Forum d'échanges et de débats concernant les quartiers de Fontenay-sous-Bois (94120), la ville dans son ensemble, son environnement et sa gestion, ou des sujets d'intérêt général.


 
AccueilAccueil  PublicationsPublications  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  
Partagez | 
 

 Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Libellule

avatar

Messages : 14440
Date d'inscription : 23/01/2012

MessageSujet: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Mar 11 Mar 2014, 17:30



Lorsque le 23 avril 1416 Nicolas d’Orgemont chanoine de Notre Dame de Paris et de Saint Germain l’Auxerrois eut été convaincu de crime de lèse-majesté et condamné de ce chef à la confiscation de ses biens, les vastes domaines qu’ils tenaient de son père furent mis à la main du roi, par les soins de Guillaume de Merilles, receveur des confiscations, puis portées à la criée pour mise  en vente au Chatelet.

Les biens et vignes de Fontenay-sous-Bois seront acquis par Hugues de Guingant tandis que ceux des hauteurs plus à l’Ouest de Ménilmontant se verront attribuées à Courtille Jacqueline d’Epernon.

Deux inconnus a priori mais qui nous ont laissé quelques bribes d’informations  qui ont failli se perdre dans la nuit des temps s’ils n’avaient tous deux une passion pour le vin.
 
Je vais maintenant essayé de vous restituer tout cela.

En vous présentant tout d’abord ces deux personnes :

Hugues de Guingant est connu pour avoir été clerc et secrétaire du roi (1385), puis son conseiller  et celui du duc d'Orléans en leur Chambre des comptes, mais aussi garde des chartes du duc (1391-1403), avant de devenir  auditeur des comptes (1406). Il reçut en 1394 deux cent francs de récompense pour avoir surveillé la construction de la chapelle des Célestins que Louis d'Orléans faisait construire.

Pour être encore plus précis, Hugues de Guingant avait dès 1392 reçu autorité pour prendre possession, au nom du roi, de tous les fiefs qui lui paraissent  dignes d’intérêts afin de les valoriser au mieux.

Il  est officiellement nommé en  1394 avec Alain de Beaumont, administrateur des domaines entre autres du Nord Est parisien.

Son écu est tiré après cette nomination : il s’agira d’un chevron hochant sur un aigle et cantonné de mouchetures d'hermine. (BnF Cabinet des titres PO 1448, n° 32835, 4-22)

C’est grâce donc à cette dernière charge que l’on retrouve Hugues de Guingant consulté pour recevoir une partie de l'héritage des biens de Nicolas d'Orgemont, chanoine de Notre Dame, dit le boiteux, condamné en 1415 comme membre du parti bourguignon à la privation de ses offices.

Courtille Jacqueline d’Epernon de son côté appartient à une haute famille parisienne, dont certains membres sont mieux passés qu’elle à la postérité : Simon d’Epernon, changeur du trésor en 1327, par exemple (arch nationale KK2 foli 168) et dont l’obit figure dans la nécropole de la grande confrérie aux Bourgeois.

Mais aussi André qui devient prévôt des marchands en 1413 lors de l’émeute cabochienne.

Elle-même ne laissera qu’une mémoire qui aurait pu à jamais s’effacer si elle n’avait acquis le second bien proposé et appartenant à Nicolas d'Orgemont :

un bel hôtel au dehors de Paris qui à l’occasion de cet achat pris le nom de la Courtille Barbette.

Barbette ayant été lui même le premier bourgeois fortuné à avoir construit cette maison de plaisance mise en vente. Ce bien se décomposant au moment de la transaction en une grange, un pressoir , onze grande cuves à fouler le vin, des tonneaux de demi chênes, un petit cellier, et bien entendu de quelques autres arpens de vigne avec quelques couloirs de cave.

C’était au temps où la chaussée de Mesnil-Montant était fréquentée par une foule de Parisiens qui ne reculaient pas à gravir sa pente rapide pour se rendre aux endroits à boire éloignés du centre-ville.

Et savez-vous ce qu’on y buvait ?

TouteS sorteS de petits vins produits alentours sur les divers coteaux environnants, essentiellement du picolo, (provenant anciennes terres de la Villette) qui nous a donner le verbe transitif bien connu, mais aussi des vins plus jeunes à presser, dont, bien sûr celui provenant des terres de Guingant.

Etait-il meilleur ou moins bon que celui des autres voisins, était-il le seul vin blanc, -je ne pense pas puisque le picolo était rouge et le piquet était blanc-, on ne le sait trop, mais on signala assez vite son raisin comme venant des vignes dépendant du clos Guinguet.

On ne sait trop comment non plus, mais un jour d'autres lieux de ce type s'ouvrirent et c'est ce qui donna le nom de guinguettes aux endroits où on le débitait même si en fin de compte on y picolait de la piquette....

Sans crier gare, Paris inventait un nouveau type de commerce, le bar à vin.

Bien sûr le temps passa et les guinguettes disparurent de Paris, petit à petit au fur et à mesure que Paris éprouva le besoin de s’agrandir. Les seules qui survécurent furent celles qui se transformèrent en brasseries.

Jusqu'à ce ce que lesguinguettes disparaissent presque totalement du paysage parisien.

De fait, bien avant l'agrandissement de Paris en 1860 qui engloutit un certain nombre de petites localités voisines, un grand nombre de guinguettes qui se trouvaient juste au-delà des barrières, pour échapper à l'octroi se virent contraintes de s’éloigner.

Ce que l'on sait c'est que l aplus fameuse d'entre elles est restée très longtemps celle de la Courtille – oui, oui de le Courtille Barbette, il s’agit bien de la même propriété que celle acquise en 1416, lieu qui se trouvait près de la barrière de Belleville.

Tout cela aurait pu définitivement tomber dans l’oubli  et les guinguettes auraient pu disparaître, de par leur lente intégration à la ville, une taxe frappant les marchandises entrant dans la ville de Paris.

Mais certaines, peu nombreuses, mais moins résignées décidèrent de quitter la ville pour les bords de la Seine et de la Marne. En bons gestionnaires certains comprirent en effet qu'en s'établissant en dehors des murs de la ville, ils verraient leurs nouveaux établissements non soumis à cette taxe. CQFD.
 
C’est ainsi que certaines guinguettes se retrouvèrent peu éloignées de fleuves où se pratiquait le canotage.

D’autant que le développement du chemin de fer et la création de la gare de la Bastille avec de nombreux trains vers la banlieue Est de Paris allaient être pour beaucoup dans le succès renouvelé de ces nouveaux lieux de plaisance que l'on appèlera pour les distinguer des premières les guinguettes « éloignées de la capitale », puis les guinguettes du bord de Seine ou de Marne.

Tout aurrait pu perdurer ainsi bien longtemps, mais ce succès fut brutalement mis en cause par l'interdiction de la baignade dans les rivières, provoquant le déclin des guinguettes d’une manière assez brutale.

Historiquement cette interdiction date des 1960 : elle fut prise par arrêté préfectoral pour des motifs d'hygiène (qualité de l'eau dégradée dans les années 1960-70) et de sécurité (risques dus au trafic des péniches et noyade).  Comme quoi, … la qualité de l'eau ou de l'air, cela peut jouer un rôle dans le devenir de certains petits commerces pourtant bien agréables en soi.

 study
Revenir en haut Aller en bas
Flamboyance

avatar

Messages : 586
Date d'inscription : 22/01/2014

MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Mar 11 Mar 2014, 19:06

Et en 2013 , avec la création de l'éco-parc des carrières , 450 pieds de vignes ont été plantés , en signe de renouveau du passé agricole de la ville .



XXXXXXX
Revenir en haut Aller en bas
Libellule

avatar

Messages : 14440
Date d'inscription : 23/01/2012

MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Mar 11 Mar 2014, 20:30

Exact.  Very Happy 

Le guinguet était un vin jeune et légèrement pétillant d’après les archives de Belleville.
Un vin de soif issu du clos Guinguet donc. Pourquoi Guinguet et non Guingant, plusieurs hypothèses circulent mais il y en a une que j'aime mieux que les autres.

Guigant était entre autre fonction un chevalier du guet, dans le cadre de son administration de biens...


Quant à la colline de Belleville elle est restée un lieu particulièrement courue jusqu'à la fin du 18e et dans la première moitié du 19e par le Tout Paris pour sa fête clôturant le mardi Gras appelée la « Descente de la Courtille » dirigée par Milord l'Arsouille.

Jacques Hillairet rappelant dans son "Connaissance du Vieux Paris" un dicton de 1830 qui disait "Voir Paris sans la Courtille, c'est voir Rome sans le Pape".

Et pour cause, imaginez un peu le tout paris mondain de l'époque, déguisés en pierrots et paillasses, venant s'encanailler avec les ouvriers des carrières de Belleville et de Fontenay-sous-Bois dans les gargotes où le vin coulait à flots comme le Coq Hardi (si, si), le Boeuf rouge (si, si encore), la Carotte filandreuse (c'est pas fou ça) ou encore Papa Denoyez.

