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 « La Communauté » : plongée dans la ville de Trappes

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a.nonymous



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MessageSujet: « La Communauté » : plongée dans la ville de Trappes   Jeu 04 Jan 2018, 10:22

Citation :
« La Communauté » : plongée dans la ville de Trappes, de Jamel Debbouze au fondamentalisme musulman

Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, journalistes au « Monde », publient, jeudi 4 janvier chez Albin Michel, leur enquête sur Trappes, la ville d’Omar Sy, de Benoît Hamon et de Nicolas Anelka. Portrait d’une banlieue rugueuse des Yvelines.

Il y a la grande histoire de France et l’histoire des petites France – ces territoires qui racontent, en profondeur, les transformations de la société française depuis la seconde guerre mondiale. Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, grandes reporters au Monde, ont choisi Trappes pour décrire une histoire française, celle d’une banlieue rugueuse, difficile, complexe, construite « au milieu des champs de blé » des Yvelines pour accueillir des milliers de familles en HLM.

Cet ouvrage, La Communauté, dérangera assurément ceux qui préfèrent ne pas comprendre. Parce que la courte vue ne laisse voir que la surface des transformations sociales, la mousse des événements, le fait divers d’une société. Parce que, à l’inverse, l’histoire longue d’un morceau de France donne à comprendre la sédimentation des problèmes et les fractures d’un pays qui a choisi de concentrer ses pauvres et ses migrants dans quelques dizaines de quartiers qu’il s’étonne ensuite de trouver « difficiles ».

Cinquante ans d’histoire d’une banlieue charrie son cortège de destins individuels, de crises sociales, de tensions mais aussi de solidarité. En se plongeant dans une banlieue française, celle de Jamel et d’Omar Sy, de Nicolas Anelka et de Benoît Hamon, celle des militants perdus de la banlieue rouge, celle des enseignants qui changent des vies, celle du fondamentalisme musulman, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin donnent des clés pour comprendre.

Luc Bronner


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a.nonymous



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MessageSujet: Re: « La Communauté » : plongée dans la ville de Trappes   Jeu 04 Jan 2018, 10:23

Citation :
Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, journalistes au « Monde », publient, jeudi 4 janvier chez Albin Michel, leur enquête sur Trappes. « Le Monde » en publie des extraits en avant-première.

Bonnes feuilles.
Béchir est mort ! Il a été retrouvé une seringue plantée dans l’avant-bras, un matin, dans une cave de Léo-Lagrange : overdose d’héro. Ses voisins avaient depuis longtemps remarqué son regard vitreux, sa démarche hésitante, mais la nouvelle secoue le square comme un électrochoc. Béchir vivait seul avec sa mère depuis la mort de son père. Chacun essayait à sa manière d’aider la famille à joindre les deux bouts. Si son décès, au début des années 1990, bouleverse tant ses voisins, c’est parce que la drogue a tué un garçon qui était plus que d’autres un enfant du quartier.

Léo-Lagrange n’est plus le square d’il y a dix ans, quand les Algériens, les juifs d’Afrique du Nord et les Portugais se mélangeaient aux « Gaulois » et que leurs enfants jouaient ensemble au pied de l’immeuble (…) Les halls se sont déglingués, des bandes « biznessent » dans les escaliers et plus une boîte aux lettres ne ferme (…) Il a fallu murer les caves pour tenter de limiter les trafics et le local à poubelles est devenu un coupe-gorge. Au collège, les enfants des pavillons surnomment le square « Léo-la-jungle ».

Pas un mois désormais sans qu’à Trappes ne tombe un « grand. » Dans les banlieues françaises, l’héroïne est devenue un fléau, une catastrophe nationale qui se déploie en silence. A Camus, à George-Sand, à la Commune, cuillères et citrons jonchent les bosquets. On retrouve des seringues au milieu des balançoires et des bacs à sable où jouent les « petits ». Pour rejoindre son appartement, il faut regarder droit devant soi dans le hall, ne pas s’attarder sur les dealers qui le squattent, et parfois montrer patte blanche pour qu’ils déplacent les Caddie barrant l’escalier.

Lorsqu’il ne s’agissait que de cannabis rapporté du Rif où il est cultivé par champs entiers, passait encore. « C’est du haschisch, tout le monde fume ça au Maroc, c’est pour se détendre », soupirait le père de La Fouine. Même les vieux, au bled, fumaient du kif mélangé à du tabac noir dans leur sabsa, ces pipes que les ados rapportent de leurs vacances. Mais l’héroïne, c’est autre chose. Les jeunes qui y touchent sont aussitôt accros et errent dans la ville à la recherche de leur dose.
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Dernière édition par a.nonymous le Jeu 04 Jan 2018, 10:38, édité 3 fois
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a.nonymous



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MessageSujet: Re: « La Communauté » : plongée dans la ville de Trappes   Jeu 04 Jan 2018, 10:26

Citation :
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On se pique dans les caves où tout le monde se repasse la même seringue et par la même occasion le « das » – le sida, en verlan – dont les banlieues continuent de croire qu’il ne touche que les « pédés ». C’est comme une bombe à retardement, ce virus. Les médecins qui se risquent encore dans les squares n’en finissent pas de voir défiler des toxicos à qui il faut en plus annoncer leur séropositivité. Dans les associations de lutte contre le sida, Aides, Act Up, jamais on ne voit un garçon ou une fille des cités ; sur les affiches de prévention, pas un enfant d’immigrés. L’hécatombe se prépare sans bruit (…).

