation de voix.

L….. Finit par décrire la  situation : 1° Le silence hypocrite ou timide de l'Assemblée, qui n'avait point voulu ou n'avait point osé statuer sur le roi ; 2° L'abdication de fait de celui-ci, puisqu'il avait fui, et que l'Assemblée l'avait suspendu, fait poursuivre et arrêter ; on ne poursuit pas on n'arrête pas, on ne suspend pas son roi, ou, si on le poursuit, si on le suspend, si on l'arrête, c'est qu'il n'est plus roi ; 3° La nécessité de pourvoir à son remplacement.

- Attendez... attendez ! dit le secrétaire, il me semble qu'après ces mots : « A son remplacement », il y a quelque chose à ajouter... quelque chose qui nous rallie les esprits timides. Tout le monde n'a pas encore, comme nous, jeté son bonnet par-dessus les ponts. - C'est possible, dit B…. ; qu'ajouteriez-vous ? - Oh ! c'est bien plutôt à vous qu'à moi à trouver cela, mon cher monsieur B…..  J'ajouterais... voyons...
L….. fit semblant de chercher une phrase qui, depuis longtemps toute formulée dans son esprit, n'attendait que le moment d'en sortir. - Eh bien, dit-il enfin, après ces mots, par exemple : « La nécessité de pourvoir à son remplacement, j'ajouterai : par tous les moyens constitutionnels. »

Etudiez et admirez, ô hommes politiques, rédacteurs passés, présents et futurs d’accords, de protestations, de projets de lois ! C'était bien peu de chose, n'est-ce pas, que ces mots inoffensifs ?

Eh bien, vous allez voir – c'est-à-dire ceux de mes lecteurs qui ont le bonheur de n'être point des hommes politiques vont voir où nous menaient ces cinq mots : « Par tous les moyens constitutionnels. »  Tous les moyens constitutionnels de pourvoir au remplacement du roi se réduisaient à un seul. Ce seul moyen, c'était la régence.  

Or, en l'absence des comtes, frères du roi  et oncles du dauphin – dépopularisés, d'ailleurs, par leur émigration, – à qui revenait la régence ? Au duc !

Cette petite phrase innocente, glissée dans un accord rédigé au nom du peuple, faisait donc toujours, au nom de ce peuple, M. le duc régent ! C'est une belle chose, n'est-ce pas, que la politique ? Seulement, il faudra encore bien du temps au peuple pour y voir clair, quand il aura affaire à des hommes de la force de L….. !

Soit que B….. ne devinât point la mine enfermée dans ces cinq mots, et toute prête à éclater lorsqu'il le faudrait, soit qu'il ne vît pas le serpent qui s'était glissé sous cette adjonction, et qui relèverait sa tête sifflante quand le moment serait venu, soit enfin que lui-même, sachant ce qu'il risquait comme rédacteur de cet accord, ne fût point fâché de se ménager une porte de sortie, il ne fit aucune objection, et il ajouta la phrase en disant :
- En effet, cela nous ralliera quelques constitutionnels... L'idée est bonne, monsieur L….. !

Le reste de la pétition était conforme au sentiment qui l'avait fait décréter.

Le lendemain P….., B….., D…., C. D. et L…  se rendent aux Jacobins. Ils apportent la pétition. La salle est vide ou à peu près.  Tout le monde est aux Feuillants. B….. ne s'était point trompé : la désertion était complète. Aussitôt P….. court aux Feuillants.

Qu'y trouve-t-il ? B….., D….. et L….., rédigeant une adresse aux sociétés jacobines de province, adresse par laquelle ils annoncent à celles-ci que le club des Jacobins n'existe plus, et vient d'être transporté aux Feuillants sous le titre de Société des Amis de la Constitution.

Ainsi cette association qui a coûté tant de peine à fonder, et qui, pareille à un réseau, s'étend sur toute la France, va cesser d'agir, paralysée par l'hésitation.

A quoi croira-t-elle, à qui obéira-t-elle, des vieux Jacobins ou des nouveaux ?

