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 30-31 mars 1814 : Le plan pour l'intelligence échoue à Fontenay sous Bois

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MessageSujet: 30-31 mars 1814 : Le plan pour l'intelligence échoue à Fontenay sous Bois   Lun 31 Mar 2014, 21:11

Georges Naudet, à la fin de son livre page 251 évoque très rapidement l’année horribilis 1814 pour Fontenay sous Bois en ces termes :




Avant d’évoquer les deux autres révolutions qui marquèrent le XiXe siècle en à peine une phrase.

Je propose de retracer ici ce qui s’est réellement passé voici 200 ans.

Tout d’abord en vous rappelant le contexte historique : En ce début d’année 1814, Napoléon cherche à sauver son trône d’empereur, alors que depuis le 4 janvier il sait qu’il va être confronté à une guerre organisée par la Sixième Coalition. Il sait que l’invasion de la France par des forces ennemies est désormais inévitable et que sa seule stratégie est d’éviter une trop grande débâcle, en protégeant Paris, car la chute de la capitale signifierait ipso facto, la fin de son règne.

L'Europe tout entière, de fait,  est à ses trousses : 700 000 Russes, Prussiens, Autrichiens, Suédois, Bavarois, Wurtembergois, Hollandais, Allemands, et même Suisses viennent de franchir le Rhin et ont clairement annoncé leur souhait de marcher sur Paris

La Grande Armée de Schwarzenberg arrive par la Suisse et marche sur Paris par Langres, Troyes et la rive gauche de la Seine. L'Armée de Silésie de Blücher partie de Mayence,  marche aussi sur Paris par la Lorraine, Reims et la rive droite de la Marne.

L’empereur demande donc au comité de défense de lui présenter un projet pour la capitale qui l’amène à fournir cette carte appelée bizarrement Plan pour l’intelligence de la bataille de Paris qu’il sait désormais inévitable.



Carte d'une grande banalité en fait, car à cet instant personne ne sait que proposer pour la rendre intelligente.

Il s’agit alors que tout semble d’ores et déjà perdu de ne pas perdre l’honneur. Car si Paris s’apprête à subir le même sort que les armées françaises ont fait subir à Milan, Rome, Amsterdam, Vienne, Munich, Berlin, Varsovie, Madrid, et Moscou, il ne sera pas dit que la capitale de France sera à son tour tombée sans combat. CQFD.

Des notes nous sont parvenues sur l’organisation envisagées au regard de ce qui apparait sur cette carte :

Le couloir de la Villette au centre, et les plaines de Bois de Boulogne et de Vincennes sont considérées comme très perméables aux passages des troupes. Il est donc envisagé d’établir des voûtes ou batteries fermées sur les hauteurs de Clignancourt et sur celles allant de Montmartre à Nogent sur Marne, ce en avant des villages et des faubourgs adjacents au mur d’octroi (Ménilmontant, Charonne, La Pisotte par exemple).

Il est vite décidé que ces mêmes villages et faubourgs devront être barricadés et crénelés sur leurs flancs ; les portes et les trouées de l’enceinte, dans les rentrants, devant être de surcroît fermées.

Mais finalement, le 12 janvier, Napoléon finit par rédiger  une note établissant un dispositif moins ambitieux :

« Il faut compter sur soixante ou quatre-vingts pièces de canon pour défendre les barrières de Paris. Il faut faire le relevé de la partie de la muraille de Paris qui n'est pas achevée, et commander en secret des palissades, chevaux de frise et barrières, qu'on placerait de manière à fermer l'enceinte. Il faudrait faire reconnaître, par des officiers du génie discrets, toutes les hauteurs de Paris à occuper, ainsi que les ponts de la Seine et de la Marne, et étudier la position que devrait prendre l'armée. Par ce moyen, la garde nationale de Paris, avec soixante pièces de canon, assurerait la ville".

Suit une énumération de ce qui fait office de stratégie de l’urgence  […]

au point 8° par exemple, Mettre en construction une cinquantaine d'affûts de siège pour pièces de 24 et de 16, et faire venir les pièces et les affûts pour pouvoir en garnir les hauteurs de Paris, en placer sur les redoutes et les ponts. Cela aurait un grand avantage, celui d'être utile et de produire un grand effet.

au point 9° Connaître le nombre de toises de muraille qui ne sont pas terminées, et, comme la saison ne permet pas de l'achever en maçonnerie, on commanderait, à portée, une grande quantité de grosses palissades pour pouvoir en peu de jours les planter.

au point 10° Faire également une grande quantité de palissades, afin de pouvoir construire des tambours sur toutes les portes, de manière qu'ils soient en saillie sur toute l'enceinte, vu que la saison ne permet pas des ouvrages en terre. Il faudrait faire aussi des chevaux de frise qu'on pût porter où l'on voudrait, pour mettre les postes d'infanterie à l'abri de la cavalerie.

au point 11° Faire venir en toute diligence, dans toutes les directions, 40 ou 50 000 outils ; faire venir un grand nombre d'officiers des ponts et chaussées avec des piqueurs et tous les moyens de diriger des travaux pour faire de Paris une place forte et un arsenal. Les ateliers du canal de l’Ourcq doivent fournir beaucoup de ressources. »

Plus loin  « Je vous envoie une note du conseiller d'Etat Costaz. Vous y verrez que la partie de Paris qui n'a pas de murailles se monte à 400 toises. Il faut donc, sous quelque prétexte, faire préparer sur-le-champ des corps d'arbres pour des palissades qu'on pourrait placer, lorsque le moment serait arrivé, en avant de la palanque actuelle, qui est faible. Il faut aussi commander la quantité de palissades nécessaires pour faire un tambour aux trente principales portes et pour condamner les autres. Enfin il faut préparer un bon nombre de chevaux de frise pour pouvoir les employer où il sera nécessaire. Tout cela doit se faire sans que les ouvriers se doutent de l'usage auquel on le destine. »

...et le 24, Napoléon faute d'avoir eu d'autres échos rédigeait de nouvelles instructions :

« J'ai ordonné qu'on fît des chevaux de frise et des palissades pour fermer les barrières de Paris. Il y a à Paris trente barrières principales ; en y envoyant deux pièces de canon pour chacune, elles se trouveraient à l'abri de toute insulte de troupes légères. Sur ces trente barrières, il n'y en a guère qu'une partie qui puissent être exposées, Paris étant trop grand pour que l'ennemi puisse présenter des troupes légères à toutes les barrières, à moins qu'il n'ait des forces bien considérables. »

Le comte de La Valette tint ce commentaire dans ses Mémoires :

« De simples palissades enveloppaient assez ridiculement les barrières de Paris ; c’était tout au plus un obstacle contre des cosaques qui seraient venus toucher barre jusque là. Napoléon ne voulait pas effrayer les Parisiens et les distraire de leurs plaisirs par un appareil formidable de fortifications et par une composition guerrière de la garde nationale. Il pensait sans doute que, s’il ne pouvait pas battre l’ennemi, il était inutile de penser défendre une ville qui présentait si peu de moyens de résistance et tant de ressources à la révolte. »

Aussi in fine seuls quelques tambours furent construits et des murs de bâtiments et quelques parties du mur d’octroi furent crénelés. On ferma les zones ouvertes du mur et on établit de nouveaux chemins de ronde.
Un moment de lucidité touche Napoléon, alors que l’on est deux mois plus tard, le 11 mars, dans sa lettre à Joseph, Napoléon évoquant de nouveau les hauteurs dominant la capitale :

« Je pense que quelques redoutes sur les hauteurs seraient utiles, surtout comme effet moral. Il faut donner vos ordres pour qu’on commence des redoutes à Montmartre»
...précisant deux jours après alors que des redoutes sont proposées pour aller de Rosny à Nogent sur Marne.

