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 L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse

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MessageSujet: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyMar 26 Jan 2016, 13:11

Rappel du premier message :

Le terme provient, chacun le sait, de l'entreprise Uber qui a généralisé à l'échelle planétaire un service de voiture de tourisme avec chauffeur entrant directement en concurrence avec les taxis. Les taxis, avares de leur monopoles ont d'abord cru à une mascarade qui allait se régler par quelques intimidations frontales faites aux chauffeurs improvisés de personnes pressées d'aller d'un point à un autre, sans passer par la case de la borne locale. Ce faisant ils ne se sont pas rendu compte que les caractéristiques de ce service reposant sur la quasi-instantanéité, la mutualisation de ressources et la faible part d'infrastructure lourde dans le coût du service, les licenciés du volant ne pourraient pas suivre en terme tarifaire. Et puis voilà, ils ont voulu suivre quand même espérant que les arroseurs de tarifs cassés seraient ainsi arrosés à leur tour par une perte de clientèle.

Bref nous assistons à une véritable dérégulation des lois du marché. Et pas qu'un peu : Parmi les services cités comme participant de l'ubérisation de l'économie, on cite Airbnb, Booking.com ou Amazon. Tiens, tiens, un gros machin pourtant ici, mais qui sait faire pour trouver les paradis fiscaux pour défiscaliser son activité là où il faut.
Le mot devient vite à la mode : Il est même maintenant question d'ubérisation en matière de lutte anti-terroriste pour des actions de type hackathonou « incubateur à but non lucratif ».

Pas cher, sous le manteau, sans respect des règles du marché, donc, l'ubérisation commence à toucher de plus en plus de domaines de l'économie, par exemple la rénovation énergétique des bâtiments. À titre d'exemples, un rapport établi par l'association la Fabrique écologique cite le cas de Google, tiens tiens, un autre acteur qui se défiscalise à bien nommé, même s'il commence à se faire rattraper par quelques états en mal de recouvrir les impôts non payés..., qui, ayant racheté le fabricant d'outils domotiques intelligents Nest Labs, est en mesure dans un premier temps d'établir un diagnostic de performance énergétique fonction de l'usage, et grâce aux mégadonnées croisant ces informations avec les conditions climatiques ou le potentiel photovoltaïque du site, d'évaluer les besoins de travaux nécessaires à une amélioration de la performance énergétique du bâtiment ;  on voit même des initiatives type d'Elon Musk, proposant des solutions de stockage d'énergie domestique en crédit-bail.

L’ubérisation nous est décrite à toutes les sauces depuis décembre 2014 et l'apparition du mot qui ne s’userait que si l’on ne s’en servait pas.

Mais le plus étonnant est qu’il existe désormais un site dédié
http://www.uberisation.org/ qui accroche le chaland ainsi

AVÈNEMENT DU NUMÉRIQUE POUR TOUS RECHERCHE D'UNE MEILLEURE EXPÉRIENCE DE CONSOMMATION NOUVEAUX MODES DE TRAVAIL ET INDEPENDANCE

Avec cette définition qui résume peut-être toutes les autres dans sa lecture franco-française :

UBERISATION (nf)  : changement rapide des rapports de force grâce au numérique ; Au carrefour de l'économie du partage, de l'innovation numérique, de la recherche de compétitivité et de la volonté d'indépendance des Français, ce phénomène est une lame de fond qui va petit à petit impacter tous les secteurs de l'économie traditionnelle des services.

A côté de cette vague de fond, les quelques retouches que compte apporter Badinter et l'équipe d'experts qui l'entoure au code du travail vont nous paraître bientôt bien dérisoires même si c’est le premier acte de la réforme du droit du travail annoncée en 2015 par le gouvernement.

Ceux qui rêvaient d’un coup de barre à gauche ou, à l’inverse, d’une dérégulation ­totale en seront pour leurs frais. La réflexion pilotée par M. Badinter aboutit à une sorte de voie moyenne, qui chemine entre deux exigences contradictoires : protéger les salariés tout en permettant aux entreprises d’affronter « la révolution numérique et l’irrésistible mondialisation des échanges », selon la formule retenue dans l’introduction du rapport. Reste à savoir si l'ubérisation va rentrer dans les termes de cette base moyenne, alors que de nombreux chômeurs se lancent dans l'aventure de leur conversion illico presto du statut dématérialisé de chômeur via pôle emploi à celui d'auto entrepreneur voulant casser la dure loi du marché qui les en a évincés.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/01/25/badinter-remet-les-droits-des-salaries-au-c-ur-du-code-du-travail_4853015_823448.html#woc57Wz6zd51asI4.99 et le rapport http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/01/25/le-respect-des-droits-fondamentaux-premiere-exigence-du-droit-du-travail_4853020_823448.html

Cette notion du travail partagé en temps de crise, on va peut-être le payer cher in fine. Au mieux 1 000 000 des  3 500 000 chômeurs français vont peut être se lancer d'ans l'aventure de l'auto entrepreneuriat, mais pour combien de salariés qui risquent de perdre en parallèle leur emploi? That is the question.

Après les phénomènes d'automatisation et d'intensification des années 1970, voici venu le temps de l'ubérisation, qui risque de faire beaucoup de dégâts à la valeur ajoutée qui structure notre économie depuis au moins l'invention de la tva. On en reparle dans 45 ans, ou tout de suite?
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyMer 16 Mar 2016, 14:10

Libellule a écrit:
Dans Marianne

######

Lundi, le cap du million de signatures électroniques contre la loi El-Khomri est franchi. La plus grande autonomie accordée aux entreprises aux détriments des accords de branches, l'élargissement des critères de licenciements économiques ("baisse des commandes ou du chiffre d’affaires"), ou la modulation de la rémunération des heures supplémentaires sont quelques-uns des paramètres qui ont embrasé une fraction de l'opinion. La flexibilité assurée par l'avant-projet de loi étend la précarisation du travail, dans ses conditions d'exercice comme de sortie. Il suffit de considérer une à une les "avancées" du texte pour réaliser le futur quotidien du salariat précarisé.
---/---
######


Certains aspects de la réforme du code du travail sont critiquables mais ce que ne prennent pas en compte ceux qui émettent les critiques les plus vives c'est l'unionisation et le mondialisation de l'économie avec la concurrence entre entreprises et salariés qui en résulte...

Quand un salarié de droit roumain remplace un salarié de droit français que ce soit suite à une délocalisation ou parce qu'il est détaché,il prend réellement l'emploi d'un salarié français poussant celui-ci au chômage...  

Il n'y a rien de xénophobe à dire cela, c'est une réalité....

J'ai dit salarié de droit roumain mais j'aurais pour dire salarié de droit indien, chinois, bangladeshi, égyptien, marocain, ....  tant sont nombreux les pays où partent nos emplois....

Je serais personnellement d'accord pour que le code du travail soit réformé si le gouvernement luttait aussi en parallèle contre toute cette concurrence en embauchant des inspecteurs du travail, du fisc, de la consommation,  ... pour contrôler que cette concurrence est réellement "non faussée"...




tonton christobal a écrit:
Au bout de bientôt 4 années de Hollande nos problèmes sont causés par Sarko...
Giscard n'est pas innocent ! Peut être même que De Gaulle voire Pompidou ne sont pas clairs !

Pour la part des problèmes causés part les derniers élargissements de l'Union à des pays low cost, sans réforme des règles de l'Union n'importe quel gouvernement aurait eu les mêmes problèmes... Après certains gouvernements n'auraient peut être pas fait systématiquement le dos rond devant notre partenaire allemand...
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyMer 16 Mar 2016, 15:09

Pour la part des problèmes causés part les derniers élargissements de l'Union à des pays low cost, sans réforme des règles de l'Union n'importe quel gouvernement aurait eu les mêmes problèmes... Après certains gouvernements n'auraient peut être pas fait systématiquement le dos rond devant notre partenaire allemand...

La conjoncture étant connue... il aurait été objectif et raisonnable de la prendre en compte et de ne pas l'utiliser stupidement (on fait selon et avec ses moyens pour arriver à ses fins) pour des besoins de basse politique afin de discréditer un adversaire.

Lorsque pendant des années on raconte des sornettes aux électeurs qui de manière assez stupide se laissent enfumer (c'est plus confortable) arrivé au pouvoir il faut assumer... et là il n'y a plus grand monde pour ne pas dire plus personne sauf le mercredi pour aller à l'Elysée pendant 2 heures jouer au ministre.
C'est sérieux, il y a la retraite en perspective !

Je ne reproche pas aux politiciens d'avoir des projets, je reproche aux politicards de mentir aux électeurs et un peu à ces derniers de faire semblant de croire au Père Noël alors que n'importe quel individu doué du bon sens minimum sait fort bien qu'il n'y a a pas de miracle et que notre situation ne peut se rétablir sans remise en question.
Entre les bateleurs vendeurs de vent, ceux qui protègent leurs prébendes et les faux naïfs qui refusent de voir les évidences l'affaire ne peut que péricliter.

C'est pourquoi je ne suis pas indulgent !
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyMer 16 Mar 2016, 19:57

Anonymous si vous connaissez le nombre de roumains qui conduisent en étant uberisés, n'ayez pas peur, sans phobie, déclarez vos sources.

Sinon pour rester dans le sujet initial quelques explications sérieuses à lire :

Uber : illégal ?

Uber est une entreprise américaine qui développe et opère des applications mobiles de mise en contact d'utilisateurs avec des conducteurs. Ce n’est pas une entreprise de transport. Uber a mis sur le marché trois applications :

Uber : pour l’utiliser, il faut être détenteur d’une carte professionnelle et donc posséder une voiture de tourisme haut de gamme. De nombreuses entreprises de VTC l’utilisent.
UberX : c’est la version économique d'Uber : pour l’utiliser, il faut aussi être détenteur d’une carte professionnelle mais on peut avoir un véhicule moins luxueux. Le prix de la course est réduit.
UberPOP : c’est la version qui fait débat depuis ses débuts puisque qu’il s’agit à la base d’une forme de covoiturage urbain. N’importe quel particulier pouvait exercer avec l’application. Vu son succès et le nombre de commandes grandissant, nombreux sont les chauffeurs amateurs à y avoir proposé des courses. Si à l’origine, l’idée du covoiturage urbain n’était pas mauvaise, UberPOP est finalement très vite devenu concurrent discount des taxis et des VTC. Face à la colère des taxis, Uber a renforcé les conditions pour devenir chauffeur UberPOP début 2015 en imposant entre autre d’être autoentrepreneur et de passer un test de sécurité routière. Il ne demeure pas mois que ces chauffeurs ne détiennent pas la carte professionnelle de transport de personne, ce qui les rend coupable d’exercice illégal d’un métier réglementé. Les courses sont tout de même déclarées et le chauffeur règle des cotisations prélevées sur son chiffre d’affaires.