Si avec ça chaque candidat à la magistrature suprème de notre ville ne trouve pas un avatar à sa convenance, c'est à désespérer.

Après des heures de beuveries et orgies en tout genre, tout ce monde dévalait à pieds la colline en hurlant et jetant toutes sortes d'objets sur leur passage.

Quelques noms de rues témoignent encore aujourd'hui de ce passé viticole à Paris comme la rue des Panoyaux qui fut un sentier jusqu'au milieu du 19ème siècle traversant un vignoble dit "Le Pas Noyaux" car ses raisins explique Jacques Hillairet étaient sans pépins !

Je ne me suis pas encore penché sur les noms de rues de notre ville pendant nous ramener au temps viticole,mais bon, on va dire à suivre.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Mar 11 Mar 2014, 22:11

Voir aussi le rapport avec les biens du clergé de Paris, et le vin de messe. Ceci pour tous les coteaux du Val de Marne.
Revenir en haut Aller en bas
Libellule

avatar

Messages : 14440
Date d'inscription : 23/01/2012

MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Mer 12 Mar 2014, 10:33

Avant de poursuivre quelques documents sources sur ce qui a été dit précisément
Le livre référent indiquant les conditions de cession des biens de Nicolas D’orgemont comme résumé ci-dessus http://bibnum.enc.sorbonne.fr/omeka/tires-a-part/085282278

Sur le rôle des chevaliers du guet (ancêtre de ce que l’on appellerait aujourd’hui la police municipale) http://fr.m.wikipedia.org/wiki/Guet_royal  

Sur le contexte historique entre Armagnacs et Bourguignon qui entraîna la condamnation de Nicolas d’Orgemont et la révolte cabochienne http://fr.m.wikipedia.org/wiki/Guerre_civile_entre_Armagnacs_et_Bourguignons

Sur la fête dite de la descente de la Courtille http://fr.m.wikipedia.org/wiki/Descente_de_la_Courtille

Sinon, vous avez raison Eole de parler de côteaux car c’est bien le fil conducteur que j’ai choisi de prendre pour ce nouveau sujet.

Comme je vous le disais, j’en étais à essayer d’identifier le lieu des biens et vignes acquis par le sieur Hugues de Guigant, et comme souvent, pour y arriver,  je m’appuie à un moment donné ou à un autre sur le livre de Georges Naudet.

Que nous dit-il de son côté. Qu’avant les acquisitions en masse des terrains Fontenaysiens par l’Abbaye de Saint Victor, notre ville était organisé en fiefs ; l’un deux étant le fief du Chatelet. (page 49 et suivantes pour les détenteurs du livre).

Et que ce fief tirerait son nom du chastel, castel ou vieille tour qui s’élevait en haut de Fontenay. Il s’agissait d’une tour de Guet. Il la situe Rue Saint Germain à l’entrée de l’actuel Stade Saint Laurent.

Il précise par ailleurs qu’un fief se définissait par la possession de terroir incluant vignes et potagers,  et nous indique que ce fief est devenu possession de la famille d’Orgemont le 13 novembre 1371, le propriétaire (Pierre) ayant quatre fils, dont le Nicolas qui me sert de fil conducteur. Le partage eut lieu en 1388.

On y apprend que Nicolas d’Orgemont était dit le boiteux suite à un accident à sa jambe droite, et qu’il avait des difficultés avec son autorité directe, à savoir le Chatelet de Paris.

Georges Naudet ne manque pas de relever que ses difficultés tenaient à ce que l’homme exerçait une très forte influence sur les conjurés pendant la désastreuse lutte entre Armagnacs et Bourguignons, les Bourguignons souhaitant se débarrasser des Armagnacs le jour de Pâques.
(voir plus haut).

Dans son livre Georges Naudet mentionne comme acquéreur le nom de Guingamp, et non de Guingant, ses sources a priori étant plus récentes que les miennes, car, de fait, le nom d'origine a été comme souvent modernisé. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai introduit mon sujet avec la signature authentique d’Hugues de Guingant…

Ce qui est particulièrement intéressant c’est la suite du récit que Georges Naudet nous fait, puisque dans les faits, le partage de 1417 s’avéra ne pas convenir du tout aux chanoines de Saint Victor, qui se mirent en contestation de cette attribution à Hugues de Guingant.

Et c’est ainsi qu’il fut décidé le 1er juillet 1462 que les chanoines de Saint Victor auraient toutes les dimes du vin de Fontenay, et les bonshommes toutes les dimes du grain. Et qu’il ne serait rien pris sur les terres labourables de part et d’autre.

Muni de tout cela je pense avoir à peu près identifié entre quoi et quoi pourrait se situer le très convoité Clos Guinguet, un coteau se définissant par ailleurs comme suit : espace en pente situé généralement sur les flancs d'une petite colline.



Au point A se trouve le lieu-dit Villa du Chatelet, avec au dessus l’actuel parc des carrières, aujoud'hui comme le dit Flamboyance, renommé éco Parc René Dumont. De là, il est possible de tendre une ligne droite correspondant aux hauteurs du plateau surplombant le coteau lui-même, en passant par le le stade Pierre Laurent, emplacement admis de la tour de guet,, deux droites complémentaires pouvant être tirées, pour rejoindre, le bas du dénivelé au lieu-dit Villa du Coteau.

Quant aux terres de labourage communes aux religieux, je les verrai bien situées vers la rue de la planche qui jouxte la Villa du coteau, un peu plus haut.

Car la définition du mot il y a bien longtemps était la suivante : espace de terre plus long que large où l’on élève des fleurs et des potagers. L’espace est préparé le long d’un sentier, la longueur étant déterminée par la longueur du quartier occupé, sa délimitation se faisant par des planches bordées de fines herbes dans les beaux jardins potagers alors que dans les plus petits on emploie du buis ou de la brique.

Je pense en effet que le terme de villa sert ici à délimiter des changements de nature de terrain.
Ainsi pourrait-il en être de la villa pêche (en haut à mi chemin du premier trait), ou de la villa Memoris (en pas à gauche). Dernière remarque, on notera à gauche aussi la présence de la rue Castel.... (perpendiculaire à la rue Boschot).


Dernière édition par Libellule le Mer 12 Mar 2014, 15:29, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Libellule

avatar

Messages : 14440
Date d'inscription : 23/01/2012

MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Mer 12 Mar 2014, 12:11

Bonus : Grâce à ce lien, vous pourrez identifier à quel point le mot vin était encore présent dans notre ville au début du XXe siècle. Sur les 54 photos proposées, une dizaine y font référence par facade ou publicité interposées.

Merci à celui qui a constitué cette belle documentation.
http://fontenayplateau.free.fr/Final%20Fontenay%20autrefois/Album%20page%20.html

j'y ajoute celle-ci en rapport avec la descente de la Courtille.




Et cette anecdote autour d'une décadence par l'ennivrement au fameux petit vin blanc.

Ce grâce à François Villon qui nous laisse le poème de la Belle Heaulmière qui dans la vraie vie était la compagne de Nicolas d’Orgemont, au moment où celui-ci est emprisonné avant de mourir rapidement en juillet 1416 alors qu'elle avait 51 ans.

Ce poème nous raconte ses souvenirs alors qu’elle est âgée de 81 ans…. (le poême est daté 1446).

La vieille regrette sa jeunesse et en particulier sa beauté qui la faisait régner sur une cour d'admirateur. Elle vivait alors le "bon temps" . Elle se dit représentante de la  voix des vieilles, comme elle, désormais à la fois misérables et radoteuses, pauvres et sottes.

Un Carpe Diem assez cynique : "profitez donc du bon temps pendant que vous êtes encore jeunes et jolies, la vieillesse viendra toujours trop tôt".

le lien http://www.atramenta.net/lire/ballade-de-la-belle-heaumiere-aux-filles-de-joie/780

avec ce commentaire du texte qui est très précis .... sur le sens des mots de l'époque.
http://feuilly.hautetfort.com/archive/2008/06/23/villon-la-belle-heaulmiere.html

Qui plus est, elle a inspiré aussi cette sculpture de Rodin.
http://www.musee-rodin.fr/fr/collections/sculptures/celle-qui-fut-la-belle-heaulmiere
Revenir en haut Aller en bas
Libellule

avatar

Messages : 14440
Date d'inscription : 23/01/2012

MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Mer 12 Mar 2014, 14:36

Pour terminer ce voyage à travers le temps et les âges autour du clos Guinguet et des guinguettes, je me permets de vous présenter le début d'une page d'un livre intitulé du Vice puni ou Cartouche qui date de 1725 et dont l'auteur est Nicolas Pacot de Granval connu par ailleurs pour être un éminent spécialiste de traduction de l'argot au français et réciproquement. Je pense que ce Monsieur explique très bien ce qu'était des guinguettes avant qu'elles n'atteignent les bord de la Marne.  study 



la suite...