Les militants communistes sont dépassés par ces bandes d’adolescents qui narguent la génération de leurs pères, usés par une vie passée à la chaîne, avec des Mercedes qui valent plusieurs années de salaire. Money, money ! Ceux qui quadrillaient si bien les quartiers dans les années 1960 et 1970 ne trouvent plus le mode d’emploi pour garder dans le rang ces gamins du siècle qui s’amorce. C’est à peine si, dans les squares, ils prêtent attention à ces hommes à longue barbe et djellaba qui tournent au pied des immeubles.

« Ne vous retournez pas, les voilà, ils vont encore nous demander de nous asseoir en rond et nous prendre la tête… » En ce milieu des années 1990, lorsqu’en pleine partie de foot – leurs sweats servent à délimiter les buts – les gamins aperçoivent cette grappe humaine toute de blanc vêtue, ils s’écrient, furieux : « Putain, ils vont encore nous casser le match ! » Les jeunes footballeurs en herbe les surnomment en riant la « brigade des hadjs », les pèlerins de La Mecque (…)

Les tablighis veulent « sortir les gars des caves » et leur faire retrouver le chemin de la mosquée (…). Ils recherchent les grands espaces et les beaux paysages, propices à la méditation mais qui permettent aussi d’échapper aux surveillances en tout genre. Avec les bois de Trappes, où les gamins traquent les empreintes de sangliers et qui servent à abriter les premiers baisers des garçons comme Jamel, « Nico » et Omar, ils sont servis. Aux adolescents qui tapent le ballon, ils demandent : « Vous n’avez pas quinze minutes à consacrer par jour au Seigneur ? Quinze minutes de prière, c’est le temps d’aller chercher le pain. »
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a.nonymous



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MessageSujet: Re: « La Communauté » : plongée dans la ville de Trappes   Jeu 04 Jan 2018, 10:27

Citation :
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(…) « Venez, on a préparé des boissons et des cacahuètes », insistent-ils auprès des enfants assoiffés par leur match. « La mosquée de la Commune est à cinq minutes, cela ne coûte rien d’y aller. » On commence par se restaurer, des chips et une grenadine – la brigade des hadjs appelle ça une « ambiance » (…) Puis on disserte de la foi en déroulant la vie du Prophète et en lisant quelques hadiths, mais on n’oublie jamais de distraire les gamins. « Regarde, lui, il va faire les cinq prières avec les deux sourates, et on va le chronométrer. » Et un quart d’heure plus tard : « Vous voyez, cinq à la suite, dites à l’allure normale, cela prend quinze minutes. Allah vous demande un quart d’heure par jour. »

L’un des piliers de ces brigades s’appelle Ibrahim. Il porte une barbe rousse sur sa peau laiteuse et ses yeux sont bleu dragée. Il roule dans un vieux break fatigué en kamis, cette longue robe jusqu’aux chevilles sur laquelle il porte un gilet, et se coiffe d’un turban blanc qui le fait ressembler à un moudjahid afghan. Son allure impressionne, comme sa façon de lancer des « Salam » et des « Inch’Allah » à tout bout de phrases, à l’époque où ce n’est encore ni trop l’usage ni vraiment la mode. (…)

Jusqu’ici, à Trappes, les musulmans ont pratiqué l’islam mollement, respectant « le smic » ou « le minimum syndical », comme on dit : jeûner pendant le ramadan et ne pas manger de porc. Pour le reste, on bénit la nourriture haram d’un simple bismillah, au nom de Dieu clément et miséricordieux, sans chichis. « On n’est pas au bled », moquent les hommes en pantalon et chemise lorsqu’ils voient des types en djellaba. « Je suis pratiquement pratiquant », résume Jamel [Debbouze], dont les spectacles vampirisent désormais la vie de Trappes.

« Mon frère, tu souffres, mais tu es une créature de Dieu ! » Depuis que la drogue et la délinquance minent la vie quotidienne, on commence pourtant à regarder d’un autre œil ces religieux qui assurent aux jeunes qu’ils « peuvent retrouver le chemin d’Allah » et les convainquent d’adopter un comportement plus respectueux, moins violent, plus honnête. « Après tout, ils ne font pas de mal », finissent par dire dans les squares beaucoup de mères de famille, soulagées de retrouver chez ces frères l’autorité d’une figure masculine qui manque de plus en plus dans les foyers.
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a.nonymous



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MessageSujet: Re: « La Communauté » : plongée dans la ville de Trappes   Jeu 04 Jan 2018, 10:28

