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 Lbération des camps nazis

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Loïc



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MessageSujet: Lbération des camps nazis   Mer 28 Jan 2015, 05:59

En ce 70e anniversaire de l'ouverture des portes du complexe d'extermination d'Auschwitz-Birkenau par les troupes de l'armée rouge,
un petit mot d'hommage concernant les Fontenaysiens qui périrent en ces lieux.

En effet, ce n'est pas moins de 75 de nos concitoyens, âgés de 6 à 72 ans, qui furent assassinés en ce lieu entre 1942 et 1944. Parmi eux 73 étaient juifs.

Trois parmi ces 75 Fontenaysiens, quatre avaient été arrêtés comme résistants : Ida Lévine, Gabriel Lacassagne, Maurice Leclercq et Leib Wilczynski.

Les autres, arrêtés par la police française parce que juifs, y furent déportés et gazés dès leur arrivée.


On parle en effet beaucoup du 27 janvier 1945 comme date de "libération" du camp. En fait, les soldats soviétiques ne trouvèrent alors que 7000 personnes
qui étaient trop faibles pour avoir été évacués par les nazis. Tous les autres (plus de 60 000) avaient été jetés sur les routes, dans les semaines et les jours précédents, en direction de l'Ouest.

Un de nos actuels concitoyens, Maurice Minkowski, aujourd'hui âgé de 90 ans, a vécu cette histoire. Un petit film a été fait sur lui.





D'autres témoignages sont aussi disponibles en ligne. Le suivant, qui fait parler notamment Maurice Cling, aujourd'hui âgé de 85 ans, est particulièrement instructif :




Seul un fontenaysien vivant à l'époque dans notre ville en est revenu de son passage à Auschwitz. Il s'agit de Raymond Lévy, né le 11 septembre 1914 à Fontenay et déporté de Drancy le 10 février 1944. Cet instituteur milita ensuite des décennies au sein de la section locale de la fédération nationale des déportés. Il participa à l'élaboration du Mémorial de la Liberté en 1981.

Cette volonté de travailler l'histoire de la déportation se poursuit. Elle va franchir un nouveau pas dans notre département à l'occasion de la Journée Nationale de la déportation en 2015 avec l'édition, par l'association des amis de la Fondation pour Mémoire de la Déportation (AFMD dont une section locale est en cours de création dans notre ville), d'un livre mémorial des déportés du Val-de-Marne. L'actuel Val-de-Marne a en effet payé un très lourd tribut avec pas moins de 2500 de ses habitants qui furent envoyés dans les camps. Plus de 1100 déportés juifs furent victimes de la politique de persécution de Vichy et des nazis et 1400 déportés dits de répression furent envoyés dans les camps suite à une arrestation pour faits de résistance. Ce livre a été réalisé en commun entre l'AFMD, l'association des anciens déportés avec les Archives municipales des 47 communes du département dont celles de Fontenay-sous-Bois.

Un travail et un outil importants pour la connaissance et la construction de cette histoire...


Dernière édition par Loïc le Jeu 29 Jan 2015, 05:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Lbération des camps nazis   Mer 28 Jan 2015, 09:27

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Loïc



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MessageSujet: Re: Lbération des camps nazis   Jeu 29 Jan 2015, 05:20

Dans le cadre de cette commémoration de la "libération" d'Auschwitz, un texte tout à fait intéressant de Maurice Cling (qui apparait dans la vidéo ci-dessus). Il est extrait de son ouvrage Un enfant à Auschwitz republié en 2015 aux éditions de l'Atelier et aborde un aspect fondamental mais souvent peu exploré de la défaite du nazisme à Auschwitz comme dans les autres camps :



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MessageSujet: 70 anniversaire de la libération des camps nazis.    Lun 06 Avr 2015, 21:41

Sujet fusionné - Modérateur

A l'occasion du 70e anniversaire de la libération des camps nazis, la ville de Fotnenay-sous-Bois organise plusieurs manifestations.