On voit partout mûrir, on voit partout éclore les fruits de Pommone et les présents de Flore.
et Cérès et Bacchus, ces redoutables Dieux de leurs fertiles dons enrichissent ces lieux.

On entend jour et nuit l'aimable Philomène jurer à son amant une ardeur éternelle....
(...) puis plus loin il est dit (...)

Dans ce charmant réduit qu'on nomme la Courtille (...)

mais là je vous laisse vous prendre en charge si on peut dire si vous voulez savoir ce qu'on y faisait.

(c'est en page 77 pour les plus pressés)

Pour les inscrits à google play ce lien vous donne un accès direct

https://play.google.com/books/reader?id=170FAAAAQAAJ&printsec=frontcover&output=reader&authuser=0&hl=fr

pour les autres il faudra vous débrouiller avec une recherche par vos propres moyens, mais vous avez les mots clefs en haut de la reproduction.  alien  cat 

FIN pour ma part sauf questions subsidiaires.
Revenir en haut Aller en bas
Libellule

avatar

Messages : 14440
Date d'inscription : 23/01/2012

MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Jeu 13 Mar 2014, 09:36

Au regard de la carte aérienne que j'ai fournie plus haut, je crois que cette photo est assez intéressante à analyser en détail vue son point de prise.  alien  cat 



Addendum pour Eole, à propos de sa remarque sur le vin de messe.

De même que le pressoir de vigne transforme la grappe en vin, de même on dit que le bois de la Croix a broyé le corps du Christ pour en faire jaillir son sang, vin de la Nouvelle Alliance et breuvage d'éternité.

Née de la rencontre entre la figuration de la Fontaine de vie et certains versets d'Isaïe annonçant l'Homme de douleurs, l'image du Pressoir mystique fait voir le Christ pressé tel une grappe.

pour aller plus loin je vous propose ce lien assez complet sur le sujet.
http://www.unicaen.fr/mrsh/craham/revue/tabularia/print.php?dossier=dossier8&file=03venard.xml

et je reproduis cette image qui en vient



Mais pour faire bref, l'image du Christ préssée par la croix apparue effectivement aux XIIe XIIIe siècles, et connut une faveur exceptionnelle à la fin du Moyen Âge, dans l'ensemble du continent européen, et plus tard au-delà : miniatures, fresques, tableaux, gravures, vitraux, sculptures, céramiques, on la découvre présente dans toutes les formes d'art, même en littérature. (voir le lien donc)

D'abord image de dévotion, expression privilégiée de la vénération pour le Christ souffrant et le Saint Sang, sa carrière évolue aux XVIe et XVIIe siècles : aux temps des guerres de religion, l'usage catholique en fait une arme théologique contre les protestants et la charge d'afficher la doctrine de la transsubstantiation.

Il s'agit en fait de l'entretien d'un rite de passage qui, partant du Christ foulant le sol, debout, en vainqueur de la mort, l'amène au Christ écrasé sous la barre du pressoir, ployé, titubant, à genoux puis couché de tout son long. La couleur rouge du sang aurait pu être respectée, mais le vin blanc allait plus dans le sens de la purification voulue par le rituel.

Sachant qu'un pressoir à vin au moyen âge devait de son côté avoir cette allure là.



Revenir en haut Aller en bas
Libellule

avatar

Messages : 14440
Date d'inscription : 23/01/2012

MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Jeu 13 Mar 2014, 13:35

Tentative d'approche historique locale sur la gestion des coteaux en cette période trouble de l’histoire de France qui va de 1416-1417, date de l'acquisition du Clos d'Orgemont par le sieur Guingant et son intégration aux possessions de l'Abbaye Saint Victor en 1462-1475 :

A l’époque de la querelle des Armagnacs et des Bourguignons, le château de Vincennes dépend encore de  Fontenay-sous-Bois.  Jusqu'alors utilisé comme résidence secondaire par les rois capétiens,  il devient résidence de gouvernement et se transforme en forteresse à partir de 1360.

Il conserve toutefois ses appartements, lieux de distraction avec jardins, son espace de chasse réservé et est entouré d'autres résidences de proximité, tels les manoirs  de Plaisance ou de Beauté.

On est dans la période de la guerre de cents ans.

Le décès du roi Charles V en 1380, a lieu à une époque où son fils Charles VI est trop jeune pour régner. Le pouvoir est alors au main d'un conseil royal, dominé par les 3 oncles du jeune roi, à savoir l'aîné Louis 1er duc d'Anjou, régent en titre, Jean, duc de Berry et le cadet Philippe le Hardi, duc de Bourgogne qui était devenu le personnage le plus puissant du royaume en épousant le 13 juin 1369 Marguerite l'héritière des comtés de Flandre, de l'Artois et de la Franche-Comté.

Participant activement au gouvernement, le duc bourguignon loge assez souvent  près du roi au château de Vincennes ou de Plaisance.  Mais la vacance du pouvoir au sein du conseil royal fait que le royaume est  dominé tour à tour par les ducs d'Orléans et de Bourgogne.

A la mort de Philippe le Hardi le 27 avril 1404, son fils et successeur est l'énergique Jean Sans Peur qui prend sa suite et s'oppose militairement au duc Louis 1er duc d'Orléans qui s'enfuit de Paris le 15 août 1405.

Le duc bourguignon entre dans la Capitale, acclamé par les parisiens qui reprochent à son rival de lever trop de dime, puis accepte une réconciliation initiée par son vieil oncle Jean duc de Berry. La réconciliation est de façade car le 23 novembre 1407, le duc d'Orléans Louis 1er est assassiné à Paris sur instruction du duc de Bourgogne. C'est le début du processus de guerre civile qui va opposer au sein du royaume de France deux clans irréductibles, les Armagnacs et les Bourguignons, frères ennemis dans le conflit franco-anglais.

Au mois d'avril 1410, le parti Armagnac dirigé par le jeune Charles d'Orléans, fils du défunt duc assassiné est au sommet de sa puissance.  Les Armagnacs sont soutenus par les milieux financiers alors que les Bourguignons s'appuient sur les corporations de métiers, notamment celle des bouchers et des vignerons, les plus virulentes et organisées.

On va d’escarmouches en escarmouches  jusqu’ en mai 1413, où Paris est en proie à l'émeute dirigée par les artisans de la boucherie conduits par Jean Caboche, contre la reine Isabeau de Bavière, veuve du feu roi Charles VI le fou.

Exactions et massacres ont un effet dissuasif sur les parisiens qui abandonnent le camp bourguignon, ce qui amène Jean Sans Peur à quitter discrètement la Capitale le 23 août 1413.

Néanmoins, à partir de cette époque, s'affirme, au delà de ce sentiment d'éloignement, le profond désir d'indépendance du puissant duché de Bourgogne vis à vis du royaume de France par sa volonté de plus en plus évidente de se rapprocher avec l'Angleterre par un accord signé finalement le 6 avril 1416.

Et c'est là que la grande histoire, rejoint, une nouvelle fois, la petite :

Partisan des Bourguignons, Nicolas d’Orgemont est choisi comme cible « pour l’exemple », par les partisans du Duc d'Orléans, (ou Armagnacs) et c'est précisément ainsi qu'il est condamné  à la privation de ses offices et à 80000 écus d'amende. Et si ses biens revinrent en la main du roi qui les vendra à Hugues de Guingant ne n’était pas anodin, puisque ce dernier était un fidèle de la Maison d'Orléans. CQFD.

Mais voilà, suite à cet événement, la résistance s’organise contre ce jugement. Le chef des partisans des Bourguignons,  Hugues Rapiout, un très puissant prévôt des marchands en devenir, étant de fait fou de rage :

Tout simplement, et on l’apprendra plus tard, parce que son objectif inavoué était de mettre en valeur, puis  de développer la culture de la vigne pour s'en réserver  le monopole, agissant ainsi indirectement au profit de l'occupant qui tentait de relancer les moribondes Foires de Champagne et d'assurer le ravitaillement de Paris. D'où l'importance de conserver dans ses domaines toute parcelle de raisins, produisant .... du vin blanc **************** voir le Post scriptum

Ce premier évènement  marque donc, d’un point de vue historique, l’ouverture de cette longue période qui va amener le pays à sa ruine par ce qu’on appellera la guerre des "écorcheurs", à l’intérieur de la guerre de cents ans, la guerre prenant une tournure apaisée à partir de 1462 (date de l'entrée en jeu des Abbayes dans la redistribution des terres), même si la guerre devait continué sporadiquement jusqu'à la trêve de Picquigny du 29 août 1475.

De quoi égalment mieux comprendre les prises de possession par l’Abbaye de Saint Victor des terres de Fontenay dont le Clos Guiguet.

Il convenait d'assainir une situation qui n’avait que trop perdurer.