« Mon frère, avant de commencer les travaux des fortifications de Paris, il faut connaître le plan : celui qui m’a été présenté m’a paru bien compliqué ; il faut des choses très simples. »

Le 14 mars, le comité de défense présente un nouveau projet. Tout en considérant que les instructions de l’Empereur en date du 12 janvier étaient plus propres à faire face à une tentative de cavalerie qu’à présenter une véritable résistance contre un ennemi fortement doté en artillerie, il est proposé de simplifier les dispositifs imaginés par ce même comité en janvier. Les ouvrages de défense devaient pouvoir être construits promptement et adaptés aux troupes chargées de les occuper. On opta donc pour des ouvrages de terre. L’un de ses ouvrages se trouvera monté à la va vite sur l’actuel emplacement du Fort de Nogent. Un autre prendra place sur l’actuel emplacement du Fort de Rosny.

Le 23 mars, les travaux sont terminés.

Mais trois jours plus tard, des masses de paysans arrivaient aux barrières ; mais il est déjà bien trop tard car l’ennemi approche…

Le 26 mars 1814 au soir tombe alors cette dépêche :

« Quoiqu'on n'ait pas de nouvelles de l'Empereur, et que Sa Majesté n'ait point annoncé la direction qu'elle prendrait, on doit calculer qu'il est impossible que l'Empereur n'arrive pas, sur le dos de l'ennemi qui nous presse, d'ici à trois jours au plus tard. Le salut de l'État dépend peut-être de résister pendant ces trois jours. Je reçois à l’ instant votre bonne lettre d'aujourd'hui, à sept heures du matin. 11 faudra garder le pont de Saint-Maur; cela doit regarder le duc de Trévise, qui, au lieu d'occuper Bonneuil, pourra loger ses troupes à Maisons, à Créteil, à Charenton, et avoir sa gauche à Fontenay-sous-Bois, si cette position lui paraît bonne et si les dispositions du terrain ne s'y opposent pas. « Le ministre de la guerre, « Duc DE FELTRE. » LE MINISTRE DE LA GUERRE AU MARÉCHAL MARMONT.

Pour vous faire rapidement percevoir l’ampleur du désastre annoncé, deux cartes qui en disent plus long que des explications qui pourraient prendre des pages.

Le positionnement des armées le 26 mars au soir



A comparer à cette carte bricolée à la va-vite par l’armée française pour essayer d’inventorier les positions de l’ennemi



Tandis que déjà l’armée adversaire a établit sa tratégie pour entrer dans Paris dès le 30 au petit matin….



Cette carte on peut le remarquer n’est pas orientée Nord Sud mais bien selon le plan de bataille arrêtée, et l’on peut voir la précision des informations qui y sont apportées pour parfaitement délimiter l’emplacement où devront se trouver les troupes sur les hauteurs … Entre le domaine de Tillemont, à gauche, et Nogent Sur Manre à droite. CQFD

Les armées ennemies positionnées ainsi, peut commencer ce qui restera dans l’histoire comme "la Bataille de PARIS".

Et alors que les forces françaises pensaient que les troupes se déverseraient d’un côté sur Vincennes et de l’autre sur la Villette, l’invasion se fit donc par Fontenay sous Bois (voir le message qui ouvre cette page), les soldats prussiens et autrichiens choisissant, de rester sur le plateau, de passer par Montreuil, avant de descendre sur Paris par la Butte de Montmartre côté Villette, et d'utiliser le couloir descendant qui mêne au fort de Vincennes par la Pisotte en entrant dans le bois par le flan de Nogent-sur-Marne.

Cette autre carte indiquant les troupes en présence



La bataille la plus violente se déroulant le 31 mars lorsque les troupes prussiennes, après avoir fait sauter un point de résistance à Montreuil, choisissent de descendre sur la ville en nombre par la butte de Montmartre

La violence de cette bataille et le surnombre des armées adverses est tout à fait perceptible grâce à ce tableau me semble-t-il.



Mais alors pourquoi Paris ne fut-il pas détruit à cette occasion?

On ne le doit qu’à la volonté des coalisés qui de fait choisit de battre l’armée française en dehors des remparts puis de bloquer les portes afin d’obtenir la reddition de la capitale.

Quelques mots très rapides sur ce déroulé avant de conclure :

Schwarzenberg à la tombée de la nuit, a contraint l’armée française à se replier dans la capitale, à l’abri des murs. Il est persuadé que la ville se rendra à la première sommation. Et il a raison.

Rien n’y fera, les troupes de la garnison de Vincennes se rendent sans combattre.
Le seul endroit où l'armée française prend une position défensive, avec le gros des troupes est en Fontenay sous-bois,  Montreuil et La Villette. L'armée coalisée, ayant franchi la Marne à Meaux, débouche en parallèle par Rosny, Bondy et Le Bourget.

Pour indication, ces chiffres, permettant de percevoir les rapports de force :
Total de l'armée française : 18 000 fantassins et 5 500 cavaliers. Les garnisons comptent 2 000 hommes (gardes nationaux et troupes de lignes). La garnison de Paris ne compte que pour 8 000 hommes. Total effectif participant à la défense de Paris : 28 000 hommes, 5 500 cavaliers et 129 pièces d’artillerie de position et environ 30 pièces de campagne.

Total de l'armée coalisée : 103 700 hommes et 27 000 cavaliers dont 63 200 hommes et 20 000 cavaliers en première ligne et 40 500 hommes et 7 000 cavaliers en réserve.

Une dernière remarque enfin concernant la manière dont « l’histoire » de la bataille de Paris nous a été et est toujours relatée aujourd'hui : Tous les manuels indiquent que la bataille a été divisée en trois secteurs :

Le secteur Principal allant de Montreuil à Pantin où le général Barclay qui va affronter les troupes du Maréchal Marmont, Duc de Raguse. Le secteur de La Villette à Clichy où Blücher qui va se retrouver contre le Maréchal Mortier. Et le secteur de Charenton à Vincennes où Le Prince de Wurtemberg, avec Giulay en réserve, va affronter les garnisons de gardes nationales du long de la Marne.

Mais assez peu mentionnent Fontenay sous Bois alors que, comme l’atteste la carte prussienne, elle fut bien le point clef d’entrée de fait des troupes ennemies, puisque précisément située entre le secteur principal et le troisième secteur 3  au moment de l’envoi de la dépêche… (voir plus haut).

Les écrits relatés par l'anonyme Fontenaysien en introduction de ce sujet, sont donc bien exacts...

Côté bilan de la Bataille voici quelques éléments glanés ici ou là :

L'armée française perdit, dans la bataille de Paris, 6 000 hommes (3 500 tués, 2 500 blessés et prisonniers). Les coalisés perdirent 18 000 hommes, 8 000 morts et 10 000 blessés, pas de prisonniers.
Les troupes du Prince Royal de Wurtemberg fixent campement devant le bois de Vincennes, celles du centre entre Belleville e Mont-Louis, celles de Blücher à la Villette, La chapelle et Montmartre enfin les gardes et réserves à Pantin et Romainville. Le Tsar donne l'ordre de doubler tous les feux de campement afin d'impressionner les parisiens. Le Général Barclay de Tolly est fait Feld-Maréchal sur le champ de bataille par le Tsar en personne.

La défaite française entraine la Capitulation de Paris puis l'entrée des armées alliées dans la capitale.
française à se replier dans la capitale, à l’abri des murs. Il est persuadé que la ville se rendra à la première sommation. Il compte lancer ces deux ailes en avant aux alentours de 9 heures, de façon à pourvoir commencer le combat vers les 11 heures sur l’ensemble du front. La pression concentrique des coalisés devrait amener les Français à se replier après quelques heures de combat.