Lors de la journée nationale de la déportation il y aura :

- L'inauguration d’une plaque en l’honeur de la famille Lizzardi, Justes fontenaysiens qui ont caché et sauvé 5 enfants juifs persécutés.

- L'inauguration sur le Mémorial de la Liberté d’une plaque en mémoire des anciens (rescapés des camps, familles de disparus et résistants) qui à partir de 1945 ont fait connaître et vivre l'histoire de la déportation.

- À l’Hôtel de ville, vernissage d'une exposition du Musée de la Résistance Nationale sur la découverte des camps en 1945.


Plus d'informations :

http://www.fontenay-sous-bois.fr/actualites-videos/actualites/evenements/resultat-en-savoir-plus/hommage-aux-deportes/0cbbbda214d3a8f284cff1908812a169/index.html
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MessageSujet: Re: Lbération des camps nazis   Mar 07 Avr 2015, 16:32

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Loïc



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MessageSujet: Re: Lbération des camps nazis   Mar 07 Avr 2015, 16:37

Parmi ces sauveteurs, la famille Lizzardi qui résidait rue Beaumarchais et qui à partir de l'été 1942 a caché cinq enfants juifs dans leur maison.

Ils sont les premiers Fontenaysiens a avoir été reconnus officiellement Justes parmi les Nations. Ces militants, en plus de leur activité de résistants n'ont pas hésité à accueillir de jeunes gens en fuite et malgré les difficultés à les nourrir, cacher et finalement sauver malgré une dénonciation anonyme et de multiples péripéties.

Ils ont été de ceux qui, n'écoutant que leur courage et leur humanité, ont tendu la main à des persécutés les traitant comme leurs propres enfants. Ils furent une sorte de lumière à une période où la résignation était prônée, où le racisme, l'antisémitisme d'Etat et la délation étaient devenus les "valeurs dominantes". Ils ont préféré emprunter le chemin de la désobéissance, du refus, de la Résistance et sauvé ainsi une partie de l'Humanité...
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MessageSujet: Re: Lbération des camps nazis   Mar 07 Avr 2015, 17:02

Leurs photo http://www.ajpn.org/images-justes/1367517295_11808.JPG

Leur "dossier' http://www.yadvashem-france.org/les-justes-parmi-les-nations/les-justes-de-france/dossier-11808/

LizzardiFrançois LizzardiHenriette Annéedenomination:2010 Dossiern°11808 - ConsulterledossierdeJérusalem(enanglais)

L'histoire

Lorsqu’éclata la seconde guerre mondiale, François et Henriette LIZZARDI habitaient Fontenay sous Bois avec leur fils Jeannot. François était maçon. Henriette travaillait à l’usine. Quand Gabriel (15 ans) et Jeannette (13 ans) GERSZTENKORN, nés en France de parents juifs polonais, arrivèrent chez eux en 1942, leur mère, restée seule après la déportation de son mari, venait d’échapper par miracle à la Rafle du Vel d’Hiv. Elle avait eu leur adresse par son amie Madame WARZAGIER dont ils avaient recueilli le fils, Edouard . Jeannette raconte :

« La maison d’Henriette et de François se trouvait dans une ruelle retirée. On ne la découvrait la maison qu’une fois franchie la clôture du jardin. Elle me semblait la cachette idéale. Henriette nous accueillit d’un simple et chaleureux « Bonjour ! ». Nous fîmes connaissance de son fils Jeannot, d’Edouard WARZAGIER ainsi que de Clara et de son petit frère Félix dont les parents venaient d’être déportés..

Henriette s’occupait vaillamment de cette nombreuse maisonnée. Elle travaillait de nuit et vaquait dans la journée aux besoins de nous tous, ne faisant aucune différence entre son propre fils et les cinq enfants juifs cachés chez elle. En fin de semaine, quand François était à la maison, elle sautait sur son vélo et partait au ravitaillement Nous n’avons jamais eu faim. Nous ne sortions que le soir, dans le jardin pour bavarder avec François qui essayait de nous distraire de notre inquiétude et de notre chagrin.»