Le conflit franco-bourguignon proprement dit, laissera en fait des traces jusqu'à la mort de Charles le Téméraire le 5 janvier 1477, 4ème et dernier duc de Bourgogne dont le duché sera repris non sans difficultés par le roi Louis XI.

Le même Louis XI qui confiera au petit fils du défunt Orgémont s'appelant également Nicolas la gestion du trésor du Royaume.

une source parmi d'autres :
Biographie universelle (Michaud) ancienne et moderne, Volume 31 p337 et suivantes

Les post scriptum ***************** alors rouge rouge ou vin blanc à l'époque?

Voyons cela vite fait en partant du XIIe siècle :

A cette époque, d’un côté il y a le duché  d’Aquitaine, qui  unit à la couronne d’Angleterre, remplit les flottes anglaises de clairet dont les Anglais raffolent. Le vignoble bordelais prend son véritable essor à la fin du xiie siècle grâce à cela. Les vins de l'appellation bordeaux-clairet sont à l’époque  des vins d'une couleur rouge légère, quasi rosée. Ce sont des vins rafraichissants, appréciés en été, pour un piquenique ou avec des cuisines exotiques.

De l’autre côté a lieu un acte très important pour le vignoble de Champagne : l'établissement de la grande charte champenoise par laquelle Guillaume de Champeaux, évêque de Châlons-sur-Marne, confirme les domaines agricoles et viticoles de l'abbaye Saint-Pierre-aux-Monts. Cette charte est considérée comme l'acte fondateur du vignoble de Champagne.

Progressivement les goûts évoluent et les vins capiteux sont délaissés pour des vins plus clairs et plus légers.

Le vin fait l’objet d’une véritable bataille commerciale dans laquelle les différents vins affirment leur personnalité. Pendant toute la période du Moyen Âge, la France est le premier exportateur de vin. Paris et l'Île-de-France sont le plus grand vignoble de France, qui approvisionne les villes, grandes consommatrices de vin.

Et c’est là que l’on découvre que le vin rouge ne s'est développé, en France puis en Europe, qu'à partir du XIVe siècle. Le rôle joué par la Cour pontificale d’Avignon dans cette mutation de goût paraissant essentiel, le vin de Beaune descendant plus facilement vers le sud par l’axe Saône/Rhône, tandis que pour atteindre Paris, il devait traverser le Côte en charroi jusqu’à Cravant pour rejoindre l’Yonne.

Dans le milieu de la seconde partie du XIVe siècle, en pleine guerre de Cent Ans, près de deux cents navires marchands font le trafic du vin entre Bordeaux et Londres et sa couleur change pour devenir rouge….
Revenir en haut Aller en bas
Libellule

avatar

Messages : 14440
Date d'inscription : 23/01/2012

MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Ven 14 Mar 2014, 01:26

Pour le détail des pourparlers entre le clan d'Orgemont et celui des Guingant quelques autres informations sont lisibles ici.
http://perso.numericable.com/rconnat/montreuil2012/conversion/seigneurs_religieux.html
Revenir en haut Aller en bas
Libellule

avatar

Messages : 14440
Date d'inscription : 23/01/2012

MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Ven 14 Mar 2014, 10:46

Je m'apprétais à ne plus revenir sur ce sujet lorsque, tournant les pages du livre de Georges Naudet, j'ai lu ceci page 145 et suivantes (extraits choisi)

Les vignes

Les côtes fontenaysiennes (...) les titres connus s'y rapportant date de 888. On y parle de 100 muids, soit 5 000 litres. (...) la majorité des habitants sont qualifiés de vignerons...

Les pressoirs

Louis Le Gros lorsqu'il fonda l'Abbaye Saint Victor donna à la ville un pressoir et demi, déposé au lieu-Dit "Pressoir Saint Victor". Je suis donc en train de chercher s'il en existe une représentation. A priori le lieu du pressoir serait situé en retrait des vigne du côte Epivent (p 47 du même livre) un indice suffisant je pense pour nous orienter vers le Parc des Epivans, 28 rue de Neuilly qui jouxte, de fait, le plan aérien que j'ai fourni.

En attendant de vous en dire plus, ce



qui permet de supposer le sens des coteaux et leur importance territoriale au XVe siècle.

=======================

Nouveau bonus que je vous propose :

Un texte tiré du Dictionnaire universel, historique, critique et bibliographique, tome III ...  qui témoigne de la justice d’antan… et de son orthographe. AUTEUR- Louis-Mayeul Chaudon  Date 1810

Le duc  de Bourgogne", ennemi du roi de France , voulut profiter de cette disposition des esprits pour faire entièrement disparoître la cour de France.

Nicolas d'Orgemont fut le chef de la conspiration projetée. On n’ avoit d'abord fixé l'exécution au vendredi-saint de cette année; mais dans la crainte que les dévotions accoutumées en ce jour ne la rendissent plus difficile , elle fut renvoyée an dimanche suivant, jour de Pâques. Les conjurés dévoient d'abord se saisir du prévôt de Paris, et le tuer s'il refusoit d'entrer dans leur parti, arrêter et emprisonner le roi Charles VI, tuer la reine, le duc de Berri , le roi et la reine de Sicile, le chancelier de Fi ance,et une infinité d'autres personnages importans.
La conspiration fut découverte dans la matinée du jour où elle devoit éclater. Nicolas d'Orgemont, principal conspirateur, fut arrêté , et avec lui ses complices , Robin de Besloy , riche marchand drapier, Penaud Maillet, se disant prêtre êt curé, et plusieurs autres.
L'évêque de Paris réclama Nicolas d'Orgemont , comme attaché à son chapitre, et les immunités de l'Eglise sauvèrent du supplice ce grand coupable. Conduit le 21 avril de la même année à la Bastille , il en fut tiré pour être mené en un tombereau au lieu du supplice; là , rasé et coiffé d'une mitre, il assista à l'exécution de l'arrêt prononcé contre ses complices , Robin de Besloy et RenaudMaillet, qui y furent décapités.

Il fut ensuite conduit aux prisons du Châtelet et le soir rendu au chapitre de Notre-Dame do Paris. Il avoua tout, et fut condamné par le conseil du roi à quatre - vingt mille écus d'amende et privé de tous offices royaux; et, par le chapitre , à être privé de tous offices et bénéfices ecclésiastiques , et à une prison perpétuelle , au pain de douleur et eau d'angoisse , porte la sentence.

Avant d'être conduit à sa destination, le chapitre fit placer Nicolas d'Orgemont sur un échafaud dressé au parvis de Notre-Dame, et là, suivant l'usage du temps , il fut, en présence d'une mullitude immense , déclaré atteint et convaincu de crime de lèse-majesté, et, comme on s'exprimoit alors , il fut prêché pour l'exemple. Cette cérémonie se fit le 3o avril 1416. De là il fut transféré dans la forteresse de Mehun-sur-Loire, où il mourut le 16 juillet suivant.

Sou frère , Pierre D'ORGEMONT , qui avoit été évêque de Paris pendant 26ans , n'eut point la douleur de voir la triste destinée de Nicolas; il étoit mort dès l'an 1409.


Dernière édition par Libellule le Ven 14 Mar 2014, 15:07, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Libellule

avatar

Messages : 14440
Date d'inscription : 23/01/2012

MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Ven 14 Mar 2014, 13:58

Mes premières recherches côté cuves et pressoirs maintenant :

Avec tout d’abord ce rappel qui est loin d’être une évidence pour nous aujourd’hui :  A  l’époque des armagnacs et des bourguignons, il ne faut pas oublier que l’eau n’est  pas directement potable ou difficilement potable, que la plus saine boisson est le vin, lequel est de surcroît une boisson eucharistique – donc tout bon chrétien peut en boire.

C’est dû aussi au fait que la culture de la vigne n’a pas de jachère, qu’elle se pratique tous les ans et sans outils lourds : bêche ou houe, serpe et couteau pour vendanger suffisent. Le seul investissement consiste dans la commercialisation et les récipients – notamment les cuves – qui permettront de faire la vinification.

A l’époque, un proberbe dit  « Taille tôt, taille tard, mais taille en mars », c’est le temps de  « déchausser » la vigne, c’est-à-dire enlever le monticule de terre qu’on a amassé à ses pieds pour la protéger du froid pendant l’hiver,  la vigne étant tenue par des « échalas »,  bâtons plantés dans la terre auxquels on accole la vigne avec des brins de seigle ou de l’osier.

Quant à la division du travail, on ne s’étonnera pas qu’elle subisse l’implacable, sinon éternelle loi du « genre »  que l’on a dernièrement remis en débat jusqu' sur ce forum…:  ainsi la taille qui ne demande pas de gros efforts physiques mais une certaine connaissance de la vigne est-elle toujours effectuée  Question … et non raté ….  clown   par des hommes, avec un privilège accordé qui plus est aux hommes âgés, représentés dans l’iconographie avec la barbe…

Par contre les petits travaux comme chasser escargots et limaces ou effeuiller la vigne, sont exécutés par les femmes ou même les enfants …..

