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 Les ossements rue du Parc, et de la croix boissée, vestiges de la maladrerie ?

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MessageSujet: Les ossements rue du Parc, et de la croix boissée, vestiges de la maladrerie ?    Dim 06 Avr 2014, 22:30

Rue du Parc, rue de la croix Boissée ? ... Lieux de mémoires fontenaysiens autour de la Villa Memoris?

Voyons cela ensemble

Quatre contemporains se sont intéressés à la maladrerie de Fontenay sous Bois depuis les années 1980.

Ainsi Yves Vergez, pour ouvrir son sujet nous rappelle-t-il que la lèpre, était un fléau du Moyen âge qui touchait toutes les classes sociales, et qu’elle s'était répandue dans notre pays après la première croisade, vers 1090. Très rapidement on s'aperçut que la maladie était contagieuse par contact, et que, faute de pouvoir la guérir, seul l'isolement des malades évitait la propagation. Il nous indique que l'ordre de Saint Lazare fut fondé à Jérusalem vers 1120. Ses moines-soldats ayant pour première mission de lutter contre le fléau.

Claude Troquet de son côté écrit  dans un mémoire daté de 1998  que c’est en 1144 qu’Henri de Fontenay, atteint lui-même de la lèpre, fit don à l’ordre de Saint-Lazare de tout ce qu’il possédait en la terre et seigneurie de Fontenay. Et qu’ainsi, Au fil des années allait se développer une maladrerie, qui disparut au XVIIIè siècle. L’emplacement de cette maladrerie restant aujourd’hui encore méconnu.

Georges Naudet prétend quant à lui que dès l'année 1219, Fontenay-sous-Bois eut une maladrerie, ou léproserie, servant pour quatre paroisses

Tandis que Pierre Lebeau dans son histoire de Saint Mandé, écrit ceci : C'est sous le règne de Philippe la Hardi, en 1276, qu'un fossé fut creusé pour amener l'eau des fontaines de la côte de Fontenay au vivier du bois de Vincennes, à travers la léproserie de Fontenay-sur-Bois. Un vivier étant alors le plus sûr moyen d'avoir du poisson frais à sa table.

On comprend mieux le sens de ce texte si l’on prend en compte par ailleurs que c'est à la société laïque que la léproserie dut le développement de son domaine au XIIe siècle, parce qu’à chaque fois qu'un malade entrait à Saint-Lazare pour s'y faire soigner, il réalisait des donations en aumônes de terres et de revenus ; étant précisé que justement l’ordre Saint-Lazare entretenait avec soin les biens acquis, en particulier par de grands travaux d'adduction d'eau pour alimenter leurs fontaines, ce dont témoignent de très précieux cartulaire du XIIIe siècle qui nous ont livré une grande partie sur la manière de fonctionner des léproseries.

http://www.vergez.net/w/Fontenay_sous_Bois_Maladrerie.htm

Georges Naudet dans on ouvrage s’est plus particulièrement intéressé au fonctionnement de l’ordre, et les autres passionnés d'histoire aussi d'ailleurs.

Ce qui fait qu'hormis la mention faite par Pierre Lebeau, aucun de ces chercheurs ne communique sur le lieu probable de cette maladrerie.

Pour ma part, avant de vous en parler plus longuement, j’ai été intrigué par ce passage assez énigmatique du livre de Naudet où il nous parle de découverte d’ossements en 1933.



citant successivement comme lieux de découverte, la rue Boschot, la rue du Parc, la rue du commandant Duhail ; la rue Grognard et l’orme de la croix Boissée sachant par ailleurs qu’il précise reparlant de ce dernier lieu qu’il s'appelait à l’origine le chemin de la Croix boissée, qui devenait la ruelle aux Ormes à sa dernière courbe.

