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 La création de l’Hospice Intercommunal de FONTENAY-SOUS-BOIS

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MessageSujet: La création de l’Hospice Intercommunal de FONTENAY-SOUS-BOIS   Ven 25 Avr 2014, 22:02

A l'instigation de Monsieur du Mesnil  alors Maire de Créteil, il est décidé en 1885 de la fondation d'un hospice. Il est lui-même  médecin en chef de l'asile de Vincennes.

Il est convenu que cela concernera les communes de Vincennes, Fontenay et Montreuil.

Le 13 août 1887, Jules Grévy, Président de la République française, signait le décret de création de l’Hospice Intercommunal de FONTENAY-SOUS-BOIS, fondé par les communes de FONTENAY-SOUS-BOIS, MONTREUIL et VINCENNES, dépendant alors du département de la Seine.

Le texte  :  Le Président de la République décrête :

Art. 1er . — Est autorisée la création à Fontenay-sous-Bois (Seine) d'un hospice intercommunal fondé par les communes de Fontenay-sous- Bois, Montreuil et Vincennes.
Cet hospice sera administré suivant les règles qui régissent les établissements de cette nature, sous la réserve delà disposition suivante :

Art. 2. — La commission administrative de l'hospice créée en exécution de l'article 1"' du présent décret se composera de dix membres :

1° Du maire de la commune de Fontenay-sous-Bois, président.
2° D'un délégué de chacun des conseils municipaux des trois communes lequel suivra, quant à la durée de son mandat, le sort de l'assemblée qui l'aura nommé.
3° De six membres nommés par le préfet de la Seine. Ces membres seront nommés pour six ans et pourront être renommés à l'expiration de leurs fonctions

La pose de la première pierre eut lieu le 20 avril 1890 tandis que l’inauguration officielle fut célébrée le 3 avril 1892 par le Préfet de la Seine, Eugène Poubelle.  

Il s’agit alors d'établir un hospice intercommunal de vieillards au n° 44 de la route de Montreuil*, sur un terrain mesurant 1 h. 41 a. 32 c, en vue de l'hospitalisation de vieillards résidant à Fontenay-sous-Bois, Montreuil ou Vincennes ,  (*aujourd’hui 74 rue de Stalingrad nous dit Georges Naudet). L'hospice fut édifié par M. Jacques Lequeux, architecte.  

Le bâtiment principal est facilemnt reconnaissable avec  son élégant pignon surmonté d'un campanile.

Les premiers résidents entrèrent quelques jours après. La capacité de l’établissement était à l’époque de 72 lits, répartis au prorata de la population des communes (38 lits pour Fontenay). En 1896, le président Félix Faure visite l'établissement. Il conserve de nos jours sa vocation originelle.

Pour savoir ce qui s’est passé depuis, on peut visiter ce lien.
http://www.mri-fontenay-sous-bois.fr/pageLibre00011670.aspx
ou celui-ci
http://www.mri-fontenay-sous-bois.fr/pageLibre0001000c.html

Quelques photos anciennes pour commencer :





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MessageSujet: Re: La création de l’Hospice Intercommunal de FONTENAY-SOUS-BOIS   Ven 25 Avr 2014, 22:03



et puis, ....



et pour savoir comment on est passé de l'un à l'autre ce lien
http://www.uprt.fr/hop_transfert_site.pdf
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MessageSujet: Re: La création de l’Hospice Intercommunal de FONTENAY-SOUS-BOIS   Sam 26 Avr 2014, 00:02

Alors que l'on s'interroge de ce que pourrait devenir notre département et notre ville au regard des projets de ré aménagements du territoire régional, il me parait interessant de reconstituer maintenant comment on en est arrivé à construire ce qui, de fait, devait s’avérer en 1885, comme  l’une des premières décisions et l'un des premiers actes d'édification d'un établissement intercommunal de la jeune préfecture de la Seine.

Depuis le Second Empire et l’avènement de l’ère industrielle, Paris, ses quartiers et les communes environnantes vivent, sur un temps accéléré, le passage d’un espace communal morcelé à la mise en place d’une dynamique d’agglomération urbaine.

Entre 1836 et 1866, la ville de Paris connaît en effet une véritable explosion démographique ; sa population municipale double passant de quelques 900 000 habitants à + de 1 million 800 000.