En gros de la tva mais guère de charges sociales.

Le monopole des taxis avec licences obligatoires est atteint, la présence de crc compliquant encore le niveau de concurrence, la part du gâteau des courses n' étant pas extensibles. Les " en place" y perdent en revenus, les nouveaux arrivants ne gagnant pas leurs croutes.
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyMer 16 Mar 2016, 20:43

Libellule a écrit:
Anonymous si vous connaissez le nombre de roumains qui conduisent en étant uberisés, n'ayez pas peur, sans phobie, déclarez vos sources.

Sinon pour rester dans le sujet initial quelques explications sérieuses à lire :


Mon message venait en réponse à votre poste 16 mars 2016 à 11h47 dans cette même discussion d'un article de Marianne critiquant la réforme du travail.... Voir: www.plateaufontenay.net/t2487p150-l-uberisation-du-chomage-a-l-auto-entrepreneuriat-de-masse#809631

Après, en ce qui concerne délocalisations, travailleurs détachés, concurrence entre entreprises et salariés des différents pays, il n'y a aucune phobie de ma part mais juste une réalité qu'aujourd'hui plus personnes ne peut nier...


Un procès qui s'est tenu la semaine dernière à Valence (France)...

http://www.leparisien.fr/espace-premium/actu/norbert-dentressangle-le-dumping-social-a-la-barre-11-03-2016-5616047.php a écrit:
Norbert Dentressangle, le dumping social à la barre

SOCIAL. Trois ans de prison avec sursis ont été requis hier à l'encontre de six cadres de l'ex-transporteur poursuivis en justice pour avoir abusivement utilisé plus de 1 000 chauffeurs étrangers à moindre coût.
Louisette Gouverne, notre correspondante à Valence, dans la Drôme | 11 Mars 2016, 07h00 | MAJ : 11 Mars 2016, 09h19

L'ex-mastodonte européen du transport routier Norbert Dentressangle - racheté par l'américain XPO Logistics en 2015 — a-t-il contourné les règles pour employer à moindre coût un millier de chauffeurs étrangers ? Cette question est au cœur du dossier complexe jugé cette semaine au tribunal correctionnel de Valence (Drôme), après une longue enquête ouverte en mai 2012.

Pour le parquet, il ne fait aucun doute que les pratiques étaient illégales. Hier, il a requis trois ans de prison avec sursis et 45 000 € d'amende à l'encontre de six cadres, poursuivis, comme des entreprises du groupe, pour « marchandage », « prêt illicite de main-d'œuvre » et « travail dissimulé ». Le jugement sera rendu le 26 mai.



La défense plaide « la vraie vie » contre le droit national

Durant quatre jours, les débats ont décortiqué les liens de subordination établis entre les filiales étrangères du transporteur et la direction française du groupe. Toutes les parties se sont entendues sur un point : il ne s'agissait pas de travail détaché. En revanche, les parties civiles ont plaidé pour « défendre la dignité des salariés européens » et mettre en évidence l'organisation d'activités de sous-traitance qui relevaient, selon elles, du dumping social. En clair, une fausse sous-traitance aurait été mise en place entre le donneur d'ordres qui assumait, depuis la France, l'organisation et la répartition du travail de trois filiales, en Pologne, en Roumanie et au Portugal.

« Les dirigeants roumains de la filiale Transcondor consultaient en permanence la France pour la gestion de notre travail, et l'indépendance de nos outils de travail était théorique. Notre technique embarquée, sur laquelle nous recevions nos ordres de chargement et déchargement, était gérée par la France, personne n'avait accès au système en Roumanie », confirment Florin Catana, un routier de Transcondor, et un collègue. Les chauffeurs étrangers « auraient dû être considérés comme des travailleurs français », a asséné l'un des procureurs, Nicolas Julia.

Une vision contestée par le groupe. « Le parquet s'est focalisé sur les textes de droit commun nationaux sans tenir compte du fait que nous étions dans le domaine du transport international », a assuré Me Joseph Aguera, avocat du transporteur. Et de poursuivre : « Il ne faut pas poser le débat en termes de dignité et d'exploitation des salariés, l'organisation de Norbert Dentressangle correspond aux us et coutumes du transport international... c'est la vraie vie. »



« Je percevais 1 000 € de moins par mois que les chauffeurs français »
Yacek Malinowski, routier polonais, partie civile au procès

Près de 300 chauffeurs, qui se sont constitués partie civile, réclament des dommages et intérêts pour une période comprise entre 2009 et 2014. Cette semaine, cinq Polonais et Roumains sont venus à Valence (Drôme) pour suivre les débats et témoigner. Parmi eux, Yacek Malinowski, un routier polonais. « Entre 2006 et octobre 2011, j'ai été salarié par ND Polska (NDLR : société sous-traitante en Pologne pour Norbert Dentressangle). Je quittais la Pologne pour trois semaines, parfois quatre, dans un minibus avec cinq ou six autres chauffeurs pour aller à Chalon-sur-Saône, le plus souvent. En ajoutant les primes de transport au salaire de base, je percevais 1 200 € par mois, soit environ 1 000 € de moins que les chauffeurs français, alors que nous faisions le même travail. » Ces navettes en minibus duraient plus de quinze heures.



Yacek demande un salaire égal à travail égal

Comme ses collègues, il affirme qu'il vivait la plupart du temps dans sa cabine, sur des parkings sécurisés des sites du transporteur, où ils avaient droit à des douches. Après ces trois semaines, il rentrait auprès de sa famille pour une semaine. « Cette pause n'était pas payée. » Aujourd'hui, Yacek Malinowski est toujours routier. Il travaille pour un petit transporteur allemand qui emploie 30 salariés, non loin de la frontière polonaise. « Je suis traité exactement de la même manière que mes collègues allemands », précise-t-il. A Valence, il est venu réclamer 80 000 EUR de dommages et intérêts au groupe Norbert Dentressangle. « J'ai travaillé normalement et autant que les chauffeurs français. Je demande à bénéficier du même traitement. »
Source: http://www.leparisien.fr/espace-premium/actu/norbert-dentressangle-le-dumping-social-a-la-barre-11-03-2016-5616047.php
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyJeu 15 Déc 2016, 19:05

Bon, on y est, les nouveaux esclaves d'Uber se disent eux mêmes Uber-arnaqués.

Les chauffeurs VTC ont manifesté leur colère jeudi à Paris contre les plates-formes de réservation de voitures avec chauffeur, Uber en tête, et les ravages de "l'ubérisation", synonyme d'esclavage moderne. "Uber a saigné les chauffeurs", ou encore "non aux déconnexions arbitraires", pouvait-on lire sur les banderoles déployées à la porte Maillot.

Les manifestants étaient divisés entre ceux qui souhaitaient "passer à l'action" en rejoignant le siège d'Uber dans le nord-est de Paris et ceux qui préféraient rester sur place pour éviter des débordements ou un éparpillement.

Ils dénoncent "l'humiliation" que leur feraient subir les plates-formes de réservation, en pratiquant notamment une politique tarifaire jugée défavorable aux chauffeurs indépendants et décidée sans concertation. "Zéro TVA, zéro charges sociales, Uber dégage", pouvait-on lire (CAPA-VTC), ou encore "en France, on embauche ou on se casse".

"Uber nous a vendu du rêve, la réalité est un cauchemar", a affirmé Jean-Luc Albert, président d'Actif VTC, qui demande des tarifs "concertés" et un "droit de réponse" pour les chauffeurs qui subissent des déconnexions "arbitraires", parfois après un seul avis négatif de client. "On travaille pour rien" avec tous les frais, par exemple c'est "100 euros pour une petite rayure" sur une voiture en location, explique un chauffeur.

Sur le pare-brise des berlines, un tract de l'Unsa-VTC dénonçant la "servitude du numérique" et le "chantage au chômage", appelait tous les "UberUsés" à débattre "dans un colloque à ciel ouvert". "On avait un métier en or, ils l'ont transformé en un job archi-précaire", a tonné au micro Sayah Baaroun, (Unsa-VTC).

A ses côtés, la conseillère de Paris Danielle Simonnet (Parti de gauche) s'est livrée à une charge contre l'ubérisation, synonyme de "paupérisation" pour des travailleurs qui font "plus de 70 heures par semaine pour à peine toucher le Smic".

"La paupérisation des chauffeurs est une réalité. Uber a défié l'Etat, aujourd'hui les chauffeurs VTC mettent Uber au défi de les respecter", "en refusant le dialogue avec certains syndicats, Uber a créé les conditions de la grève".

La récente hausse des tarifs d'Uber à Paris n'a pas calmé la colère des associations de chauffeurs car le géant américain a aussi relevé la commission prélevée sur chaque course. Cette annonce n'effaçant pas la baisse unilatérale de 20% du tarif en octobre 2015, qui avait donné lieu à une vague de protestation, soulignent-elles. Une fois les frais déduits (entretien et location de la voiture, assurance, etc.), "il nous reste 3,75 euros de l'heure", affirme Jean-Luc Albert.

De son côté, la fédération CFDT des transports a appelé les chauffeurs à "se déconnecter massivement" de la plate-forme jeudi, sans appeler à manifester. Le syndicat et Uber ont décidé d'ouvrir des discussions visant à améliorer la rentabilité et la protection sociale des chauffeurs.

(Avec Afp)
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyJeu 15 Déc 2016, 20:39

Finalement ceux qui ont mis au point leur mode de travail en flanquant une belle pagaille chez les chauffeurs de taxis sont maintenant ceux qui n'en veulent plus...

et on va tous pleurer sur cette situation... effectivement le milieu du mois de décembre ne doit pas être la période des embellies financières... il faut faire la saisons dans les stations de sports d'hiver ou attendre le festival de Cannes, le grand prix de Monaco... et là on se la fera belle !
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyMar 10 Jan 2017, 08:52

La question de la dépendance économique des chauffeurs est enfin posée. Le critère pourrait peut-être suffire pour obtenir une requalification en contrat à durée limitée auprès des tribunaux compétents. Cette requalification a déjà été opérée par plusieurs pays dont les Etats-Unis et l'Angleterre.

Ainsi, une décision du Tribunal du Travail de Londres en date du 28 octobre 2016 (Y Aslam, J. Farrar, c/ Uber BV, Uber London Ltd, Uber Britania Ltd) qualifiant de "workers" les chauffeurs Uber. De même, aux Etats Unis, dans un jugement en date du 17 juin 2015 (Uber Technologies Inc. c/ Barbara Berwick), rendu par la commission du travail de l'Etat de Californie, il avait été jugé que les chauffeurs Uber n'étaient pas des travailleurs indépendants mais bien des salariés. En revanche la France ne s'est pas encore prononcée sur cette question.