M’étant intéressé à ce que pouvait bien être l’origine d’une telle croix, je découvris que cela venait de l’expression buiser, savoir  Garnir avec du buis, notamment avec des rameaux de buis bénit :
Et qu’en Ile de France il était d’usage de « buiser » les tombes de tiges parfois tressées en couronne, la même cérémonie se répètant aux calvaires des croisées de chemins d'où les noms de « croix des buis », « croix boissée, croix bosset, croix buisset », qu'on leur donne parfois. Chacun rapporte ses rameaux bénits à la maison où ils préserveront « bêtes et gens » de tout mal. P.-L. MENON, R. LECOTTE, Au village de France,t. 1, 1954, p. 56.
Orth. − Pour l'adjectif le verbe se voyant adjoindr un second « s » pour donner buissée et boissée (A. FRANCE, Vie de Jeanne d'Arc, 1908, p. 324).
Avec cette précision o! combien importante : ÉTYMOL. ET HIST. Où l’ontrouve dès 1307 le participe passé adjectif « garni de buis » croix bouessee (dans les relevés. de la maladrerie de Bernay, Arch. hospitalière. Bernay dans GDF., s.v. bouysser); puis de nouveau en 1473 bouysser « garnir de buis » (Almenêches, Arch. Orne, H 24, ibid.).

http://www.cnrtl.fr/definition/buiser

Il s'agit là peut-être d'assez d'éléments pour fixer un lieu possible d'implantation à la maladrerie... Qu'en pensez-vous d'autant que la D240 semble bien être l'ancienne rue du Parc?



Ici la source des incunables de Lady où il est dit en fin de texte que les Lépreux selon le rituel en place sont ensevelis directement en leur maison.
http://j.marchal.pagesperso-orange.fr/anecdotes/lepreux.html
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MessageSujet: Re: Les ossements rue du Parc, et de la croix boissée, vestiges de la maladrerie ?    Lun 07 Avr 2014, 00:57

A y regarder de plus près, au Moyen âge la Lèpre faisait partie des maladies les plus répandues  dans notre région et c’est ainsi qu’il fut instaurées des règles strictes d'isolement des lépreux.

La hantise de la lèpre est telle qu’elle est appelée la fille aînée de la mort pour les chrétiens et que dans le Coran, il est par exemple écrit : Fuis le lépreux comme le lion. On trouve aussi une législation abondante en la matière dans les royaumes francs créés à la suite des Croisades, notamment dans les assises de Jérusalem, sorte de code fait à la demande de Godefroi de Bouillon et qui date de 1099.

En 1120, quand se crée l’ordre de Saint-Lazare, la première disposition est on ne peut plus claire : le grand maître de l’ordre devra lui-même être un lépreux …

La lèpre se développant, c’est au  troisième concile de Latran en 1179, que pour la première fois qu’il est dit que les maladreries devront disposer de leur propre cimetière, la règle de Saint Lazare faisant sienne cette recommandation en 1209, au prétexte qu’un lépreux qui rentrait dans l’ordre pour y être soigné, devait avant tout être considéré comme mort, et donc ne devait plus jamais ressortir du lieu qui l’accueillait.

Les lépreux entre eux se voyant obligés de vivre dans leurs solitudes ; tenu pour mort il n’a plus la disposition de ses biens ; et son seul produit pourra seulement aider à sa subsistance. Les lois galloises. Le principe de l’isolement des lépreux apparaît ainsi comme fondamental et va amener à un cérémonial funèbre lorsque le lépreux est retranché du monde.

C’est certainement ce cérémonial qui a été appliqué aussi à Fontenay si on admet le principe que les ossements retrouvés marquent l’emplacement de l’ancienne maladrerie ou ses alentours immédiats.
Et vous comprendrez que je choisisse de faire porter mon propos sur ce point bien particulier au regard des indications fournies plus haut par Georges Naudet.

La préoccupation fondamentale d’isoler les lépreux, s’accompagne du désir de les faire connaître à chacun pour qu’ils s’en écartent. Il était donc normal que la séparation du monde à laquelle on devait procéder lorsque quelqu'un était atteint de la lèpre, soit accompagnée de prières et notamment d'une messe. Eudes, évêque de Paris, y fait allusion dans une de ses lettres en 1205. Il semble que ce soit à cette occasion que l’on adopta le premier rituel de la messe des morts.

Tout commençait avec la séquestration faite avec solennité. Un prêtre allait chercher le lépreux dans sa demeure et le conduisait à l'église sur une civière et couvert d'un drap noir tout comme un mort. Il chantait le libéra en faisant la levée du corps. Devant l'autel au-dessous d'un drap noir tendu sur deux tréteaux, le lépreux s'agenouillait, le visage recouvert d'un voile noir, et entendait la messe.