Dès  1866, la population des 80 communes de la Seine banlieue voit sa population s’accroitre également et à une vitesse encore plus grande, puisse celle-ci passe de quelques 350 000 habitants en 1866 à plus de 2 millions à la veille de l aguerre de 1914 1918.

Dans les faits, c'est en 1860 que l’intégration des communes du premier cercle suburbain dans de nouveaux arrondissements parisiens  est envisagée, sachant qu'elle est accompagnée de la volonté d’étendre les réseaux de commodités de la ville moderne, Paris, aux communes suburbaines de ce qui ne va plus tarder à s'appeller la première couronne.

Ces nouvelles commodités prévoient des associations inter communales pour la diffusion du gaz, de la distribution de l’eau, ou encore à l’extension progressive des trottoirs et de l’éclairage public. Le temps des enceintes fortifiées, qui isolent Paris de son environnement, devant laisser place à un temps de diffusion de toutes sortes d'expériences municipales partagées.

La poussée démographique et les maux de la civilisation urbaine qui l’accompagnent (paupérisation, violence urbaine, insalubrité sont les thèmes récurrents de l'époque un peu comme de nos jours) donnent lieu à la proclamation de nouveaux impératifs politiques et administratifs.

Si ce mouvement d’urbanisation contribue inéluctablement à solidariser les destinées de la Ville de Paris et des communes environnantes, les autorités publiques – élus, administrateurs et techniciens confondus – se doivent, en réaction aux mutations sociales, d’élaborer de nouvelles politiques publiques y compris sur la gestion de la population qui commence à « vivre vieux ».

C’est ainsi qu’en 1880 une nouvelle administration locale voit le jour.

Elle a pour nom et compétence : la Direction des affaires départementales de la préfecture de la Seine. Cette direction préfectorale s’affirme comme le pivot central d’affermissement des relations Paris / Banlieues. Elle se subdivise immédiatement en une Sous-Direction des communes appelée à jouer un rôle moteur dans la mise en application des politiques décidées conjointement, et non sans tension, par quatre organismes d’administration et de délibération : la préfecture de la Seine, la préfecture de police, le Conseil municipal de Paris et le Conseil général de la Seine.

Dans ce cadre urbain et institutionnel de plus en plus solidaire, les politiques publiques d’essence intercommunale sont inventées pour répondre aux demandes sociales ; elles suivent les recommandations des hygiénistes et des urbanistes français et de leurs institutions locales d’affiliation précurseur de ce qui sera le conseil d'hygiène publique et de salubrité du département de la Seine installé en 1903, ancêtre des EHPAD.

Les solidarités institutionnelles, mises en œuvre dans ce que l’on commence à dénommer le « Grand Paris », (c'est déjà le vocabulaire à la mode sous Napoléon III),  se déclinent selon différents modes d’intervention publique.

Ces intercommunalités adoptent le plus souvent la forme juridique du syndicat de commune à vocation unique, codifié en 1890 ; mais elles se structurent également à partir de la fondation de réseaux d’équipements rattachés à des offices départementaux ou à des établissements publics.

Toutes ces formes d’agrégation administrative, politique et technique se traduisent par la mutualisation ou la « syndicalisation » des villes du département de la Seine autour de projets d’intérêt supra-communal. Parmi les intercommunalités et politiques départementales étudiées dans ce programme de recherche,  l’ouverture d’hôpitaux et d’hospices intercommunaux cofinancés par les pouvoirs publics et les institutions locales, donc.

Source pour l’essentiel
BELLANGER Emmanuel, « Agrégation de la banlieue municipale et implantation des services publics : des logiques de repli communal aux logiques de cohésion urbaine (1850-1914) », La Région parisienne industrielle et ouvrière. Cultures et recherches, DRAC Ile-de-France, 2005.


On sait ce qui va se passer par la suite, le département de la Seine ayant vu sa population croître sans discontinuer, il parait opportun de l'éclater entre quatre départements, la Seine devenant Paris (à la fois, ville, préfecture, et département), les villes nouvelles et les grands ensemble pouvant éclore à l'échelle des Hauts de Seine, de la Seine Saint Denis et du Val de Marne.

Ce qui aboutira à la séparation administrative de la ville de Montreuil (93) de ces deux voisines (94)...