« Les vignes du Seigneur » – occupent toute la famille, avec là aussi une répartition des tâches : « hommes et femmes, parfois seulement des femmes, récoltent, tandis que seuls les hommes – cette fois pour des raisons de forces – se chargent du transport du raisin vendangé vers les cuves pour le foulage du raisin ». Le  foulage au pied  - « une activité très dure physiquement, mais aussi en raison des vapeurs éthyliques qui peuvent provoquer des chutes mortelles dans la cuve à fouler »



Le raisin foulé reste un certain temps dans les cuves en fonction du degré le raisin pressé pour l’obtention du vin blanc étant  immédiatement mis en tonneau. Le tonneau,  invention gauloise s’il en est….

Dans les années 1400 et 1500 le vin est très utilisé pour la cuisine car à l’époque  on ne fait pas cuire les viandes, les poissons ou les œufs dans de l’eau, mais dans du vin.

Vin, verjus et vinaigre – et parfois les trois ensemble – sont très utilisés dans les recettes aigres-douces, de quoi justifier en tout cas l’importance d’avoir parmi ses vins un cru aigrelet du type du guinguet. Un traité d’hygiène, le Tacuinum sanitatis, en témoigne.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tacuinum_sanitatis

dont j'extrais plus particulièrement cette photo symbole des travaux d'automne



Comme tout le monde boit, les femmes comme les hommes, l’ivresse est inéluctable mais ne constitue pas un péché capital puisqu’elle ne viole aucun des dix commandements et la société médiévale a à cet égard une attitude plutôt permissive. En cas de crime, l’ivresse, est même considérée par la justice comme une circonstance atténuante… On exige toutefois des femmes une certaine retenue, laquelle concerne surtout l’horaire : ces dames ne doivent pas se pochtronner  de trop bon matin…

Quant aux dames – et messieurs – de l’aristocratie, ils prendront garde à ne pas « lever le coude » en portant le verre aux lèvres, histoire de bien se démarquer du vulgus pecum qui boit en décollant le bras du corps…


Dernière édition par Libellule le Ven 14 Mar 2014, 19:56, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Libellule

avatar

Messages : 14440
Date d'inscription : 23/01/2012

MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Ven 14 Mar 2014, 14:54

Pour vraiment conclure, cette fois, je partage avec vous un bijou de texte tiré de : Le boire et le manger au XVIe siècle, résultant des actes du XIe colloque du Puy-en-Velay publié par Marie Viallon-Schoneveld, Institut Claude Longeon

Petite synthèse avec donc cette phrase n'utilisant que le vocabulaire du siècle de Rabelais.

Par la pépie des oiseaux, après avoir humé le piot, l’avoir copiné et martiné, il est temps de l’entonner, et de le picoler ce piquet ; qu’il descende par la lampe, pour le pinter!

Qu’on s’y rince la dalle, les tripes ou la gargamelle, qu’on plie le coude ou qu’on boive cul sec, on peut le triturer quand on se rend aux guinguettes jusqu’à l’avinée, le plaisir d’être coiffé, saoul comme une grive, rond comme un tonneau, plein comme une éponge est là, et qu’importe la manière dont on soit poussé dans les vignes du Seigneur pourvu que l’on ait abusé de cette eau bénite des caves, parce que gourmet ou guinguet,  par la grappe, la râpe ou la chope, tant  le gentil vin blanc est bon  qu’il soit vert, verdelet, âpre, amer, acre, acerbe, rude, rudâtre, austère, sûr, astreignent, aigre, doux, sec, pâle, jaunâtre, faible odorant, froid, chaud, fort, humide, gros ou épais. C’est à boire qu’il nous faut.    
Revenir en haut Aller en bas
Libellule

avatar

Messages : 14440
Date d'inscription : 23/01/2012

MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Lun 17 Mar 2014, 09:52

Flamboyance a écrit:
Et en 2013 , avec la création de l'éco-parc des carrières , 450 pieds de vignes ont été plantés , en signe de renouveau du passé agricole de la ville .



XXXXXXX

Flamboyance, je ne vous cache pas que je n’ai pas tout à fait compris pourquoi vous étiez allé chercher une image sur ce site http://www.vergers-ilot.com/ pour évoquer les vignes de l’éco parc René Dumont. Je doute que ce soit pour faire un compliment si je relève les XXXXXXXX ...

A moins qu’il n’ait s’agi pour vous de vous interroger sur le pourquoi du remplacement des vignerons par des maraîchers et des cultivateurs à compter du milieu du XVIII siècle comme l’évoque le site de l’Association des Vergers de l’îlot qui écrit

Sous l’Ancien Régime, les Fontenaysiens étaient  majoritairement des vignerons. Ils cultivaient aussi, pour leur usage personnel, le blé, l’avoine, le seigle et l’orge. Fèves, pois et haricots, principales nourritures. La vigne couvrait 422 ha contre 34 ha de terres labourables sur les 526 ha du terroir du village. Pour planter les ceps, il fallait demander l’autorisation à la capitainerie de Vincennes. Pour la récolte, il était interdit de cueillir le raisin avant d’y avoir été autorisé par le ban des vendanges.

En 1900, la vigne ne couvre plus que 40 hectares contre 324 pour les terres labourables. Ce déclin s’explique par la maladie de la vigne, le phylloxera.

Une occasion que je saisis pour vous présenter deux extraits choisis de texte, tous deux datés 1762 qui sont peut-être en mesure de nous éclairer sur ce qui s’est passé.

Les deux portant sur des études commandées par la capitainerie de Vincennes "sur les Villages de Montreuil, Bagnolet, Vincennes , Charonne & Villages adjacents a deux lieues ou environ de Paris".

Le premier «Mémoire sur la culture de la Vigne » est rédigé par  Goyon de la Plombanie et porte sur les différentes manières à améliorer  les vignes suite à un constat guère flatteur.

Extraits :

Il y a une infinité de vignerons qui , pour faire produire à leur vigne de leur culture grande quantité de fruit, se servent de fumiers , & qui, faute d'en connaitre la Nature , emploient tous ceux qu'ils ont à leur disposition. Il est vrai que les fumiers gras qui abondent en sucs nitreux et huileux, tels que les excréments humains, les boues des Villes et la fiente de volailles, de mouton, de porcs , s’ils donnent de la vigueur à la vigne, & la font pousser plus ou moins, à proportion que le fumier se trouve plus gras (il n’e reste pas moins que)  le vin qui provient des vignes ainsi fumées n'est jamais aussi délicat qu'il l'aurait été sans cela :  il acquiert un goût désagréable qui tient de celui de ce fumier. Ce mal ne peut être réparé par l'abondance ; il arrive même que les raisins ne  mûrissent jamais bien dans ces vignes , parce que la trop grande quantité de sucs.

(…) La fève toujours en mouvement, entretient le raisin dans un état de verdeur qui, joint à son mauvais goût, ne permet pas qu'on en fasse un vin raisonnablement bon.

(…) On voit par ce détail fondé fur l’expérience, que c'est la plus mauvaise méthode du monde que de fumer les vignes comme on fume les terres à grain,  cependant si l'on avait des terreaux bien conformés,  je ne désapprouverais pas qu'on en fît usage pour réparer un terrain tout-à-fait usé. Pour s'en servir à propos, il faudrait n'en répandre que bien peu fur la terre dans le temps qu'on donne le premier labour, afin qu'en retournant la terre, il pût se mêler avec elle

(…) Certaines gens croient faire merveille de fumer leur vigne pendant l'hiver; ils la font déchausser,

(…) le fumier perd la plus grande partie de fa force , parce que les pluies en entraînent les sels , & que cette opération augmente de beaucoup les frais de la culture


…. Suivent quelques conseils sur la nécessité de procéder à l’éloignement des pieds de ceps, de labourer la terre avant de poser les vignes afin de donner à la terre de nouvelles nourritures.

La critique est sévère, au regard du non renouvellement des ceps depuis 40 ou 50 années indiquant qu’il était faux de considérer que le vin avait un goût qu'on pouvait  attribué au terroir et à la vieillesse de la vigne.

Et qu'il convenait d’arracher ces vieilles vigne & défricher le sol à une certaine profondeur pour en ôter toutes les racines quitte à reconsidérer l'utilisation des sols... CQFD


Le second document est écrit par l'Abbé Roger (sans autre mention) qui se décrit comme épris de paillons pour le jardinage,  dès l'enfance en ces mots fournis à la première personne du singulier :

Ayant fait connaissance avec le Frère François, Chartreux, jardinier le plus renommé de son tems, & imbu de tous les principes de la Quintinie dont je savais par cœur presque tout l'ouvrage, j'imaginais être le plus grand jardinier du monde; pour exercer mes prétendus talents.