Le 1er avril la défaite est reconnue, le 6 Napoléon est transferré à Fontainebleu, le 11 il signe sa capitulation, sous peu il sera envoyée à l’Ile d’Elbe.

Vous l'aurez compris par ailleurs, c'est après le traumatisme causé par l’occupation de Paris par les troupes russes en 1814, que l’idée de construire une enceinte fortifiée autour de la ville prend une forme obsessionnelle dans l’esprit des gouvernants de cette époque.

Sous l’impulsion d’Adolphe Thiers, cette « muraille de défense » est finalement construite entre 1840 et 1845. Il s’agit tout d'abord d’une fortification continue qui ceinture Paris sur une longueur de 34 kilomètres.

La construction de cet ouvrage provoque l’expropriation de nombreux habitants et l’annexion de nombreux villages périphériques (la Plaine Monceau, Montmartre, Passy …).

Elle est constituée de 94 bastions répartis régulièrement tout au long de l’enceinte et numérotés de 1(Porte de Bercy) à 94 (Porte d’Ivry).

Elle est « percée » de 51 portes, barrières ou poternes. Les bastions situés entre la Porte d’Asnières et la Porte Champerret portent respectivement les n° 46, 47 et 48.

Cette enceinte est constituée (de l’intérieur vers l’extérieur) :

- d’une voie de servitude de 6 mètres de large(actuellement les Bds des Maréchaux).
- d’un talus fortifié se terminant par un mur de 10 mètres de haut
- (actuellement les immeubles situés entre les Bds des Maréchaux et l’Av St. Mallarmé, l’Av E. Massard, l’Av Brunetière).
- d’un fossé sec de 40 mètres de large.
- d’une contrescarpe en pente légère.
- d’un glacis de 250 mètres de long.

Suivra un second ensemble de fortifications planifiées entre 1841 et 1848 dont feront partie tant le Fort de Nogent que celui de Rosny (voir le sujet sur la redoute)

https://archive.org/stream/histoiredesca1231vauduoft/histoiredesca1231vauduoft_djvu.txt
http://royal-dragons.forumactif.com/t1858-bataille-de-paris-1814
https://archive.org/stream/lacampagnededap01weilgoog/lacampagnededap01weilgoog_djvu.txt
http://napo-culture.over-blog.fr/categorie-11571460.html
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MessageSujet: Re: 30-31 mars 1814 : Le plan pour l'intelligence échoue à Fontenay sous Bois   Mar 01 Avr 2014, 01:10



Comme le montre le schéma ci dessus, au lieu d'une enceinte sur laquelle eussent été accumulés tous les moyens de défense connus , Louis Xiv fut le premier à penser qu'il valait mieux envelopper la ville dans deux enceintes partant de l'hypothèse que cela nécessiterait deux attaques successives.

La première de ces enceintes était  pour la partie méridionale , l'ancien mur de Philippe-Auguste, et, pour la partie du nord, le vieux mur de Charles V, augmenté par Louis XIII en 1631.

Dans les notes relatives au renforcement de l'ouvrage on lit que la deuxième eût dû été portée considérablement en avant et aurait dû passer juste par les points où se trouve actuellement celle qui s'élève sous nos yeux.

Mais entre ces deux enceintes, on eût dû mettre à couvert en temps de siège les nombreux troupeaux nécessaires à l'approvisionnement de la ville; cet approvisionnement de viandes fraîches s'est avéré un des obstacles les plus difficiles à résoudre;

Le raisonnement de protection tenant à peu de choses à bien y regarder : l'ennemi, tenu éloigné du cœur de la ville, n'aurait pu, durant la première partie du siège, agir sur l'esprit des habitants par ses bombes et ses projectiles incendiaires.

C'est une fois relatée ce petit historique que lors de l’inauguration de la deuxième enceinte, le journal l’illustration universelle fit paraître cet article en 1843


(...) C'est le renouveau de cette pensée de Vauban qui a été mis à exécution par la construction des seize forts qui environnent Paris.

L'immense développement de la ville ne pouvait permettre de songer à établir une seconde enceinte au delà de la première ;  une ceinture de forts habilement disposés , suivant les accidents du terrain , y supplée complètement.

Au regard des evénements qui allaient se produire pendant la guerre de 1870 1871, le reste de l'article peut apparâitre avec le recul bien naif :

(...) Quelque forte , quelque audacieuse qu'on suppose une armée ennemie, jamais elle n'osera s'aventurer à venir faire le siège de l'enceinte en passant entre les forts , sans s'en être préalablement emparée; mais, d'un autre côté, il' n'est pas à présumer qu'elle cherchât à en prendre plus de trois ou quatre, ce qui lui serait nécessaire pour arriver au point qu'elle aurait choisi pour son attaque.

Admettant qu'elle fût assez puissante pour enlever tous ceux de la rive sur laquelle elle se présenterait, ce qui serait le maximum de ses efforts , elle se garderait bien de hasarder un passage de rivière qui lui ferait diviser ses forces et l'exposerait à une ruine infaillible.

Il restera donc encore un grand espace libre et à l'abri de toute insulte entre les forts non enlevés et l'enceinte pour les parcs des troupeaux de l'approvisionnement. Maître d’une partie des forts, l'ennemi serait encore bien loin de l'être de Paris. L'enceinte n'est attaquable qu'en un point, l'armée ennemie, jamais elle n'osera s'aventurer à venir faire le siège de l'enceinte en passant entre les forts , sans s'en être préalablement emparée; mais, d'un autre côté, il' n'est pas à présumer qu'elle cherchât à en prendre plus de trois ou quatre, ce qui lui serait nécessaire pour arriver au point qu'elle aurait choisi pour son attaque.

Admettant qu'elle fût assez puissante pour enlever tous ceux de la rive sur laquelle elle se présenterait, ce qui serait le maximum de ses efforts , elle se garderait bien de hasarder un passage de rivière qui lui ferait diviser ses forces et l'exposerait à une ruine infaillible. Il restera donc encore un grand espace libre et à l'abri de toute insulte entre les forts non enlevés et l'enceinte pour les parcs des troupeaux de l'approvisionnement. Maître d’une partie des forts, l'ennemi serait encore bien loin de l'être de Paris. L'enceinte n'est attaquable qu'en un point ou deux au plus, à cause de l'ouverture des angles de ses bastions, avantages que peut seule présenter une ville d'une aussi immense étendue, et il faudrait au moins soixante jours de travaux pénibles pour faire une brèche praticable au corps de place.

Quant aux bombes, nous avons déjà dit que, dans la première partie de l'attaque, elles n'arriveraient pas dans la ville ; mais , en règle générale , l'effroi qu'elles causent n'est pas en raison des dégâts qu'elles occasionnent.

On conçoit que, dans une petite place, tout soit facilement écrasé, incendié; mais ce danger diminue à mesure que la ville est plus étendue, et finit par devenir insignifiant. En effet , pour produire quelque effet , l'assiégeant est, obligé de concentrer ses feux ;

On peut toujours, dans une grande place, se retirer sur un point non menacé, et laisser I ennemi épuiser en pure perte des munitions qui lui sont précieuses. Il est de la plus haute importance que ces vérités soient comprises de chacun. Un fort, par la petitesse des angles de ses bastions, son exiguïté , sa facilité à être enveloppe de feux de toutes parts, peut être enlevé en sept ou huit jours ; il en faut soixante pour faire seulement brèche à l'enceinte. Ne serait-il pas déplorable qu'une population brave et dévouée comme celle de Paris se laissât démoraliser par ignorance, parce que l'assiégeant aurait eu un premier succès  inévitable , et qui ne préjugerait en rien le résultat définitif de son entreprise.