Entretemps l'Europe a elle-même changé de dimension passant de 6 à 27 pays, reposant ainsi la question dela taille idéale des nouvelles structures à créer, sous de nouveaux vocables : les intercommunalités et les régions-territoires (länders en Allemand)
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MessageSujet: Re: La création de l’Hospice Intercommunal de FONTENAY-SOUS-BOIS   Sam 26 Avr 2014, 01:34

En voulant en apprendre un peu plus sur Octave Du Mesnil, le chef de l’asile de Vincennes, et sur le comment et pourquoi il était cité comme l’inventeur du projet, je découvris en fait qu’il ne fut que celui qui orienta le choix du lieu (près de Vincennes).

Il me parait intéressant de vous narrer tout cela plus en détail.

Tout d’abord en vous indiquant que la paternité de l’idée d’hospices ruraux est en fait attribuée à Hachette, le célèbre éditeur qui était alors Maire de Le Plessis Piquet.

Il était un membre actif des prestigieuses annales d’hygiène publique et de médecine légale, en tant que bienfaiteur, et à ce titre faisait une forme de lobbying pour défendre cette idée.

Idée qui, de fait mettra presque 30 ans à se concrétiser. Et c’est là que nous retrouvons Octave du Mesnil. Du Mesnil est en fait la plume d’un rapporteur de projet qui s’appelle Emile Cheysson.

Cet homme a une double volonté qu’il exprime ainsi :

1) Brisant l’a priori selon lequel le vieillard indigent serait responsable de ses maux, il exalte le rôle du petit hospice jugé moins couteux que les grands établissements, plus propres à la surveillance des hospitalisations et moins destructeur des liens de famille. Il affirme que si l’on veut réduire les coûts, il ne faut pas hésiter à créer des hospiCes intercommunaux partout en France.

2) Il préconise par ailleurs le développement de ce que nous appelons aujourd’hui la mixité sociale, et que lui définit ainsi : « en variant les types, on rapproche des classes également dignes d’intérêt : celle des bons ouvriers et des petits employés ».

Ce double principe de mixité sociale et d’intercommunalité débouchant concrêtement non seulement sur le lancement du concours d’architecture gagné par Jacques Lequeux pour la construction du premier hospice intercommunal, mais aussi sur celui du premier grand concours national d’architecture consacré aux habitations à bon marché que la Société françaises des HBM organisera finalement à la frange de St Denis en 1890, quelques mois après sa création.

L’opération lauréate de l’architecte Georges Guyon offrant  cinq types de projets, de la maison en bande à l’immeuble, disposé de part et d’autre une voie faisant le tour du terrain à partir de deux entrées ouvertes sur la rue (de quoi regarder les photos anciennes de notre hospice avec un regard mieux éclairé).

En lisant plus en détail les conclusions du rapport Cheysson, on comprend que l'homme est en train d’inventer de ce que nous appelons de nos jours, les quartiers populaires puisque je cite  « Nous ne croyons pas qu’il soit possible de rétablir les maisons mixtes à Paris, la division est trop profonde, entre les bourgeois et l’ouvrier pour espérer pouvoir y remédier.(...) Il faut résolument créer des maisons spéciales pour loger les travailleurs»

Il me parait intéressant de vous en dire un peu plus, car Emile Cheysson est en effet sur le point de définir un nouveau programme, repris dans le cadre de la Fondation Rothschild, dont il est membre du comité de direction dès sa création en 1904.

Un petit rappel sur ses buts : Cette fondation philanthropique s’était donnée pour mission de réaliser des habitations à bon marché dans Paris et la ville lui offre à cet effet, pour sa première opération, un terrain d’un demi-hectare à l’emplacement de l’ancien hôpital Trousseau, rue de Prague.

Le concours d’idées, à deux degrés, qu’elle ouvre à tous les architectes, propose pour la première fois de concevoir un vaste îlot d’un seul tenant, sur la base d’un programme sommaire :

Emile Cheysson fixe les règles de ce nouveau concours : d’abord, il recommande une variété des types qui n’est plus sociale, mais limitée à la taille des logements, ensuite outre une demande de services communs, il reprend les recommandations hygiénistes publiées deux mois plus tôt en conclusion du premier congrès international d’assainissement et de salubrité de l’habitation dans la continuité de ses œuvres architecturales hospitalières. Et pour cause ...