Je fréquentais à Bagnolet le Chevalier Girardot l'aîné , fils de ce fameux Girardot, ancien Mousquetaire si renommé dans son temps pour la culture des pêchers & le produit des ses arbres; ,11 avait hérité des terrains cultivés par feu son père, & de ses talents pour les faire. Il me mis en relation avec le sieur Pépin de Montreuil, un des plus  habiles cultivateurs du pêcher & des autres arbres fruitiers. Par ces diverses & familières relations, je fus enfin initié aux grands mystères de la végétation ;


Voici le récit qu’il nous fait de la politique d’extension envisagée :

Mes arbres plantés à douze pieds de distances se trouvant trop proches au bout de quelques années, je fus obligé d'en ôter un entre deux ; mais en s'allongeant & en s'étendant par les côtés, loin de se dégarnir du bas , du milieu , ni du haut, ils grossirent en proportion , (…)

Les gens de Montreuil , quoique leur terrain ne soit pas meilleur que celui des autres contrées , ont trouvé le secret de tirer tous les avantages des arbres fruitiers , de les étendre , jusqu’à rendre  fertiles les terres les plus mauvaises, (...)

La manière des habitants de Montreuil & Villages adjacents, mérite d’entrer dans quelque détail à leur sujet.


(…) et de décrire la construction des murs pour couper le vent, des espaliers pour limiter l’effet des pentes, et la mise en variété des sols en fruits et légumes même si à l’origine les murs furent construits pour protéger les pêchers.

Le reste n'est peut-être qu'une histoire de temps et de la puissance des fiefs entre eux qu'il s'agisse de celui du Chatelet, de Grandmont ou de Villemonble.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Lun 17 Mar 2014, 14:30

On s'éloigne peut être un peu de la vigne avec les arbres fruitiers de Montreuil, mais c'est aussi passionnant que le reste de vos articles .
La toponymie des rues et lieux du Val de Marne en liaison avec la vigne, le vin ou les métiers qui s'y rapportent fait-elle partie de vos projets?
Bravo pour tout
Revenir en haut Aller en bas
Libellule

avatar

Messages : 14440
Date d'inscription : 23/01/2012

MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Lun 17 Mar 2014, 16:00

Suivre l'histoire locale suppose de se concentrer sur un événement, un personnage, une date unique (le remplacement des vignes par des arbres fruitiers à tel endroit, par exemple). Plus on étend la recherche sur un lieu étendu moins les recherches historiques aboutissent. Quand j'aurai épuisé mes envies de recherche sur le nom des rues de Fontenay-sous-Bois, peut-être irai-je faire un recherche plus large.

Parfois, comme pour ce sujet, les recherches sur le vieux frAnçais ou l'argot ouvre de nouvelles pistes :

Cet exemple pour en témoigner :


ginglet  & guinglet ; guinguet ; ginguet ; reginguet ; reginglet .

¶ Piquette, vin acide, vin du clos Guinguet, vin très vert, vin de pays âpre et vert, petit vin de la région parisienne, petit vin de pays aigrelet, légèrement pétillant.

‡ Ce petit vin aigre tire son nom d'un clos très ancien de Mesnil-Montant qui appartenait au XVIe à un nommé Guinguet (VIR) / On y buvait [dans les guinguettes] un petit vin, produit des vignes dépendant du clos Guinguet ; c'est ce qui donna le nom de guinguettes aux endroits où on le débite. Aujourd'hui encore [fin XIX], par corruption, dans le faubourg, on dit : Allons boire un verre de guinglet ! (VIR-PAROUB) / Ginglet : XVIe, région parisienne : vin très vert, à faire danser les chèvres : vient de ginguer = danser (la gigue) ; les guinguettes apparues au XVIIIe lui doivent leur nom ; au XIXe ginglet devient ginglet, puis ginglard ; formes en re- composée sur les autres au XIXe (MCC) /

éléments constituants : ginglet guinglet guinguet

suivent des renvois vers Pinard, les chansonniers de l aguerre de 1914, la Madelon, mais aussi vers les Coquillards....

Piste curieusement qui vous amène à retrouver les vers de François Villon sur l'Heaumière, dans les textes de Brassens qui lui parlant du Moyen âge nous parle de la taverne qu'elle fréquentait.

http://www.terresdecrivains.com/A-L-ENSEIGNE-DE-LA-POMME-DE-PIN

Extraits :

C’est peut-être ici que, parfois, Françoys de Monterbier ou bien Franciscus Montcorbier, on ne sait pas trop, écrivait ses rondeaux, ses ballades à la belle Heaumière aux filles de joie, à la grosse Margot, son roman du Pet-du-diable.
Proxénète, voleur, assassin, il était membre de la bande des Coquillards, héritiers des hordes de bandits de la guerre de Cent ans.

Les rues chaudes étaient baptisées autrefois de noms plus évocateurs : rues Bordelières, Bordel ou Bordeau public, rue du Val d’Amour (Glatigny), rue du Pélican : la rue Poil de con, la rue Tireboudin : la rue Tirevit ; la rue Beauvit est aujourd’hui la rue Beaurepaire. La rue Transnonin se nommait la rue Trousse-Nonain ou Trousse-putain. La rue Pavée répondait au drôlatique : rue Pavée d’Andouille.
Revenir en haut Aller en bas
Libellule

avatar

Messages : 14440
Date d'inscription : 23/01/2012

MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Mar 18 Mar 2014, 00:14

Un mot sur la Rue Saint Vincent. Celle -ci pourrait être considérée comme la délimitation du bas du clos Guinguet sachant que par ailleurs

Un retable se trouve dans l'Église Saint-Germain d’Auxerre,

D'une grande finesse de sculpture dans les frises et le couronnement, le retable fut réalisé à la fin du XIXe siècle, incorporant des toiles parfois antérieures dans ses sept volets. Au centre, un Christ en Croix, contemporain de la constitution du retable, encadré par un saint Germain d'Auxerre en évêque et un saint Vincent, patron des vignerons, tous deux de l'école française du XVIIIe siècle.



Revenir en haut Aller en bas
Libellule

avatar

Messages : 14440
Date d'inscription : 23/01/2012

MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Mer 19 Mar 2014, 10:31

C’est peut-être ici que, parfois, Françoys de Monterbier ou bien Franciscus Montcorbier, on ne sait pas trop, écrivait ses rondeaux, ses ballades à la belle Heaumière aux filles de joie, à la grosse Margot, son roman du Pet-du-diable.
Proxénète, voleur, assassin, il était membre de la bande des Coquillards, héritiers des hordes de bandits de la guerre de Cent ans.


Quelques précisions ici qui permettraient de justifier que François Villon, donc, (c'est bien de lui dont il s'agit) ait porté intérêt au sort de la Belle Heaulmière. Elles nous sont apportées par Auguste Charles Joseph Vitu, dans une notice tirée à seulement 350 exemplaires, en mai 1873.

Nicolas d'Orgemont par sentence du chapitre fut privé de tous ses bénéfices et condamné à une prison perpétuelle au pain et à l'eau. On le tira de la Bastille, on le rasa publiquement en état de clerc, coiffé d'une mitre en papier. Après cela pour sa plus grande sureté, on le transféra à Mehun sur Loire où il mourrut en prison.

Je reproduis la suite du texte en image.



De son côté Jean Teule nous narre par le détail le sens d'un des poêmes de François Villon en ces termes :

Le Roy de la Coquille en se servant un verre me dit doucement : Choisis toi une victime dans cette taverne et va l'égorger devant deux témoins, au bois de Vincennes.

Je lève un bras et appelle quelqu'un dans la taverne : Eh la Machecoue!
Je frappe dans mes mains et interpelle mes deux amis : Ne faites pas vos donzelles, vous n'aurez qu'à fermer les yeux et croire que c'est -- l'idole. (...)

Par un dédale de ruelles malodorantes, allons jusqu'aux remparts hos de Paris, traversons le village et les vignes de Montreuil (...)


Dis donc la Ribaude, le printemps est la saison de l'amour. Si nous allions le faire au bois de Vincennes, avec mes amis attablés (...)

Plus loin dans le récit

(...) la fille dupéché dans le bois de Vincennes ! Je crois que j em esouviendrais toujours d'infimes détails (...) ce premier jour de Juin m'a tout saoulé; L'argent de sa robe, je l'ai vendue au retour dans le village de Montreuil, en disant que ce qui appartenait à la truie devait de droit revenir aux pourceaux....


Une couverture de livre qui résume bien la synthèse de ces deux histoires



Pour les amateurs d'oeuvres complètes

http://www.gutenberg.org/files/12246/12246-h/12246-h.htm
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Mer 19 Mar 2014, 11:45

Libellule a écrit:
Je lève un bras et appelle quelqu'un dans la taverne : Eh la Machecoue!
Je frappe dans mes mains et interpelle mes deux amis : Ne faites pas vos donzelles, vous n'aurez qu'à fermer les yeux et croire que c'est -- l'idole. (...)

c'est qui encore ces tirets, toujours la même, la bannie volontaire?
Revenir en haut Aller en bas
Libellule

avatar

Messages : 14440
Date d'inscription : 23/01/2012

MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Mer 19 Mar 2014, 11:56

Je n'y peux rien, mais oui c'est bien le même prénom que j'ai écrit.
Mais qui du seul fait d'être cité provoque ces tirets d'une manière automatique...