Citation :
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Mai 1996. C’est la saison du Festival de Cannes. Un rendez-vous mythique, pour Canal+. Des chambres d’hôtel sont réservées d’année en année dans les palaces de la ville, au Martinez et à l’Eden Roc – pour les stars de la chaîne – ou sur les hauteurs de Cannes, dans la résidence de Pierre et vacances – pour les autres. C’est là que sont logés Jamel, Omar [Sy] et son nouveau copain Fred [Testot], un petit « babtou » au crâne rasé venu de La Colle-sur-Loup, juste au-dessus de Nice. Une chambre double pour les deux derniers, mais petit déjeuner au lit, piscine à débordement avec vue sur la Méditerranée, flottille de scooters mis à la disposition des invités… Tout brille comme dans un rêve. (…)

On a toujours besoin d’être deux, ou trois, quand on vient des « quartiers ». On se sent plus fort face à la nomenklatura parisienne. C’est Jamel, le copain d’Omar depuis leur rencontre sur les bancs de touche lors des parties de foot, rue du Moulin-de-la-Galette, qui a permis cette rencontre miraculeuse. Durant ses années passées à vanner sur les bords des terrains de foot des Merisiers s’est nouée une solide amitié dont il veut faire profiter Omar et ses amis. Les diplômés des grandes écoles ont leurs associations d’anciens, le show-biz et le cinéma, leurs « fils de... » ; la banlieue, elle, s’appuie sur la fraternelle des cités. Le « système DTVVV », débrouille-toi vite vite vite, dit Jamel. (…)

La télé chic use de mille périphrases, de cent euphémismes et parle des « quartiers », de « blacks » et de « jeunes issus de l’immigration » pour désigner les cités, les Noirs et les Arabes. Mais dans les couloirs, les dandys de Canal oublient souvent de les regarder ou de dire bonjour, tout occupés à se contempler dans les miroirs ou à sniffer la coke venue de ces « quartiers » que, justement, ils ignorent. Qui interroge Omar sur sa cicatrice, à l’arrière de son crâne ? C’est un coup de marteau reçu au lycée. (…)

« Rachid Arhab sur France 2, Zinédine Zidane capitaine de l’équipe de France et nous. Tout est possible, frère », rient désormais les deux amis. A Canal, ils sont devenus bien plus que des animateurs : les symboles d’une politique. Quand André Rousselet a fondé Canal+, en 1984, il croyait s’adresser à un public de cadres et de branchés. Foot, cinéma et porno du samedi soir en crypté, divertissement et promo en clair, c’était la recette de la chaîne. La première campagne de ré-abonnement a pourtant montré à Canal que son public touchait davantage « les chauffeurs de taxi et les banlieues ». Depuis, elle cherche à les fidéliser en dénichant des talents au-delà du périphérique : Jamel et Omar en font partie.
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a.nonymous



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MessageSujet: Re: « La Communauté » : plongée dans la ville de Trappes   Jeu 04 Jan 2018, 10:29

Citation :
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Le PSG, dont le groupe est devenu l’actionnaire majoritaire, fait de même. « Il nous faut des joueurs de banlieue capables d’enthousiasmer un public jeune », défend Pierre Lescure, à la fois patron de la chaîne à péage et du club de foot parisien. Dans son esprit, [Nicolas] Anelka est l’homme idéal. Le jeune attaquant est une star dans les cités. (…) A Madrid, où Lescure va le sonder, Anelka vit dans une superbe villa protégée par des vigiles. Une énorme PlayStation et un écran de télé géant trônent dans un des salons, où les baffles blastent du rap à fond. « Un côté Scarface », se dit le patron du PSG. Il sait déjà par Jamel que « Nico » veut rentrer en France.

Personne n’a repéré la Scénic rouge qui depuis quelques jours stationne sur un parking, et la Renault a attendu minuit pour démarrer discrètement. A la sortie du square, la conductrice s’arrête un instant pour embarquer deux ombres noires qui se glissent à l’arrière. Puis elle attrape la Nationale 10 et file à toute allure, laissant la mairie sur sa gauche, la librairie d’Ibrahim à droite.

Prudemment, la jeune conductrice n’a pas noté la destination finale du voyage sur son Tom-Tom, cet ancêtre du GPS, mais chacun des quatre passagers a appris la leçon par cœur : s’ils quittent Trappes en pleine nuit, ce samedi gelé de janvier 2015, c’est pour se rendre à un mariage à Istanbul.

Sihem a pris le volant, quoiqu’elle allaite son nourrisson d’un mois et demi. A dix-neuf ans, elle est la seule à avoir passé le permis. Le bébé dort à l’arrière de la voiture, sur les genoux de l’un des deux jeunes passagers. Assis à sa droite, Bilal, son mari, est, à 22 ans, le plus âgé de la petite bande. Son mètre soixante et sa petite corpulence lui donnent un air de gamin tout juste sorti de l’école, mais le ton de sa voix suffit pour comprendre qu’il est le chef de l’expédition. Elle l’aime et le suivrait jusqu’au bout du monde, c’est d’ailleurs un peu la destination de ces quatre jeunes gens issus de la troisième génération d’immigrés (…).