Gabriel et Jeannette passèrent presque quatre mois à Fontenay-sous-Bois, jusqu’à ce qu’Ils parviennent , après bien des péripéties, à rejoindre leur mère réfugiée à Romans-sur-Isère chez Mademoiselle Marie-Magdeleine GIRAUDIER, une courageuse Directrice d’Ecole, nommée Juste parmi les Nations à leur demande en 1996.

Peu de temps après le départ de Jeannette et de Gabriel, les LIZZARDI furent dénoncés. Prévenus à temps par un voisin, ils partirent précipitamment se cacher dans le Loiret avec Jeannot leur fils et avec Clara et Félix..Jeannette, aujourd’hui Madame KATZ, habite Montréal. Gabriel , bien que ses études aient été interrompues par les nazis qui le chassèrent du collège Turgot de Paris où il était un excellent élève, est devenu après la guerre sous le pseudonyme de Gabriel GARRAN , un brillant metteur en scène français.
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tonton christobal

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MessageSujet: Re: Lbération des camps nazis   Mar 07 Avr 2015, 19:22

J'attends que l'on envisage la journée commémorative de la fin des goulags... mais ce ne semble pas à l'ordre du jour... en France en général et à Fontenay en particulier.

On pourchasse avec raison les anciens nazis nonagénaires... on a le staff du KGB à la direction de la Russie mais personne n'est inquiété.

Nos musulmans agités du bocal tuent, violent, crucifient, pillent, les victimes chrétiennes se multiplient y compris ceux même non chrétiens qui ont une tête ne leur revient pas que ce soit au Proche Orient, en Afrique voire en Europe et nos grands humanistes dorment tranquilles.

On défend la laïcité anti catho sur les affiches du métro... et on nous bassine avec l'amalgame, pour le reste ça peut attendre.
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Loïc



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MessageSujet: Re: Lbération des camps nazis   Mar 07 Avr 2015, 21:39

Et bien non, la reconnaissance des justes fontenaysiens et l'hommage aux déportés n'attend pas. Ils ont lieu dimanche 26 avril 2015 à partir de 10h15 au départ de la place du 8 mai 1945...
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tonton christobal

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MessageSujet: Re: Lbération des camps nazis   Mar 07 Avr 2015, 21:40

Loïc a écrit:
Et bien non, la reconnaissance des justes fontenaysiens et l'hommage aux déportés n'attend pas. Ils ont lieu dimanche 26 avril 2015 à partir de 10h15 au départ de la place du 8 mai 1945...

les autres peuvent "aller se brosser" !

La reconnaissance sélective ! et l'hommage itou !

Pas besoin d'infliger au lecteur un extrait de "wiwkitruc" pour comprendre, c'est mieux par l'exemple : définition du mot SECTAIRE... on est habitué mais ça passe toujours mal.

Nous avons les "bons morts" qu'il faut honorer et les "mauvais morts" selon les circonstances car ça peut évoluer qu'il convient d'ignorer.
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Loïc



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MessageSujet: Re: Lbération des camps nazis   Mar 07 Avr 2015, 23:24

Il y a une journée nationale hommage aux héros et victimes de la déportation, qui en ce 70e anniversaire de la libération des camps nazis aura un éclat tout particulier comme celui du 8 mai d'ailleurs pour les mêmes raisons.

Après si vous voulez jouer à faire de la concurrence des mémoires, vous pouvez, mais ne comptez pas sur la ville pour vous suivre sur ce terrain.

A une époque où les nostalgiques du nazisme ne se cachent plus (certains étaient même candidats aux dernières élections et n'en faisaient pas mystère) il est effectivement important que la ville et au delà la Nation, rendent hommage aux victimes du nazisme car comme le rappelait hier le président de la République lors de l'hommage qu'il rendait aux enfant d'Izieu, cette histoire constitue un message pour contraire l'avenir.