Après ces considérations générales, examinons la position de chaque fort en particulier : nous avons déjà dit qu'iU sont au nombre de seize. Si nous commençons par le nord nous en trouvons quatre qui mettent Saint-Denis à couvert', ce sont :

Le fort Labriche , appuyé sur la rivière à l'occident de Saint-Denis; il sera traversé par le chemin Se fer, puis le fort du Nord ou la double couronne; cet ouvrage, est ouvert à la gorge : c'est ainsi que sont construit» ordinairement les forts destinés à couvrir une enceinte, quand cette enceinte est assez rapprochée pour voir leurs terre- pleins et empêcher qu'on puisse les tourner et s'en emparer par surprise. Ces sortes d'ouvrages s'appellent  double couronne, suivant le nombre de bastions qui les composent.

La double couronne du Nord n'est pas détendue par l'enceinte, mais sa gorge est couverte par une inondation nue l'on peut facilement tendre, et qui met en sûreté le Nord et l'est de Saint-Denis.

Cette inondation protège encore un autre ouvrage qui , avec la couronne du nord, sont les deux seul.» des forts de Paris qui soient ouverts à la gorge; c'est la lunette de Stains , qui se trouve au nord-est de Saint-Denis.  

Au sud, une route stratégique en ligne droite conduit de cette lunette au fort de l’Est, le dernier des forts de Saint- Denis. Ce fort est un quadrilatère, c'est-à-dire qu'il a quatre bastions; il contient de vastes casemates dans ses courtines et deux magasins à poudre dans ses bastions.  

-Entre la Villette et le fort de l'Est , près de la route d'Amsterdam, non loin du village d'Aubervilliers , s'élèvera le fort de ce nom. En continuant à descendre vers le sud , entre Pantin et les Prés-Saint-Gervais, nous rencontrons le fort de Romainvjlle , petit hexagone ayant par conséquent sii bas-  qui augmente sa force.

Cette annexe, dont la construction date de 1833, époque à laquelle on fit quelques travaux de fortifications passagères, c'est-à-dire non revêtues de maçonnerie ; cette annexe est ce qu'on appelle un ouvrage à cornes ; elle est composée d'une courtine et de deux demi-bastions fermés par deux branches qui vont ficher sur les faces du front qu'il couvre. Les trois forts qui suivent, ceux de Noisy, de Rosny, de Nogent, sont des quadrilatères comme le fort de l'Est, mais ils ont de plus le front opposé à Paris, défendu par une couronne en terre de la même date que l'ouvrage à cornes du fort de Romainville : ces quatre derniers forts sont desservis par une route stratégique qui part du premier et vient aboutir au fort de Nogent.


Pour se faire une idée de cette route, cette autre carte de la bataille du 30 mars donne des indications précieuses.

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MessageSujet: Re: 30-31 mars 1814 : Le plan pour l'intelligence échoue à Fontenay sous Bois   Mar 01 Avr 2014, 20:02



Quelques mots maintenant sur la genèse qui amena à la construction de cette deuxième ligne de fortification sachant que c'est bien le traumatisme de 1814 qui est à l’origine du premier programme de fortification en 1818 :

Créée par le ministre de la guerre Gouvion Saint-Cyr, une commission de défense du territoire est chargée de « présenter ses vues sur le meilleur système de défense ».

En 1820 la commission conclut à la nécessité de mettre Paris en état de défense, mais aucun projet n'est retenu. Dix ans passent avant que ne soit créé un comité de Fortification, qui relance le débat, conclut à la nécessité de fortifier Paris, mais ne dégage pas de consensus sur le mode de défense.

Malgré tout en 1833 le plan topographique des environs de Paris prévoit : la mise en défense du mur des Fermiers généraux (qui est un mur d'octroi) en enceinte de sûreté : hauteur portée à six mètres ; deux rangs de créneaux ; barrières avec 65 tours (ou bastions) ;

En avant, plusieurs ouvrages de fortification passagère : une ligne fortifiée le long des canaux entre Romainville et Saint-Denis, avec « lunettes » et « redans » ; un système de zone inondable autour de Saint-Denis ; des ouvrages en terre avec casemates, forts étoilés et redoutes, sur les hauteurs (entre Saint-Denis et Nogent-sur-Marne) ; transformation du château de Vincennes en fort moderne. Les travaux trainent faute de convergences d’avis.

En 1838. Le 16 juillet, un plan de défense est enfin adopté, mais les financements manquent.

Le traité de Londres du 15 juillet 1840 exclut la France.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_de_Londres_(1840)

Adolphe Thiers, considérant que le traité porte en germe une nouvelle menace d'invasion, saisit l'occasion pour faire déclarer d'utilité publique et d'urgence la construction de la nouvelle enceinte. Le 1 er septembre, le général Dode de la Brunerie est nommé directeur des fortifications de Paris. Le 13 septembre, Le Moniteur annonce la décision. Les travaux commencent.

Les forts étant des ouvrages isolés destinés à être abandonnés à eux-mêmes et à recevoir le premier choc de l'ennemi,, il est convenu que les forts seront construits d'une manière plus compliquée que l'enceinte, et par là même coûteront beaucoup plus cher.

Indépendamment de leur escarpe qui devront avoir partout 10 mètres de hauteur, ils auront encore des contrescarpes revêtues et enveloppées de chemins couverts; leurs remparts seront casematés ;
Il est convenu qu’ils recevront dans leur intérieur des magasins à poudre et une caserne voûtée à l'épreuve de la bombe, pour une petite garnison habituelle de 5 à 600 hommes.

Sur la rive droite, pour le fort de Nogent, prévu  de forme carrée il y aura en avant du front qui regarde la campagne, une annexe qui ne sera autre chose qu'une partie des fortins construits en 1833, lesquels recevront un demi-revêtement qui les rendra plus respectables, et augmentera d'autant la résistance du fort projeté.

Il est prévu d’acquérir des terrains en complément de ceux utilisés en 1814 et partiellement agrandis dès 1832.  Les 15 hectares 11 ares du fort de Nogent sont évalués à 151,100Fr.

La périmètre du fort de Nogent est fixé à 1,262 m.

Côté maçonneries  quatre éléments de dépense sont distingués à savoir: La maçonnerie d'escarpe proprement dite, la maçonnerie des casemates, celle des contrescarpes et accessoires. Enfin, les bâtiments militaires. Chaque mètre courant d'escarpe et contre escarpe proprement dite est estimé à 1,262fr pour Nogent (…)

Pour en savoir plus on peut consulter le rapport sur le projet de loi relatif aux fortifications de Paris, fait à la demande des députés dans la séance du 13 janvier 1841  - Adolphe Thiers – paru aux éditions Auguste Leneveu.
http://books.google.fr/books/about/Rapport_sur_le_projet_de_loi_relatif_aux.html?id=p2hAAAAAcAAJ

Le total pour le fort de Nogent dépassant in fine le millions de francs budget de fonctionnement inclus.
Et le projet de la seconde ceinture par forts et redoutes interposés dépassant de son côté les 40 000 000 de francs. A la clef près de 100 000 emplois.

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MessageSujet: Re: 30-31 mars 1814 : Le plan pour l'intelligence échoue à Fontenay sous Bois   Jeu 03 Avr 2014, 20:45

Compte tenu des mouvements de troupe constatés en 1814, je me suis posé la question de ce qu’avait bien pu être le tracé de la route dite stratégique de l’époque.

Cette ligne marquant par ailleurs si on n'y regarde bien une ligne de partage des terres agricoles, avec d'un côté (à gauche) les terres de culture à grains, et de l'autre (à droite) les vignes et les champs labourables.