Pendant ce temps, on fera le coup d'Etat contre-révolutionnaire, et le peuple, qui n'aura pas de point d'appui, s'endormant sur la bonne foi de ceux qui veillent pour lui, se réveillera vaincu et garrotté.

Il s'agit de faire face à l'orage.  Chacun rédigera sa protestation qu'il enverra en province, là où il croira avoir quelque crédit.  R….. est le délégué spécial : D….., avant de se rendre au Champ-de-Bataille – où l'on doit, à défaut de Jacobins que l'on n'a point trouvés, faire signer la pétition par le peuple, – passe chez R….., lui explique la situation, et l'engage à envoyer sans retard une protestation au délégué, s'en rapportant à lui pour la rédaction de cette pièce importante.

Le peuple délégué  donnera la main au peuple, et protestera en même temps que lui. C'est cette protestation, rédigée par son mari, que recopie Mme R….. Quant à D….., il est allé rejoindre ses amis au Champ-de-Bataille. Au moment où il arrive, une grande discussion s'y vide : au milieu de l'immense arène est l'autel de la Patrie, élevé pour la fête du 14, et qui est resté là comme le squelette du passé. C'est, ainsi que nous l'avons dit à propos de la Fédération de 1790, une plate-forme à laquelle on monte par quatre escaliers correspondant aux quatre points cardinaux.

Sur l'autel de la Patrie est un tableau représentant le triomphe de Voltaire, qui a eu lieu le 12 ; sur le tableau est l'affiche des Cordeliers, portant le serment de Brutus. La discussion avait justement lieu sur les cinq mots introduits dans la pétition par L….. Ils allaient passer inaperçus, lorsqu'un homme paraissant appartenir à la classe populaire par son costume et par ses manières, d'une franchise qui touche à la violence, arrête le lecteur brusquement.

- Halte-là ! dit-il, on trompe le peuple ! - Comment cela ? demanda le lecteur. - Avec ces mots : « Par tous les moyens constitutionnels », vous remplacez 1 par 1..., vous refaites une royauté, et nous ne voulons plus de roi. - Non, plus de royauté ! non, plus de roi ! cria la majeure partie des assistants.

Chose étrange ! Ce furent alors les Jacobins qui prirent le parti de la royauté !

- Messieurs, messieurs, s'écrièrent-ils, prenez garde ! Plus de royauté, plus de roi, c'est l'avènement de la république, et nous ne sommes pas mûrs pour la république. - Nous ne sommes pas mûrs ? dit l'homme du peuple. Soit... Mais un ou deux soleils comme celui de Varennes nous mûriront. - Aux voix ! La pétition aux voix ! - Aux voix ! répétèrent ceux qui avaient déjà crié : « Plus de royauté ! plus de roi ! »

Il fallut aller aux voix.  - Que ceux qui veulent qu'on ne reconnaisse plus le roi, ni aucun autre roi, dit l'inconnu, lèvent la main. Une si puissante majorité leva la main, qu'on n'eut pas même besoin de recourir à la contre-épreuve.

- C'est bien, dit le provocateur ; demain dimanche, 17 juillet, tout Paris sera ici pour signer la pétition. C'est moi, qui me charge de le prévenir.

Ainsi, du premier coup, étaient dépassés les plus hardis des Cordeliers et des Jacobins ; par qui ? Par un homme du peuple, c'est-à-dire par l'instinct des masses ; si bien que C D, D…., B….. et P….. déclarèrent qu'à leur avis, un pareil acte de la part de la population, ne devant point s'accomplir sans soulever quelque orage, il était important d'obtenir d'abord de l'Hôtel de Ville la permission de se réunir le lendemain.

- Soit, dit l'homme du peuple, obtenez, et, si vous n'obtenez pas, j'exigerai, moi ! C D et B….. furent chargés de la démarche.