Sihem rêvait d’un vrai musulman qui connaisse les piliers de l’islam ; Bilal, d’une femme qui partage ses prières et ses rêves de famille pour vivre loin des kouffars. Le « bouche-à-oreille » et l’entregent de quelques âmes pieuses de Trappes et de Plaisir ont permis leur rencontre. Textos, coups de téléphone, longues heures passées sur Skype… « Sissi-du-78 » est tombée folle amoureuse de « Bilal, 78 ». (…)
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a.nonymous



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MessageSujet: Re: « La Communauté » : plongée dans la ville de Trappes   Jeu 04 Jan 2018, 10:30

Citation :
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Combien sont-ils à avoir pris la route ? C’est un sujet tabou pour [le maire socialiste de Trappes] Guy Malandain, obsédé par la réputation de sa commune. Le recensement est difficile à établir, et chacun tente de tordre les chiffres. Il parle d’« une trentaine » de départs, l’ancien juge antiterroriste et député de droite Alain Marsaud en évoque « une cinquantaine » (…). Seule la préfecture tient les chiffres à jour. Entre 2013 et octobre 2016, date du dernier départ, ils sont 97 du département des Yvelines à avoir pris la route de la Syrie, dont 67 de Trappes.

« La Communauté », de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin (Albin Michel, 334 pages, 20 euros).
http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2018/01/03/la-communaute-plongee-dans-la-ville-de-trappes-de-djamel-debbouze-au-fondamentalisme-musulman_5237251_3232.html
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Salamandre

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MessageSujet: Re: « La Communauté » : plongée dans la ville de Trappes   Jeu 04 Jan 2018, 20:39

Citation :
Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, journalistes au « Monde », publient, jeudi 4 janvier chez Albin Michel, leur enquête sur Trappes, la ville d’Omar Sy, de Benoît Hamon et de Nicolas Anelka.
Portrait d’une banlieue rugueuse des Yvelines.

Titre choisi : "du communisme au communautarisme". Titre, soyons précis, du grand entretien avec les autrices (publié ce jeudi) dans L'Obs, hebdo actualtés (ou PHN, pour ne pas dire news magazine) du groupe "le Monde".
Allons-nous avoir la thèse, l'antithèse puis la synthèse ? Je n'ai pas encore lu.
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a.nonymous



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MessageSujet: Re: « La Communauté » : plongée dans la ville de Trappes   Mar 18 Sep 2018, 04:59

Question naïve: pourquoi est-ce à Trappes que des élus ont ressenti le besoin de se lancer dans cette démarche ?

L'article du Monde ne le précise pas...


Citation :
A Trappes, une cour de récréation réaménagée pour favoriser la mixité filles-garçons

LE MONDE | 16.09.2018 à 14h24 • Mis à jour le 17.09.2018 à 06h22 | Par Cécile Bouanchaud

Le 3 septembre, l’école maternelle Michel-de-Montaigne à Trappes (Yvelines) a ouvert avec une nouvelle cour de

Dans la cour de récréation de l’école maternelle Michel-de-Montaigne, à Trappes (Yvelines), un enfant de 4 ans se rue vers sa maîtresse pour lui offrir « un gâteau ». « Délicieux », réagit l’institutrice tandis que le garçonnet lui tend une pierre surmontée d’un tas de feuilles. « Vous voyez, les garçons me préparent des gâteaux, et les filles se poursuivent dans la cour », commente l’enseignante, Gaëlle Bourré, qui remarque que « chez les plus jeunes, les rapports ne sont pas si genrés ».

Pour étayer ce constat, la ville de 30 000 habitants, sise à l’ouest de Paris, mène depuis plusieurs années une réflexion sur l’égalité entre les sexes dès le plus jeune âge. « Nous estimons qu’il faut prendre le pli de la mixité dès l’enfance », fait savoir Thomas Urdy, adjoint au maire de Trappes, chargé de l’urbanisme et de l’environnement. Dans cette commune où la moyenne d’âge est de 27 ans, « l’école en constitue le cœur battant », insiste l’élu socialiste.

En trois ans, une douzaine d’établissements scolaires de la ville ont été partiellement réaménagés afin de favoriser la mixité filles-garcons. Mais l’école Michel-de-Montaigne est la première à avoir été entièrement repensée. « Sans modèle type, juste avec une volonté de sortir des stéréotypes », explique M. Urdy. La cour flambant neuve, qui a bénéficié d’un budget de 430 000 euros de la mairie, a été inaugurée à la rentrée.

Lorsque sonne l’heure de la récréation, garçons et filles se ruent sur l’aire de jeu, composée d’un toboggan fuchsia, de jeux sur ressort et d’un tourniquet. Le tout installé sur un terrain synthétique mauve fluo, parsemé d’étoiles et de planètes jaunes. « Nous avons travaillé autour du thème de la science, qui n’est pas cloisonné à un âge particulier, et qui s’adresse aux garçons comme aux filles », explique M. Urdy, précisant avoir voulu « sortir des stéréotypes », comme le terrain de foot, le « bleu chevalier » et le « rose princesse ».

Le terrain en bitume qui occupait auparavant le centre de la cour de récréation – et que les garçons s’étaient approprié pour jouer au foot – a laissé place à une pelouse synthétique, sur laquelle une route circulaire a été ajoutée, afin d’inciter les enfants à se déplacer davantage, notamment en créant des jeux autour de ces chemins. D’une même voix, les enseignants, qui ont été consultés sur le choix de l’espace de jeux, constatent que les élèves sont « plus détendus » et qu’ils « interagissent davantage entre eux ».