Il est à peu près certain que l’axe directeur fut le boulevard de Verdun pour ce qui concerne notre ville sur les hauteurs du plateau.

Pour en témoigner, ces deux extraits de cartes post construction des fortifications. (1852).





En revanche lorsque j’ai voulu retrouver d’anciennes cartes postales sur ce sujet, je n’ai pour l’instant trouvé que celles-ci provenant de http://fontenayplateau.net/FONTENAYANCIEN.HTM



et donc



Pour cette seconde photographie, je me suis demandé ou pouvait se trouver cette fameuse allée des amoureux et pour ce faire, j'ai cherché si entre 1814 et 1871, dates des invasions prussiennes, nous n’aurions a pas eu des amoureux célèbres sur notre commune.

C’est Sainte Beuve qui finalement m’a donné quelques éléments de réponse de part les correspondances qu’il a eu avec Béranger (nom laissé à une rue et une villa de notre ville, de part et d’autre du boulevard de Verdun, précisément).

Lisons-le ensemble :

La dernière année de son séjour à Tours (1839) fut marquée par un incident moral singulier. Il y voyait beaucoup des dames anglaises, dont l'une, jeune, se mit à l'aimer; et un jour il s'aperçut avec effroi que lui même était pris, mais pris comme jamais il ne l'avait été, et comme on ne l'est qu'une fois dans la vie. Une fille d'Albion avait fait ce miracle. Il touchait à la soixantaine. « Il en est de l'amour comme de la petite vérole, qui tue d'ordinaire quand elle prend tard. » C'est Bussy Rabutin qui le dit, et Béranger l'éprouva. Il faillit en mourir. Il pensa même, un moment, au suicide. Un seul ami, à qui il s'ouvrit de son état moral, accourut, lui chercha, en toute hâte, une retraite qu'il trouva à Fontenay-sous-Bois ; et là, pendant des mois,  Béranger seul, caché sous le nom de M. Berger ou Bonnin, s'arraisonna, prit son courage à deux mains, s'arracha le trait du cœur et pansa sa plaie en silence. Quand ses amis le revirent, rien n'y parut.

Mais un sentiment tardif et profond, si imprévu et qui tranche si fort avec tout lui fait trop d'honneur pour que, si quelque témoignage particulier en existe dans ses papiers ou dans ses lettres, on ne le produise pas un jour. Pourquoi donc reculer devant l'expression entière de la nature humaine dans sa vérité? Pourquoi l'affaiblir à dessein et presque en rougir? Aurons-nous toujours l'idole, et jamais l'homme?


Pourquoi en effet, me suis-je dit, et j’ai donc fait quelques recherches sur ce fameux Béranger dont en voici le résultat.

Comme le rapporte Savinien Lapointe, Béranger, était adoré des guinguettiers.

À entendre parler une foule de gens, qui prenaient ses gaités à la lettre, Béranger était un ivrogne, un débauché, coureur de mauvais lieux. Mais il était aussi un chansonnier reconnu.

De là, sans doute, ces histoires,  et poèmes dans lesquels on nous le montre courant les barrières et les cabarets, en compagnie de gens, que son cœur n'aurait pas dédaignés sans doute, mais avec qui, en fin de compte, il aurait pu s'étonner de se rencontrer.


http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre-Jean_de_B%C3%A9ranger

Son nom aurait pu rester parmi les anonymes sur notre ville puisqu’il il nous est dit qu’il logea de fait chez une certaine Madame Lacroix sous le nom de Bonnin, et qu’on ne dut le dévoilement de sa renommée qu’au jour de sa fête en 1840 où fleurs et couronnes lui furent apportés par les illustrations pairisiennes qui du coup trahirent son incognito.
......

Dans une correspondance à Lammenais, Béranger écrit d'ailleurs ceci :

La maison où j'habite (...) c'est bien heureux d'y avoir pu vivre sous un nom supposé et en me promenant tous les jours dans le bois de Vincennesn sans avoir encoré ét dépisté. J'habite Fontenay sous Bois : des villages qui entourent le bois, c'est le moins fréquenté des Parisiens, encore l'est-il trop. Deux de mes vieux mais sont venus m'y fêter le 19 aout....

Pour aller plus loin
http://books.google.fr/books?id=6K4GAAAAQAAJ&pg=PA189&dq=beranger+fontenay+sous+bois&hl=fr&sa=X&ei=GU49U4avLtWysQSCw4EQ&ved=0CCEQ6AEwAA#v=onepage&q=beranger%20fontenay%20sous%20bois&f=false
Béranger et Lamennais: correspondance, entretiens et souvenirs
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MessageSujet: Re: 30-31 mars 1814 : Le plan pour l'intelligence échoue à Fontenay sous Bois   Ven 04 Avr 2014, 00:26

Les oeuvres complèetes de Béranger sont ici
http://fr.wikisource.org/wiki/%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_de_B%C3%A9ranger
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MessageSujet: Re: 30-31 mars 1814 : Le plan pour l'intelligence échoue à Fontenay sous Bois   Ven 04 Avr 2014, 00:28

Libellule a écrit:
Les oeuvres complèetes de Béranger sont ici
http://fr.wikisource.org/wiki/%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_de_B%C3%A9ranger

d'où j'extrais le poême dédié à la belle Anglaise

CHARLES VII



Musique de M. B. Wilhem



Je vais combattre, Agnès l’ordonne :
Adieu, repos ; plaisirs, adieu !
J’aurai, pour venger ma couronne,
Des héros, l’amour, et mon Dieu.
Anglais, que le nom de ma belle
Dans vos rangs porte la terreur.
J’oubliais l’honneur auprès d’elle,
Agnès me rend tout à l’honneur.

Dans les jeux d’une cour oisive,
Français et roi, loin des dangers,
Je laissais la France captive
En proie au fer des étrangers.
Un mot, un seul mot de ma belle
A couvert mon front de rougeur.
J’oubliais l’honneur auprès d’elle,
Agnès me rend tout à l’honneur.

S’il faut mon sang pour la victoire,
Agnès, tout mon sang coulera.
Mais non ; pour l’amour et la gloire,
Victorieux, Charles vivra.
Je dois vaincre ; j’ai de ma belle
Et les chiffres et la couleur.
J’oubliais l’honneur auprès d’elle,
Agnès me rend tout à l’honneur.

Dunois, La Trémouille, Saintrailles,
Ô Français, quel jour enchanté
Quand des lauriers de vingt batailles
Je couronnerai la beauté !
Français, nous devrons à ma belle,
Moi la gloire, et vous le bonheur.
J’oubliais l’honneur auprès d’elle,
Agnès me rend tout à l’honneur.
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MessageSujet: Re: 30-31 mars 1814 : Le plan pour l'intelligence échoue à Fontenay sous Bois   Ven 04 Avr 2014, 03:33

Et pour coller au mieux au sujet initial ce deuxième extrait et la partition qui va avec

Les deux Grenadiers
Avril 1814
Sur l'air de : Guide mes pas, ô Providence ! (des deux journées)

PREMIER GRENADIER.
A notre poste on nous oublie.
Richard, minuit sonne au château.
DEUXIEME GRENADIER.
Nous allons revoir l'Italie.
Demain, adieu Fontainebleau !
PREMIER GRENADIER.
Par le ciel ! que j'en remercie,
L'île d'Elbe est un beau climat.
DEUXIEME GRENADIER.
Fût-elle au fond de la Russie,
Vieux grenadier, suivons un vieux soldat.

ENSEMBLE

Vieux grenadiers, suivons un vieux soldat,
Suivons un vieux soldat,
Suivons un vieux soldat,
Suivons un vieux soldat.

DEUXIEME GRENADIER.

