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 En souvenir de Pierre Gernigen, jardinier de l'hospice de Fontenay sous bois

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MessageSujet: En souvenir de Pierre Gernigen, jardinier de l'hospice de Fontenay sous bois   Jeu 05 Juin 2014, 21:30



Dans une petite baraque en planches comme il en existe beaucoup à Fontenay sous bois dans les années 30, au bord d'un terrain vague. Là, un jeune homme, Lucien Noël s’est installé. Il va de chantiers en chantiers proposer ses services. Rien de bien cadré, mais on le sent de bonne volonté.

Bien que pauvre, il fait partager son misérable logis à un camarade encore plus miséreux que lui car sans domicile et sans métier. Il s'appelle René Dagneaux.

Lucien Noël prend en pitié ce jeune homme qui avait été élevé par une tante qui n'a pas laissé de nom dans les causes célèbres, mais qui fut mêlée à la plus sinistre affaire d'empoisonnement quelques années plus tôt.

Elle était la femme d'un nommé Girard, mort en prison, qui assurait sur la vie, à son profit, différentes personnes et qui les empoisonnait avec un petit élixir de sa façon, extrait de ces champignons contre lesquels il n'y a nul remède, et qui contiennent de la muscarine et de la phalline. La femme et la maîtresse de cet obscur Girard, maître empoisonneur,  ayant été jugées et condamnées, le jeune René se trouvait désormais sans attache.

Comme seul apport au servie rendu, Dagneau décide d'installer chez Lucien un poste de T. S, F. qui a su bricoler, et comme il ne fallait point faire de bruit pendant son écoute, il fournit aussi un casque.

La nouvelle bien sûr se répand et c’est ainsi que ce lieu se mit à  recevoir des voisins et de la famille pour leur faire entendre la Tour Eiffel ou les P. T. T..

Cela attira entre autres, un jardinier, travaillant à l'hospice voisin, nommé Pierre Gernigen.

C'est la qu'une petite communauté de vie se mit à écouter les concerts et à bavarder.

Jusqu'au jour où l'on apprit que Gernigen avait un peu d'argent de côté, une fortune au regard de la misère ambiante. Aussi, un jour, les deux comparses lui demandèrent-ils un prêt de quelques centaines de francs. Ce qu’il refusa.

Nous somme le 7 septembre 1932. Les deux comparses lui ont indiqué qu'il disposerait désormais d'un créneau d'écoute pour lui tout seul : l'offre est attirante, et il y croit.

Il s'assied, met le casque sur sa tête. Dagneau est sorti discrètement de la cabane pour faire le pied de grue ; tandis que Noël ayant saisi une hachette se met derrière Gernigen, trop occupé à écouter la radio pour se rendre compte de quoi que ce soit.

Noel le frappe par trois coups sur la tête. Au troisième moulinet de hachette Gernigen, vacille enfin de sa chaise, et tentant de se relever, bascule vers le matelas du lit qui jouxte la table d'écoute.

La victime, bien que tombée, se met à émettre de sourds râles d’agonie. Noel appelle alors Dagneaux, le hèle, et ensemble les misérables achèvent l’homme blessé en l'étranglant après avoir saiisi le fil du casque de la TSF.

Enfin ils peuvent se ruer sur les économies du défunt : 155 Frs qu’ils vont boire immédiatement aux Halles avant de décider de fuir vers Marseille.

Là, ils envisagent de s'engager à la légion étrangère, refuge des épaves, mais non des criminels. Noel seul est accepté, sous un faux nom. Dagneaux est jugé trop débile. Il revient sur Paris. Et là, un jour rôdant autour de la maison du crime qui continue de l’attirer on ne sait pourquoi, on l'arrête.
Remords, attirance du lieu du crime, curiosité? Tout est possible.

De fil en aiguille, on retrouve la trace de Noël et les voilà tous deux en cour d'assises le 29 novembre 1932.
Noël, pâle et maigre, Dagneaux, plus gras, légèrement joufflu, à la voix sonore.

Ils avouent, rejetant l'un sur l'autre toute responsabilité. Avant de prétendre tour à tour ne plus se souvenir car étant sous l’emprise de l’alcool. L’alcool source à la fin de tous leurs maux : « C'est Dagneaux qui m'a dominé », « pourri », répond Noel.  Quoi rien d'autre à dire, réplique M. le président Pittié. « Pas un mot pour votre victime ? »    « Ah si Je regrette ». « C'est un peu tard » « Et vous, Dagneaux ? » « Ah moi, si, je regrette »

L'affaire durera plusieurs jours. Parmi les témoins le juge Pittié et l’avocat Général Lémant appelle la sœur de Noël à la barre comme témoin, ; elle fait partie des « écouteurs des ondes » tout comme Monsieur Havard le voisin, autre « écouteur ». Sous son nom d’épouse Madame Peignet déclare que son voisin a trouvé un morceau de fonte ensanglanté qui doit être reconnu comme l’arme du crime ce qui disculperait les deux présumés coupables de l’usage d’une hachette.

Sommé de donner son opinion le docteur Paul, médecin légiste écarte rapidement cette thèse des débats. Le 4 décembre 1932 il semble certain qu’ils vont être condamnés à mort, et guillotinés avant de se retrouvés graciés le 1er mars 1933 leur peine étant commuée en prison avec condamnation aux travaux à perpétuité, les avocats de la défense convaincant les jurés que tout cela était le résultat de la misère, de la pauvreté et d’une enfance difficile. Noël évoquant en ces termes sa pitoyable jeunesse : « Mon père a été tué quand j’étais tout petit ». Dagneaux n’étant pas en reste  "Elevé par une tante qui me tapait dessus au moindre prétexte. »
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MessageSujet: Re: En souvenir de Pierre Gernigen, jardinier de l'hospice de Fontenay sous bois   Ven 06 Juin 2014, 02:18

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