« La relation filles-garçons ne tend pas de façon intrinsèque à une forme de ségrégation. Au contraire, quand on observe de très jeunes enfants en train de jouer, on constate qu’ils se mélangent naturellement », abonde Edith Maruéjouls, docteure en géographie, spécialiste de l’égalité dans la cour d’école, selon qui « c’est l’aménagement de l’espace qui sépare les deux sexes ». Et ce, dès le plus jeune âge, insiste l’experte, qui a pu le constater lors de ses nombreuses séances d’observations dans les écoles, où elle intervient pour accompagner les collectivités qui tentent de promouvoir l’égalité.

Ce travail sur la mixité, matérialisé dans la cour de récré, s’accompagne durant les cours de modules plus théoriques sur la question. Enseignante auprès des petites sections, la directrice de l’école, Béatrice Riom, a instauré dans sa classe des « débats philo », durant lesquels elle interroge et déconstruit les représentations des enfants sur le rôle des femmes et des hommes. « Je pars d’un univers qui leur parle, comme une image de Petit Ours brun, où l’on voit le papa qui fait la cuisine et la maman qui lit le journal, et je leur demande de commenter », rapporte l’institutrice, qui estime que « c’est en créant les bases du dialogue que l’on démonte les clichés ».

Le 8 mars, à l’occasion de la Journée des droits des femmes, le premier ministre, Edouard Philippe, avait appelé l’ensemble de la société à s’impliquer dans la promotion de l’égalité femmes-hommes, et annoncé une série de mesures en ce sens. Parmi elles, la nomination de « référents égalité » dans chaque établissement scolaire : « Tout commence à l’école, car c’est au début du processus de socialisation que nous devons lutter contre les préjugés sexistes », avait-il déclaré.

Malgré cette démarche gouvernementale, la directrice de l’école Michel-de-Montaigne estime que « les professeurs restent insuffisamment formés sur la question » et que « l’éducation nationale devrait donner une vraie impulsion et des budgets ». Pour l’heure, les projets de mixité émanent principalement de décisions locales, comme à Trappes ou encore à Floirac, en Gironde, où plusieurs chantiers de réaménagement ont été initiés par la municipalité, accompagnés de mesures pédagogiques sur la mixité.

A la mairie de Trappes, la méconnaissance des enjeux liés à la mixité a été vite perçue. L’adjoint chargé de l’urbanisme et de l’environnement déplore ainsi qu’« à tous les niveaux » – des services techniques aux architectes, en passant par les professeurs –, « l’égalité femmes-hommes n’est jamais une priorité ». « Cette cour servira de test, nous demanderons aux enseignants de faire un bilan, et pour les prochains projets, nous les solliciterons tout au long du processus », explique-t-il.

Mais la ville de banlieue parisienne n’entend pas s’arrêter là. L’adjoint au maire espère que « d’ici deux à trois ans », l’ensemble des cours des trentre-six écoles élémentaires de la commune « seront réaménagées, partiellement ou totalement, en fonction des besoins ». Une volonté qui s’inscrit dans un projet politique plus large, visant à ce que les femmes se réapproprient l’espace public – une dizaine de marches exploratoires féminines ont été organisées dans la ville.

Car changer l’environnement des enfants n’est pas sans conséquence pour les familles. « En tant que femme et maman, je ressens la discrimination. Que ce soit au travail ou à la maison, j’en fais plus que mon mari, commente Rabia, 28 ans, mère d’un garçon de 21 mois qu’elle espère scolariser dans cette école. Je trouve ça super que, dès la maternelle, on transmette à nos enfants qu’il n’y a pas de différences entre les garçons et les filles. »

Dans quelques années, Rabia devra aussi trouver un collège pour son fils. Conscient que les efforts sur la mixité « doivent se poursuivre particulièrement à cette période » très normative qu’est l’adolescence, Thomas Urdy rappelle que les budgets pour le secondaire n’émanent pas de la mairie, mais du département. Et de prévenir : « Il faudrait que ça suive. »
https://abonnes.lemonde.fr/education/article/2018/09/16/a-trappes-une-cour-de-recreation-reamenagee-pour-favoriser-la-mixite-filles-garcons_5355858_1473685.html
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a.nonymous



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MessageSujet: Re: « La Communauté » : plongée dans la ville de Trappes   Dim 30 Sep 2018, 11:01

Trappes... Sarcelles...

Citation :
Sarcelles, le laboratoire du "vivre-séparé"
Par Noémie Halioua, publié le 25/09/2018

Lorsque, entre 1955 et 1975, on érige 12 000 logements flambant neufs sur les champs légumiers du Val-d'Oise pour accueillir la démographie galopante d'après guerre, on croit dur comme fer à la modernité et au progrès. Sarcelles, ville nouvelle, se donne des airs d'utopie. Les parcs locatifs sont équipés en eau courante et en chauffage central (quintessence du confort pour l'époque) et les appartements sont spacieux. Ils attirent des classes moyennes de la petite couronne puis les déracinés du monde entier. Des Egyptiens, expatriés par la crise du canal de Suez, des rapatriés d'Algérie, des Antillais, des Sri-Lankais tamouls, des Turcs chaldéens, etc. Plus de 80 nationalités peuplent la ville et construisent son identité, bien que toutes n'aient pas le même poids démographique.