Celui des Justes fontenaysiens, en l'occurrence la famille Lizzardi participe à ce message de résistance, de solidarité, de dignité et d'espoir.
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tonton christobal

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MessageSujet: Re: Lbération des camps nazis   Mar 07 Avr 2015, 23:36

Je croyais que vous étiez au moins conscient d'une évidence : nous commençons à être de plus en plus nombreux à ne plus compter sur la ville... et ce dans de plus en plus de domaines.

Les seules fois où elle s'occupe de moi c'est pour augmenter mes impôts... si elle pouvait ne pas changer ses habitudes en ne s'occupant de rien !

Pour reste l'échange est significatif, vous avez les bonnes et les mauvaises victimes... une fois de plus tous peuvent constater votre partialité.

Il est vrai qu'en ce domaine aussi nous savons à quoi nous en tenir.
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a.nonymous



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MessageSujet: Re: Lbération des camps nazis   Mer 08 Avr 2015, 00:10

On ne peut que saluer cet hommage aux héros et victimes de la déportation et ce qu'il s'agisse de saluer la mémoire des déportés, que ceux-ci furent juifs mais  aussi Témoins de Jéhovah, tziganes, homosexuels, déficients mentaux, résistants, communistes, .... ou le courage de ceux qui ont aidé certains à échapper à la mort comme le firent les Justes en aidant des juifs...
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Loïc



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MessageSujet: Re: Lbération des camps nazis   Sam 11 Avr 2015, 22:31

Une double page parue dans le magasine municipal A Fontenay n° 96 :



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Loïc



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MessageSujet: Re: Lbération des camps nazis   Ven 08 Mai 2015, 04:47

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a.nonymous



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MessageSujet: Re: Lbération des camps nazis   Mar 08 Mai 2018, 09:55

2018

a.nonymous a écrit:
On ne peut que saluer cet hommage aux héros et victimes de la déportation et ce qu'il s'agisse de saluer la mémoire des déportés, que ceux-ci furent juifs mais  aussi Témoins de Jéhovah, tziganes, homosexuels, déficients mentaux, résistants, communistes, .... ou le courage de ceux qui ont aidé certains à échapper à la mort comme le firent les Justes en aidant des juifs...


Un article intéressant du Monde....

Maison-Blanche, à Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis) s'est à un jet de pierre de Fontenay...

Hors sujet: aujourd'hui alors que la psychiatrie, toujours parent pauvre de la médecine, est "sectorisée", Fontenay dépend des Murets à Bry-sur-Marne - http://www.ch-les-murets.com/



Citation :
Dans les hôpitaux psychiatriques, « l’hécatombe » oubliée de la seconde guerre mondiale

La documentariste Elise Rouard a retrouvé les derniers témoins de cette famine dont ont été victimes 45 000 patients entre 1940 et 1945.

Claude avait accepté par politesse d’y retourner, mais en craignant, soixante-dix ans après sa dernière visite, de ne « plus [se] souvenir ». Et puis, en arrivant à « Saint-Yon », comme on appelait autrefois l’hôpital psychiatrique de Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime), il a tout reconnu du premier coup. Oui, pas de doute, c’était bien ce bâtiment, et même cette fenêtre, dont il s’est approché en courant presque. Fernande était là, surgie de ses souvenirs de vieil homme, dans la pièce désaffectée. Alors, il a dit : « Je la vois, avec sa longue tresse, sa robe à carreaux bleu et blanc. Et ses joues… » D’un geste des deux mains, il a creusé ses propres joues, pour mimer la maigreur de sa grande sœur, avant de conclure : « C’était un cadavre. »

Ces souvenirs remontent à 1941. Fernande avait 15 ans, elle souffrait des stigmates d’une méningite. Chaque mois, Claude venait avec des vivres. Un jour, il le raconte comme si c’était hier, il lui avait apporté une tranche de jambon ; elle s’était « jetée dessus » pour la déchirer d’une main impatiente. L’année suivante, Fernande est morte de faim, comme 45 000 patients des hôpitaux psychiatriques français, entre 1940 et 1945.