S'agissant de la réglementation, la Loi Thévenoud du 1er octobre 2014, relative aux taxis et aux voitures de transport avec chauffeurs (VTC), a apporté peu de réponses. Pourtant, ce texte avait pour objectif d'encadrer, protéger et moderniser les droits et devoirs des taxis et des VTC. Le 19 décembre, le Parlement a définitivement adopté la proposition de loi Grandguillaume visant à pacifier les relations dans le transport public de la personne. Ce texte pourrait enfin permettre un apaisement des tensions notamment entre taxis et VTC, qui alimentent l'actualité.

Pour essayer de rétablir un rapport de force plus juste entre la plateforme et les chauffeurs, Bernard Cazeneuve, est intervenu dans le débat, en demandant à la société de "s'engage[r] dans la voie du progrès". mardi 20 décembre, Uber avait refusé de revenir sur l'augmentation de la commission. Alain Vidalies, secrétaire d'État aux Transports "déplore vivement ce choix, qui ne favorise pas le bon déroulement des discussions à venir" dans un communiqué. il faut néanmoins s'interroger quant à l'intérêt et la légitimité du gouvernement à s'ingérer dans des affaires privées.

Le bras de fer semble loin d'être terminé mais plusieurs solutions pourraient être envisagées. En effet, le statut des chauffeurs est à redéfinir, ces derniers devraient bénéficier d'un régime social des travailleurs indépendants plus protecteur, à défaut d'une requalification en contrat à durée indéterminée.

Enfin, il apparaît également intéressant d'envisager l'émancipation des chauffeurs, par la création d'une plateforme open-source qui serait détenue et exploitée par les chauffeurs eux-mêmes.

Tiré de Huffingston extraits
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyVen 31 Mar 2017, 19:20

La Tribune donne cette information : l’entreprise Uber lance UberBack, le transport de personnes à dos d'homme, lent mais écologique.
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Gérard

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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyVen 31 Mar 2017, 20:02

Encore du machisme Embarassed affraid

_________________
« Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. »
(Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948)
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyJeu 01 Juin 2017, 17:18

Arrive-t-on à la limite du low cost entrepreunarial?

Démission de son directeur financier Gautam Gupta. Elle a également enregistré une perte de 708 millions de dollars (685 millions de francs) au premier trimestre.

Lire aussi: Uber a sous-payé ses chauffeurs à New York

«Après quatre ans à Uber, Gautam Gupta a décidé de prendre un rôle de directeur exécutif dans une jeune pousse qu'il décrit comme 'Uber il y a 4 ou 5 ans'», a précisé Uber dans un email à l'AFP.

Uber a également confirmé une perte de 708 millions de dollars pour les trois premiers mois de l'année qui avait été annoncée un peu plus tôt par le Wall Street Journal. Le groupe, qui n'est pas coté en bourse, ne publie pas de résultats complets, mais fait part à intervalles réguliers de ses performances financières.
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyJeu 01 Juin 2017, 20:44

Là c'est grave ! je suis très inquiet pour uber qui il y a quelques mois flanquait la pagaille avec les taxis...

Vite un uber médiateur !

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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyJeu 01 Juin 2017, 22:34

Exploration des mécanismes économiques sous-jacents au système Uber. Par Bernard Guilhon, SKEMA Business School – UCA
L'économie digitale repose sur des algorithmes et des données. Leur utilisation reconfigure les situations de marchés, aussi bien celui des services que celui du travail. La stratégie d'Uber est mise en œuvre dans le cadre de fortes asymétries créées par l'organisation de la chaîne de valeur sur le marché des transports de personnes.

S'agissant des plateformes collaboratives, la technologie et la globalisation ont favorisé la création de marchés quasi-monopolistiques qui, dans le cas d'Uber, ont abaissé à la fois les barrières à l'entrée pour les chauffeurs et les coûts d'information pour les usagers.

Les positions traditionnellement acquises ont été contestées, l'augmentation du nombre des véhicules a accru la concurrence, entraîné une redistribution des rentes et favorisé la création de nouvelles opportunités d'emploi et de revenu pour des personnes peu ou pas qualifiées.

Les nouvelles opportunités se réalisent d'autant plus facilement que les coûts d'ajustement sont faibles, la main-d'œuvre étant souvent issue du chômage, donc recherchée même « sans expérience préalable ». Cela a conduit les organisations en place (en particulier G7 à Paris) à demander aux pouvoirs publics d'égaliser les conditions de la concurrence de façon à maintenir leur activité.

Les formats de la prestation de services se modifient
Uber fait coexister, selon J. Mokyr, C. Vickers et N. Ziebarth (2015), un marché du travail centralisé avec un emploi flexible. Grâce à la technologie, les décisions relatives à chaque course sont gérées à partir de la plateforme de manière identique (parc homogène de voitures, gestion des appels, mécanisme des prix et des prélèvements). La flexibilité de l'emploi se réalise par la réputation qui se déplace d'un cran. Uber assure la vente de services, mais n'engage pas sa réputation.

La réputation engagée est celle des chauffeurs individuels qui peuvent être remerciés (déconnectés de l'application) à partir des évaluations fournies par les clients. L'application précise en effet : « Notez votre chauffeur et commentez anonymement votre course. Vos avis permettent aux chauffeurs d'améliorer leur service. » La technologie permet la construction d'effets de réputation individuels à partir de séries statistiques anonymes.

Si l'effet de réputation est positif, cela se fait au bénéfice de la firme. La seule façon d'accroître les revenus pour les chauffeurs (les primes existent, mais sont très difficiles à obtenir), Uber fixant les prix et les commissions qui ont augmenté de cinq points récemment, est d'augmenter leur temps de travail en multipliant les courses.

On retrouve ici une notion bien connue de la pensée de plus-value absolue. Cette organisation favorise l'apparition de nouvelles formes de challenge et ouvre de nouvelles brèches sociales puisque le travail indépendant ne bénéficie pas de la protection sociale.
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyVen 10 Nov 2017, 16:12

Un article intéressant


Citation :
27 septembre 2017
Par Karim Amellal
Très chère économie numérique

Les plateformes numériques marchandes comme Uber ou Airbnb ne se contentent pas de bousculer les modèles économiques traditionnels. Elles révolutionnent aussi nos vies, nos usages et, à certains égards, notre façon de voir le monde. Sauf que cette révolution numérique n’est peut-être pas celle que l’on croit.

L’économie numérique profite-t-elle vraiment à tout le monde ? Aujourd’hui, lorsqu’on habite dans le centre de Paris, il semble inconcevable de se déplacer sans Uber, de dîner sans Deliveroo, de partir en week-end à Rome ou à Barcelone sans Airbnb. Au demeurant, le fait de partager – son appartement, sa voiture – semble cool, vraiment. Mais à qui profitent réellement ces plateformes ? Uber a perdu sa licence à Londres. Airbnb, dans le collimateur de villes comme San Francisco, Berlin ou Paris, conduit à la gentrification de l’espace urbain et, partant, à un accroissement des prix des loyers. En fait, Airbnb profite presque exclusivement aux jeunes touristes « bobos » et aux propriétaires. Au passage, rappelons que 40% des Français ne partent pas en vacances dont les deux tiers faute d’argent. Uber et Deliveroo « emploient » (le terme idoine serait plutôt « utilisent ») des légions de travailleurs « indépendants », c’est-à-dire auto-entrepreneurs et donc privés de protection convenable : ni assurance chômage, ni indemnisation en cas d’accident du travail, ni congés payés, ni capacité de négociation collective. Il n’y a pas de syndicats chez Uber. Résultat : les « indépendants » se retrouvent placés dans une relation de dépendance, sinon de servitude, dont les ouvriers journaliers du XIXème siècle étaient familiers.
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La SUITE: https://chronik.fr/leconomie-numerique-html-html.html
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coufsur

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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyVen 10 Nov 2017, 19:37

C'est  ce que certains appellent « le sens de l'histoire, le progrès », j'appelle ça l'innommable bêtisé.
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyJeu 21 Déc 2017, 21:25

Citation :
« Bienvenue dans la “société free lance” »

Dans une tribune au « Monde », le journaliste Steven Hill déplore combien les technologies numériques transforment un nombre croissant de bons emplois en minables petits boulots en ligne. Mais une autre voie est possible.

LE MONDE | 21.12.2017 à 16h00 | Par Steven Hill (Journaliste, a été chargé de recherche senior auprès de la New America Foundation à Washington)

Tribune. Au cours des dernières décennies, les travailleurs de France, d’Allemagne, des Etats-Unis, du Royaume-Uni et d’autres pays développés ont été les plus productifs et les plus riches du monde. Aujourd’hui, cette prospérité est menacée. D’où vient le danger ? Des hordes de migrants qui débarquent sur nos côtes ? Des concurrents étrangers de nos entreprises nationales ? Ni l’un ni l’autre : ce danger est auto-infligé.

Durant la timide reprise économique, près d’un emploi créé aux Etats-Unis sur cinq a été un emploi temporaire, et près de la moitié sont rémunérés à des salaires à peine supérieurs au salaire minimum. Alors que les profits des entreprises atteignent un niveau historique – et qu’une bonne partie de ces profits est mise à l’abri dans des paradis fiscaux –, les trois quarts des Américains parviennent tout juste à joindre les deux bouts et ne possèdent que très peu d’épargne pour faire face à une éventuelle perte d’emploi.

Un mélange de technologie façon Silicon Valley et d’investissement à la Wall Street impose aux Américains la dernière tendance : la soi-disant « économie du partage », avec des entreprises comme Uber, Upwork, Airbnb, Instacart et TaskRabbit, censées « libérer les travailleurs » pour leur permettre de devenir des « entrepreneurs indépendants » et être « leur propre patron ». En réalité, les travailleurs se vendent pour décrocher des emplois à temps partiel toujours plus fragmentaires, sans aucune protection sociale ni aucune assurance sur la pérennité de leur emploi, tandis que lesdites compagnies amassent de substantiels profits.

Ces « entreprises » ne sont guère plus que des sites Web doublés d’une application, avec une poignée de cadres dirigeants et quelques employés réguliers qui supervisent une armée de tâcherons en free-lance, de collaborateurs temporaires et de sous-traitants. Upwork, par exemple, est un site Web sur lequel une dizaine de millions de travailleurs free-lance et de sous-traitants tentent de décrocher un emploi.

