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 Salafisme et takfirisme

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a.nonymous



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MessageSujet: Salafisme et takfirisme   Sam 23 Juil 2016, 09:26

Un article intéressant paru il y a quelques mois déjà dans Les Décodeurs du journal le Monde...

Après et comme l'a souvent évoqué Tonton se pose la question de la "bienveillance" dont peuvent bénéficier les terroristes que ce soit de la part de leurs coreligionnaires  ou de la part de délinquants de droit commun au sein de zones de non droit....


http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/11/25/pourquoi-il-ne-faut-pas-confondre-le-salafisme-et-le-takfirisme_4817042_4355770.html a écrit:
Pourquoi il ne faut pas confondre le salafisme et le takfirisme

Le Monde.fr | 25.11.2015 à 10h47 • Mis à jour le 26.01.2016 à 16h53 | Par William Audureau

Le documentaire Salafistes, de François Margolin et Lemine Ould Salem, a reçu un avis négatif du ministère de l’intérieur pour sa diffusion et une interdiction aux moins de 18 ans assortie d’un avertissement par la Commission de classification des films. Les réalisateurs entendent « montrer les salafistes de l’intérieur ».

En novembre, Manuel Valls avait ouvertement associé le salafisme, la mouvance la plus rigoriste de l’islam, aux attentats du 13 novembre. « Oui, nous avons un ennemi, et il faut le nommer, c’est l’islamisme radical. Et un des éléments de l’islamisme radical, c’est le salafisme », a argué le premier ministre. Une déclaration qui prête aux amalgames, la majorité des salafistes ne se reconnaissant pas dans le djihadisme, dont le nom réel, pour ce qui est de la version importée en France, est le takfirisme.



Quelle est la différence entre salafisme et takfirisme ?

Le takfirisme est une sous-branche du salafisme. Cette famille religieuse issue du sunnisme (la principale branche de l’islam) prône une pratique rigoriste de la religion musulmane, proche de ses premiers fidèles (le terme salaf désigne, en arabe, les « ancêtres », en l’occurrence les premiers compagnons du Prophète).

Le salafisme est en forte progression en France (on parle de 90 mosquées d’obédience salafiste en France, sur 2 500 recensées, soit le double d’il y a cinq ans, et le nombre de fidèles se situerait entre 15 000 et 20 000, selon les estimations des spécialistes).

Néanmoins, la plupart des salafistes appartiennent à ce que l’on appelle la branche quiétiste. Ils sont pacifistes et ne cherchent pas à changer la loi, même s’ils n’en reconnaissent pas la légitimité.

Obéissance à la loi islamique (charia), refus de la mixité homme-femme et port du niqab (voile intégral) ou de l’abaya (manteau noir couvrant le corps) pour les femmes sont quelques-unes des caractéristiques communes au salafisme quiétiste et au takfirisme.

C’est à la minorité dans la minorité que l’on se réfère quand on parle d’islam radical djihadiste, c’est-à-dire à la fois fondamentaliste, non légaliste et violent. Cette mouvance, le takfirisme, se distingue par son appel aux armes, son idéologie messianique et sa propension à jeter l’anathème (takfir, en arabe) contre les autres musulmans.



Quelles sont les caractéristiques du takfirisme ?

   Une idéalisation du retour à un islam pur. Les takfiris se réclament d’un islam ultra-orthodoxe dont les lois primeraient sur celles des pays laïques. Seule prévaut la charia, ou du moins une interprétation partielle et orientée des règles édictées dans le Coran.

   Une prophétie, celle de l’avènement d’un nouveau califat et d’une apocalypse née d’une nouvelle guerre entre croisés et musulmans sur leur terre sainte. Cette prophétie millénariste est autoréalisatrice : toute la stratégie takfirie vis-à-vis de l’Occident consiste à provoquer son entrée en guerre et ainsi à légitimer le califat.

   L’appel perpétuel aux armes. Idéologie ultra-violente, le takfirisme ne distingue pas soldats et civils : seuls existent deux mondes, le dar al-Islam (la terre islamique, le califat) et le dar al-Harb (la terre en guerre, ou à conquérir). Le takfiri se décrit volontiers comme un « lion » (la métaphore date au moins de la fin des années 1990) et la communication des organisations takfiristes, comme Al-Qaida ou l’Etat islamique, repose sur la diffusion d’exécutions sanglantes, l’esthétisation de la guerre et l’intimidation des ennemis. Le concept historique de dar al-Sulh (la terre de la trêve, de la cohabitation) est écarté de la pensée takfirie.