A l’été 1940, lorsque Vichy impose le rationnement, La population s’en tire grâce au marché noir, mais, dans les asiles, les appels d’offres ne sont plus honorés

Pour évoquer ce drame oublié des livres d’histoire, il ne reste qu’une poignée de témoins. L’un d’eux est une femme de 103 ans, Aimée Lebeau, ancienne infirmière à l’hôpital psychiatrique féminin de Maison-Blanche, à Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis). « Elle n’a jamais rien dit », prévient Michel Caire, psychiatre et historien. Elle accepte tout de même de nous recevoir à son domicile. C’est une Parisienne pleine de gouaille, charmante et drôle. Interrogée sur cette « famine », elle répond d’abord en souriant : « Non. Ailleurs peut-être, mais pas à Maison-Blanche. » Les archives de Paris auraient-elles gardé les listes de patients de cet établissement ? Peut-être sera-t-il possible d’y relever deux ou trois noms… Vérification faite, il faudrait en réalité tout un cahier : entre 1940 et 1945, les registres de décès de Maison-Blanche sont deux fois plus épais qu’en période normale. Ce qui donne, rien que pour cet hôpital, 2 700 mortes en cinq ans.

De retour chez Aimée, nous lui soumettons ces données. « Tant que ça ?, s’étonne-t-elle en toute sincérité. Si vous êtes allée aux archives, c’est que c’est vrai. » D’un coup, la vieille dame se livre, et s’indigne : « Elles sont mortes de faim. Il faut le dire, hein ! » Tout ce qu’elle n’a jamais confié à personne, pas même à sa famille, oui, elle veut bien le confesser aujourd’hui. Raconter ses patientes, ces « folles » qu’elle a accompagnées jusqu’au bout, à 30 par pavillon, sans médicaments. « Celles qui pouvaient, on leur faisait la conversation », assure-t-elle. Mais la mort était là, toute proche… « Ça commençait par un œdème aux jambes. Une boule d’eau qui montait lentement, ça mettait des mois. Et le jour où ça arrivait au cœur… paf, c’était fini. » Pourquoi n’avoir jamais rien dit ? « A quoi bon ? Les fous, tout le monde s’en fichait ! C’étaient des fauves, les malades, à l’époque, vous savez. »

La famine commence à l’été 1940, lorsque Vichy impose un rationnement sévère à tous les Français. La population s’en tire plus ou moins bien grâce au marché noir, mais dans les asiles, plus rien : les appels d’offres ne sont plus honorés, faute de pouvoir promettre des quantités importantes pour un délai lointain. « On avait des gamelles hautes comme ça, raconte Aimée en joignant le geste à la parole. Mais la soupe, c’était de la flotte ! Et le pain, il était jaune. »

« Quand la guerre éclate, les asiles sont surpeuplés », confirme l’historienne Isabelle von Bueltzingsloewen, auteur d’un ouvrage de référence (L’Hécatombe des fous, Aubier 2007). Le nombre de patients est alors estimé à 120 000 pour 80 000 places. « On peut parler de ghettos, insiste-t-elle. Les malades étaient déjà morts socialement. Ils sont ensuite morts biologiquement à la faveur d’une crise alimentaire. » Un autre historien, Samuel Odier, a exhumé les menus de l’asile de Grenoble, à Saint-Egrève. Des navets le matin et le midi, des choux-raves le soir, avec « 15 grammes de bœuf », soit un mini-morceau de viande. Autant dire qu’on n’atteint même pas les 1 200 calories quotidiennes, moins de la moitié de ce qu’il faudrait à un adulte.

Paul Clenchard, 92 ans, est un ancien économe de l’asile de Montdevergues (Vaucluse) : il a grandi dans cet établissement du temps où ses parents y travaillaient, sa mère comme infirmière, son père comme chauffeur. Lui aussi se souvient : « C’est pas le pain qui était jaune, c’était la farine. Ah non, c’était dégueulasse… » La soupe était la même que chez Aimée, en région parisienne : « De l’eau chaude ! Qu’est-ce que vous vouliez y mettre ? Vous ne pouviez pas y mettre du lard, de l’huile, du beurre, y en avait pas ! Ben… on mettait ce qu’on pouvait ! » Donc, rien.