L'officiant par trois fois jetait une pelletée de sable du cimetière sur la tête du ladre, en disant :
sis mortuus mundo (tu es mort au monde), vivus iterum Deo (tu vivras par Dieu).

Il procédait à la lecture des défenses, puis le lépreux recevait l'habit de « ladre » (avec sur la poitrine un morceau d'étoffe généralement rouge), et les cliquettes qu'il devait agiter pour prévenir les passants. Mis hors de l'église, il était conduit en procession à sa « cabane ».

L'officiant bénissait ses objets usuels - et après l'avoir encore une fois exhorté à la patience (jusqu’à la mort) - il plantait devant la porte une croix boissée où on suspendait un tronc pour les aumônes.

Certains rituels atténuaient autant que possible le caractère funèbre de la cérémonie - d'autres l'aggravaient. On alla même dans certains cas, jusqu'à forcer le malheureux à descendre dans une fosse ouverte et à subir un simulacre d'inhumation.

Ce que l'on voulait surtout, c'est que chacun sache que telle personne était atteinte de la lèpre et qu'il ne fallait plus avoir de commerce avec elle. Ce rituel avait pour but de marquer officiellement l'importance du cas au point de vue contagion.

Le texte des défenses faites aux lépreux est particulièrement dramatique : (je mets en clair la traduction de l’incunable)

Je vous défends de jamais entrer en l'église, marché, moulin, fours publics et en toute compagnie et assemblée de gens. Je vous défends de jamais laver vos mains et toutes choses nécessaires dedans fontaine ni ruisseau de quelque eau que ce soit ; et si vous voulez boire puisez de seau avec votre baril ou quelque autre vaisseau. Je vous défends désormais d’aller sans l’habit de lépreux, afin d‘être connu des autres et de ne rester déchaussé et pieds nus que dedans votre maison. Je vous défends de toucher autre chose que voudrez acheter en quelque lieu que soyez, sinon avec une verge ou un baston afin qu’on connaisse ce que vous demandez. Je vous défends désormais d’entrer aux tavernes ou autres maisons si vous voulez acheter du vin ou prendre ou recevoir ce que l’on vous baille, mais faites que l’on le mette dedans votre baril ou autre vaisseau. Je vous défends d‘avoir autre compagnie de femme que la lèpre. Je vous défends en allant par les champs, de répondre à celui qui vous interrogeait que premièrement ne soyez hors du chemin au dessous du vent, craignant que vous n’infectiez quelqu’un et aussi que désormais vous n’alliez par un chemin étroit de crainte que vous ne rencontreriez quelqu’un. Je vous défends si la nécessité ne vous contraint de passer par un petit chemin par les prés, de toucher les haies ou buissons que devant vous n’ayez mis vos gants. Je vous défends de toucher les petits enfants ni les jeunes gens quels qu’ils soient, ni aussi de leur bailler aux autres aussi chose quelconque. Je vous défends désormais de manger ou boire aux
compagnies sinon avec les Lépreux et les vôtres.

Ce faisant, il est donc permis de séparer les époux dont l’un est lépreux, de peur qu’il ne naisse de leur union des enfants atteints de cette maladie sauf au cas où les époux restent fidèles l’un à l’autre et où le mari ou la femme accompagne celui qui est atteint de la lèpre dans sa réclusion.

A la mort du lépreux, la cérémonie accomplie lors de la séquestration est reprise, pour marquer que le lépreux a retrouvé enfin sa liberté. Il peut être inhumé et recouvert d'une pelletée de sable.

J’en conclus pour ma part que les restes retrouvés pourraient datés d’avant le XVe siècle, époque où la lèpre diminuant, une plus grande tolérance se fait jour.

Georges Naudet nous parle de vingt crânes dans ces notes. Dans son histoire de la lèpre, M. FAY a essayé de déterminer le nombre de lépreux de ces léproseries. C‘est un travail délicat, car ces établissements comportaient un nombre très variable de ces malheureux, parfois même infime. La situation se modifiait sans cesse selon les régions et les époques, avec souvent des regroupements de maladreries. D’autre part, les comptes conservés ne précisent pas toujours le nombre de personnes saines travaillant dans les léproseries.
Il estime à 20.000 lépreux en léproseries

Au XIIe siècle qui en compte près de 2000. Par contre, au XIVe siècle, la lèpre est en forte régression; il n’y a plus que 35 lépreux dans les 59 maladreries du diocèse de Paris (Legrand).