   Une hostilité aux autres branches de l’islam. Le takfirisme n’a pas pour seules cibles les chrétiens et les juifs. Il s’en prend également aux chiites et aux soufis, perçus comme des musulmans déviants. L’idéologie takfirie autorise également à prendre les armes contre d’autres musulmans sunnites si ceux-ci refusent la hijra (l’émigration en terre islamique) ou ne se soumettent pas à une certaine interprétation de la charia.

   Le culte du martyr. Le takfirisme idéalise la mort sacrificielle de celui qui s’est fondu parmi l’ennemi. Appelé inghimasi (« l’infiltré »), il porte une ceinture d’explosif sur lui et combat jusqu’à (se donner) la mort, « en martyr ». Comme le relève Rue89, les djihadistes évitent la référence au suicide, celui-ci étant interdit dans l’islam.



D’où vient le takfirisme ?

La naissance à proprement dite du takfirisme, en tant que schisme au sein du salafisme, est tardive : elle se produit dans les années 1970 dans les geôles égyptiennes, lorsque des Frères musulmans radicaux créent un mouvement violent et transnational, la Communauté des musulmans (Jamaat al-Muslimeen), surnommé Takfir wal-Hijra (« anathème et retrait »).

Si le takfirisme a un père spirituel, il s’appelle Saïd Qotb (1906-1966). Ce militant des Frères musulmans est celui qui théorise lors d’un séjour en prison l’obligation du djihad armé contre les pouvoirs installés, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, marquant un schisme au sein du salafisme.

C’est à lui que l’on doit l’idée que « le passage à la violence radicale peut être une obligation religieuse pour lutter contre l’autorité politique quand cette dernière a perdu ses racines musulmanes », résume le chercheur Philippe Migaux, spécialiste des conflits asymétriques, dans Histoire du terrorisme (Fayard).

Son idéologie s’est construite par strates à partir d’une relecture partielle et orientée de plusieurs théologiens musulmans historiques radicaux, et notamment Ibn Tamiyya (1263-1328), un théologien syrien hanbalite radical, qui dans le contexte historique particulier des croisades, avait théorisé l’appel à la guerre sainte contre les non-musulmans. « Grâce à ses prêches violents et simplistes, [il avait] rencontré un véritable succès auprès des classes marginales et des populations les moins instruites dans la religion musulmane. La situation n’a finalement guère évolué en six siècles », ironise Philippe Migaux.



Quelle est l’implantation du takfirisme en France ?

Le takfirisme a été importé en France au milieu des années 1990, par l’intermédiaire de ses partisans algériens, en particulier le Groupe islamique armé (GIA). Il se retrouve depuis dans toutes les filières djihadistes, souvent de manière revendiquée, qu’il s’agisse de celle du Front Al-Nosra (la branche syrienne d’Al-Qaida) qui diffuse des vidéos d’embrigadement via son canal 19HH, ou des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly, les auteurs des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher en janvier, à Paris, tous les trois embrigadés au contact d’une des figures historiques du takfirisme en France, Djamel Beghal.

Combien sont-ils aujourd’hui ? Il n’existe pas de chiffre sur le nombre de takfiris en France. Les Français radicalisés seraient entre 3 800 et 11 000, mais faute de distinction entre salafiste et takfiris, de nombreux musulmans ultra-orthodoxes sont fichés « radicalisés » sans pour autant adhérer à l’idéologie takfirie.



Y a-t-il des passerelles entre salafisme et takfirisme ?

Le salafisme peut être aussi perçu comme un sas, une digue, et un opposant au takfirisme.

Un sas, parce que l’ultra-orthodoxisme salafiste offre un terreau idéologique idéal pour une radicalisation de ses fidèles, et c’est souvent dans les cercles salafistes que les recruteurs takfiris opèrent. Certains imams sont par ailleurs suspectés de double jeu, d’autant que la pratique de la taqiya (ruse, dissimulation) fait partie de l’arsenal takfiri.

Mais le salafisme est également une digue : mouvement fondamentaliste le plus porté sur l’analyse littérale du Coran, il est le seul à pouvoir déstabiliser les takfiris sur le terrain qu’ils revendiquent, celui de la religion, en leur opposant d’autres clés de lecture du Coran.

Enfin, les salafistes de France s’estiment souvent victimes plus que complices du takfirisme : outre que ce mouvement sectaire et violent est perçu comme une déviance de l’islam, il suscite des réactions islamophobes qui frappent en premier lieu les fondamentalistes quiétistes, à la religiosité plus visible. Pourtant, les salafistes se sont régulièrement opposés aux takfiris – y compris militairement, comme au Pakistan dans les années 1980, et ces derniers jours, ils étaient nombreux sur les réseaux sociaux, y compris parmi les plus radicaux, à dénoncer les attentats.

   William Audureau
   Journaliste au Monde
Source: http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/11/25/pourquoi-il-ne-faut-pas-confondre-le-salafisme-et-le-takfirisme_4817042_4355770.html
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a.nonymous



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MessageSujet: Re: Salafisme et takfirisme   Mar 26 Juil 2016, 04:07



http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/07/25/les-dechirements-francais-font-partie-du-plan-de-daesh_4974339_3232.html a écrit:
« Les déchirements français font partie du plan de Daesh »

LE MONDE IDEES | 25.07.2016 à 11h35 | Par Rachid Benzine (Islamologue)

L’enquête policière et judiciaire en cours vient d’établir que Mohamed Laouaiej Bouhlel, le « méga tueur » de Nice, a mûri et préparé son forfait durant de nombreux mois, et qu’il a bénéficié de plusieurs complicités lors de cette préparation. Le groupe ainsi constitué avait-il pour autant des liens directs avec l’Etat islamique ? L’horrible crime commis par le Tunisien trentenaire doit-il être regardé désormais comme un crime collectif se revendiquant sciemment du « djihad », et pas seulement comme une initiative d’abord personnelle ? La réponse à ces questions viendra sans doute rapidement.

En attendant, ce que nous savons de Mohamed Laouaiej Bouhlel nous autorise à croire qu’il n’a jamais été un musulman pratiquant, et encore moins un musulman fondamentaliste. Son profil est davantage celui d’un psychopathe narcissique porteur d’une violence extrême, dont la haine accumulée à l’intérieur de lui-même l’a amené à commettre un des plus effroyables crimes de masse qui puisse être perpétré par un seul homme. Mais Daech a revendiqué ce crime comme étant l’œuvre d’un de ses « soldats », et le modus operandi correspond tout à fait aux appels à tuer ses adversaires, avec tous les moyens disponibles, que lance depuis quelques années cette organisation prétendant incarner l’islam. Qu’il ait eu, ou pas, l’occasion d’être en relation avec des responsables ou des partisans de Daech, le tueur de Nice ne pouvait ignorer cette propagande et ces appels, et dans tous les cas de figure son crime ne saurait être dissocié de la stratégie de l’Etat islamique à laquelle il donne toute satisfaction. Car même si cet homme était un très grand déséquilibré, il avait besoin d’une justification intellectuelle et morale qui l’autorise à passer à l’acte, ce que le discours de Daesh lui a fourni. En effet, même un grand pervers a besoin de pouvoir justifier à ses propres yeux et à sa propre conscience les actes de grande transgression qu’il commet. Les grands criminels nazis étaient souvent eux-mêmes des grands pervers, même s’ils pouvaient, par ailleurs, se montrer des hommes cultivés et des pères de famille exemplaires. Mais pour commettre les crimes qui ont été les leurs, ils ont eu besoin d’une idéologie - en l’occurrence le nazisme - qui les a autorisés à les perpétrer.