Emile Cheysson, La Question des habitations ouvrières en France et à l’étranger, Paris, 1886. Emile Cheysson (1836-1910), disciple de Frédéric Le Play, Inspecteur général des Ponts et Chaussées, est vice-président de la Société française des habitations à bon marché, constituée le 2 février 1890, après le premier Congrès international des H.B.M. tenu à Paris dans le cadre de l’exposition universelle de 1889.

Le mieux est de le lire dans le texe :

« que l’immeuble soit desservi par plusieurs escaliers, de manière à supprimer ces couloirs longs, malsains et obscurs, qui établissent entre les habitants d’un même étage une dangereuse  promiscuité ; que chaque palier ne donne accès qu’à deux ou trois appartements ; que les escaliers, largement éclairés et balayés par les vents qui en chassent les miasmes, semblent le prolongement de la voie publique et laissent à chaque locataire l’illusion du chez-soi individuel. »

« Mais faites circuler l’air à grands flots dans ces tristes quartiers ; ménagez un écoulement à ces eaux putrides qui transforment le ruisseau en égout découvert ; disposez de spacieux trottoirs en avant des maisons ; plantez-y des arbres, lavez le pavé de la rue, blanchissez les façades, assainissez la maison ».

Emile Cheysson, « Le Confort du logement populaire », in L’Economiste français, 28 mai, 16 et 23 juillet, 1, 15 et 23 octobre 1904, reproduit dans le BSFHBM, n° 3, 1904, pp 254-271.

« les plans seront conçus dans la pensée d’éviter toute rencontre entre les locataires. Les paliers et les escaliers, en plus, doivent être considérés comme une prolongation de la voie publique. Il faut proscrire les corridors et les couloirs quels qu’ils soient ».

« La cour contribue avec la rue, à l’aérage et à l’éclairage de la maison. Outre ce rôle de poumon, elle doit encore remplir d’autres offices, qui la veulent spacieuse et bien accessible au vent et au soleil. On peut souhaiter qu’elle contienne un petit coin de terre et de jardin, entouré de grillage, où les enfants puissent jouer au sable et prendre leurs ébats, en dehors du logis étroit et encombré. ».

Voilà de quoi regarder avec intérêt, le HBM du 94 rue Pasteur me semble-t-il.




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MessageSujet: Re: La création de l’Hospice Intercommunal de FONTENAY-SOUS-BOIS   Sam 26 Avr 2014, 03:45

Emile Cheysson est aussi l'auteur de cette étude sur les flux migratoires des populations en France.
A bien y réfléchir, on comprend mieux qu'il ait pu percevoir avant beaucoup d'autres que la densification de la région parisienne n'allait pas se faire sans besoin urgent de logements à même d'accueillir, en les regroupant, le plus grand nombre de personnes possible autour d'un foyer collectif...



L'ingénieur qu'il était ayant réussi à modéliser par une équation euclidienne, un espace temps, constitué d'un côté du temps passé pour gagner la capitale au cours des 200 ans passés (de plus en plus rapide), et de l'autre la population faisant le trajet (de plus en plus nombreuse dans un espace de plus en plus réduit).

Bonus, ce lien qui en 5 cadres résume l'aspect législatif que traité à la fin du XIXe siècle.
http://www.tiki-toki.com/timeline/entry/173060/Lle-de-France-une-histoire-du-territoire#vars!date=1890-03-22_00:00:00!
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MessageSujet: Re: La création de l’Hospice Intercommunal de FONTENAY-SOUS-BOIS   Sam 26 Avr 2014, 22:46

Quant au choix architecturaux faits par Jacques Paul Lequeux pour la construction de l'hospice de Fontenay, ils retiendront l'attention de la commune de Pantin... qui s'intéresse à son tour à cet établissement destiné "aux vieillards des deux sexes, français et jouissant de leurs droits civils et politiques".

Fontenay ayant accueilli avec succès le premier, Pantin se lancera à son tour dans un projet similaire  créé pour les "communes suburbaines où l'absence d'établissement hospitaliers et l'agglomération de la population ouvrières paraissaient l'exiger" (Conseil général de la Seine, délibération de 1888). In fine le département de la Seine comptera 4 hospices de cette nature. Les deux autres se trouvant à Noisy le Sec et Saint Denis.