Bailly était absent ; on ne trouva que le premier syndic. Celui-ci ne prit rien sur lui, ne refusa point, mais n'autorisa pas non plus ; il se contenta d'approuver verbalement la pétition. B….. et C D quittèrent l'Hôtel de Ville, se regardant comme autorisés. Derrière eux, le premier syndic envoya prévenir l'Assemblée de la démarche qui venait d'être faite près de lui. L'Assemblée était prise en faute. Elle n'avait rien statué relativement à la situation du roi fugitif, suspendu de son titre de roi, rejoint à Varennes, ramené aux Tuileries, et gardé, depuis le 26 juin, comme prisonnier.  Il n'y avait pas de temps à perdre.

D….., avec toutes les apparences d'un ennemi de la famille royale, présenta un projet de décret conçu en ces termes : « La suspension du pouvoir exécutif durera jusqu'à ce que l'acte constitutionnel ait été présenté au roi et accepté par lui. » Le décret, proposé à sept heures du soir, était adopté à huit par une immense majorité. Ainsi, la pétition du peuple se trouvait inutile : le roi, suspendu seulement jusqu'au jour où il accepterait la Constitution, redevenait, par cette simple acceptation, roi comme auparavant.

Quiconque demandera la déchéance d'un roi maintenu constitutionnellement par l'Assemblée, tant que le roi se montrera disposé à accomplir cette condition, sera donc un rebelle. Or, comme la situation est grave, on poursuivra les rebelles par tous les moyens que la loi met à la disposition de ses agents. Aussi, réunion du maire et du conseil municipal le soir, à l'Hôtel de Ville.

La séance s'ouvrit à neuf heures et demie. A dix heures, on avait arrêté que, le lendemain dimanche, 17 juillet dès huit heures du matin, le décret de l'Assemblée, imprimé et affiché sur tous les murs, serait, de plus, à tous les carrefours, proclamé à son de trompe par les notables et les huissiers de la ville, dûment escortés de troupes. Une heure après cette décision prise, on la connaissait aux Jacobins.

Les Jacobins se sentaient bien faibles : la désertion de la plupart d'entre eux aux Feuillants les laissait isolés et sans force. Ils plièrent. L'homme du faubourg, le brasseur populaire de la Bastille, celui qui devait succéder à La Fayette, se chargea, au nom de la société, d'aller au Champ-de-Bataille retirer la pétition.

Les Cordeliers se montrèrent plus prudents encore. D….. déclara qu'il allait passer la journée du lendemain à Fontenay-sous-Bois ; son beau-père le limonadier avait là une petite maison de campagne.  Le gendre lui promit à peu près d'aller l'y rejoindre avec D…..  

Les R….. reçurent un petit billet dans lequel on les prévenait qu'il était inutile qu'ils envoyassent leur protestation par délégation Tout était manqué ou ajourné. Il se faisait près de minuit, et Mme R….. venait d'achever la copie de la protestation, quand arriva ce petit billet de D….., auquel il était impossible de rien comprendre.


Juste en ce moment, deux hommes attablés dans une arrière-salle d'un cabaret  mettaient, en achevant leur troisième bouteille de vin à quinze sous, la dernière main à un étrange projet. C'étaient un perruquier et un invalide. - Ah ! que vous avez de drôles d'idées, monsieur L….. ! disait l'invalide en riant d'un rire obscène et stupide. - C'est cela, père R….., reprit le perruquier ; vous comprenez, n'est-ce pas ? Avant le jour, nous allons au Champ-de-Bataille ; nous levons une planche de l'autel de la Patrie ; nous nous glissons dessous ; nous replaçons la planche ; puis, avec une vrille, une grosse vrille, nous faisons des trous dans le plancher... Une foule de jeunes et jolies citoyennes viendront demain sur l'autel de la Patrie pour signer la pétition, et, ma foi, à travers les trous...

Le rire obscène et stupide de l'invalide redoubla. Il était évident que, en imagination, il regardait déjà à travers les trous de l'autel de la Patrie. Le perruquier, lui, ne riait pas d'un si bon rire : l'honorable et aristocratique corporation à laquelle il appartenait était ruinée par le malheur des temps ; l'émigration avait enlevé aux artistes en coiffure – d'après ce que nous avons vu des coiffures de la reine, la coiffure était un art à cette époque, – l'émigration, disons-nous, avait enlevé aux artistes en coiffure leurs meilleurs pratiques. En outre, T….. venait de jouer le rôle de Titus dans Bérénice, et la façon dont il s'était coiffé avait donné naissance à une nouvelle mode qui consistait à porter les cheveux courts et sans poudre.