Upwork fait appel à des personnes du monde entier, mettant ainsi les ­travailleurs français ou américains en concurrence directe avec leurs homologues philippins, indiens, chinois et autres. Il s’agit ni plus ni moins d’une embauche mise à l’encan, où le moins offrant l’emporte. Ainsi, la main-d’œuvre bon marché du tiers-monde tire vers le bas les salaires du monde développé.
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyJeu 21 Déc 2017, 21:27

Citation :
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Ces « sous-traitants indépendants » doivent sans cesse rechercher leur prochain boulot, jongler en per­manence avec les exigences de dizaines d’employeurs qui ne respectent pas forcément les lois sur le travail ou les obligations fiscales des pays où œuvrent leurs employés. Ces emplois en ligne représentent une part croissante de l’emploi mondial. Les emplois bien rémunérés, accompagnés d’une solide protection sociale et d’une garantie raisonnable de l’emploi, sont désormais une espèce menacée. Bienvenue dans la « société free-lance ».

Si ces tendances sont les plus avancées aux Etats-Unis, la France et l’Europe y sont également engagées. Le McKinsey Global Institute a mené une étude du marché du travail en France et dans d’autres pays, complétant les données officielles par plusieurs études existantes et par sa propre enquête effectuée auprès d’un échantillon de 8 000 personnes. L’étude a établi qu’un quart de la population française en âge de travailler est composé de travailleurs « indépendants » (c’est-à-dire de personnes pour qui cette façon de travailler constitue leur emploi principal ou leur procure un revenu complémentaire), une proportion supérieure de 67 % aux estimations officielles.

Si l’on en croit l’agence européenne Eurofound, le nombre de travailleurs ayant un emploi temporaire a crû ces dernières années de 25 % dans les 28 pays de l’Union, contre 7 % pour les emplois permanents. Le taux d’emplois temporaires a ainsi atteint 12,8 %. La France, l’Allemagne, l’Italie, la Pologne et l’Espagne comptent à elles seules plus de 70 % de ces contrats temporaires de l’UE. Un nombre croissant de travailleurs complètent leur salaire de base par un second, troisième ou quatrième emploi. Selon Eurostat, le nombre de travailleurs français menant deux emplois de front a presque doublé au cours des dix dernières années.

Jusqu’où ce glissement vers une société free-lance peut-il se développer ? Aux Pays-Bas, 47 % des actifs travaillent à temps partiel. Certes, beaucoup de gens apprécient le fait d’avoir des horaires souples pour concilier famille et travail. Mais beaucoup, qui aimeraient avoir un emploi régulier, n’en trouvent pas. Est-ce une simple coïncidence si la plupart des régions connaissant le plus fort taux d’emplois « indépendants » ou à temps partiel sont aussi celles où l’on constate une montée du populisme d’extrême droite ?

On a Geert Wilders aux Pays-Bas, Alternativ für Deutschland en Allemagne (où 27 % de la main-d’œuvre travaille à temps partiel), le FPÖ en Autriche (28 %), des partis populistes de plus en plus présents au Danemark, en Suède et au Royaume-Uni (trois pays où le taux dépasse 20 %). La précarité nourrit le populisme.
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyJeu 21 Déc 2017, 21:29

Citation :
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Il est possible de préparer l’« ère numérique » tout en préservant de bons emplois et en favorisant l’innovation et un climat entrepreneurial vigoureux. Un travailleur qui passe d’un employeur à un autre, ou d’un type d’emploi à un autre, ne doit pas être exclu des moyens nécessaires pour assurer son existence. La protection sociale doit devenir un acquis por­table, mais aussi universel, couvrant tous les travailleurs sans exception.

C’est un besoin qui se fera de plus en plus sentir à mesure que les techno­logies numériques gagneront tous les secteurs de l’économie et transfor­meront un nombre croissant de bons emplois en minables petits boulots en ligne. Entreprises, gouvernement et syndicats doivent travailler de concert à l’élaboration d’un contrat social modernisé.

(Traduit par Gilles Berton)

Steven Hill est l’auteur de Raw Deal. How the « Uber Economy » and Runaway Capitalism Are Screwing American Workers (St. Martin’s Press, 2015).
http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2017/12/21/bienvenue-dans-la-societe-free-lance_5232996_3232.html
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tonton christobal

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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyVen 22 Déc 2017, 05:27

Pas de problème !
Nous serons sauvés par l'Europe... comme le dit si bien le commissaire grec chargé des problèmes de population on ne peut pas être européen et opposé à l'immigration non contrôlée...
Vive la main d'oeuvre à tarif réduit !
Lorsque nous y ajoutons la "mondialisation" dont il est interdit de se plaindre et à laquelle on ne s'oppose pas... et les différences énormes de niveau de vie des pays au sein de l'Europe tout est fait pour préserver les habitants.

Lorsque l'on met tous les ingrédients dans le saladier je crains fort que le résultat soit indigeste pour les convives.

A moins que...

à lire et à retenir au moment de voter, c'est d'autant plus édifiant qu'il ne s'en cache même pas il est vrai que l'on se garde bien de difuiser largement ce genre de propos : https://www.valeursactuelles.com/societe/nous-narreterons-jamais-limmigration-affirme-un-commissaire-europeen-91719
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thierry

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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyVen 22 Déc 2017, 13:54

J'ai participé aux assises de la mobilité, et j'ai eu l'occasion d'echanger longuement avec des livreurs de Delivroo et autres plateformes. Voici ce qui se passe:

Aujourd'hui a titre d'exemple, il y a 500 livraisons de repas par jour a Toulouse. Ces livraisons sont faites en velo et la course est payée entre 4 et 6€. C'est le même ordre de prix pour les livraisons de colis.
A Nantes comme à Bordeaux les livreurs essayent de se structurer en coopérative afin de faire poids contre Delivroo (Fnac, Darty et autres), pour avoir un minimum de protection sociale, car évidement ils sont en autoentrepreneurs déclarés ou pas.

Mais le problème est que de nombreux indépendants sont sur le marché, et bien sur, ils cassent les prix et s'opposent donc de fait a toutes tentatives de structuration du secteur.

On est donc en train de vivre la re création d'un nouveau lumpenprolétariat (c'est mon cote marxiste) et rien ne se fait, tout le monde s'en fout.

Et sur ce service de livraison il n'y a pas de risque de délocalisation. Il suffit donc d'imposer une réglementation.

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Libellule

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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyVen 22 Déc 2017, 18:53

Attention quand même au sens des mots...

Le lumpenprolétariat est un terme marxiste certes, parfois traduit « sous-prolétariat », désignant les « éléments déclassés, voyous, mendiants, voleurs, etc. » du prolétariat.

Le terme est emprunté de l'allemand où le mot Lumpen signifie « haillons ».

Marx parle de surpopulation relative pour indiquer qu’il n’y a surpopulation que par rapport aux besoins toujours variables de l’exploitation capitaliste. Les surnuméraires forment l’armée de réserve du travail.

Ce sont aussi bien des chômeurs par accident que la réserve de main-d’œuvre des campagnes, à domicile, ou, plus misérables encore, les exclus du processus de travail en raison de leur âge, de leurs infirmités ou de la désuétude de leur qualification.
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thierry

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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyVen 22 Déc 2017, 19:46

C est en effet la définition que donne Wikipedia.

Pour moi la définition était plutot « victimes de la société moderne, qui existent en dehors du système du travail salarié>>

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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyVen 22 Déc 2017, 20:53

thierry a écrit:
A Nantes comme à Bordeaux les livreurs essayent de se structurer en coopérative afin de faire poids contre Delivroo (Fnac, Darty et autres), pour avoir un minimum de protection sociale, car évidement ils sont en autoentrepreneurs déclarés ou pas.

Mais le problème est que de nombreux indépendants sont sur le marché, et bien sur, ils cassent les prix et s'opposent donc de fait a toutes tentatives de structuration du secteur.

On est donc en train de vivre la re création d'un nouveau lumpenprolétariat (c'est mon cote marxiste) et rien ne se fait, tout le monde s'en fout.


D'un coté, un prolétariat avec une conscience de classe qui essaie de se structurer, de l'autre, un lumpenprolétariat sans conscience de classe et mue uniquement par des intérêts individuels....

Pour compléter l'analyse, il faut prendre en compte le fait que nombre d'indépendants sont issus de l'immigration, vivent dans des quartiers populaires et n'entrevoient gère d'autre avenir professionnel... Pour eux, l'auto-entreprenariat semble la seule possibilité d'échapper à leur condition et ils sont prêts à tout pour y arriver...
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyVen 22 Déc 2017, 22:40

Citation :
Dans le Kentucky, les retraités-campeurs d’Amazon

LE MONDE ECONOMIE | 22.12.2017 | Par Arnaud Leparmentier (Campbellsville (Kentucky), envoyé spécial)

On était parti pour décrire l’univers de Charles Dickens adapté au XXIe siècle. L’exploitation de retraités américains, n’ayant pour maison que leur caravane, par le géant du commerce en ligne Amazon. On a surtout découvert des campeurs vagabonds, dignes des road-movies américains, rappelant l’errance en Alaska du héros de Into the Wild (2007) ou la cavale tragique de Thelma et Louise (1991).

Pourtant, tout était réuni pour pleurer misère, en cette terre perdue du Kentucky, le pays de la prairie bleue et du whisky bourbon, où des retraités passent l’automne en mobil-home et travaillent pendant dix heures comme manœuvres pour Amazon. Leur mission, sélectionner, empaqueter, expédier les colis de Noël qui sont ensuite distribués aux ménages américains. Pour 11 dollars de l’heure environ (soit 9,25 euros), le salaire minimal étant de 7,25, avec un dollar de bonus pour ceux qui restent jusqu’au bout : le 23 décembre.

Les campeurs affluent, au début de l’automne, avec leur maison sur roues – aux Etats-Unis on parle de véhicule récréationnel (RV) – et s’installent sur l’un des campings sélectionnés par Amazon. Ils sont des milliers, dans une trentaine d’Etats (le groupe augmente ses effectifs totaux de plus de 100 000 en fin d’année).