Nuage radioactif

Ce que l’on peut appeler le « daechisme » ou le « salafisme extrémiste » de Daech (afin de ne pas faire l’amalgame avec la réalité complexe et plurielle du salafisme), constitue d’abord une idéologie qui s’est forgée ces vingt-cinq dernières années à la faveur des guerres d’Afghanistan, d’Irak, de Syrie et de Libye. Une idéologie, c’est-à-dire à la fois un système d’explication du monde qui prétend pouvoir tout saisir de la réalité humaine et avoir réponse à tout, mais aussi une sorte de « nuage d’idées » qui laisse tomber sa pluie sur diverses populations, lesquelles s’en laissent imprégner sans parfois en être conscientes. Ayant su habilement réactiver de vieux mythes qui parlent au cœur de nombreux musulmans (en particulier le mythe de la restauration du califat des premiers siècles de l’islam et celui d’un grand « combat final » et d’une grande « purification » du monde qui seront les signes de la fin des temps et de l’heure du Jugement divin), et étant parvenu à une audience internationale idéale pour lui grâce à ses conquêtes territoriales, grâce à ses diverses opérations terroristes commises notamment en Occident, et grâce à la couverture médiatique qu’il s’est acquise, Daech s’est installé, de manières diverses, dans une multitude d’esprits. Idéologie de haine, le daechisme se montre désormais capable de s’adjoindre toute une série de haines et de rancœurs à l’encontre du monde occidental qui se sont développées dans toute une partie des sociétés musulmanes du monde, et aussi dans une partie des populations issues des immigrations post-coloniales. Ainsi, Daech est parvenu à produire une sorte de « nuage radioactif » qui plane désormais – et qui va planer longtemps – sur nos têtes, contaminant nombre de personnes et de sociétés quand bien même il a subi ces derniers mois d’importantes défaites militaires sur le sol irakien.

Le massacre perpétré par Mohamed Laouaiej Bouhlel s’avère d’autant plus terrifiant qu’il nous apprend que, pour devenir un tueur de masse au service du projet de Daech, il n’est même plus besoin d’être parti combattre en Irak ou en Syrie, et pas davantage besoin d’avoir pratiqué de manière ultra et dévoyée la religion islamique. Un buveur de bières, un mangeur de porc, un hyperactif sexuel, un body builder comme le livreur tunisien de Nice peut devenir un outil de production de la terreur que Daech a la volonté de semer sur toute une partie de la planète. Ceux qui imaginent que placer en rétention administrative les suspects de salafisme aggravé pourrait être une protection efficace pour la société française (comme cela fut fait, durant la Guerre d’Algérie - et on sait avec quel succès ! - à l’encontre des Algériens sympathisants, en métropole, de l’indépendance de leur nation), vont-ils devoir, dès lors, envisager de priver aussi de liberté les dizaines de milliers de psychopathes d’origine immigrée que compte certainement notre pays (aux côtés de dizaines d’autres milliers de psychopathes qui, eux, n’ont pas d’ascendance immigrée) ? Il apparaît que de plus en plus de responsables politiques (tels le député républicain Georges Fenech) rêvent aujourd’hui d’un « Guantanamo » français pour enfermer toute une population appréhendée, à tort ou à raison, comme menaçante. Mais qui peut affirmer que cette création carcérale américaine a protégé le monde d’un seul attentat terroriste ? Guantanamo a plutôt nourri les haines anti-occidentales, comme l’ont fait la plupart des interventions militaires occidentales menées ces dernières années en Afghanistan et au Proche Orient.

Avec la campagne qui s’annonce sans pitié de la « Primaire à droite », avec la concurrence identitaro-populiste qu’impose l’extrême droite marino-lepéniste à la droite dans son ensemble, tout cela sur fond de dislocation de la gauche, la France est entrée dans une grande période de turbulences où va dominer la surenchère en matière de sécurité. Certes il faut plus de sécurité pour les populations. Certes il faut parvenir à détruire et, au moins, à neutraliser Daech, en commençant par casser l’image de toute puissance que cette organisation est parvenue à se donner à la faveur des crimes « mondialisés » qui se sont succédé ces derniers mois à Paris, à Bruxelles, à Orlando, à Istanbul, à Bagdad et à Nice. Mais il faut le faire avec, à la fois, une volonté de pragmatisme (une mise à l’écart des instrumentalisations idéologiques) et une volonté de consolider l’unité nationale, laquelle doit comprendre les populations musulmanes. L’objectif de Daech est de diviser les populations, de séparer les musulmans des non-musulmans, et de créer les conditions de la guerre civile, particulièrement en France qui est pour cette organisation une cible privilégiée. Les déchirements français qui ont commencé entrent dans le plan de Daech. Ne lui faisons pas ce cadeau !

Rachid Benzine (Islamologue)
Source: http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/07/25/les-dechirements-francais-font-partie-du-plan-de-daesh_4974339_3232.html
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