Pourquoi tant de léproseries, peut-on se dire ?

Tout simplement parce qu’à l’époque les collectivités locales et les églises acceptaient bien de venir en aide aux lépreux mais pour les seuls natifs de leur secteur, mais non aux autres que l’on se bornait à chasser. Le « domicile de secours » ayant vocation à être communal.

Jusqu'à temps que l’autorité civile se substitue à l’autorité religieuse. Le « jury médical » comprenant alors un docteur en médecine, un chirurgien juré et parfois un apothicaire ; il rédigeait un rapport : si la lèpre était reconnue, le prévôt convoquait le conseil de la ville (ou du regroupement de villes comme pour Fontenay) devant lequel des témoins venaient affirmer que le malade était bien natif de la ville ou du pays ; cette justification était indispensable au lépreux pour parfaire son droit à la dot.

Les gouverneurs de la ville préparaient ensuite leur conclusion et le conseil, par l’organe du prévôt de la cité, rendait une sentence qui enjoignait au lépreux de se retirer dans la léproserie et de ne plus communiquer dans l’avenir avec une personne saine et qui ordonnait enfin au gouverneur de la ville de fournir une dot.

Chaque cité ayant ses règles qui se précisèrent au cours des siècles il faudra attendre le XVIe siècle, alors que les cas de lèpre étaient devenus rares, pour voir toutes les villes avoir les mêmes commissions d’examen comportant un nombre important de membres, échevins, médecins, chirurgiens, prieur, curé et greffier.
.
Les épreuves à faire subir avaient été peu à peu codifiées et nous en avons la formule transmise dans les écrits d’Ambroise Paré au XVIe siècle :




On procède d’abord à l’examen de la couleur du visage aussi avons tiré et arraché de ses cheveux et du poil de la barbe et sourcils et avons vu qu’à la racine du poil était attaché quelque petite portion de chair.

Examen des narines quasi bouchées, de la langue, des gencives a corrodées, des dents décharnées, de l'haleine fort puante, de la voie enrouée.

Ce qui vous l’aurez compris me semble donner un sens tout à fait précis au commentaire que nous livre une nouvelle fois Georges Naudet dans la partie que j'ai reproduite plus haut.
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MessageSujet: Re: Les ossements rue du Parc, et de la croix boissée, vestiges de la maladrerie ?    Lun 07 Avr 2014, 04:26

La variété de mots utilisés pour dénommer cette pathologie qu’est la lèpre permet par ailleurs de savoir de « par où on arrivait à ce lieu damné » que fut cette maladrerie au départ de la procession associée à la cérémonie.

Car l’autre mot courant pour nous parler de léproserie est le bordiau, ou lieu de rassemblement des lépreux.  L’usage voulait que les malades, avant leur entrée dans la maladrerie, soient rassemblés le long d'un cours d'eau ou d'une route très passante pour que tout le monde les voit. En l’occurrence pour ce qui nous concerne, la route dit de Lagny.

Quelques descriptifs nous sont données de leur habitat, constitué de huttes, de cabanes puis progressivement de petites maisons en pierre ou logettes, mesels ou bordes aménagées autour d'une cour close par une enceinte.

Une chapelle et des logements pour les « assistants » complétaient cette structure. La léproserie, appelée, selon, ladrerie ou maladrerie, le mot de ladre renvoyant lui-même à  Saint-LAZARE (Lazarus en latin, devient de fait Ladre en ancien français) Patron des lépreux.

L’invariable cérémonial « d'enterrement symbolique » marquait l'entrée du lépreux dans « sa logette » de la léproserie. L'examen médical préalable se faisait pas très loin de la léproserie elle-même dans ces fameux bordiaux, Il s’agissait de Maisons peintes en Rouges pour les distinguer des autres maisons.

C’est de là dont on partait avant que les malheureux partaient en procession jusqu'à leur « mouroir ». C’est là que le prêtre leur remettait des vêtements, une crécelle bénite, des gants, une panetière et parfois un baquet pour effectuer les bains nécessaires pour calmer ses démangeaisons et suppurations.