Ainsi, au Green River Resort de Campbellsville, à quelques centaines de mètres d’un lac de barrage et à quelques kilomètres d’un site d’Amazon, on croise Ed Janssen, grand sourire barbu et casquette vissée sur son crâne chauve. Quel âge avez-vous ? « 80 ans. » Pourquoi travailler chez Amazon ? « Je suis en bonne santé, je me maintiens en forme. Je n’en ai pas besoin, mais c’est sympa de gagner de l’argent en plus. »

C’est la sixième année que ce Néerlandais émigré il y a un demi-siècle en Amérique rejoint Amazon pour la saison de Noël. Avant le Kentucky, il a travaillé pour le géant du commerce en ligne dans le Nevada, le Kansas et le Texas. Il y a douze ans, quelques années après son divorce, il a tout lâché et pris la route. « Je déteste vivre entre quatre murs. »

La route, c’est la motivation première des retraités salariés d’Amazon. Derrière sa machine à coudre, Nikki Bitten, 57 ans, et sa sœur Julie Criddle, 60 ans, invitent à partager le café. Toutes deux divorcées, elles avaient envie d’aventure depuis longtemps. « Nous sommes des romanichelles irlandaises », plaisantent ces natives de l’Illinois. Julie a été marquée par la mort de leur mère, cet hiver, à 83 ans qui lui a dit avant de mourir : « Que personne ne t’empêche de vivre ton rêve. »
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyVen 22 Déc 2017, 22:42

Citation :
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Aussi, lorsque son employeur, une maison d’assurances, lui a proposé un petit package pour quitter l’entreprise en début d’année et prendre sa retraite, Julie n’a pas hésité. Elle a vendu la maison qu’elle avait achetée douze ans plus tôt et soldé son emprunt, et acheté un mobil-home d’occasion et un truck pour 50 000 dollars. L’aventure a commencé par un voyage chez ses enfants, puis l’exploration de l’Ouest américain, avec les parcs nationaux de Yosemite (Californie), de Yellowstone (Wyoming) et de Glacier (Montana), où sa sœur l’a rejointe.

Et puis, il a bien fallu gagner de l’argent. Sa sœur Nikki en a besoin, elle qui n’a pas voulu vendre sa maison : « J’ai encore 900 dollars à rembourser par mois. » Les deux sœurs ont donc postulé chez Amazon dans le Kentucky. Des rotations de dix heures, cinq jours par semaine. Epuisantes. « On ne le savait pas. Huit heures, ce serait OK », soupirent-elles.

Heureusement, elles sont arrivées tôt en septembre, avant les fêtes de fin d’année. Elles ont pu pratiquer « l’endurcissement au travail », pour reprendre la terminologie d’Amazon. « En visitant les parcs nationaux, je faisais 10 000 pas par jour. Mais chez Amazon, c’est 26 000 ! », s’exclame Julie Criddle. Sa sœur Nikki renchérit : « Il n’y a pas moyen de se préparer. Ce qui nous a sauvées, c’est la piscine du camping qui était encore ouverte. » Comme un « bain glacé » pour les muscles endoloris.

Les deux sœurs ont choisi de travailler la nuit. Comme cela, elles se lèvent à dix heures le matin et peuvent profiter du soleil. Sans doute ne retourneront-elles pas chez Amazon l’an prochain : « Des amis ont fait une deuxième saison : ils nous ont dit que six mois chez Amazon, c’était trop », estime Nikki Bitten.

Le mobil-home est un capharnaüm, où l’on prépare les cadeaux de Noël, affiche les photos des enfants et les Etats traversés. Julie y dort, mais pas Nikki, qui s’est réfugiée sous une tente. Avec son petit chauffage électrique, elle assure ne pas avoir froid. Elle est seule dans ce cas et la direction du camping n’est visiblement pas au courant qu’une de ses clientes dort sous la tente.

Chez les « campeurs », comme ils se baptisent eux-mêmes, il y a les modestes et les plus prospères. Bill et Kelly Murray font partie du second groupe. Jeunes quinquagénaires, ils ont pris la route en 2013. Bill, qui dirigeait une équipe de 150 personnes dans une société d’embouteillage, trouvait son travail trop stressant. Il a fait ses calculs : en vendant tout, il pouvait avoir un petit pactole de quelques centaines de milliers de dollars et se permettre une semi-retraite. Il a postulé à l’Obamacare pour avoir une couverture santé à prix raisonnable. Avec sa femme, ils ont acheté un truck pour 35 000 dollars et surtout un somptueux RV pour 80 000 dollars.
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyVen 22 Déc 2017, 22:43

Citation :
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« La plupart des gens font cela par choix. On ne le fait pas parce qu’on est déclassés », se défend Kelly Murray, qui ne voulait plus entretenir une maison trop grande après le départ de ses enfants, tondre la pelouse, payer les impôts locaux.

La maîtresse de maison fait fièrement visiter les lieux : deux canapés, une petite table à manger, un grand écran, une salle de douche, un lit « queen size », un réfrigérateur américain, une fausse cheminée, il y a tout dans cet espace de 32 mètres carrés, ou presque. « C’est vrai, je ne peux pas cuire une dinde de 8 kg ! » C’est leur univers, eux qui n’ont même pas cherché un peu de verdure et se sont garés sur le camping, pile en face d’Amazon. En réalité, un simple parking. « Le foyer, c’est là où vous vous garez », proclame le panneau avec une photo de leur véhicule

Les Murray ont commencé leur nouvelle vie en rejoignant une réunion de campeurs, dans le Tennessee, pour un partage d’expériences. Puis ils sont partis. En 2016, après un hiver passé en Floride, ils ont mis cap au nord, vers l’Alaska. Cinq mois pour rejoindre l’Etat arctique, grand comme trois fois la France. « Les Etats-Unis sont si vastes que deux, trois semaines de vacances par an, cela ne suffit pas », confie Kelly Murray. Arrivés dans un parc national au sud d’Anchorage, ils ont travaillé – et visité – tout l’été…

Cet automne, ils ont rejoint Amazon, comme ils l’avaient fait en 2015 – un bon moyen de se faire de l’argent, explique Bill, d’autant que le camping ne coûte rien : l’eau, l’électricité et le terrain sont pris en charge par la société. « C’est très bon pour se remettre en forme : je marche 10 miles par jour et, lorsque j’ai fini, j’ai perdu 7 kg et je m’en porte mieux », affirme-t-il.

Alors bien sûr, c’est ennuyeux et répétitif, mais Amazon prévient en amont. Les « Campeurs » sont appréciés dans l’entreprise. « Les “Amazoniens” nous aiment parce que leurs bonus sont augmentés à la saison de pointe et que notre travail augmente leur chance de les obtenir », assure Kelly Murray, qui emballe les colis et glisse : « C’est fou le nombre de sextoys que les gens achètent. » Son mari poursuit : « Nous sommes très bien accueillis car nous apportons de l’énergie, de l’enthousiasme. Les Campeurs sont une force de travail très fiable : nous sommes là chaque matin, nous sommes productifs, il n’y a pas de turnover. » D’autant plus fiables que leur mission est limitée, et qu’ils sont libres à chaque instant de reprendre la route.

Amazon les bichonne. Les salariés s’extasient de ce que l’après-midi de Thanksgiving a été libéré – on a fait des heures supplémentaires le lendemain. Au camping de Green River, faute de famille, les Campeurs ont organisé une fête tous ensemble, au milieu des vieux juke-box.
Chacun a apporté de quoi faire la fête et, glisse Joe Zihlman, ancien shérif adjoint de la banlieue de Dallas, et « Amazon a fourni la dinde et le lard ».
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyVen 22 Déc 2017, 22:44

Citation :
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Après trente-six ans de loyaux services, cet ancien policier texan a pris sa retraite et la route et ne dit que du bien du groupe américain. « Amazon traite mieux ses employés que beaucoup ne l’imaginent. » Les petits gestes maintiennent la bonne ambiance : cette semaine, il y a une télé grand écran à gagner par jour pour les employés.

Le 23 décembre, le camping de Green River fermera ses portes pour l’hiver, et les Campeurs s’égailleront. Pour fêter Noël en famille, puis hiverner dans le Sud. En Floride ou à Quartzsite, en plein désert d’Arizona, où ils sont des dizaines milliers à converger fin janvier.

Les road-movies ne finissent pas toujours bien. Sur le camping de Green River, on rencontre Maddy Yates. Elle ne travaille pas pour Amazon. A 48 ans, invalide depuis sept ans, elle souffre d’une maladie proche de la sclérose en plaques, doit subir des perfusions deux fois par jour. Devant sa caravane misérable, elle promène un chien, en attendant le retour de son ami qui, lui, travaille pour Amazon. La solitude ? « J’ai été une mère seule pendant dix-neuf ans. J’ai l’habitude d’être seule. »

Au printemps, cette ancienne travailleuse sociale a tout vendu, quitté l’Indiana et pris la route 66. Direction la Californie du Sud. Le tour a commencé par la récolte des betteraves dans le Minnesota, une visite chez le médecin dans l’Indiana, avant d’atterrir chez Amazon. « Comme j’ai peu de temps à vivre, je veux être libre et voyager à travers le pays. C’est beau. » Amazon est sans doute étranger à son destin.
http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/12/22/dans-le-kentucky-les-retraites-campeurs-d-amazon_5233182_3234.html
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyMer 04 Juil 2018, 12:05

2018

De la même façon qu'Amazon héberge et gère les stocks des entreprises qui vendent au travers de son site, Deliveroo se lance dans l'hébergement des cuisines des restaurants qui font appel à ses livreurs....

Je surfe sur internet, je regarde la télé en utilisant la vidéo à la demande, je commande sur Amazon et AliExpress qui me livrent à domicile, je commande mes repas sur Deliveroo mais j'ai installé un grand miroir dans mon salon ce qui me permet quand même de "faire société" avec moi même !



Citation :
Deliveroo grossit en hébergeant les restaurateurs dont il livre les repas

AFP, publié le mercredi 04 juillet 2018 à 11h32

Deliveroo, qui livre à domicile des plats préparés par des restaurants de quartier, a ouvert à Saint-Ouen, en région parisienne, des cuisines partagées permettant à des restaurateurs de tester un nouveau marché, un concept qu'il décline dans le monde entier.

Créée à Londres en 2013, la start-up britannique qui fait travailler 35.000 coursiers à vélo dans 12 pays, voit grand : après avoir ouvert 74 de ces sites dénommés "Editions" dans le monde, il en comptera 250 d'ici décembre, dont plusieurs en France, son deuxième marché après le Royaume-Uni - sur lesquels il ne communique pas encore.

"Nous voulons aider nos restaurants partenaires à développer leur activité et apporter une nouvelle offre de restauration à nos clients", explique son cofondateur Will Shu, dans un entretien à l'AFP.

"Il y a ici de la cuisine vietnamienne, des pizzas, des salades... nous proposons dans un quartier qui manque de restaurants, une offre variée, que les habitants devraient apprécier"- une demande estimée par Deliveroo via l'analyse de ses données.

Dans les douze cuisines aménagées dans cet ancien entrepôt -dont huit sont occupées-, se côtoient les burgers haut de gamme de Blend, les bo buns du Petit Cambodge, les pizzas napolitaines de Tripletta et la street food indonésienne de Santosha.

Né en 2011, Blend, qui sert déjà un millier de hamburgers chaque jour à partir de cinq adresses à Paris, a recruté 4 personnes et table sur 40 commandes par jour pour que cet emplacement soit rentable.