En général, les perruquiers étaient donc royalistes. Lisez Prudhomme et vous y verrez que, le jour de l'exécution du roi, un perruquier se coupa la gorge de désespoir. Or, c'était un bon tour à jouer à toutes ces drôlesses de patriotes, comme les appelaient le peu de grandes dames qui fussent demeurées en France, que d'aller regarder sous leurs jupes, et maître L….. comptait sur ses souvenirs érotiques pour défrayer, pendant un mois, ses conversations du matin.

L'idée de cette plaisanterie lui était venue tout en trinquant avec un vieux brave de ses amis, et il l'avait communiquée à celui-ci, qui en avait senti frémir les nerfs de la jambe qu'il avait laissée à Fontenoy, et que l'Etat avait généreusement remplacée par une jambe de bois. En conséquence, les deux buveurs demandèrent une quatrième bouteille de vin, que l'hôte se hâta de leur apporter. Ils allaient l'entamer, lorsque l'invalide eut une idée à son tour.

C'était de prendre un petit baril, de vider la bouteille dans ce baril, au lieu de la vider dans leurs verres, d'y adjoindre deux autres bouteilles, et, en restant momentanément sur leur soif, d'emporter ce baril avec eux. L'invalide appuyait sa proposition sur cet axiome, qu'il est très échauffant de regarder en l'air.

Le perruquier daigna sourire ; et, comme le cabaretier fit observer à ses deux hôtes qu'il était inutile qu'ils restassent dans le cabaret s'ils ne buvaient plus, nos deux reîtres firent prix avec lui d'une vrille et d'un baril, mirent la vrille dans leur poche, et leurs trois bouteilles de vin dans le baril, et, minuit sonnant, à travers l'obscurité, ils se dirigèrent vers le Champ-de-Bateille, levèrent la planche, et, leur baril entre eux deux, se couchèrent mollement sur le sable, et s'endormirent.
le texte dans sa version d'origine
http://www.dumaspere.com/pages/bibliotheque/chapitre.php?lid=r15&cid=113

http://books.google.fr/books?id=IDlAAAAAQAAJ&pg=PA164&dq=limonadier+fontenay+sou+sboi+s+danton&hl=fr&sa=X&ei=t3HeUo3dFOi0sQSO-4GgDg&ved=0CEYQ6AEwAw#v=onepage&q=limonadier%20fontenay%20sou%20sboi%20s%20danton&f=false
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Robin

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MessageSujet: Re: Au comptoir du limonadier de Fontenay à la manière d'Alexandre Dumas   Mer 22 Jan 2014, 02:00

Libellule, utilisez-vous Dragon speaking ?
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MessageSujet: Re: Au comptoir du limonadier de Fontenay à la manière d'Alexandre Dumas   Mer 22 Jan 2014, 02:14

Non, je ne connais pas. Quid? là j'ai laissé les initiales comme pour un rébus. Pour que chacun devine qui est qui si on cherche à actualiser le texte d'origine à nos temps modernes et à nos acteurs locaux. Un jeu de pistes, donc. La solution étant fournie pour les personnages historiques d'antan par les liens fournis.

 study

Et à part cela, vous l'aurez compris, j'aime écrire.  sunny 
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Robin

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MessageSujet: Re: Au comptoir du limonadier de Fontenay à la manière d'Alexandre Dumas   Mer 22 Jan 2014, 04:42

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MessageSujet: Re: Au comptoir du limonadier de Fontenay à la manière d'Alexandre Dumas   Jeu 23 Jan 2014, 07:53

Un mot sur le Limonadier habitant Fontenay que nous présente Alexandre Dumas. Il s'appelle Jérôme Charpentier et il est effectivement propriétaire de plusieurs établissements de boisson, dont le café du Parnasse,« un des établissements de limonadier les plus considérés de Paris », dit-on, que Danton fréquente, presque en face du Palais, au coin de la place de l’École et du quai. C'est là qu'il y rencontre sa future femme, Antoinette-Gabrielle Charpentier, fille du propriétaire, « jeune, jolie et de manières douces » (son portrait peint par David est au musée des beaux-arts de Troyes).
http://www.flickr.com/photos/mazanto/9507561303/lightbox/

Comme indiqué plus haut, c'est dans la maison du père d'Antoinette, sise à Fontenay que viendront se réfugier Camille Desmoulins et Danton dans l'histoire relatée ci dessus.