Quand enfin les malades purent sortir momentanément des léproseries, après des siècles d’interdits, le retour en pleine communauté resta certes impossible, si ce n’est à pouvoir se rendre jusqu’aux Maisons Rouges.

C’est également dans ces maisons rouges que les parentés du lépreux ou des passants bienveillants pouvaient apporter des aliments et de l'argent sur « le plot » ou le tourniquet placé à quelques distances de la maladrerie lorsque les enceintes étaient fermées.

On appelait ces maisons rouges aussi les lieux de retrait.

De quoi nous donner envie de prendre le chemin pour nous y rendre, en gagnant par la rue Boschot,  la rue Dalayrac, jusqu’à croiser sur notre droite, la rue de la Maison Rouge qui perpendiculaire à la rue des Mocards, rejoint de nos jours la rue Charles Bassée.


Une maison de retrait

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MessageSujet: Re: Les ossements rue du Parc, et de la croix boissée, vestiges de la maladrerie ?    Lun 07 Avr 2014, 07:39

Vergez (voir lien plus haut) nous raconte ainsi la fin de vie de la maladrerie  :

Au début du XVIIe siècle, la lèpre a quasiment disparue du royaume, et les maladreries sont vides. Mais les revenus subsistent et sont bien souvent détournés de leur fonction d'origine. Le 24 février 1612, Louis XIII, par des lettres patentes, essaie d'y remettre de l'ordre. C'est une très belle déclaration d'intentions.

A Fontenay, ou les finances sont dans le désordre le plus complet, les revenus semblent intéressants, et les candidats à la direction de la maladrerie sont nombreux.

C'est ainsi que le Chapitre de la Sainte-Chapelle de Vincennes, vers 1613, présente une requête pour faire supprimer la maladrerie, et incorporer ses revenus et territoires aux siens. Louis XIII lui accorde satisfaction en mai 1618.

En décembre 1672, un édit royal décide de rattacher les maladreries à l'ordre du Mont-Carmel et de Saint Lazare de Jérusalem. C'est donc la commanderie de Chelles qui prend la direction de celle de Fontenay, mais le chapitre, qui perd un procès en 1676, ne remettra les titres de propriété que le 25 mai 1685. Peine perdue car un édit de mars 1693 rend la maladrerie à la Sainte Chapelle qui le conserve cette fois jusqu'à la révolution.


Une occasion pour moi d’essayer de retracer ce passé : Tout d’abord en n’oubliant pas qu’avant tout une Maladrerie était un établissement hospitalier dans lequel l'exercice de l'hospitalité était la règle, mais aussi une véritable mine de biens :

Et même si, bien sûr, beaucoup disparurent quasi naturellement au fur et à mesure qu’elles furent dépouillées de toute action charitable par le fait même de la disparition des ladres au soulagement desquels leurs fondateurs les avaient destinées, certaines maladreries n'en subsistaient pas moins en autant de domaines fonciers dont les fruits, autrefois -affectés à une œuvre de miséricorde très méritante, étaient affranchis de cette obligation morale par l'extinction de la lèpre et ne trouvaient plus d'autre emploi que celui de subvenir aux besoins des administrateurs assez adroits pour s'être fait attribuer la maîtrise de ces établissements.

En effet, la plupart du temps dans les villes et toujours dans les campagnes, la fortune des maladreries (laïques), ni plus ni moins d'ailleurs que celle des maisons-Dieu, (chrétiennes) consistait essentiellement en biens fonciers; leurs revenus étaient presque exclusivement tirés d'une exploitation rurale à l'origine de laquelle apparaissaient les donations immobilières dues à la générosité des fondateurs ou de leurs successeurs.

Ces « lieux pitoyables », maladreries ou maisons-Dieu n'étaient autre chose que de véritables établissements agricoles grevés d'une servitude charitable; tout dans leur aspect extérieur revêtait l'apparence de ces fermes plus ou moins importantes qu'on rencontre souvent isolées au milieu de la campagne ou qui font partie des habitations de quelque village.