Il n’y a jamais eu d’ordres des autorités de Vichy de laisser mourir ces gens. Du moins, personne ne les a jamais retrouvés. Mais au niveau local, c’est moins clair. Ainsi, quand le directeur de Montdevergues s’affole, la préfecture lui répond : « Il y a des malades plus intéressants que les vôtres. » A Grenoble, les responsables de Saint-Egrève obtiennent un stock de riz, accompagné de cette consigne : « Demandez à vos médecins de désigner les bénéficiaires : les malades récupérables (…), ce sont ceux-là qu’il convient de réalimenter. » Si, dans les asiles plus petits, les religieuses se fichent parfois des instructions et s’organisent pour acheter des vivres, à Montdevergues, c’est impossible, d’après Paul Clenchard : « Ce qu’il faut bien savoir, c’est qu’un directeur d’hôpital est sous la coupe de la préfecture, laquelle est sous la coupe du régime de Vichy, et Vichy est sous la coupe des Allemands… On ne peut pas demander à ce monsieur de ne pas exécuter certains ordres, même s’ils sont contraires à l’éthique. »

Alors, ils ont fait ce qu’ils ont pu, Aimée et Paul. Elle en apportant des cerises de son jardin, lui en allant à Aix-en-Provence chercher de la pesotte, une sorte de lentille sauvage qu’on donnait d’habitude aux chevaux. Bien sûr, cela ne suffisait pas. « Elles mourraient d’épuisement, soupire Aimée. On ne pouvait rien faire. » Peut-être en parler à son chef ? « Mais on ne parlait pas aux médecins, ma pauvre ! C’était des seigneurs ! Et nous, on était la basse classe… »

A Maison-Blanche, comme partout, les courbes de poids des patientes s’effondrent. A l’image de cette femme qui pèse 52 kg en janvier 1941 et meurt en septembre, à 28 kg. Cause du décès ? Cachexie, la maigreur absolue. Aimée, toujours : « Il ne reste plus que la peau et les os, y a plus de chair. Voilà. » Tout ce qu’elle peut faire, c’est diviser le pain en tranches égales afin de ne léser personne. L’une d’elles l’engueule souvent : « Menteuse ! Tu ne m’as pas donné à manger ! » Aimée la voit bien, maintenant : « Elle était grande… Elle avait bouffé du tissu, je crois. J’étais pétrifiée quand elle me traitait de menteuse. » Soixante-dix ans après, Aimée s’y reprend à deux fois, mais son nom lui revient. « Pététin, qu’elle s’appelait. Oh… Elle avait faim, la pauvre… » Nous avons pu retrouver son dossier aux archives : Irma Pététin, née Gallice, morte le 1er mars 1942 après vingt ans d’internement. Son mari est décédé avant elle. « Bien sûr, conclut Aimée, celle qui n’avait pas de famille, elle était foutue. »

« Cette hécatombe n’a pas été voulue, n’a pas été planifiée, (…) [elle] est arrivée par l’indifférence, par l’oubli, par l’ignorance. » François Hollande, en 2016

En 1942 se tient un congrès de médecins des hôpitaux psychiatriques. La famine ne fait l’objet que d’une seule intervention, dans l’indifférence. Mais certains ne supportent pas ce qu’ils voient au quotidien. Parmi ces indignés, Lucien Bonnafé, un interne prévenu par ses amis communistes que la Gestapo le surveille et qu’il vaut mieux être discret… Alors, il se fait nommer à Saint-Alban (Lozère), dans un asile qui tient lieu de refuge à plusieurs résistants, dont le poète Paul Eluard. Constatant qu’il n’y a rien à manger là-bas non plus, il place certains malades chez des paysans – sans jamais aucun incident. Ailleurs, au contraire, le comportement de certains soignants contribue à affaiblir peu à peu les patients. A l’hôpital psychiatrique de Clermont-de-l’Oise, les employés piochent si volontiers dans les stocks destinés aux malades que l’endroit est surnommé « la Samaritaine », en référence au slogan publicitaire du grand magasin : « On trouve tout à la Samaritaine. »