La petite histoire rapporte par ailleurs, qu'en ces temps révolutionnaires il n'était pas rare quand les vivres manquant absolument au ménage, ils s'en allaient pour quelque temps chez le dit beau-père qui y avait une petite maison. Si quelqu'un sait laquelle ce serait, je suis preneur de l'information.

sinon tchin ! un bock à son effigie



et ceci



et enfin cela





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MessageSujet: Re: Au comptoir du limonadier de Fontenay à la manière d'Alexandre Dumas   Jeu 23 Jan 2014, 08:35

Le ménage de Georges-Jacques et Antoinette-Gabrielle Danton a été bien accueilli par le petit monde de la Cour du Commerce et en est même rapidement devenu le centre. Pendant son enfance et sa jeunesse, Antoinette-Gabrielle a été habituée à recevoir aimablement les habitués du café du Parnasse. Son père, François-Jérôme Charpentier s’est débarrassé de la charge de cet établissement en 1788 [17] mais habite toujours quai de l’Ecole avec son épouse Angélique-Octavie. Quand ils ne sont pas dans leur maison de Fontenay, le trajet entre le quai de l’Ecole et la Cour du Commerce est vite fait et les visites à leur fille sont d’autant plus fréquentes qu’Antoinette-Gabrielle est rapidement enceinte. Ce qui ne l’empêche pas de multiplier ces réunions amicales de l’après-midi ou du soir qui faisaient alors les charmes de la vie en société. Ses parents sont souvent accompagnés par leur fils François-Victor qui, à 27 ans, promène avec nonchalance un regard amusé sur ce qui l’entoure, et par leur fils aîné Antoine-François que le sérieux avec lequel il assume ses fonctions de clerc de notaire rend parfois un peu ennuyeux. Les Charpentier font ainsi connaissance des Gely et de leurs trois filles, de Constance et de sa mère, et de tous ceux du monde de la peinture et de la médecine qui font les beaux jours de la Cour du Commerce. Dès qu’Antoinette-Gabrielle a été enceinte, on n’a pas manqué de lui indiquer qu’on avait sous la main un « professeur dans l’art des accouchements ». Charles-Daniel Gaultier de Claubry passe donc régulièrement surveiller l’état de la future mère.

De quoi discute-ton ? De tout. De peinture lorsque Regnault, La Neuville et même quelquefois David sont là. Constance, avec le feu de ses 21 ans raconte ses efforts, ses déceptions. On brocarde l’Académie. Puis on s’égare vers la technique. Antoine-François Charpentier baille discrètement. François-Victor, lui, est sous le charme de Constance et fait tout pour attirer son attention.



Quand Georges-Jacques Danton arrive, après avoir embrassé avec fougue Antoinette-Gabrielle, il enchaîne sur la politique. Cet homme a le don de retenir l’attention. Il parle des finances désastreuses du royaume, du rappel de Necker, des hésitations de Versailles, de Philippe d’Orléans, des prochaines élections aux Etats-Généraux. A bien y réfléchir, on ne sait trop où il veut en venir. Mais il fascine. Cette fois, pourtant, c’est Constance qui baille discrètement. La politique l’ennuie, sauf lorsqu’il s’agit de l’Académie mais ce n’est pas le propos de Danton. François-Victor sourit.