Je ne devrais pas avoir ce problème si je cite le texte original par extraits limités en m'adaptant.
(extraits du petit et grand testaments)

XXII

Item, au chevalier du guet, Le heaulme luy establis; Et aux pietons qui vont d'aguet Tastonnant par es establis, Je leur laisse deux beaulx rubis, La lenterne à la Pierre-au-Let., Voire-mais, j'auray les Troys licts, S'ilz me meinent en Chastellet.

CXLI

Item, à Maryon l'Ydolle, Et la grand Jehanne de Bretaigne, Donne tenir publique escolle, Où l'escolier le maistre enseigne. Lieu n'est où ce marché ne tienne, Sinon en la grille de Mehun;
De quoy je dy: Fy de l'enseigne, Puis que l'ouvrage est si commun!

CLIV

Item, rien à Jaques Cardon, Car je n'ay rien pour luy honneste. Non pas que le jette à bandon Sinon cette Bergeronnette: S'elle eust le chant Marionnette, Faict por Maryon la Peau-Tarde, D'un Ouvrez vostre huys, Guillemette, Elle allast bien à la moustarde.

CLVIII

Item, au Chevalier du Guet Je donne deux beaulx petitz pages, Philippot et le gros Marquet, Qui ont servy, dont sont plus sages, La plus grant partie de leurs aages, Tristan, prevost des mareschaulx. Hélas, s'ilz sont cassez de gaiges, Aller leur fauldra tous deschaulx!
Revenir en haut Aller en bas
Libellule

avatar

Messages : 14440
Date d'inscription : 23/01/2012

MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Mer 19 Mar 2014, 13:41

Autre solution reproduire la page

Revenir en haut Aller en bas
Libellule

avatar

Messages : 14440
Date d'inscription : 23/01/2012

MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Jeu 20 Mar 2014, 15:32

Alors voilà, il est peut-être vraiment temps de conclure.

En récapitulant le rôle de chacun pour commencer : D’un côté des Bourguignons, de l’autre des armagnacs ; Des terrains qui passent des mains de Nicolas D’Orgemont, favorable aux premiers, à -d’un côté-  Hugues de Guingant, et -de l’autre- à la Courtille Jeanne d'Epernon, favorables au second. Le premier est identifiable au Clos Guinguet sis à Fontenay sous Bois, le second à la Courtille Babette sur les hauteurs de Belleville.

Dans les rôles secondaires, alors que Nicolas d’Orgemont meurt, le vin coule à flots sur les coteaux qui vont de Fontenay à Ménilmontant,  des filles de joies sont en train d'œuvrer, tandis que la belle Heaulmière, sa compagne épleurée féquente elle aussi des lieux de plaisance.

Une morale nous est glissée entre les lignes par François Villon (1431-1463) dans son testament  écrit près de cinquante ans plus tard. Ces testaments devrais-je d’ailleurs dire.

Celui de 1456, es un "Petit testament" dont le titre véritable est le "Lais" (ou Legs).  Il est suivi de quelques ballades avant qu’il n’écrive son  " Grand Testament" -en 1461- qui loin d’être un héritage matériel  est, de fait, son héritage spirituel : le leg étant, lui, un message mis en vers sur sa propre vie.

Qu’il résume ainsi : François de Montcorbier ou des Loges est né à Paris en 1431, d'une mère illettrée et d'un père probablement artisan, qui mourut lorsque l'enfant était encore très jeune. Recueilli et élevé par maître Guillaume de Villon (dont il prit le nom).

Une malencontreuse affaire l'oriente dans une autre voie: en 1455, au cours d'une rixe à propos d'une femme, -on est proche de la Pomme de Pin-il tue un prêtre, qu'il nomme Philippe Sermoise* et il doit s'enfuir. L'année suivante, il obtient des lettres de rémission et regagne Paris, pas pour longtemps il est vrai puisqu'il est rapidement compromis dans le cambriolage du collège de Navarre.

(illustration) ou il est précisé que ledit Sermoise est plus connu sous le nom de Philippe Chermoye.




Villon s’exile en nous en donnant les raisons: "Puis qu'el ne me veut impartir -Sa grâce, il me convient partir". Et en effet, le prétexte qu'il nous donne de son éloignement, c'est la froideur de sa maîtresse;  depuis qu’il sait qu'un autre a pris sa place:

"Autre que moy est en quelcongn" (c'est-à-dire en quenouille, donc proche de la belle); il ne lui reste qu'un remède: "Si n'y voy secours que fouïr, car "par elle, meurs les membres sains; -Au fort, je suis amant martir-Du nombre des amoureux saints".

Se faisant Villon fait ici allusion à des personnages, à des détails de la vie parisienne qui naturellement nous échappent.

Mais Pierre Champion, grand connaisseur du XVe siècle français, s'est efforcé de les tirer au clair dans son livre: "François Villon, sa vie et son temps" (2 vol., Paris 1913).

Pour ce qui nous intéresse : A Guillaume de Villon, son père adoptif, il lègue son "bruit", c'est-à-dire sa renommée; à celle qui l'a "si durement chassié", son "cuer enchassié", -Palle, piteux, mort et transy"; à divers personnages, il donne des objets lui appartenant, mais qu'il a laissés en gage ou encore des enseignes célèbres du quartier: à Jean Trouvé, boucher, le "Mouton", le "Boeuf couronné", la "Vache";

Au chevalier du guet, - (Hugues de Guingant) selon toute vraisemblance-, le "Heaume";  de quoi ne pas exclure qu’après la mort de Nicolas d’Orgemont, son ex compagne air trouvé refuge sur les hauteurs du Chatelet…  (voir  inserts des extraits précédents).

Pour ce forum et compte tenu de la renommée d’un certain Alain local, je vais citer le  Maître Jacques Régnier qui reçoit quant à lui la fameuse  enseigne de cabaret, que j’ai évoquée plus haut, à savoir  la "Pomme de Pin" *(son nom  complet est en fait Jacques Régnier de Montigny).

Villon laisse aussi, autant le mentionner ausssi, de l'argent "a trois petits enfants tous nus", "povres orphelins impourveus, -Tous deschaussiez, tous desvetus -Et denuez comme le ver", afin qu'ils "soient pourveus -Au moins pour passer cest yver"; puis, ces trois enfants, il les nomme, ce sont trois abominables usuriers et il ajoute: "Ilz mengeront maint bon morceau, -Les enfans quand je seray vieulx!"

Suit une cascade de legs : des oies grasses et des "chaperon de haulte graisse" à des moines, des bulles aux curés de Paris, (probablement du vinc blanc pétillant donc si on exclut les bulles papales) pour leur permettre de quêter au nom du Pape et de vendre des indulgences.

Alors qu’aujourd’hui le "Lais" nous est parvenu comme une plaisanterie ayant perdu beaucoup de son sel, simplement parce que beaucoup n’ont pas pris le temps de reconnaitre pas les personnages à qui Villon laisse ses biens, peut être faudra-til un jour quitter ces a priori… Qui sait ?

La faute, s’il faut trouver des coupables, peut-être à Jean de Meun et Jean de Régnier (eth oui encore un).. qui en voulant moderniser le texte, auraient oublié de l’« historiciser ».

===================

Pour ce qui est de l’écriture du Grand Testament,  il semblerait  que Villon, sorti de la prison de Meung sur Loire  se soit caché dans les environs de Paris.
(voir les éléments fournis par Jean Teulé plus haut).

Bien que le "Testament" soit conçu dans un cadre analogue à celui du "Lais", sa composition est beaucoup plus complexe, puisque Villon y incorpore plusieurs ballades, probablement choisies dans sa production antérieure; mais surtout l'esprit qui l'anime a beaucoup changé depuis cette amusante plaisanterie qu'est le "Lais".

Au cours des années qui séparent l’écriture du leg à celui du testament, Villon est, de fait,  allé de misère en misère et a, au moment où il voit ses forces l'abandonner, peur de la damnation éternelle alors qu’il n’a que 30 ans :

"En l'an de mon trentiesme aage, -Que toutes mes hontes j'eus beues, -Ne du tout foi, ne du tout sage, -Non obstant maintes peines eues". Aussitôt après, c'est au responsable des peines qu'il vient d'endurer que s'en prend le poète, à Thibault d'Auxigny, l'évêque d'Orléans.