Qu'elles sont promptes les défaites !
Où sont Moscou, Wilna, Berlin?
Je crois voir sur nos baïonnettes
Luire encor les feux du Kremlin
Et, livré par quelques perfides,
Paris coûte à peine un combat !
Nos gibernes n'étaient pas vides.
Vieux grenadiers, suivons un vieux soldat.

PREMIER GRENADIER.
Chacun nous répète : Il abdique.
Quel est ce mot ? Apprends-le-moi.
Rétablit-on la République !
DEUXIEME GRENADIER.
Non, puisqu'on nous ramène un roi.
L'Empereur aurait cent couronnes,
Je concevrais qu'il les cédât;
Sa main en faisait des aumônes.
Vieux grenadiers, suivons un vieux soldat.


PREMIER GRENADIER.
Une lumière, à ces fenêtres,
Brille à peine dans le château.
DEUXIEME GRENADIER.
Les valets à nobles ancêtres
Ont fui, le nez dans leur manteau.
Tous, dégalonnant leurs costumes,
Vont au nouveau chef de l'Etat
De l'aigle mort vendre les plumes.
Vieux grenadiers, suivons un vieux soldat.

PREMIER GRENADIER.
Des maréchaux, nos camarades,
Désertent aussi gorgés d'or.
DEUXIEME GRENADIER
Notre sang paya tous leurs grades;
Heureux qu'il nous en reste encor'.
Quoi! la Gloire fut en personne
Leur marraine un jour de combat (2)
Et le parrain on l'abandonne !
Vieux grenadiers, suivons un vieux soldat.


PREMIER GRENADIER.
Après vingt-cinq ans de services
J'allais demander du repos.
DEUXIEME GRENADIER.
Moi, tout couvert de cicatrices,
Je voulais quitter les drapeaux;
Mais, quand la liqueur est tarie,
Briser le vase est d'un ingrat.
Adieu femme, enfants et patrie !
Vieux grenadiers, suivons un vieux soldat.

ENSEMBLE

Vieux grenadiers, suivons un vieux soldat,
Suivons un vieux soldat.

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MessageSujet: Re: 30-31 mars 1814 : Le plan pour l'intelligence échoue à Fontenay sous Bois   Ven 04 Avr 2014, 06:36

Pour finir un lien pour mieux comprendre le personnage que Béranger fut http://criminocorpus.revues.org/2594

Ce petit bout de biographie trouvé ailleurs

Pierre-Jean de Béranger, dit simplement Béranger, fut le chansonnier le plus populaire du 19e siècle. Né en 1780 d'un père prétendument noble (et homme d'affaires aux fortunes diverses), il s'éloigna très tôt des idées paternelles pour adopter des convictions républicaines qui ne le quittèrent jamais. Mis en pension à Péronne au début des années 1790, il y fut initié aux chants patriotiques et découvrit alors la puissance de la chanson quand elle est mise au service d'une cause politique.
C'est dans les années 1800 qu'il commence à écrire et à publier des recueils de poésie et de chansons, protégé par Lucien Bonaparte, frère de Napoléon. Son style se place dans la continuité du 18e siècle, tout imprégné des idées de Jean-Jacques Rousseau. Il chante l'amour, souvent de façon grivoise, et ses couplets bacchiques rappellent que ses vers étaient destinés à égayer les banquets. Mais c'est par la chanson politique surtout que Béranger acquiert sa notoriété. Dès les années 1813-1815, au moment où l'empire napoléonien s'effondre et où le républicanisme semble définitivement enterré, Béranger maintient la flamme du "patriotisme" issu de la Révolution Française. Dans ses chansons, il attaque l'Ancien régime et les ultras qui voudraient y revenir, le clergé et ses "jésuites", il glorifie le "Peuple" et réhabilite l'Empire, participant ainsi à la création de la légende napoléonienne.


Et ce texte qui nous ramène à la Bataille de PARIS

BÉRANGER ( 1780 – 1857 ). Ma Biographie. Édition posthume. 1860.

Extrait : La prise de Paris par les alliés.

Ce sont des hussards; ils montent lentement : sont-ils des nôtres ? Arrivés auprès des moulins, où, à l'aide d'une lunette, je les suis pas à pas, plein d'une douloureuse anxiété, la tête de leurs chevaux se tourne vers Paris. Grand Dieu! c'est l'ennemi! Le voilà maître des hauteurs si mal défendues. Bientôt cesse le bruit de la fusillade et de l'artillerie ; mon effroi augmente et je descends vite dans la rue pour savoir des nouvelles. A travers les blessés qu'on rapporte, les fourgons qui rentrent pêle-mêle, je cours jusqu'aux boulevards, et là, comme j'en avais le triste pressentiment, j'apprends qu'une capitulation vient d'être signée par les seuls aides de camp du duc de Raguse.

Ce maréchal, travaillé depuis longtemps par les conspirateurs bourboniens (fait dont je suis sûr), après s'être très bien conduit pendant la durée du combat, osa donner, un peu plus tard, le signal de la défection. Le peuple des ouvriers, entassé derrière la ligne de défense que j'avais voulu voir le matin, compta toute la journée sur l'arrivée de l'Empereur, qui n'était qu'à quelques lieues ; il s'apprêtait au spectacle d'une victoire. Apercevait-on au loin dans la plaine un général sur un cheval blanc, suivi de quelques officiers : «Le voilà! le voilà! » s'écriait cette foule, qui ne supposait même pas que Paris pût courir un danger sérieux. A la nouvelle de la capitulation, il fallait voir la stupeur et la rage de celle multitude courageuse qui a le goût et l'instinct des combats et qui, tout le jour, n'avait cessé de solliciter des armes qu'on s'était bien gardé de lui accorder. Moi aussi, j'avais en vain été demander un fusil à ceux qu'on disait chargés d'en faire la distribution.

Il m'a toujours semblé que j'aurais été brave ce jour-là. Certes, il est du moins des choses que je n'aurais pas faites : céder à de perfides insinuations ; aller tendre la main aux ennemis de notre pays ; signer une capitulation qu'on pouvait retarder de deux jours au moins, rien qu'en refusant de laisser entrer leur armée, qui était trop faible pour se hasarder contre une ville si populeuse ; voilà, je le sens, ce qu'on n'eût pu obtenir de moi m'eût - on menacé de la mort la plus cruelle. Mais on avait satisfait aux exigences de tactique et de stratégie; les canons avaient tiré autant de coups qu'ils en doivent tirer dans un jour ; on comptait le peuple pour rien ; l'honneur militaire était satisfait, et des hommes, renommés par leur bravoure, n'ont pas hésité à signer la reddition de la capitale, c'est-à-dire l'asservissement de leur patrie !

Ne pouvant plus douter de cette capitulation, je passai une bien triste nuit dans mon misérable galetas, si voisin alors du camp étranger. Barbares ou civilisés, tous ces soldats, dont quelques-uns peut- être avaient vu la grande muraille de la Chine, semblèrent ne se reposer que dans la joie de leur triomphe. Ce ne fut, jusqu'au jour, qu'un bruit de farandoles étranges et de cris sauvages, mêlés aux clairons des Allemands, des Cosaques et des Baskirs. Je pus voir les illuminations qu'ils dressèrent à notre honte sur ce Montmartre où si souvent, aux derniers rayons d'un beau soleil couchant, j'avais été rêver à l'aspect de Paris étendu à mes pieds.

De grand matin, je me mets en quête et j'apprends par les proclamations affichées pendant la nuit qu'il n'est plus d'espoir et que l'entrée de ceux que désormais on nomme les alliés aura lieu dans quelques heures. De petits imprimés, non signés, sont encore répandus dans la foule pour l'engager à la résistance. Vaine protestation ! l'Empereur avait tellement habitué le peuple à ne croire qu'en lui, que sa voix seule eût pu alors dissiper toutes les incertitudes, relever tous les courages et surtout leur donner une direction utile. Bien convaincu de notre malheur, je pris le parti de rentrer chez moi pour me cacher, ne voulant rien voir du spectacle qui allait déshonorer Paris.

Mais quelle fut ma surprise en rencontrant plusieurs cocardes blanches au milieu des groupes échelonnés le long des boulevards ! Un homme ivre cria même auprès de moi : « Vivent les Bourbons ! » La foule ne semblait rien comprendre à ces premières démonstrations royalistes, qui pourtant avaient déjà été faites plus en grand par une brillante cavalcade que dirigeaient les Duclos1, les Maubreuil5, des ducs, des marquis, des comtes de vieille roche et quelques intrigants empressés d'accourir pour avoir part au butin.

On sait que l'entrée des Russes et des Allemands se fit avec plus de courtoisie que les vainqueurs n'en mettent d'ordinaire. Nos ennemis semblaient se présenter chapeau bas dans la ville de Clovis, de saint Louis, d'Henri IV, de Louis XIV et de Napoléon, dans cette ville de la Constituante et de la Convention, où depuis des siècles s'élabore avec une activité incessante l'oeuvre grande et sainte de la démocratie européenne. Les princes se rappelaient sans doute tout ce que la civilisation de leurs peuples et l'esprit de leurs cours nous avaient d'obligations. Presque tous les officiers de cette nombreuse armée parlaient la langue des vaincus, semblaient même n'en savoir point d'autre, si ce n'est quand il leur fallait réprimer les rares brutalités de quelques-uns de leurs soldats.

Du haut des balcons, mille ou douze cents bourboniens (on m'assure que j'exagère le nombre de moitié), hommes ou femmes, gens nobles ou qui travaillaient à se faire anoblir, rendaient politesse pour politesse aux vainqueurs ; plusieurs même venaient se jeter aux genoux des chefs, dont ils baisaient les bottes poudreuses, tandis qu'aux fenêtres des mouchoirs blancs agités, des cris d'enthousiasme, de bruyantes bénédictions, saluaient cette armée qui défilait tout étonnée d'un pareil triomphe.

1 Chodruc-Duclos, celui qui, sous Charles X, promena ses haillons sous les galeries du Palais-Royal, pour reprocher chaque jour, et à la face de tous, leur ingratitude à ceux dont il avait servi la cause jusqu'à s'y ruiner.
2 Celui qui fut chargé d'assassiner Napoléon et qui dépouilla de sa cassette l'ex-reine de Westphalie, Catherine de Würtemberg.

Ainsi un lâche troupeau de Français foulait aux pieds les trophées de nos vingt-cinq dernières années de gloire devant des étrangers qui par leur tenue prouvaient si bien qu'ils en gardaient un profond souvenir.

Saisie d'abord d'une indignation patriotique, la classe des ouvriers fut longtemps à se rendre compte d'un changement aussi imprévu. Comme cette classe, plus que toute autre, avait besoin de la paix, ce fut ce mot qui seul put y faire des conversions favorables au régime qu'on nous préparait chez M. de Talleyrand. Cet homme habile, ainsi que l'empereur Alexandre, ne se rattachait aux Bourbons de la branche aînée que pour n'avoir plus affaire à Napoléon. On pourra juger de la différence des sentiments qui animaient le peuple et les royalistes, vieux ou nouveaux, par deux faits qui se sont passés sous mes yeux.

Le lendemain de l'entrée des étrangers à Paris, une centaine de nos soldats, faits prisonniers dans nos murs, furent amenés par un détachement allemand et traversèrent des rues peuplées d'ouvriers. Ceux-ci, voyant des Français blessés, couverts de sang, crurent d'abord qu'on les conduisait aux hôpitaux; mais, instruits que c'est à l'état-major ennemi, campé aux Champs-Elysées, qu'on les mène, ils poussent des clameurs et se disposent à délivrer ces malheureux restes de nos défenseurs, lorsque, soit hasard, soit prudence, les chefs de l'escorte lui font gagner les boulevards, où de fervents royalistes stationnent pour stimuler leurs agents. J'étais là : à la vue de nos pauvres soldats prisonniers, souffrants, mutilés, des vivat s'élèvent du groupe des bourboniens : de beaux messieurs et de belles dames se mettent aux fenêtres pour applaudir les soldats étrangers et ne pas manquer leur part d'une telle infamie. Ce n'était pas seulement la patrie insultée, c'était l'humanité méconnue.

Un spectacle non moins honteux, mais moins triste, me frappa sur la place Vendôme, où plusieurs des royalistes dont je viens de parler s'évertuaient à renverser du haut de la colonne la statue de l'Empereur, dont on avait à dessein déchaussé le socle. Des chevaux et des hommes attelés à de longues cordes tiraient cette grande figure, qui restait inébranlable, et que les meneurs du parti voulaient voir se briser sur le pavé de la place. Malgré la terreur de surprise qui paralysait encore la foule, le sentiment des outrages prodigués au soldat de la Révolution produisait d'abord de sourds murmures, puis éclatait par de longs rires, à chaque effort inutile tenté par les nouveaux iconoclastes. Il furent obligés de se retirer sans avoir accompli leur tâche de destruction.

Je ne pense pas qu'on veuille conclure de ce que je viens de rapporter que pareille conduite a été tenue par tout ce qu'il y avait de légitimistes, de nobles et de riches à Paris. Les hôtels ont eu aussi leur patriotisme et les vertus n'ont sans doute manqué à aucun parti.

Chose remarquable ! cette reddition de Paris ne dérangea rien à la vie de ses habitants. Le matin de l'attaque, les spectacles furent affichés, comme d'habitude, et, si le soir les représentations n'eurent pas lieu, je suis tenté de croire que ce fut uniquement parce que, comédiens et bourgeois, chacun voulait voir et savoir ce qui allait se passer.

L'entrée des étrangers fut un autre genre de distraction où coururent beaucoup de gens dont le patriotisme n'était pas plus douteux que le mien. Leur en faisait-on un reproche : « Qu'y pouvions-nous faire ? répondaient-ils ; pourquoi l'Empereur n'est-il pas arrivé à temps ? pourquoi Marie-Louise et Joseph nous ont-ils abandonnés ? »

Au reste, si l'Empereur eût alors pu lire dans tous les esprits, il eût reconnu sans doute une de ses plus grandes fautes, une de celles que la nature de son génie lui fit faire. Il avait bâillonné la presse, ôté au peuple toute intervention libre dans les affaires, et laissé s'effacer ainsi les principes que notre Révolution nous avait inculqués : il en était résulté l'engourdissement profond des sentiments qui nous sont les plus naturels. Sa fortune nous tint longtemps lieu de patriotisme ; mais, comme il avait absorbé toute la nation en lui, avec lui, la nation tomba tout entière; et dans notre chute, nous ne sûmes plus être devant nos ennemis que ce qu'il nous avait faits lui-même.

Toutefois, disons-le à sa louange, ainsi que l'ont prouvé son désir de combattre jusqu'à la dernière cartouche et sa facilité à abdiquer, lui seul, en dehors du peuple, fut patriote dans ce moment solennel.