Et quand la discussion fait mine de languir, les jeux reprennent. Constance retrouve son entrain. Marie-Angélique et Angélique-Octavie papotent. François-Jérôme s’assoupit dans son fauteuil. On ne rentre quand même pas trop tard chez soi. Marie-Angélique et Constance n’ont pas loin à aller. Les Gely non plus. C’est plus loin pour les Charpentier mais François-Victor est là pour leur éviter tout avatar entre la Cour du Commerce et le quai de l’Ecole.

Malgré les soins de Charles-Daniel, le premier fils des Danton meurt le 24 avril 1789. A l’époque, le décès des enfants en bas âge est malheureusement une chose tellement courante que les chagrins ne sont pas de très longue durée. Les parents pensent au suivant.

De nouvelles têtes apparaissent dans le petit cercle. Camille Desmoulins, avocat efflanqué et bègue de surcroît, membre comme Danton de la loge des Neuf Sœurs, présente un jour sa fiancée, Lucile Duplessis, dix ans plus jeune que lui. Antoinette-Gabrielle et Lucile deviennent vite inséparables. Danton amène parfois un ami d’enfance, Jules Paré, maître-clerc d’un avocat aux Conseils, ou encore Philippe Fabre, curieux bonhomme aux propos souvent surprenants, qui se fait appeler Fabre d’Eglantine et qui est l’auteur d’une chanson qui court les rues et où il est question de la pluie et d’une bergère. Il parle parfois d’un médecin de sa connaissance, Jean-Paul Marat, qui a été médecin des suisses du Comte d’Artois pendant six ans [18] et qui habite la maison qui est à l’angle de la rue du Paon et de la rue des Cordeliers [19] . Un voisin.

Constance et sa mère regardent avec un peu d’étonnement se transformer le calme petit cercle auquel elles étaient habituées. Mais les bruits du dehors rapportés par ces nouveaux venus ne les inquiètent pas outre-mesure. Antoinette-Gabrielle est à nouveau enceinte et Charles-Daniel la surveille.

Pourtant, les dés roulent. A Versailles, les Etats-Généraux réunis par le Roi ont tourné à son désavantage. Une Assemblée Nationale s’est créée. A Paris, une émeute populaire a pris et détruit la Bastille. La tête de son gouverneur, trophée sanglant, a été promenée dans les rues au bout d’une pique, pas dans la Cour du Commerce heureusement. En quel siècle vit-on ? Toute cette violence … Mais quoi, les hommes disent que c’est un mal nécessaire pour changer en bien les choses. C’est ce que dit François-Victor. A l’atelier, Jacques-Louis David est enthousiaste et veut entraîner son monde dans un ralliement actif à ce qu’il présente comme l’avènement d’une ère nouvelle. Il veut des gestes concrets. Alors, le 7 septembre 1789, vingt-et-une épouses de peintres se rendent en députation à Versailles pour remettre solennellement leurs bijoux sur le bureau de l’Assemblée. Celle-ci décide d’inscrire leurs noms au procès-verbal de la séance. [20] Constance, qui ne voit pas très bien l’utilité de la chose et redoute un peu les manifestations publiques, n’en n’est pas. D’ailleurs, elle n’a pas de bijoux. Elle reste Cour du Commerce.

Que faire ? L’atelier de David est en plein remue-ménage. On y discute plus que l’on y peint. François Gérard a échoué pour le prix de Rome. L’Académie est décidément intraitable. Il se remet à la tâche. Constance regarde avec une admiration teintée d’envie ce jeune homme de 19 ans qui, en dépit de son premier échec, arrive à faire des choses qu’elle ne parvient pas elle-même à réaliser. Mais l’effervescence ambiante la gêne. Dans les rues, c’est l’agitation. Constance ne va presque plus à l’atelier. Elle entreprend paisiblement et à domicile son premier portrait ; celui de sa mère, Marie-Angélique. [21] Un visage rond, comme sa fille. Un sourire serein. Une femme d’intérieur dans une cape confortable et les cheveux recouverts par une de ces parures de l’époque en dentelles et rubans.