Et pour cause, il s’agit de l’homme qui était le plus au fait des récidives de Villon en matière de débauches où qu’elles se soient passées, depuis les temps de sa jeunesse, cette jeunesse qui "soudainement s'en est vollée", "Bien est verté que j'ay aimé -Et aimeroie voulentiers, mais qui fut triste « cuer, ventre affamé -Qui n'est rassasié au tiers -M'oste des amoureux sentiers »;

Il y parle de ses compagnons d'autrefois: "Et les aultres sont devenus, -Dieu mercy! grands seigneurs et maistres; -Les autres mendient tout nus -Et pain ne voient qu'aux fenestres: -Les autres sont entrez en cloistres".

Qu'importe d'ailleurs puisque tous, "povres et riches, -Sages et folz, prestres et lais, -Nobles, villains, larges et chiches, -...Mort saisit sans exception".

C'est sur ce thème de la jeunesse qui passe, de la vieillesse qui déforme les corps, de la mort qui les pourrit, que brodent les six ballades qui suivent: "Ballade des dames du temps jadis", "Ballade des seigneurs du temps jadis", "Ballade en vieil langage françoys", "Les regrets de la belle heulmière", "La belle heulmière aux filles de joie", enfin la "Double ballade".

La "Ballade des dames du temps jadis", dont chacun connait son refrain: « Mais où sont les neiges d'antan »

Les vers 413 à 453 contiennent une nouvelle évocation de la belle Heaulmière  parmi  "ces povre fameletes -Qui vieilles sont et n'on quoy", "Ha! vieillesse félonne et fliere, -Pourquoi m'as si tost abatue?"; que n'a-t-elle mieux profité de son temps et exercé cette "haulte franchise -Que beaulté m'avoit ordonné -Sur clers, marchans et gens d'Eglise".

C’est auss la "Belle heaulmière" qui lui fait abandonner le tempo des quatre strophes, ces vers  se mettant dès lors à être composés de dix strophes de huit octosyllabes sans refrain, ni envoi.

La ballade suivante, intitulée: "La belle heaulmière aux filles de joie", est un avertissement tragique qui s'adresse aux petites ouvrières, "la belle gantière", "Blanche la savetière", "la gente saulcière", "Guillemete la tapisciere", qui font, -on lecomprend- toutes commerce de leurs charmes.

Si elles ne veulent pas en venir là où en est leur aînée, n'ayant plus rien, "ne que monnoye qu'on decrie", qu'elles n'épargnent pas les hommes, qu'elles leur fassent rendre gorge avant qu'il soit trop tard.

Enfin Villon revient sur son "Lais" qu'il fit " (cinq ans plus tôt) à son partement...l'an cinquante six, avant de rédiger l’épitaphe de son testament réel :

"Ou nom de Dieu, -Pere éternel, -Et du Filz que vierge parit, -Dieu au Pere coeternel, -Ensemble et le Saint Eesperit, -Qui sauva ce qu' Adam perit -Et du pery pare les cieulx". Tous les hommes, s'ils n'étaient rachetés, seraient "en dampnee pedicion", sauf, sans doute, les patriarches et les prophètes, "car selon ma conception, -Oncques n'eurent grand chault aux fesses".

"Premier, je donne ma povre âme -A la benoiste Trinité, Et la commande à Nostre Dame", "Item, mon corps j'ordonne et laisse, -A nostre grand mere la terre; -Les vers s'y trouveront grant gresse, -Trop luy a fait faim dure guerre"; à son "plus que pere, -Maistre Guillaume de Villon", il laisse sa "librairie"; -Et le Rommant du Pet au Diable", qu'il composé en sa jeunesse.

A sa mère, il fait don, "pour saluer nostre Maistresse" de la "Ballade pour prier Nostre Dame". Cette ballade, composée en trois strophes de dix décasyllabes terminées chacune par le refrain "En ceste foy je vueil vivre et mourir"…

Puis à celle qu'il aima en vain, il dédie une ballade, la "Ballade à s'amye",  "Vieil seray; vous laide, sans couleur..." "Un temps viendra qui fera dessechier, etc.". A maistre Ythier Marchant, il donne un petit "Lay", en forme de Rondeau: "Mort, j'appelle de ta rigueur".

C'est à ceux avec qui il a eu maille à partir, chevalier du guet,  lieutenants criminels, sergents, juges et autres gens de justice, qu'il pense ensuite pour leur faire son dernier  leg ironique commençant par :des « muys de vin d'Aunis », ,

A maistre Jehan Cotart, qui fut son "procureur en court d'Eglise", il lègue une "ballade en oraison". Il feint d'attirer sur cet incorrigible buveur les bénédictions de tous ceux qui sont devenus célèbres par leur ivrognerie.

Villon n'a garde d'oublier les clercs, qui sont particulièrement bien traités: aux frères mendiants, il promet une oie grasse, à charge pour eux d'en distribuer les os aux malades des hôpitaux.

Suit la venimeuse "Ballade à Robert d'Estouville", prévôt de Paris qui y est comparé à un épervier. Plus loin la "Ballade des femmes de Paris", qui se conclut par les mots: "Il n'est de bon bec que de Paris". Ces Parisiennes ne sont pas seulement les "filles de bien", -Qui ont peres meres et antes »

Puis arrive la "Ballade de mercy".

Aux moines, aux grandins, aux filles, aux bateleurs, il accorde son pardon, à tous "sinon aux traîtres cheiens matins", à ceux qui l'ont persécuté ("qu'on leur froisse les quinze costes -De gros mailletz, fors et massis,-De plombees et telz pelotes").

Et enfin, l’ultime ballade  "Venez à son enterrement", -Quand vous orrez le carillon, -Vestus rouges com vermillon, -Car en amours mourut martir". Qu'on sache qu'au "departir": -Ung trait brut de vin morillon, -Quant de ce monde voulut partir".

Le morillon étant on peut le noter en passant un vin blanc proche du champagne sans en avoir la qualité.

Là où le pineau d'Aunis est un cépage de vigne connu et planté en France depuis l’Antiquité.

C'est un cépage vigoureux, fertile, et selon le mode de conduite sa durée de vie peut dépasser facilement les 80 ans. Les vins obtenus sont peu colorés (rouge rubis) pouvant se garder, mais pouvant aussi se consommer dans l'année. Pour ses arômes, on évoque souvent la framboise et le poivre....
Revenir en haut Aller en bas
Libellule

avatar

Messages : 14440
Date d'inscription : 23/01/2012

MessageSujet: Re: Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416    Sam 22 Mar 2014, 07:12

Vous l'aurez remarqué Villon ne parle pas de Guinguet à proprement dit.

Et pourtant ce mot tout comme Fontenay sous Bois a son Abbé Lebeuf.

Il apparaît pour la première fois sous la Plume de Rabelais.

Alcofribas Nasier, (quel bel anagramme de François Rabelais!), est en effet un prêtre catholique français né en 1483 ou 1494 selon les sources, et mort à Paris le 9 avril 1553 qui nous en parle dans son oeuvre de Pantagruel (dans sa version remaniée de 1552). Avec mise sous piedestral de  M D L.



Pour nous dire que compte tenu des moeurs de l'époque autour de la bonne chair, il ne fallait pas le confondre avec le mot breton de Gwin....

Moeurs qui sont assez bien évoquées sous ce lien
http://autourduperetanguy.blogspirit.com/index-16.html

l'oeuvre complète de Rabelais illustrée par Gustave Doré est ici
http://www.gutenberg.org/files/8168/8168-h/8168-h.htm

Voici son prologue

Bonnes gens, les buveurs les plus illustres, et vous, messieurs de goutte trois fois précieux, avez-vous jamais voir Diogène, philosophe cynique et? Si vous l'avez vu, vous avez eu vos yeux dans votre tête, ou je suis très bien sur ma compréhension et logique. C'est une chose galant pour voir la clarté de (vin, or,) le soleil. Je vais être jugé par la aveugle-né si célèbre dans les Saintes Écritures, qui, ayant à son choix de demander ce qu'il serait lui qui est Tout-Puissant, et dont la parole dans un instant est effectivement réalisée, ne demandait rien d'autre, mais qu'il pourrait voir. Item, vous n'êtes pas jeune, ce qui est une qualité compétent pour vous philosophat plus physiquement dans le vin, pas en vain, et henceforwards d'être du Conseil bachique; afin que, opiner là, vous pouvez donner votre avis fidèlement de la substance, couleur, odeur excellente, éminence, la bienséance, la faculté, la vertu et la dignité efficace de ladite liqueur bénie et désiré.
Revenir en haut Aller en bas
 
Histoire du petit vin blanc fontenaysien pressé dès 1416
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» L'histoire de petit Louis
» Ma famille de BJD: Sooah - Faith Mirror's Edge pg 6
» Enseignement de l'histoire de l'art dès le primaire
» Que diriez-vous, "en prime", d'une petite... Histoire désobligeante?
» le petit Nicolas et l'âne

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forum du Plateau à Fontenay sous bois :: Expression citoyenne :: Histoire locale-
Sauter vers: