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 La France des "oubliés" votera en 2017

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tonton christobal

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Date d'inscription : 06/07/2010

MessageSujet: La France des "oubliés" votera en 2017   Ven 15 Avr 2016, 15:29

http://www.je-suis-stupide-j-ai-vote-hollande.fr/blog/la-france-des-oublies/

Pour rompre avec le parisianisme qui pèse sur la vie politique française, le magazine a fait son enquête en province et attire notre attention sur la désertification de nos campagnes, et le sentiment d’abandon que ressentes les habitants de nos provinces. La percée inattendue du Front national en province est sans doute l’une des conséquences du nombrilisme parisien.

Voici quelques extraits de ce dossier :

Ce sont ces « invisibles », extradés dans leur propre pays loin des zones urbaines, qui feront la présidentielle de 2017. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Rencontre avec une population qui se dit “en train de crever“. Mais ne veut pas mourir …


C’était en août 2013, sous un soleil de plomb, sur la route menant à Saint-Étienne. L’auteur de ces lignes accompagnait Jean Lassalle durant une étape de son tour de France (Valeurs actuelles du 29 août 2013). Béret vissé sur la tête, mouchoir mouillé autour du cou et chemise trempée de sueur, le député béarnais qui se rêve, aujourd’hui, en « candidat des invisibles » pour 2017, voit soudain une vieille Clio s’arrêter à sa hauteur. Un homme en descend, André. Impossible, trois ans plus tard, d’oublier le regard perdu de cet éleveur de brebis de 42 ans. « Je travaille 70 heures par semaine, et plus je travaille plus je suis taxé, lui lance-t-il. je n’ai même pas le smic et je suis menacé d’être saisi. Je les ai prévenus, aux impôts: le jour où l’huissier vient, il y aura deux coups de fusil, un pour lui, un pour moi. »

Quelques jours plus tôt, au cours de ses dizaines de rencontres quotidiennes au bord des routes, Lassalle, à plusieurs kilomètres de distance, avait aussi rencontré deux femmes, de 40 et 50 ans, Michèle et Lucille, dont les témoignages, là encore, évoquaient le suicide comme seule issue:

« Je n’ai qu’une envie, c’est d’en finir avec la vie.
Si je ne l’ai pas fait pour l’instant, c’est que j’ai trop la rage
»

confiait la première; “la seule éclaircie qui me reste, c’est que je sais qu’à tout moment je peux mettre fin à mes jours », pleurait la seconde …

Certes, cette « France des oubliés », vivant à l’écart des grandes villes et de leurs richesses, n’est pas, tout entière, aux frontières du geste fatal. Loin s’en faut. Ici et là, de nouvelles solidarités apparaissent, sur lesquelles les médias se complaisent à mettre l’accent. La fracture n’en est pas moins là. Béante.

Tandis que tous les micros et caméras sont braqués sur les bobos soixante-huitards des cortèges anti-El Khomri ou sur ces exclus immigrés, forcément immigrés, des ex-banlieues rouges, c’est dans l’indifférence quasi générale qu’une autre France est en train de “crever à petit feu“, comme le disait encore à Jean Lassalle, les yeux brillants, et en présence de Valeurs actuelles, un autre de ses interlocuteurs.

Qu ‘observe-t-on depuis maintenant plus de vingt ans ?, décrypte le géographe et sociologue Christophe Guilluy, auteur de la France périphérique (Flammarion). Une gigantesque recomposition sociale des territoires, avec de grandes métropoles françaises qui répondent à une double dynamique : de « gentrification » par le haut (avec de plus en plus de cadres et de professions intellectuelles supérieures) et d’immigration par le bas (dans les banlieues). Les catégories populaires traditionnelles, ouvriers-employés, se sont quant à elles délocalisées vers le périurbain, le rural, les petites villes et les villes moyennes.