Vichy finit par réagir le 4 décembre 1942, par une circulaire du secrétaire d’Etat à la santé, Max Bonnafous, qui ordonne un supplément d’alimentation dans les asiles. Il n’y a donc pas eu d’ordre d’élimination par la faim, insiste l’historienne Isabelle von Bueltzingsloewen : « En période de crise alimentaire sévère, on s’est certainement posé la question de savoir si la survie de ces malades était vraiment prioritaire. C’est finalement l’argument humaniste qui l’a emporté, sûrement de justesse, mais en tout cas il l’a emporté. »

La France n’est pas l’Allemagne, qui a exterminé entre-temps quelque 200 000 malades et handicapés mentaux avec son programme T4. Mais cette circulaire arrive bien tard : près de trois ans se sont déjà écoulés depuis le début de cette crise, les corps sont épuisés. Partout, c’est l’hécatombe : 2 700 mortes chez Aimée, 1 998 décès à Montdevergues, 3 063 à Clermont-de-l’Oise. Dans un rapport daté du 29 novembre 1944, le directeur régional de la santé de Laon, chargé de visiter l’hôpital de Clermont-de-l’Oise, témoigne de son effarement : « J’ai vu le spectacle d’une telle famine qu’il nous plonge en plein Moyen Age. Des salles pleines de malades décharnés, squelettiques… Presque tous sont couverts de vermine et de gale, atteints de furoncles et d’anthrax suppurants. » Un rapport aussitôt rangé aux archives. A l’époque, l’urgence est de reconstruire, quitte à oublier.

Trente ans plus tard, à Lyon, un autre interne, Max Lafont, exhume ces archives et en tire un brûlot, L’Extermination douce (AREFPPI, 1987). Ce titre lui vaut les foudres des historiens, notamment d’Henry Rousso, spécialiste de cette période : « Le placard de Vichy est déjà bien encombré sans qu’il soit besoin de l’enrichir de nouveaux cadavres. » Les fous étaient pourtant bien sous la responsabilité des autorités de Vichy… Max Lafont ne regrette rien : « Il faut bien que nous arrivions ensemble à dire que la cause de ce drame, c’est notre lâcheté sociétale à l’égard des plus démunis ! »

Aujourd’hui encore, la polémique reste en embuscade. Quand, en 2016, une pétition recueille 80 000 signatures pour demander une reconnaissance du drame, l’Elysée charge l’historien Jean-Pierre Azéma de rédiger un rapport. Dans son texte, celui-ci soutient les thèses d’Isabelle von Bueltzingsloewen, ignorant les autres qui concluent à une faute, une non-assistance à personne en danger de la part des autorités de l’époque. La même année, François Hollande prononce un discours à Paris : « Cette hécatombe n’a pas été voulue, n’a pas été planifiée, (…) [elle] est arrivée par l’indifférence, par l’oubli, par l’ignorance. » Sur la plaque inaugurée ce jour-là, il est écrit au sujet des victimes : « Leur mémoire appelle à construire une société toujours plus respectueuse des droits humains, qui veille fraternellement sur chacun des siens ».

Elise Rouard

Le documentaire « L’Hécatombe des fous » est visible sur le site de Spicee (abonné(e) au Monde, vous pouvez visionner gratuitement la première partie) https://www.spicee.com/fr/program-embed/1288?utm_campaign=LeMonde_Fous_7_05_18&utm_medium=other&utm_source=Le%20Monde
https://abonnes.lemonde.fr/histoire/article/2018/05/07/l-autre-famine-de-la-seconde-guerre-mondiale_5295517_4655323.html

Voir: https://www.spicee.com/fr/program/lhecatombe-des-fous-1285
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