L'architecte Jacques Paul Lequeux conçoit celui de Pnatin sur les mêmes plans que celui de Fontenay. Les archives de Pantin permettant d'en apprendre un peu plus sur sa configuration d'origine :

L'édifice comprenait ainsi un corps de bâtiment central d'un rez-de-chaussée et un étage carré, sans doute le bâtiment administratif et d'accueil et deux ailes latérales d'un rez-de-chaussée seulement pour les dortoirs. Avant d'être rehaussé pour permettre l'accueil de plus de "vieillards".

On découvre en passant, que parmi les constructions antérieures faites par cet architecture se trouve la construction de la Mairie de Plessis Piquet (aujourd'hui Plessis Robinson) grâce à au financement du fils de Louis Hachette par donation privée. Que le monde est petit parfois... sachant que par ailleurs Jacques Paul Lequeux a été très impliqué dans la construction des écoles primaires de la 3e république.
http://www.plessis-robinson.com/decouvrir-la-ville/visitez-le-plessis-robinson/patrimoine-bati-du-plessis-robinson/centre-administratif-municipal.html
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MessageSujet: Re: La création de l’Hospice Intercommunal de FONTENAY-SOUS-BOIS   Lun 28 Avr 2014, 06:18

C’est le temps où des médecins, des sociologues et des politiques s’intéressent au découpage des âges et aux définitions des pratiques légitimes à leur associer. La distinction des premiers âges de la vie est de son côté liée au développement du système scolaire, l'invention de l'« enfance», de l'«adolescence» . Il en est de même de l'invention du «vieil âge», Emile Cheysson étant un des premiers théoriciens à penser qu’il fallait pouvoir "répartir la charge entre l'Etat, le travailleur et le patron" alors que rien n'apparaissait  dans la loi au moment de sa réflexion, le « vieux »,une fois détaché de la famille, n'ayant plus de devoirs envers elle, mais lui imposant sa présence...

On est au moment où les premières générations d'ouvriers commencent à vieillir. Le problème soulevé était celui du groupe qui devait supporter le poids de l'entretien de la vieillesse de ces «nouveaux déshérités»

«Que faut-il faire des vieux qui ne servent plus à rien» ? Telle est la question dont la formulation doit sans doute beaucoup de son objectivité à la position de ceux qui dénoncent le «cynisme» et la «férocité» des pratiques patronales et qui, le plus souvent, sont issus des classes dominées ou des fractions dominées des classes dominantes. La vieillesse des ouvriers est assimilée, par le patronat capitaliste, à «l'invalidité» c'est-à-dire à «l'incapacité de produire», comme le précise Emile Cheysson alors qu’il rédige son Projet d'hospice rural (Annales d'hygiène publique et de médecine légale, avr.-mai 1886, pp. 17-36) avec Foville et Du Mesnil. Alors qu’il est ingénieur des Ponts et chaussées; et qu’il vient de vivre une expérience unique en tant que directeur au Creusot par E. Schneider qui lui «témoigne ostensiblement sa confiance», en s’étant particulièrement intéressé à la gestion des œuvres patronales de cette entreprise.

De son point de vue, la vieillesse est confondue avec toutes les formes d'invalidité qui atteignent la classe ouvrière. Les notions de vieillesse et d'invalidité sont interchangeables dans la mesure où elles s'appliquent à tous ceux qui, «définitivement, jusqu'à la fin de leur existence, ne peuvent et ne pourront plus pourvoir par leur travail à leur propre subsistance» (Cool. La vieillesse finit ainsi par englober toutes les situations où l'ouvrier ne travaille pas, jusqu'au chômage qui fait des «travailleurs valides» de 45 à 50 ans des «vieillards précoces».

C'est dans cette logique que les caisses de retraite ont été instituées par les chefs d'entreprise afin, comme le précise Rolande Trempé à propos de la Compagnie des mines de Carmaux, «de réduire les coûts de production, en se défaisant dans des conditions honorables, de vieux travailleurs trop payés pour le rendement qu'ils fournissent» . (Cheysson, Projet d'hospice rural, art. cit., p. 18).

C'est à cette époque, que s'est donc opérée progressivement la distinction entre l'hôpital et l'hospice. Sans doute cette différenciation ne se serait cependant pas produite si elle n'avait pas correspondu à la perception, par la classe qui possède les moyens de production et qui contrôle, quand elle ne les détient pas elle-même, les moyens de reproduction de la force de travail, de la vieillesse des classes ouvrières comme «non valeur», selon l'expression même d'Emile Cheysson.