La communauté séfarade, première à se structurer, compte, avec ses 12 000 membres, parmi les plus grandes d'Europe. Majoritairement originaires de Tunisie et du Maroc, ils construisent une première synagogue en 1964, rue Paul-Valéry, qui devient l'épicentre du quartier juif que l'on surnommera la "petite Jérusalem". Dans les années 1980, la diaspora assyro-chaldéenne élit également Sarcelles comme capitale refuge. Originaire de Turquie, elle fuit les massacres antichrétiens et s'implante dans le vieux Sarcelles. Les 8 000 Assyro-Chaldéens arrivés par vagues y achètent des petites maisons individuelles et créent la plus grande église chaldéenne d'Europe, Saint-Thomas-Apôtre.  

Depuis ses débuts, Sarcelles est une terre de métissage culturel, un laboratoire du "vivre-ensemble". Ses premiers habitants gardent des souvenirs heureux. "Dans les salles de classe, on venait des quatre coins du monde, mais on arrivait à se parler !" se souvient Isabelle Bentz, sarcelloise depuis l'âge de 8 ans. "Chacun faisait ce qu'il voulait chez lui et, le dimanche, nous nous retrouvions au parc Kennedy, où il y avait une pataugeoire. Les mamans donnaient des goûters à tous les enfants, peu importaient leurs origines", ajoute celle qui est arrivée avec sa famille en 1969. Paul Bertrand se souvient aussi de cette époque où le vivre-ensemble n'était pas un impératif catégorique, mais une réalité au jour le jour. "Lorsqu'on jouait aux boules place André-Gide, il n'y avait pas un carré pour les Noirs, un carré pour les juifs et un carré pour les Arabes ! On jouait ensemble !" se remémore-t-il, un brin nostalgique. Sa famille, déracinée après l'indépendance de l'Algérie, a passé quelques années en province, avant qu'un ami de son père lui conseille de rejoindre le "paradis des pieds-noirs". "Le brassage des origines est tel qu'il n'y a pas de racisme à Sarcelles. [...] Ce sont des gens qui sont venus de partout et qui ont constitué une identité à partir d'un destin commun", résumait l'écrivain Marie-Hélène Pinel, dans l'émission de Bernard Pivot Ouvrez les guillemets, le 25 novembre 1974.  

Mais, à la fin des années 1970, la tectonique change. Plusieurs lois - le regroupement familial, décidé par Chirac en 1976, ou encore la loi sur les APL portée par Raymond Barre - donnent l'impulsion d'un changement démographique non pris en compte par les pouvoirs publics. Une homogénéisation sociale de la ville voit le jour, sans que personne ne se soucie du brassage social, culturel, ou des moyens supplémentaires à fournir. Le prix de l'immobilier commence à chuter. De fil en aiguille, Sarcelles se paupérise, et cet appauvrissement entraîne un chassé-croisé entre les classes moyennes et les nouvelles vagues d'immigration : en trente ans, la population immigrée double dans le Val-d'Oise - c'est la plus forte progression de tous les départements.  

"A partir des années 1980, tout change, explique Maya Nahum, journaliste arrivée de Tunis à Sarcelles avec sa famille en 1962. Les équipements urbains se détériorent, le bâti se dégrade faute d'entretien. On assiste à l'arrivée massive de familles nombreuses d'Afrique de l'Ouest. C'est à ces familles, sans autres ressources que les aides de l'Etat, que l'on reloue ces appartements sans les refaire à neuf." "Quand je suis arrivé, il y avait dans mon immeuble la directrice de l'école Pasteur, la conseillère pédagogique en musique de la circonscription, une collègue institutrice de l'école élémentaire Saint-Exupéry..., explique Luc Bentz, professeur des écoles et syndicaliste. Au fur et à mesure, elles sont parties et ont été remplacées par des immigrés sans le sou fraîchement arrivés du Pakistan, de Haïti, etc." Loin de créer une identité commune, cette multiplicité des cultures entraîne une affirmation des cultures d'origine.

Aujourd'hui, le paradis diversitaire fait figure de chimère et la paix sociale semble fragile. Dan B*, médecin né à Sarcelles en 1968, a vu sa ville changer de visage et plonger dans l'ultraviolence. Lui-même a été agressé physiquement trois fois, car on s'imagine que son cartable de médecin renferme des "trésors". Comme l'écrasante majorité de ses confrères - tel le Dr Chiche, également agressé à son cabinet l'année dernière -, il a renoncé à faire des visites à domicile. Au quotidien, les habitants - de toutes les origines ou communautés - ont appris à prendre des précautions. Plutôt que de prendre son sac pour sortir, Jacqueline met sa carte bleue dans son soutien-gorge. Jonathan n'achète plus de vélo neuf à ses enfants : il sait qu'il sera de toute façon volé et opte donc pour de l'occasion.  