"Ce n'était pas une priorité pour nous d'ouvrir un restaurant ici, mais cet endroit nous permet de tester le marché, c'est du sur-mesure", dit son fondateur Victor Garnier.

Pour les restaurateurs, l'investissement de départ peut être nul mais la commission (confidentielle) prélevée par Deliveroo sur le chiffre d'affaires sera alors plus élevée. Une deuxième formule prévoit une commission moindre, moyennant une mise de fonds.

"J'espère développer mon activité sans changer la qualité ni la rémunération du personnel, la question est d'arriver à cet équilibre. Il faut que tout le monde se retrouve dans le partage de la marge", dit Simon Octobre, gérant du Petit Cambodge, un restaurant du Xe arrondissement de Paris endeuillé par les attentats terroristes du 13 novembre 2015.

Ses deux restaurants réalisent 20 à 25% de leur chiffre d'affaires via Deliveroo, sans lequel "on ne toucherait pas certains clients, parce que le marché s'est transformé: la livraison est devenue incontournable".

A la porte d'"Editions", se succèdent les coursiers -appelés "riders" chez Deliveroo qui facture 2,50 euros la livraison- dans leur tee shirt multicolore.

Condamnée début juin par la justice espagnole, qui a ordonné la réintégration d'un livreur renvoyé, l'estimant lié par une "relation de travail" à Deliveroo, la plateforme aimerait voir reconnu le statut de "travailleur indépendant" de ses coursiers à vélo. Ses 9.300 livreurs en France travaillent à leur compte, sont payés à la course et fournissent leur vélo.

En août 2017, certains avaient manifesté à Paris, Bordeaux, Nantes et Lyon pour s'opposer à une généralisation du paiement à la course et réclamer une meilleure rémunération.

En cours d'adoption au parlement, le projet de loi "avenir professionnel" doit inciter les plateformes telles que Deliveroo ou Uber à adopter une "charte" pour la protection sociale de leurs travailleurs, tout en leur évitant une requalification en salariat.

"J'espère que cela clarifiera la situation", dit M. Shu. "Nous travaillons avec près de 10.000 +riders+ en France, et la raison pour laquelle ils ont opté pour ce boulot, c'est majoritairement la flexibilité".

"Ils travaillent 12 à 14 heures par semaine, gagnent 16 euros de l'heure en moyenne et la plupart d'entre eux ne souhaitent pas travailler à plein temps", affirme-t-il.

"S'il devait y avoir une requalification, cela mettrait fin à la flexibilité et ce n'est pas ce que ces personnes souhaitent", martèle M. Shu, qui prévoit d'investir 100 millions d'euros dans l'Hexagone.
https://finance.orange.fr/actualite-eco/article/deliveroo-grossit-en-hebergeant-les-restaurateurs-dont-il-livre-les-repas-CNT0000014DDhU/photos/le-cofondateur-de-deliveroo-william-shu-lors-du-lancement-de-son-site-francais-de-cuisines-partagees-a-saint-ouen-pres-de-paris-le-3-juillet-2018-la-start-up-britannique-fait-travailler-35-000-coursiers-a-velo-dans-12-pays-0482a8983c947405ef2372c9ba0bb437.html
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyDim 10 Mar 2019, 10:47

2019

Dans le même veine que l'article http://www.plateaufontenay.net/t2487p200-l-uberisation-du-chomage-a-l-auto-entrepreneuriat-de-masse#101054 ci-dessus

Citation :
En Arizona, les chemins de traverse du rêve américain

Par Pierre Sorgue

Publié 10.03.2019 à 05h42, mis à jour à 06h39

De nombreux Américains en difficulté se retrouvent chaque année privés de logement et jetés sur les routes. En janvier, certains convergent avec leur camping-car à Quartzsite, en Arizona, pour un festival de la débrouille.

Autour du grand feu, le chant s’élève dans la nuit bleue. Ils sont bien trois cents, emmitouflés dans des vestes et des bonnets, à fredonner sous la pleine lune qui éclaire un coin poussiéreux du désert de Sonora, en Arizona.

Mais les voix sont retenues, comme s’il s’agissait de ne pas déranger ce grand vide peuplé de quelques coyotes et de cactus saguaro. Comme si les femmes et les hommes réunis pour cette soirée d’adieu osaient à peine reprendre les mots de Woody Guthrie : « This land was made for you and me », Cette terre fut faite pour toi et moi.

La plupart n’ont d’autre logement que le pick-up, la caravane ou le van (leur RV, recreational vehicle, en VO) qu’ils ont garés pour quelques jours entre les buissons des arbustes à créosote. Il y a des jeunes, mais beaucoup sont des retraités qui conduisent au gré du pays et des petits boulots, sur les bas-côtés du « rêve américain ». Ils sont les perdants d’un pays qui mesure la réussite en dollars, celle qu’incarne le président milliardaire que nombre d’entre eux, paradoxalement, ont contribué à faire élire. Mais, ce soir, ils veulent croire que leur mode de vie fait aussi partie du grand récit national lorsqu’il s’écrit sur la route.

C’est ce que dit l’homme qui se tient debout, au milieu du cercle. Avec sa barbe fournie et ses longs cheveux blancs, Bob Wells, 63 ans, a l’allure du sage ou du gourou. Depuis huit ans, il organise cette rencontre d’une douzaine de jours baptisée « Rubber Tramp Rendezvous » – le rendez-vous des vagabonds de la gomme.

Ils étaient quarante-cinq à le rejoindre en 2010, et cette année, en janvier, entre 8 000 et 10 000 sont passés ici, assure-t-il, lorsqu’il reçoit dans son fauteuil de camping en compagnie de son chien, Cody : « Il n’y a jamais eu autant de gens qui vivent sur la route. Dans ce pays où le contrat social n’existe plus, tu peux te retrouver à la rue du jour au lendemain. Un tiers des Américains n’ont pas un penny en banque. Alors, je leur offre une solution pour vivre avec dignité, retrouver une forme de liberté. Nous revenons au fondement de l’Amérique : si tu n’es pas bien, fais ton sac et pars… »

Depuis vingt-trois ans que Bob Wells brûle le macadam, à la suite d’un divorce onéreux et de dettes du côté d’Anchorage (Alaska), il ne se lasse pas : « Tu voyages, tu fais des économies… En six mois, je suis tombé amoureux de cette vie. » Il a écrit un livre puis créé un site et une chaîne YouTube, Cheap-RVliving (vivre pas cher en camping-car) pour dispenser ses conseils pratiques et ses réflexions sur le consumérisme.

Après la crise de 2008 et l’effondrement de l’immobilier, il fut « inondé de demandes d’aide » par les accidentés des classes moyennes ayant perdu emploi, épargne et maison. D’où l’idée de ce rassemblement, où les nomades novices peuvent apprendre des habitués.

Il a choisi Quartzsite, à deux heures de Phoenix, quatre de Los Angeles, depuis des décennies la Jérusalem des nomades en camping-car. Au croisement de l’US 95, qui traverse le pays du nord au sud, et de l’I 10, qui court d’est en ouest, la bourgade n’existe que par et pour la route. En été, quand le désert vibre comme dans un film de Sergio Leone, ce n’est qu’un trou : 3 700 habitants officiels, mais pas plus de 2 000 lorsque le thermomètre dépasse les 50° C.

A la fin de l’automne, la douceur du climat attire des milliers de snowbirds, ces retraités qui fuient les frimas du Nord, et Quartzsite devient un gigantesque parking pour pick-up, caravanes ou camping-cars. Ils seraient plus d’un million à y passer, quelques heures ou plusieurs mois, entre octobre et avril.

Ceux qui en ont les moyens choisissent l’un des soixante campings privés ; beaucoup d’autres préfèrent les centaines d’hectares arides et publics qu’administre le BLM (Bureau of Land Management) : le séjour coûte 40 dollars (35 euros) pour quatorze jours ou 180 dollars pour toute autre durée du 15 septembre au 15 avril. En ce mois de janvier, certains n’ont même rien déboursé grâce au shutdown qui a paralysé les administrations américaines, conséquence de la guerre opposant Donald Trump aux démocrates à propos du mur qui doit « protéger » la frontière avec le Mexique ; celle-ci se situe 80 miles plus au sud.

Sur les terres du BLM, la petite foule du « Rendezvous » entonne un hymne qui promet de se revoir sur l’air d’On the Road Again de Willie Nelson.
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyDim 10 Mar 2019, 10:50

Citation :
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Marie Vigiletti a glissé sa chaise pliante près du brasier. Avec sa casquette bien ajustée sur la queue-de-cheval encore blonde, ses lunettes élégantes et son poncho de laine, la dame de 69 ans ne ressemble pas à une vagabonde. Mais, divorcée d’un mari cadre (et violent), elle s’est retrouvée sans maison, sans enfants, avec des dettes et une trop faible retraite de secrétaire. Elle a dû travailler comme garde-malade et louer une chambre pour 50 dollars par semaine dans un bourg de l’Illinois : « Je dépensais tout en déplacements et en logement, je n’avais plus d’ami, je ne sortais pas », dit-elle.

Marie Vigiletti est la parfaite incarnation de « la plus seule des générations » qu’évoquait récemment le Wall Street Journal à propos des baby-boomers qui, entre « endettement élevé, pensions en baisse et (…) isolement, endurent des années de retraite plus difficiles que les générations précédentes ».

Mais on est en Amérique et la vieille dame raconte son infortune comme une chance d’échapper à la routine. Elle a acheté – à crédit – un Ford transit et une caravane, elle a dormi une nuit dans un motel du Dakota du Sud, l’Etat qui ne réclame que cette seule condition pour accorder une adresse fixe qu’exigent les autorités ou les banques et a fait suivre son courrier. Elle a quitté le Nord un dimanche d’octobre, a passé la première nuit sur le parking d’un supermarché, la deuxième près d’un restaurant, la troisième à l’hôtel pour traîner sous la douche ; 1 700 miles plus au sud, elle a trouvé un camping près de Phoenix et a déchargé les camions d’un magasin Target : « Je n’arrive pas encore à épargner, mais au moins j’ai la tête hors de l’eau », dit-elle.

Elle est venue au « Rendezvous » pour suivre les séminaires des bénévoles. Des routiers et un policier à la retraite ont défilé sur l’estrade en plein air pour évoquer comment conduire un poids lourd, les lois sur le stationnement nocturne ou sur le port d’arme dans les différents Etats (ceux du Sud sont plus accommodants, de nombreuses villes interdisent de dormir dans sa voiture). Elle a parlé à tous ces gens qui offrent leurs compétences pour une réparation mécanique, une coupe de cheveux, un massage ou la mise en place d’une chaîne YouTube avec laquelle tout le monde rêve de faire un peu d’argent (à l’image de Bob Wells, qui refuse de dire combien) : « Très peu y arriveront, mais cela occupe. Sur la route, tu as souvent l’impression d’être invisible, les réseaux sociaux sont une manière d’exister », explique Jude Moss, 67 ans et regard clair, qui vit dans son van depuis six ans.