Ce dernier précise que, par opposition à l'hôpital qui, «soignant le malade et le rendant guéri au bout de quelques jours, constitue une opération profitable dans la mesure où il remet promptement en valeur un producteur, l'hospice est ouvert aux infirmes, aux vieillards, aux incurables, c'est-à-dire aux non valeurs, aux déchets de l'espèce humaine. (...) Le tort de nos administrateurs, poursuit-il, est de traiter pour le même prix l'homme auquel on ampute une jambe, la femme qui accouche, le malade atteint d'une simple bronchite... J'ajouterai et le vieillard qui n'a besoin que d'un abri avec de la nourriture, de l'air et du soleil»

Les hospices pour vieillards, s’inscrivant comme une discipline de cette science en devenir et sur le nom de laquelle on hésite entre « économie industrielle » ou « économie sociale » En tant que disciple de Frédéric Le Play Le Docteur Octace Du Mesnil et Emile Cheysson  se posent en hommes « de plein champ » et de « terrain » de l'ingénierie sociale.

Ce cercle loue « la réunion rare des qualités de l’ingénieur, de l’administrateur et de l’économiste, sans lesquelles on risque de s’égarer soi-même et d’égarer ceux qu’on a la prétention de conduire ».

Les Leplaysiens étant de fait souvent des polytechniciens, des ingénieurs des mines, à la fois hauts fonctionnaires et familiers de la grande industrie.


L'intérêt porté à «l'amélioration de la condition ouvrière», selon l'expression de l'époque, s'explique, pour une part, par la montée révolutionnaire de certaines fractions du prolétariat, comme en témoigne ce chant d’Eugène Pottier qui n’a pas encore écrit l’internationale (1888).
Nous sommes en 1880 :

JEAN MISÈRE


A Henri ROCHEFORT

Décharné, de haillons vêtu, Fou de fièvre, au coin d'un impasse,Jean Misère s'est abattu. «Douleur, dit-il, n'es-tu pas lasse ?»

Ah ! mais... Ça ne finira donc jamais ?... Pas un astre et pas un ami !La place est déserte et perdue. S'il faisait sec, j'aurais dormi, Il pleut de la neige fondue.
Ah ! mais...Ça ne finira donc jamais ?... Est-ce la fin, mon vieux pavé ? Tu vois : ni gîte, ni pitance, Ah ! la poche au fiel a crevé ; Je voudrais vomir l'existence.
Ah ! mais... Ça ne finira donc jamais ?... Je fus bon ouvrier tailleur. Vieux, que suis-je ? une loque immonde. C'est l'histoire du travailleur, Depuis que notre monde est monde.
Ah ! mais... Ça ne finira donc jamais ?... Maigre salaire et nul repos, Il faut qu'on s'y fasse ou qu'on crève, Bonnets carrés et chassepots Ne se mettent jamais en grève.
Ah ! mais... Ça ne finira donc jamais ?... Malheur ! ils nous font la leçon, Ils prêchent l'ordre et la famille ; Leur guerre a tué mon garçon, Leur luxe a débauché ma fille !
Ah ! mais... Ça ne finira donc jamais ?... De ces détrousseurs inhumains, L'Église bénit les sacoches ; Et leur bon Dieu nous tient les mains Pendant qu'on fouille dans nos poches.
Ah ! mais... Ça ne finira donc jamais ?...Un jour, le Ciel s'est éclairé, Le soleiil a lui dans mon bouge ; J'ai pris l'arme d'un fédéré Et j'ai suivi le drapeau rouge.
Ah ! mais... Ça ne finira donc jamais ?... Mais, par mille on nous coucha bas ; C'était sinistre au clair de lune ; Quand on m'a retiré du tas, J'ai crié : Vive la Commune !
Ah ! mais... Ça ne finira donc jamais ?... Adieu, martyrs de Satory, Adieu, nos châteaux en Espagne ! Ah ! mourons !... ce monde est pourri ; On en sort comme on sort d'un bagne.
Ah ! mais... Ça ne finira donc jamais ?... A la morgue on coucha son corps, Et tous les jours, dalles de pierre, Vous étalez de nouveaux morts : Les Otages de la misère !

Ah ! mais... Ça ne finira donc jamais ?...