Au fil du temps, seule une grande salle restait dédiée aux pauvres ou des malades, l’«hospitalitas »  puis, dans les léproseries, les logis affectés aux ladres furent soigneusement séparés de ceux des sains, quelquefois même signalés par une enseigne spéciale telle que celle d'un ladre, montraient qu'il ne s'agissait pas d'une ferme ordinaire, en même temps que la chapelle, élevée dans l'enclos des asiles de quelque importance rappelait qu'on avait affaire à une maison à gestion capitalistique.

L’hospitalitas se voyant progressivement détournée en « hospitalitas prosperitas » comme l’atteste assez bien cette reproduction.



« Nullum in capelia dicte domus servicium divinum fieri faciebat magister ... licet ab antiquo supra portam domus predict e signum Laizari extitisset, iliud removerat... ». Aucun service dans la chapelle de la maison, passée l'ancienne porte de la maison, n’ignore - même si on y faisait le signe de croix Lazarien - que le capital y est présent et s’y développe.

Ceci étant il semblerait que la maladrerie de Fontenay sous Bois fit partie des dernières à disparaître.

Quelques précisions sur la manière dont l'apurement des comptes des hôpitaux, aumôneries, léproseries et confréries, se fit avec beaucoup de sagesse :

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1930_num_16_71_2539

Le premier édit date de juin 1606 : les différends furent l’objet de jugement, après soumissions des difficultés à la Chambre de Charité chrétienne, commission extraordinaire du Conseil instituée à cet effet. Ce tribunal d'exception ne devait avoir qu'une durée éphémère de juin 1606 au 24 octobre 1612, date identifiée puisque une déclaration de Louis XIII fit savoir que l'expérience avait mis à néant les dernières espérances conçues pour assurer l’entretien de la Maison de Charité chrétienne et que, en conséquence, un arrêt du Conseil d'Etat du 11 septembre 1611 avait abrogé l'édit de juin 1606 et supprimé la Chambre de Charité chrétienne.

La déclaration ajoutait qu'il serait « procédé par le Grand Aumônier à l'entière réformation des hôpitaux, aumôneries, maladreries » suivant les règles ci-énoncées et que le roi établissait une Chambre de la générale Réformation des hôpitaux, aumôneries, maladreries, etc., en remplacement de la Chambre de Charité chrétienne. Les liasses et registres renfermant les actes de ces deux chambres spéciales qui se font suite, la seconde allant de 1612 à 1672.

Soixante ans plus tard, un second édit de 1672, dont l'objet principal était la réunion à l'ordre de Saint-Lazare des biens des maladreries, décidait que les derniers procès et différends devaient être jugés et terminés en dernier ressort sans plus attendre.

Les minutes de jugements de la Chambre royale, séant à l'Arsenal, pour l'union des hôpitaux à l'ordre de N.-D. du Mont-Carmel et de Saint-Lazare qui suivront de 1673 à 1692 étant conservés aux Archives nationales.

Ce qui n'empêcha pas cette chambre de l'Arsenal de fonctionner jusqu'en 1693, où fut rendu, au mois de mars, le troisième édit qui désunissait de l'ordre de Saint-Lazare les maladreries et anciennes maisons hospitalières ayant été jointes à cet ordre en vertu de l'édit de 1672.

Dès lors furent supprimés définitivement les tribunaux d'exception qui pendant plus d'un siècle avaient connu des affaires spéciales aux hôpitaux. Ce fut une juridiction ordinaire, le Conseil privé, qui eut à décider sur les mesures prises en conséquence de l'édit de mars 1693, c'est-à-dire sur les réunions des biens des maladreries aux hôpitaux voisins où la charité était exercée.

FIN
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MessageSujet: Re: Les ossements rue du Parc, et de la croix boissée, vestiges de la maladrerie ?    Lun 07 Avr 2014, 21:04

Reçu de la part d'Yves Vergès, avec qui j'étais entré en contact pour la rédaction de cet article,  cette précision

Lorsqu'on retourne à ma page Fontenay-sous-Bois, J'avais écrit :

Au XIIIe et XIVe siècle, on relève la présence d'une léproserie située entre le carrefour des Rigollots et la rue de la Jarry à Vincennes... plus éloignée du centre de Fontenay que la rue Grognard.

http://www.vergez.net/w/Fontenay_sous_Bois.htm

Ce renseignement me vient sans doute de l'un des livres de mon grand père, hélas décédé aujourd'hui, je ne l'ai pas retrouvé ce matin, il est vrai que je n'ai pas eu beaucoup de temps pour chercher. Je tâcherai de retrouver cette référence, car il me semble qu'il y était questions de batailles juridiques entre Moines (Bonshommes ou Minimes) et chanoines de la Sainte-Chapelle de Vincennes.