Ces quelques jours sont importants pour ceux qui ont le sentiment de ne plus appartenir à grand-chose : « Au début, il y a l’excitation de l’apprentissage. Et puis, la solitude arrive, surtout au moment de Thanksgiving ou de Noël, quand les gens t’invitent par pitié… Tu te demandes où est ta place », résume Raje, sur la route depuis un an et demi. Elle a quitté sa ferme à Hawaï après un divorce, a perdu ses économies dans la liquidation d’un fonds de pension en 2008, et sa retraite ne dépassera pas les 600 dollars mensuels à 65 ans, l’année prochaine. Mais elle insiste sur sa « liberté » et son plaisir à parcourir « ce pays magnifique ».

Marie, Jude, Raje mais aussi Rachel, 46 ans, dont la famille fut soufflée de La Nouvelle-Orléans par l’ouragan Katrina, qui n’a plus les moyens de vivre en Californie et dort à l’arrière de son pick-up avec 1 000 dollars pour tenir tout l’hiver ; Karen Peterson, la grand-mère du Michigan aux airs de Calamity Jane, avec ses cheveux courts, son bagout et ses deux flingues (« Un calibre 22 et un 38 special… ») ; Georgie qui annonce la couleur par une pancarte posée derrière son pare-brise : « Je dilapide l’héritage de mes enfants »… On est frappé par le nombre de femmes seules qui osent ce mode de vie. Beaucoup n’ont d’autre choix, certaines ont simplement décidé d’envoyer les conventions du bonheur marital et familial par la fenêtre.
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyDim 10 Mar 2019, 10:51

Citation :
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Avant de se séparer, les « vagabonds » ont regardé flamber la reproduction en bois d’une camionnette que tous avaient signée. Le rituel, vaguement tribal, est aussi un clin d’œil du « Burning Van » au Burning Man, le festival branché du Nevada auquel des médias, dont le New York Times, ont comparé ce rassemblement. Mais ici, à part de rares excentriques – comme Sally Nurney, la cartomancienne qui promène son vélo enguirlandé de lumières, ses dreadlocks multicolores, ses fanfreluches et sa bonne humeur (« Les gens croient que je suis Santa Claus, ça les rend heureux ») –, l’atmosphère n’est pas au carnaval ou à l’exhibitionnisme. Sur le panneau où s’affichaient les petites annonces, un coupon invitait même à un « cercle d’introvertis ».

Le dernier jour du « Rendezvous » coïncide avec l’ouverture de ce que tout le monde à Quartzsite appelle la « Big Tent », une foire du camping-car autour d’un immense chapiteau où des centaines d’exposants proposent tout et n’importe quoi. Mais si Marie et Rachel sont, dès l’aube, les premières de la longue file d’attente, ce n’est pas pour acheter des toilettes bio pour caravane, un balai-serpillière ou un pistolet paralysant (« New sheriff in town », proclamait la banderole). Elles courent déposer CV et candidatures sur les stands des recruteurs venus draguer les workampers (travailleurs campeurs) pour des jobs saisonniers.

Une compagnie privée propose 120 emplois pour nettoyer les toilettes ou vider les ordures dans l’un de ses 150 campings, entre avril et septembre. Salaire : 10,35 dollars de l’heure avec l’emplacement gratuit pour le véhicule, l’eau, l’électricité et la douche. Un parc d’attractions de Des Moines (Iowa) recherche 300 employés avec les mêmes offres, mais à 8,50 dollars de l’heure : « C’est une main-d’œuvre stable, qui a besoin de travailler. Qu’ils soient vieux n’est pas un problème, il faut juste qu’ils soient capables de se tenir debout », explique Lew, le recruteur, lui-même âgé de 75 ans.

Des compagnies sucrières du Nord embauchent pour la future récolte des betteraves, Amazon est là pour renouveler sa « CamperForce », un programme de recrutement des itinérants lancé en 2008, l’année du crash financier.

Dans le livre Nomadland (éditions Globe), qu’elle consacre à ce peuple de la route, la journaliste Jessica Bruder décrit les conditions de travail imposées par l’entreprise de l’homme le plus riche du monde à ces septuagénaires dociles qui arpentent des kilomètres d’entrepôts, manipulent des centaines de colis, moyennant le campement gratuit… Et un salaire horaire porté à 15 dollars, fin 2018, grâce aux pressions de Bernie Sanders, le sénateur indépendant du Vermont, à nouveau candidat aux primaires démocrates : « Près de neuf millions d’Américains âgés de 65 ans et plus exerçaient encore une activité professionnelle en 2016, soit 60 % de plus qu’une décennie auparavant », précise-t-elle.

Les coûts du logement sont tels, par rapport aux salaires et aux retraites, écrit la journaliste, qu’un foyer sur six dépense plus de la moitié de ce qu’il gagne dans son habitation : « Pour les revenus modestes, cela signifie qu’il reste peu, sinon rien, pour se nourrir, se soigner et subvenir aux autres besoins essentiels. » C’est pour cela qu’Elsia Noble, 75 ans, et son mari ont fermé leur maison du lac Tahoe pour venir sur les terres du BLM à Quartzsite, où elle travaille comme serveuse.

Ou que James et Janice Flatin, retraités de 68 et 65 ans, 1 500 dollars mensuels à deux, ont quitté leur maison de Duluth (Minnesota) pour passer l’hiver dans leur caravane, avec Rosa, leur fille de 18 ans : « Au début, j’ai eu l’impression de redevenir une femme des cavernes », confie Janice. Mais les voisins de campement les ont aidés à « apprendre comment survivre ». Chaque jeudi soir, ils dînent, boivent, chantent et dansent lors de soirées potluck (chacun participe au buffet) qu’offrent Patty et son mari Donnie Marshall, petit cow-boy aux grandes moustaches, sur le bout de désert qu’ils ont « privatisé » à grand renfort de tapis et de chapiteaux blancs.

A Quartzsite, on parle beaucoup de la « communauté » que symbolisent ces feux de camp autour desquels on se rassemble comme au temps des cow-boys. Les musiciens amateurs jouent lors des jam-sessions au camping Holiday Palms, on danse chaque soir avec les orchestres country du Silly Al’s (famous pizza) et de l’incongru Yacht Club, où la bière plus que la mer est cause de roulis.

Pour la rédemption d’après la gueule de bois, une dizaine d’églises tiennent boutique, sans compter celle du prêcheur itinérant Joe Ferguson (« un tiers écossais, un tiers irlandais, un tiers indien Osage ») qui plante sa « Last Call Tent » – la tente du dernier appel ou de la dernière chance. Chaque soir, l’église Isaiah 58 de la pasteur Linda, une ancienne SDF, offre un repas chaud à qui se présente.
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyDim 10 Mar 2019, 10:54

Citation :
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Le matin, c’est le concessionnaire de camping-cars La Mesa RV qui régale, un café et deux pancakes pour qui le souhaite. A l’Oasis Bookstore, la librairie d’occasion, Paul Winer, pianiste de boogie-woogie célèbre pour avoir passé la plus grande partie de sa vie seulement vêtu d’un chapeau claque et d’un cache-sexe, est le maverick (l’anticonformiste) que chérissent les habitants pourtant conservateurs.

Mais la communauté est monocolore : quasiment pas de Noirs, très peu de Latinos, une Amérique blanche et souvent peu fortunée s’accroche à ses mythes. Dans Main Street, un stand propose tee-shirts et fanions à la gloire de Trump 2020 (« Keep America Great »). Même Sherry, petite dame de 75 ans qui dîne à la soupe populaire avant de dormir dans sa camionnette Ford, ne cache pas son mépris pour la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi (« une sorcière »), et son admiration pour Trump, qui « va remettre le pays en ordre ».

Comme presque tous ici, elle s’opposait à l’Obamacare et justifie le mur que Trump veut construire face au Mexique. Mais, comme presque tous aussi, elle a roulé jusqu’à Yuma, à deux heures au sud, laissé sa voiture sur le parking d’une réserve indienne, puis a franchi à pied le poste-frontière. Derrière la palissade de fer, les rues de Los Algodones ne sont faites que d’officines de dentistes (plus de 350), d’opticiens, de médecins et de pharmaciens dont les enseignes se bousculent comme dans un bazar. Les rabatteurs alpaguent les Canadiens et les Américains venus pour des implants, lunettes, infiltrations ou bronchodilatateurs vendus à des prix ne dépassant pas le quart de ceux pratiqués aux Etats-Unis.

La remise en cause de l’Affordable Care Act (le nom officiel de l’Obamacare – la loi sur la protection des patients et les soins abordables) par le Texas et d’autres Etats augmente encore la clientèle. Le docteur Pérez Hernández, médecin généraliste, s’adresse, lui, aux émigrés légaux revenus au pays avec une consultation à sept dollars. Les futurs « clandestins » sont invisibles, les seuls migrants d’Amérique centrale sont les femmes qui proposent friandises et pacotilles. Pas de « narcos », à part dans une chanson à la gloire d’El Chapo, jugé au même moment à New York.

Les restaurants colorés et les boutiques de souvenirs préfèrent La Bamba : « Ici, les gens font la police pour maintenir le tourisme et le business », raconte une dentiste originaire de Guadalajara pendant que son mari triture la bouche d’une Canadienne. Mais les rumeurs sur des clandestins et des trafiquants passant par des tunnels courent la longue queue qui se forme l’après-midi, lorsque les Yankees doivent poireauter plus d’une heure avant de passer les contrôles frontaliers qui gardent leur paradis.

Pierre Sorgue
Article illustré de ses photos: https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2019/03/10/en-arizona-les-chemins-de-traverse-du-reve-americain_5433937_4500055.html
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tonton christobal

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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyDim 10 Mar 2019, 12:06

Et on en tire quelle conclusion ?

Que tout va bien ?

Que l'on regrette obama ?

Que le neuneu peut ětre réélu ?

Ou que .... chacun est libre de fournir une réponse.
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyDim 10 Mar 2019, 13:42

tonton christobal a écrit:
Et on en tire quelle conclusion ?

On peut se dire que vieillir dans une société libérale sans protection sociale n'est peut être pas idyllique et qu'il y a un juste équilibre à trouver entre interventionnisme, libéralisme, assistanat, ...