Les dés roulent encore. Vu de la Cour du Commerce, tout se mélange. Danton n’est pas souvent là le soir. Il fréquentait depuis un bon moment le club des Cordeliers qui se réunissait alors rue Dauphine. Il vient d’en être élu président. François-Victor raconte : la présence du Roi et de la Reine au banquet du régiment des Flandres appelé à Versailles a été brocardée par la presse parisienne – la fidélité aurait été jurée au Roi et non à la nation, des cocardes tricolores auraient été foulées aux pieds. Danton a appelé les parisiens à prendre les armes. Une affiche en ce sens a été placardée sur les murs. Et les 5 et 6 octobre 1789, une foule guidée par des agitateurs est allée à Versailles, a massacré les gardes et a ramené à Paris la famille royale dont la voiture était encadrée par des porteurs de piques ornées des têtes des gardes. Danton n’y était pas et a été délégué par les Cordeliers pour aller remercier le Roi d’être revenu au milieu de son peuple. Il nage dans toute cette eau trouble. François-Victor explique que ces violences sont regrettables mais que l’Assemblée désormais constituante revient elle aussi à Paris, que de nouvelles institutions vont voir le jour et qu’elles seront plus équilibrées maintenant que les privilèges ont été abolis. Bon. Mais tout cela change si vite que l’on a bien du mal à se faire une opinion. Même Charles-Daniel, libéré de ses fonctions auprès du Comte d’Artois qui a déguerpi dès le 16 juillet 1789, s’est lancé dans l’action et a été élu à la Commune Provisoire autoproclamée de Paris. Il est en quatrième position pour le district de Saint-Honoré, quartier du Palais-Royal, derrière un ancien marchand, un notaire et un ancien procureur du Châtelet. [22] De passage Cour du Commerce, il explique que, de toute évidence, l’ordre ancien de la Monarchie absolue a volé en éclat et qu’à 51 ans il veut participer à ce qui va se mettre en place, tout au moins à Paris, même si l’on ne voit pas très bien encore vers quoi tout cela entraîne. Bon. En attendant, « le professeur dans l’art des accouchements » veille à la venue au monde d’Antoine, deuxième fils des Danton. L’enfant est baptisé le 18 juin 1790 à Saint Sulpice. En sortant de l’église, Antoinette-Gabrielle accroche à la robe de baptême de leur fils une cocarde tricolore et on dit que son père a affirmé que ses premières paroles seraient « Vivre libre ou mourir ». Cet homme fait flèche de tout bois et occupe tout l’espace. Constance et Marie-Angélique sont prises dans le mouvement. Tout se passe si bien Cour du Commerce. Sans que l’on sache très bien d’où Danton tire ses revenus [23] , on ne peut que constater l’amélioration de son train de vie. Antoinette-Gabrielle en est ravie. Les 14 ans de la petite Louise-Sébastienne Gely adorent s’occuper d’Antoine. Les habitués, auxquels se joint de plus en plus fréquemment un ami de François-Victor, Claude-Etienne-François Dupin, rivalisent d’entrain. Et comme Georges-Jacques Danton a quand même des temps libres, Constance entreprend son portrait [24] , tandis que Jacques-Louis David lui-même fait celui d’Antoinette-Gabrielle [25] et que La Neuville fait ceux de Marie-Madeleine Camut, mère de Danton, et de la sœur de celle-ci, Mme Menuel [26] .

Mais Constance est décontenancée. Tout se mêle. A côté du petit monde de la Cour du Commerce où tout va bien, des changements surprenants sont perceptibles. Rien que dans la rue des Cordeliers, l’église Saint-Cosmes-Saint Damien a disparu, transformée en atelier de menuiserie. Le Collège des Prémontrés est supprimé et vendu par lots. Et l’Assemblée a voté un décret supprimant les congrégations régulières. La religion est attaquée de toute part. Les prêtres doivent prêter serment à la Constitution. Cela n’empêche pas les Danton de tirer les rois le 6 janvier 1791, sous les sarcasmes, il est vrai, de Marat passé par là justement ce jour là.


extraits venant d'ici http://www.constance-charpentier.fr/
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Libellule

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MessageSujet: Re: Au comptoir du limonadier de Fontenay à la manière d'Alexandre Dumas   Ven 24 Jan 2014, 00:32

le buste mortuaire d'Antoinette Gabrielle Charpentier fait au lendemain de son décès (morte en couche alors qu'elle attendait son 4e enfant.