Ce que l'on peut déjà dire c'est que la rue de Jarry s'appelait effectivement rue de la maladerie à l'origine. Traduire, comme souvent à l'époque, route qui y mène. Mais il n'est pas à exclure non plus que des donations aient pu compléter les biens acquis par tel ou tel ordre local.

Prenons le cas de la voie ouverte au XVIIe siècle sous le nom de Chemin de la Pissotte (en raison du ru), elle s'est ensuite appelée chemin de Lagny, ville à laquelle elle conduisait historiquement avant de trouver son nom actuel de Rue de Fontenay. La route de Lagny se poursuit par ailleurs toujours sous le même nom au travers des communes de Vincennes et de Montreuil. La branche passant par Fontenay sous Bois suivant l'axe "Dalayrac". La continuité "routière" étant la suivante :

Le rue de Lagny (qui y va) se prolonge par la rue de Fontenay (qui y mène), puis par la rue de France jusqu'au carrefour des Rigollots, d'où se prend la rue Dalayrac, etc. Tandis qu'il existe l'itinéraire bis qui partant de la rue Dalayrac, se poursuit sur la rue Diderot à partir du carrefour, qui permet de passer tout de suite par la rue de la Jarry avant qu'elle ne regagne à son tour la Rue de Fontenay.

On peut toutefois prendre note qu'en 1789 Guillaume Poncet de la Grave dans ses mémoires pour servir la France nous relate que

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MessageSujet: Re: Les ossements rue du Parc, et de la croix boissée, vestiges de la maladrerie ?    Mar 08 Avr 2014, 21:58

De fait, il existe quelques témoignages qui indiquent que sous l'appelation "la" léproserie ou maladrerie de Fontenay, le domaine était bien composé de plusieurs ensembles de terres et bâtiments.

L'Abbé Jean Lebeuf, par exemple, écrit dans son histoire du dioscèse de Paris en 1755, je cite :

"An 1566 la maladerie de Fontenay et l'Hotel Dieu de Paris sont unis" ; est adjoint à la maladerie un groupe de trois maisons décrit comme "mouvant de son fief qui l'amortissait, de l'autre côté des Fontaines, plus vers le bassin de Vincennes".

Il aurait appartenu à un certain Jean de Dunois, sachant qu'un notaire de l'époque, Adam Harent Chevalier, aurait attesté de la volonté de cet homme de faire don de ses bâtisses à la maladrerie de Fontenay par acte Royal.

L'ensemble créant "un domaine plus large, qui partant du vignoble de la Pissote, laissait à main droite ce que l'on connaissait encore sous le nom de Maison Rouge, le long du fief de Hauteloup, conduisant jusqu'à la route de Rosny" (rue probablement aujourd'hui). Témoignages des incursions de loups habitant les lieux boisés, que la faim poussait aux lieux habités les plus proches nous précise Goerges Naudet par ailleurs.

Un mot sur le comte de Dunois et Mortain, dit Dunois ou « le bâtard d'Orléans »

Né d’une relation  entre Mariette d'Enghien  et Louis, duc d'Orléans (1372-1407) il a été élevé dans la famille légitime de son père aux côtés de son demi-frère Charles d'Orléans.

Après la mort de Charles VII, Dunois, entrant dans la Ligue du Bien public en 1465 se voit recevoir lors du siège de Paris au château de Beauté les notables de la capitale dont il exigea la reddition.

Ses armoiries furent d'azur à trois fleurs de lys d'or brisé d'un lambel d'argent (les armes de son père, le duc d'Orléans) brisé d'une traverse de sable (un signe de bâtardise) puis d'Orléans, brisé d'une barre d'argent. Ses descendants, les Orléans-Longueville, renversèrent la barre en bande, effaçant ainsi le signe de bâtardise.