Quel avenir pour les tous autoentrepreneurs employés par Uber, Deliveroo, Stuart,  ..... quand ils ne seront plus en âge d'avancer ?




En rédigeant ma réponse je viens de regarder un peu du coté de Stuart qui propose un service de livraisons par coursiers...

La maison mère de Stuart est..... la Poste
Les clients de Stuart sont entre autres ... Décathlon, Carrefour, KFC, ...
Les coursiers qui pédalent sont eux ..... autoentrepreneurs !
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyDim 10 Mar 2019, 15:28

donc que chacun est libre de fournir sa réponse... qui sera sa vérité.

Pour ce qu'il en est des conséquences c'est une autre affaire.
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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyLun 17 Juin 2019, 23:50

Citation :
Uber Eats, Deliveroo… quand des travailleurs précaires profitent d’autres plus précaires encore

Publié 17.06.2019

C’est l’un des effets pervers de l’ubérisation. Les plates-formes proposant aux urbains la livraison de leur repas par des autoentrepreneurs, circulant le plus souvent à vélo (Deliveroo, Uber Eats, Glovo…), connaissent une dérive qui pourrait se résumer ainsi : des travailleurs précaires trouvent matière à rémunération en profitant de plus précaires qu’eux. En l’occurrence, des mineurs et des sans-papiers. Le phénomène, rampant, est exposé régulièrement dans les médias français. Ce week-end, c’est le quotidien américain The New York Times qui a consacré une enquête à ce business parallèle en France.

Tout part d’un procédé d’une simplicité enfantine. Une personne, en règle et majeure, s’inscrit sur la ou les plates-formes de son choix. Elle doit pour cela s’être préalablement enregistrée comme « travailleur indépendant » et prouver son âge en présentant une carte d’identité. Mais une fois son compte validé, rien d’autre que la morale ne l’empêche de le mettre à disposition d’autres qui ne seraient pas en mesure de passer la première étape. La mise en contact se fait via Facebook ou messagerie sécurisée, ou même directement dans la rue. Selon l’enquête du NYT, les coursiers récupèrent entre 30 et 50 % des sommes gagnées par leur « sous-traitant ».

« C’est mieux que de voler ou de faire la manche », explique auprès du quotidien l’un de ces « sous-traitants », un jeune Tunisien de 18 ans récemment arrivé à Paris. « Je le fais parce que j’ai besoin de manger. » Le jeune homme dit gagner environ 200 euros par semaine en travaillant jusqu’à 13 heures par jour. Début mai, Libération avait déjà consacré un article au phénomène des moins de 18 ans ayant recours au même stratagème pour gagner un peu d’argent, parfois aux dépens de leurs études.

Combien de sans-papiers ou de mineurs figurent parmi les quelque 20 000 livreurs de repas en France ? Difficile, par essence, de quantifier le phénomène. Mais Alexandre Fitussi, le directeur général France de la start-up Glovo, estime auprès du New York Times qu’au moins 5 % des 1 200 livreurs hebdomadaires de sa société sont en situation irrégulière. Et déplore que les coursiers se prêtant à cette démarche aient créé leur propre système d’exploitation. Nicolas Breuil, responsable marketing au sein de la société française Stuart, regrette aussi des « pratiques illégales » par lesquelles « les gens profitent de la vulnérabilité des autres ».

Les témoignages recueillis par le quotidien américain lient l’essor de cette pratique à un afflux de coursiers ces dernières années et à des revenus en baisse. En octobre 2018, des livreurs de Deliveroo avaient protesté contre le changement de mode de rémunération de la plate-forme (d’un salaire horaire fixe plus 2 euros par course à un seul paiement de chaque course 5,75 euros).

« Si c’était mieux payé, tout le monde resterait à son compte », souligne un livreur de Uber Eats, qui a expliqué au New York Times avoir donné accès à son compte à une douzaine de sans-papiers rien que le mois dernier. Les sociétés de livraison, elles, contestent avoir diminué les rémunérations de leurs livreurs et affirment que les coursiers gagnent en moyenne entre 10 et 15 euros par heure.

Comment lutter contre le phénomène ? Deliveroo tolère la sous-traitance quand elle se fait dans un cadre légal, tandis que Uber Eats, Stuart et Glovo l’ont interdite. Tous, en tout cas, assurent prendre le sujet à cœur, effectuer des contrôles réguliers et supprimer des comptes ne respectant pas les règles. Uber Eats travaille, par ailleurs, sur un système de reconnaissance faciale.

Les plates-formes ne s’exposent, en revanche, pas à des sanctions, car ce ne sont pas elles qui emploient les sans-papiers ou les mineurs. En revanche, comme l’expliquait L’Express en octobre 2018, les autoentrepreneurs qui sous-louent leur compte peuvent être inquiétés pour « travail dissimulé de personnes en état de vulnérabilité » – et risquent jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende.
https://www.lemonde.fr/big-browser/article/2019/06/17/uber-eats-deliveroo-quand-des-travailleurs-precaires-profitent-d-autres-plus-precaires-encore_5477543_4832693.html
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a.nonymous



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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyMer 04 Sep 2019, 22:56

Citation :
Le modèle économique d’Uber et de Lyft menacé par la législation californienne

Par Vincent Fagot Publié 04.09.2019

Lyft sait se montrer généreux à l’égard de ses clients. A l’occasion du passage de l’ouragan Dorian en Floride, la plate-forme de conducteurs proposait à ses utilisateurs qui auraient besoin d’évacuer la zone des courses gratuites. A l’égard de ses chauffeurs, la société américaine se montre moins généreuse. Avec son concurrent Uber – son allié pour l’occasion –, elle est engagée dans une vaste campagne de lobbying pour contrer une loi qui pourrait contraindre les deux compagnies à salarier leurs chauffeurs en Californie, alors qu’ils ont, pour l’instant, le statut de travailleurs indépendants.

L’enjeu est d’importance. Un tel changement obligerait les entreprises à offrir à leurs chauffeurs nombre d’avantages dont ils sont aujourd’hui privés : salaire minimum, protection sociale (assurance maladie, congé maternité, congés payés), droit de se syndiquer, etc. Tout devrait se jouer dans les prochains jours, quand le texte, adopté en mai par l’Assemblée de Californie, sera présenté au Sénat de l’Etat.

La principale auteure du texte, l’élue démocrate de San Diego Lorena Gonzalez, s’appuie sur une décision de 2018 de la Cour suprême de Los Angeles déterminant les conditions à partir desquelles une société doit considérer ses travailleurs comme des salariés. C’est le cas si la compagnie fixe leurs conditions de rémunération et si leur travail est partie prenante dans le cœur d’activité de la société. Deux points qui s’appliquent à Lyft et Uber.

Même si le texte de loi qui est présenté au Sénat californien exclut de son champ d’application une longue liste de professions, Uber et Lyft, eux, restent menacés par son adoption. Conscients du danger que cela représente pour leur activité, les deux groupes font feu de tout bois. Tribune dans la presse locale, mise en ligne de sites Internet livrant le témoignage de chauffeurs opposés au texte, etc. Les éléments de langage sont identiques : les conducteurs sont attachés à garder leur liberté en termes de temps de travail, les usagers auraient beaucoup à y perdre et Lyft souligne que « des centaines de milliers d’emplois » seraient menacés par une telle législation.

Parallèlement, Uber et Lyft ont annoncé qu’ils pourraient mettre 60 millions de dollars (54 millions d’euros) sur la table pour financer un projet de loi concurrent visant à organiser une consultation locale dans le but de créer un statut particulier pour leurs chauffeurs en Californie. La société de livraison de nourriture à domicile DoorDash, également menacée, a proposé d’abonder 30 millions supplémentaires. « Ce n’est pas notre option de préférence, avance Tony West, le responsable de la direction juridique d’Uber. Nous préférerions aboutir à un accord historique, qui serait bon pour les chauffeurs, bon pour l’innovation et bon pour l’emploi. »

Uber se dit même prêt à relancer une négociation avec l’Etat de Californie pour aboutir à un compromis. Il met sur la table une proposition incluant un revenu horaire de 21 dollars (sur les périodes où les chauffeurs sont mobilisés), des garanties sociales et une promesse, encore floue, de permettre aux chauffeurs de peser dans les décisions de l’entreprise. Lorena Gonzalez ne croit pas à ces engagements :

« Ces compagnies connaissent les revendications des chauffeurs, elles disent depuis des années qu’elles vont régler le problème, mais elles ne le font pas. »

La même ne manque pas de tacler les dirigeants de Lyft et d’Uber, « des milliardaires qui disent qu’ils ne peuvent pas payer un salaire minimum aux gens qui travaillent pour eux et sont prêts à dépenser des millions pour contrer des lois sur le travail ». Du côté des chauffeurs, on estime que ce revenu minimum est bien trop bas, sachant que tous les frais liés à l’usage de leur véhicule abaissent considérablement leurs revenus.
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Dernière édition par a.nonymous le Mer 04 Sep 2019, 22:59, édité 2 fois
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a.nonymous



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MessageSujet: Re: L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse   L'ubérisation ; du chômage à l'auto entrepreneuriat de masse - Page 5 EmptyMer 04 Sep 2019, 22:57

Citation :
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Loin d’être circonscrit à la Californie, le sujet intéresse les plus grandes personnalités politiques américaines, alors que se profile, en 2020, l’élection présidentielle. De nombreux candidats à la course à la Maison Blanche et opposés à Donald Trump ont manifesté leur soutien à la loi, parmi lesquels les démocrates Elizabeth Warrren et Pete Buttigieg et l’indépendant Bernie Sanders. Plusieurs syndicats sont aussi entrés dans la bataille, promettant de répliquer à la campagne de communication des deux applications de transport. D’autres, à l’image de Joe Biden, restent plus prudents. Entre le combat pour les travailleurs et le soutien financier pour leur campagne des milliardaires de la tech, l’arbitrage peut être délicat.

Car c’est bien un modèle des sociétés de la Silicon Valley, basé sur une réduction des coûts, que met en péril cette loi. Tous deux introduits en Bourse cette année, Uber et Lyft affichent des pertes importantes – Lyft prévoit un déficit de 875 millions de dollars de perte sur l’année, tandis qu’Uber déplorait déjà 5,2 milliards de pertes sur le dernier trimestre – et disent ne pouvoir se permettre des charges supplémentaires.

Dans un document remis à la SEC, le gendarme boursier américain, Uber reconnaît qu’une telle contrainte « changerait fondamentalement » son business model. Mais ne s’alarme pas plus que cela. Il promet déjà de contester en justice la nouvelle loi, si elle devait être adoptée.
https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/09/04/le-modele-economique-d-uber-et-de-lyft-menace-par-la-legislation-californienne_5506411_3234.html
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