Avec la peur, des frontières invisibles s'érigent entre les individus aux expressions identitaires marquées. La ville de 60 000 habitants est sectorisée en ghettos ethniques. "On m'a proposé un appartement plus grand dans un autre quartier, près de la gare RER, mais je ne veux pas que mes enfants se fassent agresser sur la route de l'école. Ici, je suis dans une bulle, j'ai un confort qui n'a pas de prix. Je ne quitterai ce quartier pour rien au monde", confie Esther E., mère de trois enfants, qui vit rue Paul-Valéry, au coeur de la petite Jérusalem.  

Khader, lui, exclut de pénétrer dans ce quartier. "On préfère faire deux fois le tour de la ville plutôt que de passer par le quartier juif, car, en tant qu'Arabe, on y est dévisagé comme des criminels ! Vous trouvez ça normal, vous ?", explique le jeune homme de 21 ans de confession musulmane. Les populations sont prêtes à tout pour ne pas partager les mêmes cages d'escalier. "Les habitants préfèrent renoncer à des logements plutôt que de se mélanger", confirme Pierre Loupia*, président d'une commission de quartier de l'union HLM. "Lorsque je propose des appartements, j'essuie des refus de personnes qui ont peur d'aller dans des quartiers à la mauvaise réputation : il y a une partition de fait, car ils ne souhaitent pas vivre les uns à côté des autres. Mais ce communautarisme n'est pas uniquement lié à la peur : il est aussi volontaire et fonctionnel. Les gens souhaitent avoir des voisins avec lesquels ils ont des affinités", explique-t-il.

Ce refus de mixité s'illustre aussi à l'école. "A la fin de l'élémentaire, les parents inscrivent leurs enfants dans le privé. Je ne peux pas leur en vouloir de dire : je veux protéger mes enfants, je ne veux pas qu'ils soient confrontés à des problèmes de violence, de racisme, de ghettoïsation ethnique...", confie François Pupponi au Parisien. "Puppo" a été le maire de Sarcelles pendant vingt ans, de 1997 à 2017, et a dû céder son fauteuil pour se consacrer à la députation, loi sur le non-cumul des mandats oblige. Concrètement, il continue à être "le patron" de la ville et la nouvelle maire, Annie Péronnet, reste sous sa coupe. Pour lui, le communautarisme ne crée pas de tensions et le danger vient davantage du "développement des cas de radicalisation".  

Car, à Sarcelles comme dans d'autres banlieues populaires, l'islamisme tente de s'implanter. En 2016, la mosquée Dar At-Tawhid, dans la rue d'Estienne-d'Orves, est fermée par arrêté municipal. Le non-respect des règles d'urbanisme est invoqué, mais la mosquée était surtout suspectée d'être l'un des points de radicalisation de la ville. Des écoles coraniques non répertoriées se développent dans la zone industrielle. "On voit apparaître des nouvelles habitudes vestimentaires, des kamis pour les hommes, des voiles qui cachent les yeux pour les femmes, on n'avait jamais vu ça avant !" remarque Marc Cariou*, petit commerçant à la moustache charnue. Si la liberté de se vêtir reste une liberté individuelle, elle témoigne dans l'espace public d'une évolution des moeurs et d'une dé-sécularisation. Le halal tend aussi à imposer son hégémonie. "Je suis obligé de traverser la ville pour acheter un travers de porc dans la seule boucherie qui en vend, parce que le boucher traditionnel du marché a été obligé de s'exiler tellement il s'est fait agresser (*)" ronchonne ce quinquagénaire d'origine roumaine. Ce chrétien a exigé de son fils qu'il retire sa croix autour de son cou à l'école. "Les barbus viennent faire la leçon aux gosses devant les écoles. Ils essaient de recruter les soldats de demain", ajoute-t-il.  

Sarcelles se retrouve aussi au coeur d'enjeux géopolitiques qui la dépassent. Le 20 juillet 2014, le conflit israélo-palestinien s'invite dans la petite Jérusalem. Ce jour-là, une manifestation contre l'opération "Plomb durci" menée par l'armée israélienne à Gaza vire à l'émeute. Des "hordes de sauvages", selon l'expression de Pupponi, descendent vers la petite Jérusalem, avec barres de fer, matraques et pieds de chaise. Ils détruisent commerces, Abribus, poubelles sur leur passage. "Ça pétaradait de partout. J'ai vite fermé les persiennes pour ne pas que mes enfants aient encore plus peur que moi. J'ai prié très fort. On s'est mis au milieu de l'appartement. Les hommes s'étaient positionnés devant la synagogue pour faire barrage", se souvient Johanna Abergel, trentenaire et mère de trois enfants. A coups de balles à blanc et de gaz, un cordon de CRS disperse les manifestants. Le quartier juif a toujours la gueule de bois lorsque, un an plus tard, Yohan Cohen, un enfant de Sarcelles, tombe sous les balles d'Amedy Coulibaly lors de la prise d'otages à l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes.

Cette année-là, la petite Jérusalem commence à se vider de ses juifs. "A partir des années 2014-2015, on a vu les effectifs diminuer dans les écoles, explique Sarah*, 35 ans, professeur d'hébreu à l'école Ozar Hatorah (filles). Certaines élèves sont mêmes parties entre la première et la terminale, ce qui est très rare ! En réunion de pré rentrée, le directeur de l'école était furieux, car plusieurs d'entre elles étaient de très bonnes élèves !", confie-t-elle. Ce phénomène a été analysé par le géographe Christophe Guilluy dans son ouvrage Le Crépuscule de la France d'en haut. Aujourd'hui, la petite Jérusalem s'est considérablement ramassée et semble être devenue une enclave, où ses habitants sont pris en otage. "Nous devons réapprendre à nous connaître, à partager, cela va mettre beaucoup de temps. Clientélisme, communautarisme sont les lignes rouges des valeurs de notre République. Construisons une France riche de nos identités respectives", plaide René Taïeb, président de l'Union des collectivités juives du Val-d'Oise.

Cette communautarisation s'explique par le contexte social français, mais résulte aussi de choix de la municipalité, qui reconnaît les identités particulières. "La laïcité sarcelloise", comme elle est surnommée, permet de troquer le slogan "A Rome, fais comme les Romains" pour "A Rome, fais comme chez toi". Elle reconnaît les particularismes cultuels et religieux et fournit un accompagnement financier ou pratique aux communautés organisées. "Pour la fête de l'Aïd, la municipalité met à disposition à titre gracieux le champ de foire pour égorger les moutons", s'indigne un ancien élu. De même, la "liste bleue", une liste communautaire dont l'ambition est de "défendre, sur le terrain, la communauté juive de Sarcelles", voit deux de ses membres obtenir des délégations clefs au conseil municipal. "Des postes à la mairie à la vente de terrains à prix bradés, jusqu'aux travaux dans les lieux de culte sous couvert de ravalement de façade... Tout est bon en échange d'une réserve de voix", se plaint un conseiller municipal sous couvert d'anonymat.  

Loin de favoriser la paix sociale, cette stratégie entraîne une compétition communautaire qui n'en finit pas. "Nous savons très bien que lorsqu'une subvention est votée pour une communauté, il faudra, lors du conseil municipal suivant, que soit votée une autre subvention, pour une autre communauté...", confie David Grandon, élu d'opposition au conseil municipal. Ces subventions atteignent des dizaines de milliers d'euros avant et après les élections. Dans son viseur, l'ancien maire de la ville, François Pupponi, qui "a fait du communautarisme sa base électorale". "La mairie passe son temps à inaugurer des plaques, des monuments, des événements qui ont eu lieu aux quatre coins du monde mais qui n'ont plus rien à voir avec l'histoire de la France !", renchérit Chantal Grolier, également conseillère municipale. "Le problème, c'est qu'on ne commémore plus les événements français : cette année, par exemple, il n'y a rien eu pour le 14 Juillet, remarque-t-elle, amère. Une mairie doit voir l'intérêt général de sa commune et l'intégralité de ses administrés avant de subventionner des associations qui ne profitent qu'à quelques-uns !" ajoute-t-elle.

"Les bien-pensants, les bobos dans leurs bureaux, c'est facile. Nous, les communautés, on les vit tous les jours, se défend Pupponi sur Slate.fr. La France a communautarisé. En gros, vous nous avez foutu le bordel, nous, on rattrape la catastrophe. Comment on fait pour s'en sortir ? Dites-moi ! Moi, ma solution : on rencontre ces communautés, on ne nie pas leur passé, on leur permet de transmettre leur langue, etc. Un Malien qu'on lâche ici, c'est normal qu'il vive comme chez lui !" expliquait-il. Le député, qui a refusé de répondre aux questions de L'Express, avait déjà annoncé la couleur de sa politique dans son livre La France d'en dessous. Banlieues : chronique d'un aveuglement, paru en 2006. "Créons une communauté nationale à partir des communautés d'origine", plaidait-il. Mais qu'advient-il si une frange radicale de la communauté d'origine promeut des valeurs contraires à celles de la communauté nationale ? "Pendant longtemps, ces élus pensaient discuter avec des membres de communautés, mais n'ont pas vu qu'ils avaient affaire à des militants politiques avec un projet de vie qui pouvait exclure leurs principes à eux", explique un ancien élu. Aux dernières législatives, François Pupponi affrontait Samy Debah, le fondateur du CCIF (Collectif contre l'islamophobie en France) pour la 8e circonscription du Val-d'Oise. Et si ce n'était que le début du revers de la politique communautariste ? Les prochaines municipales, prévues pour 2020, seront capitales à Sarcelles.

(*) Fait confirmé par un article du Parisien du 2 avril 2010  
https://www.lexpress.fr/actualite/societe/sarcelles-le-laboratoire-du-vivre-separe_2036216.html
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tonton christobal

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MessageSujet: Re: « La Communauté » : plongée dans la ville de Trappes   Dim 30 Sep 2018, 13:47

La solution : Des renforts de police qui feront ce qu'ils pourront, les canailles seront dehors et les politicards continueront leurs magouilles électorales.

Encore une fois pessimiste ? Ou realiste fatigué de voir les mêmes errements politico démago se reproduire sans remise en cause possible.

Sinon : facho, populiste... et en avant !
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