Adepte de l’acquisition des fiefs mouvants, comprendre ceux qui changeaient souvent de mains comme ceux de Villemomble situés à Charonne, Montreuil-sous-Bois, Gagny, et Fontenay- sous-Bois, ainsi que les fiefs d'Avron, de la Garenne, de Launay et du Raincy, et de par ses déplacements au château de Beauté, on le voit souvent faire affaire avec Gaspard Bureau, capitaine de la résidence royale de Beauté, sur les bords de la Marne :

Or il semble bien que ce soit Gaspard Bureau de la Rivière qui se porta in fine acquéreur d’un fief situé à Fontenay-sous-Bois,  qui ressemble à s'y méprendre à l'ensemble de la maladrerie puisque décrit ainsi « composé de terres et d'une maison rue St Germain, complété en 1454 par le fief du jardin acquis de Pierre BOILEAU».

Jusqu'à ce qu'un certain Jean Lenoir en devienne à son tour acquéreur en 1580.
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MessageSujet: Re: Les ossements rue du Parc, et de la croix boissée, vestiges de la maladrerie ?    Mer 09 Avr 2014, 07:23

Quant au droit d'amortissement voici une séries de patentes qui permet de mieux comprendre le fondement de cette formule :

mouvant de son fief qui l'amortissait, On parlerait aujourd'hui de droits de mutation.

- Droits d'amortissement, de francs fiefs et de nouveaux acquêts.

_ Arrêt du Conseil d' État, portant décharge d'amortissement de francs fiefs et de nouveaux acquêts en faveur des communautés laïques et ecclésiastiques, séculières et régulières, qui prêteront aux prévôt des marchands et échevins de (nom de la ville), en constitution de rente, les sommes dont ils avaient besoin pour mettre à exécution l'édit du (date), qui autorisait les mêmes magistrats à emprunter les deniers nécessaires pour le payement de la somme de (  ) qu'ils avaient offerte au Roi, etc.

_ Arrêt du Conseil d'État, qui permet au Consulat d'acquérir, aux meilleures conditions possibles, deux maisons nécessaires pour la reconstruction de la loge du change, dont les proportions n'étaient plus en rapport avec les besoins du commerce, et de passer au profit de leurs propriétaires des contrats de constitution de rente, sur le pied du denier vingt, pour le prix des maisons précitées, sans que pour raison de ces mêmes acquisitions le Consulat puisse être astreint à payer aucun droit d'amortissement ni de nouvel acquêt.

_ Arrêt du Conseil d'État, qui confirme l'exemption du droit de franc fief en faveur des bourgeois de ( ) et des officiers pennons de la même ville.

_ Ordonnance du subdélégué général de l'intendant qui décharge le Consulat de la somme qui avait été demandée aux échevins comme droit d'amortissement d'une maison qu'ils avaient acquise dans la rue ...... pour établir une communication entre celle-ci et les rues des ..... qui étaient alors difficilement accessibles etc.

_ Quittances fournies au Consulat par les agents des domaines du Roi, amortissements et droits y joints, dans la généralité pour les droits dus en raison de la construction, à la sortie de la ville, de deux bâtiments neufs pour servir de bureaux aux employés des fermes générales, et d'une rente et directe par suite de l'accroissement des bâtiments
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MessageSujet: Re: Les ossements rue du Parc, et de la croix boissée, vestiges de la maladrerie ?    Mer 09 Avr 2014, 08:36

Quoiqu'il en soit, Yves Vergez m'ayant fait parvenir l'étude complète de Claude Troquet, j'ai pu en extraire ce croquis



Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et de l'Ile-de-France
Claude TROQUET, La maladrerie de Fontenay-Sous-Bois (XIIe-XVIIIe siècles).

Tome 49 (1998), 1998, 350 pages, ill.
http://www.histoire-paris-idf.org/publications/publi1989-1998.htm
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MessageSujet: Re: Les ossements rue du Parc, et de la croix boissée, vestiges de la maladrerie ?    Mer 09 Avr 2014, 19:42

Je vous laisse comparer ce dernier plan à ce que l'on peut obtenir en zoomant grâce à ce planimêtre, en laissant le chateau à gauche et en s'arrétant au niveau de la rue du parc.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530196539

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Les ossements rue du Parc, et de la croix boissée, vestiges de la maladrerie ?
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