Deux France que tout oppose, donc : “Une France métropolitaine qui a réussi son intégration dans l’économie mondialisée et où se concentrent la richesse aussi bien que le pouvoir politique et culturel; et une France périphérique, quoique majoritaire, dont l’invisibilité est liée à sa (dé)localisation géographique.“

D’un côté la France des « très aisés » et des « très aidés », de l’autre celle des délaissés …


C’est cette France abandonnée, représentant selon Guilluy 60 % de la population et 27 millions d’électeurs, qui fera pencher la balance à la présidentielle de 2017. Dix ans auparavant, c’est elle qui avait permis l’élection de Nicolas Sarkozy. À un an du prochain scrutin, partagée entre résignation et colère, elle oscille entre abstention et vote Front national. “Le vote FN prospère dans les territoires ruraux et périurbains alors que son audience est plus limitée dans les principales agglomérations et dans leur immédiate périphérie“, relève Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop, dans un rapport intitulé « L’influence de l’isolement et de l’absence de services et commerces de proximité sur le vote FN en milieu rural ». “Dans la plupart des régions, poursuit-il, il semble même que le vote FN obéisse à une loi de la distance par rapport aux grands centres urbains“.

Particulièrement révélateur est ainsi le résultat du Front national au premier tour des régionales de 2015 en Île-de-France: avec un score de 18,4 % sur l’ensemble de la région, il plafonne à 14 % dans un périmètre couvrant Paris et 10 kilomètres alentour, grimpe à 34 % entre 50 et 60 kilomètres de la capitale et s’envole à 40,9 % au-delà de 80 kilomètres. Une courbe exactement inverse à celle du PS (de 28,4 % pour Paris et sa proche banlieue à 12,8 % aux extrémités de la région). C’est ici, au sein de cette France des invisibles, que le vote FN non seulement progresse, mais s’enracine. Selon une enquête Ipsos, 64 % des électeurs de Marine Le Pen votent désormais pour elle par « soutien » contre 36 % par « opposition » à un autre candidat. Près du double !

Si Jean Lassalle, ou un autre, veut capter une partie de ce vote FN, impossible de négliger « le » sujet tabou caché derrière celui de la « fracture sociale »: la « fracture raciale ». Consacrant une enquête au quartier sensible de Lille-Sud, à la veille de la dernière présidentielle, l’Express n’avait pu que le constater : “Quand on demande aux « anciens habitants » de se définir, les mots deviennent embarrassés, hésitants: « Français », « Gaulois », « Blancs, quoi … « .“ À gauche notamment, on rétorquera que les « invisibles », constitués à une écrasante majorité de Français de souche, vivent le plus souvent loin, parfois même très loin, des quartiers à forte concentration immigrée (périphérie et proche banlieue des grandes villes). Certes. Mais c’est volontairement oublier “l’autre angoisse, culturelle cette fois“, frappant ces populations, selon le sociologue et diplômé de HEC Aymeric Patricot, auteur des Petits Blancs, un voyage dans la France d’en bas (Points): “C’est un phénomène qui s’ajoute à l’angoisse économique, dit-il. Le paradoxe du « petit Blanc » est qu’il a conscience d’avoir une culture propre, mais qu’on lui interdit de la reconnaître. On lui demande d’accueillir la diversité des autres, mais il ne peut rien revendiquer du fait qu’il est censé appartenir à la majorité.“

Crainte aussi, comme le soulignait Alain Finkielkraut dans Valeurs actuelles (17 avril 2014), de voir cette immigration gagner toujours plus de terrain, au détriment de ce qui reste de “France d’avant“, déjà tellement lézardée : “Si une majorité de Français pense aujourd’hui qu’il y a trop d’immigrés en France, décrypte le philosophe, ce n’est pas parce qu’ils seraient soudain devenus perméables à l’idéologie maurassienne, c’est parce que [...], dans une ville comme Villers-Cotterêts, la maison du maître d’école a été vendue par la Mairie pour faire une mosquée, le restaurant savoyard est devenu un kebab, la charcuterie a été transformée en boucherie halal et, conséquence de la construction de HLM sur la route de Vivières, les murs ont été couverts de tags, des poubelles ont flambé et des jeunes ont commencé à traîner dans les rues …

Ainsi que l’écrivait Jaurès, “la patrie est le dernier bien de ceux qui n’ont rien“. 


Les oubliés, eux, ne l’oublient pas.


Arnaud Folch pour Valeurs actuelles.
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