Pour marquer la force de cette confrontation deux simples phrases prononcées à quelques années d'intervale

Eugène Pottier, « Logements insalubres », 1887  "Voici le bruit, le jour du terme : nous n 'avons pas le premier sou". ...
Emile Cheysson, « La construction des maisons à bon marché à Paris se fera»,
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MessageSujet: Re: La création de l’Hospice Intercommunal de FONTENAY-SOUS-BOIS   Lun 28 Avr 2014, 22:53

En poursuivant mes recherches, je suis finalemen tombé sur la table des matières d'un document de la Société de médecine publique et d'hygiène professionnelle émis en avril 1886 qui permet encore plus précisément de fixer le rôle de chacun quant au projet d'hospice rural de Fontenay sous bois puisque chapitré ainsi :

I. Proposition faite par le Dr O. Du Mesnil
II. Rapport par É. Cheysson
III. Communication par le Dr A. Foville

En consultant la bibliographie d’Achille Foville (fils) on apprend qu’il était né lui-même le 25 mars 1831 à l’asile départemental pour aliénés Saint-Yon de Rouen alors que son père en était le médecin en chef et qu’il consacra la majeure partie de sa vie aux questions de pathologie mentale ainsi qu’à l’amélioration matérielle des asiles… « dans les années 1880, contexte de bouleversement économique et industriel, le crime, la criminalité sont les terrains privilégiés pour refléter les inquiétudes, les peurs d’une société en mouvement» écrit-il.

Et il exprime son souhait que l’on ne confonde pas les asiles avec des prisons, ce qui selon lui nécessite que l’on crée des établissements intermédiaires à vocation hospitalière et non répressive.

"On néglige trop, dit-il, le droit de défense, on assimile trop la prison, soit à une maison de fous, soit à une maison d’école".

Sa réflexion passe par un questionnement des plus terribles : l’homme qui vole pour sortir de la misère est-il fou ? Le vieil homme qui s’enfuit avec la caisse est-il fou ? Et le faux monnayeur, et celui qui pratique la fraude en grand ou la contrebande ?

Ce n’est pas là non plus pure ignorance, car il y a souvent dans les crimes et délits une preuve d’adresse, de réflexion, de science mal employée. Ce sont plutôt des industries antisociales. Quant aux crimes commis par vengeance, par amour, par une passion quelconque, ils ne sont pas non plus de véritables folies physiologiques ni une ignorance pure et simple. Il faut donc ajouter, selon nous, à la folie et à l’ignorance comme causes du crime, les industries antisociales et les penchants antisociaux, dont on ne peut évidemment laisser les effets se développer en liberté...

une bribe du livre
http://www2.biusante.parisdescartes.fr/livanc/?cote=90141x1886x15&p=327&do=page

les flèches droite gauche permettant de se déplacer dedans.

la page de démarrage choisie



Celle-ci permettant de découvrir ce en quoi consistait le système Tollet



Chaque pavillon se voit recevoir une voute soutenue par des arceaux métalliques qui viennent renforecer la structure et soutenir le toit de tuiles, permettant d'acrroître l'espace de vie, l'entrée de la lumière et donnant une impréssion de plus ganrd espace.

Quant au nom de Pellerin de Lastelle, il est resté célèbre dans la mesure où la soeur de l'homme cité (Henri) fit partie des victimes d'un incendie au bazar de la Charité en 1897

http://bazardelacharite.blog.free.fr/index.php?pages/L-incendie-du-4-mai-1897


Dernière édition par Libellule le Mar 29 Avr 2014, 02:24, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: La création de l’Hospice Intercommunal de FONTENAY-SOUS-BOIS   Mar 29 Avr 2014, 01:25

Quant à la phrase de Du Mesnil concernant les centimes à investir pour cet hospice à comparer à ceux mis en jeu pour la construction des mairies, je vous soumets par lien interposé un texte qui nous indique qu'avant 1817, notre ville n'avait pas de Mairie, la suite ici ...

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4149210/f24.image.r=inauguration%20hospice%20intercommunal%20fontenay.langFR

sachant que je n'ai pas identifié où pouvait être le siège de celle ci, 4 rue des Pissarons (Chez Madame Delaunay).