On faisait peu de politique sous le gouvernement impérial ; cependant la politique me préoccupait toujours, et, quoique j'eusse prévu à peu près la marche que suivrait l'ambition de Bonaparte, le rétablissement d'un trône fut pour moi un grand sujet de tristesse. Bien moins homme de doctrines qu'homme d'instinct et de sentiment, je suis de nature républicaine. Je donnai des larmes à la République, non de ces larmes écrites, avec points d'exclamation, comme les poètes en prodiguent tant, mais de celles qu'une âme qui respire l'indépendance ne verse que trop réellement sur les plaies faites à la patrie et à la liberté. Mon admiration pour le génie de Napoléon n'ôta rien à ma répugnance pour le despotisme de son gouvernement, d'autant plus qu'alors je me rendais moins bien compte que je ne l'ai fait depuis des nécessités que lui imposait la lutte à soutenir contre les entreprises sans cesse renaissantes de l'aristocratie européenne.


Avec cette idée qui me traverse désormais l'esprit, et si le Fontenaysien au cahier avait été Béranger lui-même ou la personne qui lui accordera refuge de 1840 à 1841?
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MessageSujet: Re: 30-31 mars 1814 : Le plan pour l'intelligence échoue à Fontenay sous Bois   Ven 04 Avr 2014, 09:37

Voici de quoi attiser cette hypothèse trouvé dans un ouvrage qui s’appelle les mémoires authentiques de Beranger

https://archive.org/stream/mmoiresauthent00leyn/mmoiresauthent00leyn_djvu.txt

Trois extraits à trois dates différentes

1) Elle se nommait Judith Frère.

Pendant que son oncle donnait des leçons, Judith jouait avec les plus jeunes élèves de l'école. Par suite de cet esprit d'imitation commun à tous les enfants, l'escrime devenait alors naturellement le jeu favori de ceux-ci, et, avec un aplomb risible et deux baguettes en guise de fleurets, la petite Judith montrait la tierce et la quarte aux bambins trop jeunes pour prendre part aux leçons du maître.

Béranger était l'un des élèves les plus distingués du petit prévôt en jupons : c'était aussi son élève favori. Judith avait dix ans, Béranger en avait sept, et les deux enfants se sentaient entraînés l'un vers l'autre par un de ces liens de sympathie dont il est aussi difficile de préciser la source que de pressentir les suites.

Une séparation imprévue était venue briser le fil de cette liaison enfantine. Béranger, en 1790, était, on l'a vu partir pour Péronne. Le maître d'armes Allard s'était engagé comme volontaire dans le grand enrôlement de 1792, et la jeune Judith avait été confiée à sa marraine, maîtresse couturière, veuve d'un soldat aux gardes-françaises tué à la prise de la Bastille.

2) Ce fut là qu'en 1 798 Béranger retrouva Judith après une séparation de près de douze années.

Rien de plus romanesque et de plus simple à la fois que le hasard de leur rencontre ; rien de plus curieux que la manière dont Béranger le racontait un jour dans une réunion d'amis, avec ce caquetage charmant, piquante causerie qui courait parfois par monts et par vaux, entraînant l'auditeur à sa suite. On y reconnaîtra le germe de ce goût et de ce talent pour l'observation, qui a été une des qualités spéciales du poète.

C'est à l'auteur de la Bibliothèque de mon oncle témoin auriculaire, que nous devons cette Intéressante communication.

C'était à propos de la chanson intitulée : Maudit printemps :

Je la voyais de ma fenêtre
A la sienne tout cet hiver.
Nous nous aimions sans nous connaître;
Nos baisers se croisaient dans l'air.
Entre ces tilleuls sans feuillage
Nous regarder comblait nos jours.
Aux arbres tu rends leur ombrage ;
Maudit printemps! Reviendras-tu toujours I

3) Il tint fidèlement son engagement; sa noble dame tint le sien.

De son silence patriotique, le poète recueillit une immense popularité : le mépris public fut le prix des joies impures des autres.

Sans accepter en rien la solidarité de cette étrange et passablement impertinente création, on peut dire que 1814 offrit le contraste de ces deux sortes d'âmes. Les âmes de boue, pressées de se trouver à la curée et d'avoir leur part des épaves du grand naufrage, saluèrent l'ennemi vainqueur par des vivats! Les âmes d'éther, recueillies dans un repli du cœur, crièrent : Hélas ! patrie ! L'âme de Béranger, qui était d'éther le plus pur, poussa ce cri avec tant d'angoisse, que des larmes bien amères en vinrent à ses yeux.

Il pleura sur cette grande humiliation de la patrie, et, dans la seule nuit qui suivit l'entrée de l'étranger à Paris, sa tête, en signe de deuil national, se dépouilla d'elle-même de ses cheveux; il devint complètement chauve. Il n'avait pas encore trente-cinq ans.

Et cette révélation finale



Voici la véritable Lisette de Béranger,,qui nous est présentée par un ami du poète : La Lisette de Béranger, tout d'abord, ne s'appelait même pas Lisette.

Elle se nommait Judith Frère. CQFD.

FEUILLETON DU PETIT JOURNAL DU 4 FÉVRIER 1848 UNE FOLIE DE JEUNESSE

Judith Frère, l'amie de Béranger, est née Paris dans la rue Montorgueil. Elle perdit sa mère, de trop bonne heure pour la connaître,-et le seul bienfait apparent qu'elle reçut d'elle, après celui de l'existence, fut une: modique pension qui la préserva de manquer de pain, ̃ Elle connut un peu plus son père, qui exerça la profession de maître d'armes.
C'était un homme grand, élancé, d'un esprit aventureux, s'occupant toujours de duels, et plus disposé à faire battre les gens qu'à les pacifier.

Lorsque la grande révolution éclata M.Frère ne put se contenir; laissant sa fille aux soins d'une vieille cousine qui devait veiller sur ses douze ans, il rassembla quelques artistes, car il s'occupait de peinture.  Judith ne cesse de croiser l'homme de sa vie, elle est encore avec lui à Fontainebleau en 1834; elle le suit à Tours; d'où ils reviennent en 1840; ils retournent à Fontenay-sous-Bois ; re. CQFD avant de nouveau de déménager sur Versailles. (...)
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MessageSujet: Re: 30-31 mars 1814 : Le plan pour l'intelligence échoue à Fontenay sous Bois   Ven 04 Avr 2014, 17:08

Quant au positionnement de Béranger lors de la bataille de Paris et pendant les cent jours de Napoléon à l'île d'Elbe, il lui valu ce timbre de reconnaissance qui se passe de commentaires.
Il est daté 1957. Soit de l'année du bicentenaire de sa mort.


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MessageSujet: Re: 30-31 mars 1814 : Le plan pour l'intelligence échoue à Fontenay sous Bois   Ven 04 Avr 2014, 23:07

Addendum.

Compte tenu de la proximité qui existe à Fontenay sous Bois entre la Rue Michelet et Beranger, je me permets de mettre ce lien où la fin de vie de Judith Frère et de Pierre Jean Béranger est évoquée. A découvrir.

http://195.220.134.232/numerisation/tires-a-part-www-nb/0000005761807.pdf

Et celui ci qui fait remonter l'amitié entre les deux hommes à 1830.
http://books.google.fr/books?id=cxkJAAAAQAAJ&pg=PA191&lpg=PA191&dq=michelet+beranger&source=bl&ots=wZNtzBNUne&sig=pDAbqHggfbtd8G-01lOPyvSWyik&hl=fr&sa=X&ei=AZA-U8SWBrPLsQTvz4CoDg&ved=0CCYQ6AEwAQ#v=onepage&q=michelet%20beranger&f=false
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MessageSujet: Re: 30-31 mars 1814 : Le plan pour l'intelligence échoue à Fontenay sous Bois   Mer 09 Avr 2014, 20:30

Second addendum cet extrait de plan où l'on voit où se trouvait le départ de l aroute stratégique devant le Fort.

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30-31 mars 1814 : Le plan pour l'intelligence échoue à Fontenay sous Bois
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