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Robin

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MessageSujet: Re: Au comptoir du limonadier de Fontenay à la manière d'Alexandre Dumas   Ven 24 Jan 2014, 01:51

Voilà un secteur où vous excellez et que j'ai plaisir à lire. Pour vos autres post politco-sentencieux, là, vous me gonflez sévère? Autant vous le dire tout net !
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Libellule

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MessageSujet: Re: Au comptoir du limonadier de Fontenay à la manière d'Alexandre Dumas   Ven 24 Jan 2014, 03:40

Ah, vous voilà Robin, je vous attendais pour reprendre mon histoire avec l'aide cette fois des notes de Georges Naudet. (p 224 et 225). Notre historien, qui reste une mine de renseignements dit que la maison entourée d'un jardin de notre limonadier serait à l'angle de la Rue Chevrette et de la rue de la croix Boissée (rue Grognard en fait). Avec google maps on voit à cet emplacement aujourd'hui plutôt une bien belle demeure. Mais non seulement il nous parle d'un Grognard, mais aussi d'un homonyme à vous... Si,si.

Notre nouvelle histoire commence le 5 avril 1794, à la mort de Danton sur l'échafaud.

Dans les jours qui suivirent, il y eu encore du grabuge à Fontenay. Cinq Fontenaysiens dénoncèrent au comité de surveillance de la commune un dénommé Jean Pierre Merillon au prétexte qu'il mangeait du porc. Le maire de l'époque, Guitton, lui fit reproche de ne pas être patriote. Merillon demanda d'où venait l'ordre de réquisition, le maire lui répondit du Comité de Salut Public.

Mérillon rétorqua que, sur le papier, on pouvait mettre tout ce que l'on voulait. comme le maire lui disait qu'il cherchait vraiment à se faire emprisonner, Merillon répondit qu'il "s'en foutait et qu'il n'y resterait pas 24 heures". Pierre Noel Vitry, vigneron , déclara avoir entendu dire à Mérillon, que s'il avait un porc, il le donnerait volontiers, mais pour les défenseurs de la patrie, ou qu'il le partagerait avec un nécessiteux.

Et vous savez quoi, eh bien, Jean François Joigneaux, vigneron, Bonaventure Lapie, vigneron, et donc, Etienne Robin cheers  (si, si je vous l'avais dit) déposèrent dans le même sens.

La morale de l'histoire la voici : Le lendemain Merillon prétendit qu'il avait bu  et n'avait plus la plénitude de sa raison quand il parla. Le procès verbal du comité de surveillance de Fontenay sous Bois fut transmis au district de Bourg Egalité et Mérillon fut arrêté et emprisonné à la maison d'arrêt du district le 16 juin.... Le 23 un autre citoyen, Maurice Mouscadet, éprouva le besoin de charger encore son concitoyen, en prétendant avoir entendu Mérillon dire que "les administrations nous ont toujours rongés, nous rongeront toujours et tous ceux qui sont en place sont de sacrés coquins". Mais malgré tous les efforts des uns et des autres, tout par ailleurs attesta du parfait patriotisme de l'accusé. Mais comme il s'en était pris à l'administration, ses propos furent quand même jugés avilissants.

Et c'est ainsi que Mérillon fut emprisonné à la Conciergerie. Il était avec 10 autres accusés. Ayant choisi de prendre comme témoin le Maire Guitton, et le Noêl Vitry du début de l'histoire, en définitive tous les accusés, sauf Mérillon furent éxécutés, étant déclarés ennemi du peuple.

Mérillon fut libéré, lui, sur le champ.  sunny 

Amusant, non?
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Robin

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MessageSujet: Re: Au comptoir du limonadier de Fontenay à la manière d'Alexandre Dumas   Ven 24 Jan 2014, 04:22

Au moins, vous avez avec moi un lecteur assidu et attentif sur ce thème, quant aux autres rubriques, bof ! ! ! !
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