Sinon à suivre ces explications :

23 rue de l'Ancienne Mairie :  fontaine

Dernière mise à jour effectuée par Les Ateliers de la Nature le 10 nov. 2009

Cette fontaine s'appelait auparavant fontaine des "Pissarons" ou "pisse oyson", ce qui était également le nom de la rue. Alimentée par une source intarissable, elle déversait son eau sur la place et dans les rues avoisinantes - non pavées - et terrains alentours. Un propriétaire de la rue obtient le droit de récupérer le trop-plein en 1832, date du pavage de la rue, mais la fontaine est remplacée par une "borne-fontaine" en 1862. La Compagnie des Eaux de la Marne puis la Compagnie Générale des Eaux en 1872, y possédait une maison.
En face, une maison "convenable" achetée par la ville abrita l'Hôtel-de-Ville de 1839 à 1973.

source https://maps.google.com/maps/ms?ie=UTF8&oe=UTF8&msa=0&msid=100493836875061252989.0004703e86bd35c754f1e
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a.nonymous



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MessageSujet: Re: La création de l’Hospice Intercommunal de FONTENAY-SOUS-BOIS   Mar 29 Avr 2014, 03:00

Libellule a écrit:
---/---
Voilà de quoi regarder avec intérêt, le HBM du 94 rue Pasteur me semble-t-il.

Dont les habitants rappelons-le votent au bureau 5...

Voir: http://www.plateaufontenay.net/t403p400-peut-on-encore-vivre-a-fontenay-sous-bois#57906
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MessageSujet: Re: La création de l’Hospice Intercommunal de FONTENAY-SOUS-BOIS   Mar 29 Avr 2014, 22:12



Issu d'un milieu modeste, Casimir Tollet, de son côté a passé sa vie à essayer de concevoir des hopitaux, avec le statut de conducteur de projet et non d'architecte.

Hygéniste, il défendait ce qu'il appelait son "utopie technique", en perpétuelle recherche qu'il était d'adapter la forme ogivale qui se prêtait naturellement à la construction de bâtiments religieux, à des bâtiments civils de bienfaisance...

Son action commence quand il se met en quête, c'est l'expression la plus juste pour cet homme de foi, de remplacer les baraques et les tentes des indigents, ou des militaires. Il finit par proposer des constructions économiques, à partir de 1882,  (Argenteuil) alors qu'il vient de mettre au point dans les faits un système d'assemblage qui coûte deux à trois fois moins cher que ceux des autres.

En ces temps post guerre de 1870 1871, les municipalités les plus pauvres se font preneuses de ces "baraquements de secours", mais certaines hésitent et finalement bien que conseiller technique auprès de celles-ci, peu de projets verront le jour, si ce n'est donc les hospices intercommunaux et quelques chapelles pour les pauvres.

Quand il écrit son mémoire repris ci-dessus, il est persuadé que ses constructions vont faire le tour de l'Europe. Dans les faits il n'en sera rien, et Tollet tombera dans l'oubli, bien malgré lui.

Quelques rares croquis nous parvenant. Celui d'au dessus nous venant d'Espagne et l esuivant des archives de l'assistance publique


793FOSS_ Plans et documents figurés > Bichat
Pavillon d’hôpital Système Tollet (adopté par le Conseil Municipal de la ville de Paris) : élévation de la façade latérale, coupe et pignons, plan du rez-de-chaussée et de l’étage. Signé C. Tollet.


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MessageSujet: Re: La création de l’Hospice Intercommunal de FONTENAY-SOUS-BOIS   Mer 30 Avr 2014, 21:40

Voici une reproduction d'une carte conservée au Domaine départemental de Sceaux



La raison de cette photo dans ce musée tient certainement au fait qu'à l'époque de la création du département de la Seine les deux sous préfectures étaient respectivment Sceaux et Saint Denis , Fontenay sous Bois se trouvant rattachée à la première



Ce qui se voit encore mieux sur la carte de Levasseur suivante datant de 1861 qui par ailleurs présente un intérêt particulier ; elle a été faite l'année suivante l'intégration des villages (Auteuil Passy, Maillot d'un côté, Charonne, Belleville, Mesnimontant, Villette, de l'autre).



Avec celle-ci on voit qu'à l'époque la population n'était pas en nombre ce qu'elle est aujourd'hui.
Fontenay passant par exemple de 1200 - 1300 habitants en 1806 à 4365 en 1881

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La création de l’Hospice Intercommunal de FONTENAY-SOUS-BOIS
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