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 Entreprises stratégiques: «Le premier ministre ne donne pas de vision cohérente» •

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tonton christobal

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Messages : 15673
Date d'inscription : 06/07/2010

MessageSujet: Entreprises stratégiques: «Le premier ministre ne donne pas de vision cohérente» •   Dim 18 Fév 2018, 02:16

INTERVIEW - Le gouvernement a présenté, ce vendredi, son plan pour améliorer la protection des secteurs stratégiques de l'économie française face aux investisseurs étrangers. Si l'intention est louable, la France n'en devra pas moins se défaire d'un certain nombre de carcans, estime Christian Harbulot, directeur de l'École de guerre économique.
Edouard Philippe veut défendre «les entreprises qui comptent pour la France». Le premier ministre, en déplacement ce vendredi dans l'usine L'Oréal de Lassigny, a présenté le plan du gouvernement pour protéger les secteurs clés de l'économie française. Il a notamment annoncé un élargissement du décret Montebourg soumettant à l'autorisation préalable de Bercy l'acquisition d'une entreprise française par des investisseurs étrangers dans les secteurs jugés stratégiques. L'intelligence artificielle, la protection des données, les nanotechnologies, le spatial et les infrastructures financières viendraient ainsi s'ajouter à la défense, la sécurité nationale, l'ordre public, l'énergie, l'eau, les transports, la santé publique et les communications électroniques. Le gouvernement veut en outre muscler les sanctions contre les investisseurs ne respectant pas les engagements pris en échange du feu vert de Bercy: préservation de l'emploi, maintien du siège social et des capacités industrielles en France…

Des intentions louables, selon Christian Harbulot, directeur de l'École de guerre économique, qui ne compensent cependant pas un déficit de vision géopolitique au sein de la classe politique française.

Le Figaro.fr. - Augmentation du nombre d'entreprises protégées, nouvelles sanctions pour les contrevenants… Quel regard portez-vous sur les annonces du premier ministre?
Christian Harbulot. - C'est un premier pas. Attendons de voir si ces annonces seront suivies des faits et si Bruxelles n'interviendra pas sur ce dossier. Car à l'époque où Alain Juillet était Haut responsable chargé de l'intelligence économique au Secrétariat Général de la Défense Nationale (SGDN) (nommée par le président de la République le 31 décembre 2003, ndlr), il avait essayé de faire passer un décret sur les secteurs stratégiques, qui avait été très fortement critiqué par Bruxelles parce qu'il sortait du cadre défini et accepté par les pays membres de l'Union européenne. Depuis, on en est resté plus ou moins là. Et même lorsque le Code pénal a été modifié dans les années 1990 pour durcir les sanctions contre les auteurs d'atteintes à notre patrimoine économique, cela n'a pas été appliqué par la suite… Ceci pour dire que si la France veut mieux protéger son périmètre industriel, il faudra qu'elle le montre par des actes très précis.

Édouard Philippe veut étendre la possibilité, prévue par une ordonnance de 2014 modifiée en 2015 par la loi Macron, de recourir aux «golden shares», ces actions spécifiques qui donnent à l'État le droit de mettre son veto à un franchissement de seuils de participation en capital et en droit de vote, à s'opposer à la cession d'actifs ou à nommer un représentant au conseil d'administration. À l'avenir, les «golden shares» pourraient aussi permettre à l'État de s'opposer aux transferts de «propriété intellectuelle», d'après Les Échos. Est-ce réalisable, compte tenu du cadre européen?
L'Europe n'étant pas une entité politique, nous sommes malheureusement très fragiles et exposés. Le dernier mot doit revenir aux États membres, quitte à ce qu'ils prennent des dispositions qui ne soient pas conformes à ce que la Commission européenne souhaiterait voir appliquer. L'Allemagne, dans un certain nombre de dossiers, ne respecte pas les directives européennes et assume tout à fait ce choix, ce qui prouve que le projet du gouvernement français est réalisable. La France doit retrouver une liberté de manœuvre, quitte à se retrouver en opposition, partielle ou totale, avec les souhaits de Bruxelles. Avec ce projet du gouvernement, nous sommes à la croisée des chemins. Notez que je n'aurais pas le même discours si l'Europe était une entité politique reconnue, avec un statut fédéral par exemple.

Que font les Allemands pour protéger leurs entreprises stratégiques?
Les Allemands ont des comportements très paradoxaux dans ce domaine. Dans certains cas, ils n'hésitent pas à appliquer une forme de protectionnisme invisible. Ils sont assez malins, par exemple, pour jouer sur la différenciation entre la marge de manœuvre de l'État fédéral et les prérogatives des Länder. Par exemple, ils n'ouvrent pas à tout va leur système de distribution d'électricité. En revanche, l'État n'a rien su faire contre le rachat de l'entreprise de robotique Kuka - pourtant un fleuron - par le chinois Midea en août 2016…

Les États-Unis, quant à eux, ne sont pas connus pour brader leurs entreprises clés…
Les États-Unis refusent des ventes d'entreprises ou d'installations portuaires, par exemple, pour des raisons liées à ce qu'on appelle, là-bas, la «sécurité nationale». On peut appeler cela l'intérêt de puissance, tout simplement: à partir du moment où une activité économique a un lien direct avec la sécurité et son avenir en termes de développement, le pays ne se cache pas derrière l'argument de la libre concurrence pour se laisser cannibaliser à coup de fusions ou d'acquisitions.

«Nous ne devons pas être naïfs», a déclaré Edouard Philippe. Est-ce à dire que la France l'a été jusqu'ici? Comment expliquer que l'État, historiquement, ne se soit pas montré plus protectionniste avec ses entreprises clés?
Je ne crois pas que ce soit de la naïveté. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, la messe était dite. La France a estimé que, faisant partie du monde occidental et se plaçant donc sous protection américaine, la question de la puissance économique n'était pas fondamentale. Même le général de Gaulle, qui, en la matière, avait une vision, a eu toutes les peines du monde à convaincre les grands leaders économiques français de soutenir une politique nationale de développement de l'industrie informatique pour ne pas être cannibalisé par les États-Unis. En vain. Le patronat français, dans son ensemble, s'était accommodé de la réalité de l'après-guerre: il acceptait de perdre ou de ne pas créer un patrimoine industriel concourant à la puissance de la France. Cette attitude prégnante dans le monde économique français est restée la même jusqu'à aujourd'hui. Il a fallu que la désindustrialisation de la France atteigne ce niveau, avec les logiques d'appauvrissement qui en découlent, pour revenir à un peu de raison. Autre facteur: la Chine est devenue la deuxième puissance économique mondiale et les États-Unis ont énormément de mal à contenir cet expansionnisme. La France commence à se rendre compte qu'elle doit traiter le problème à son niveau, sans les États-Unis.

Que devrait faire l'État français pour davantage garantir son indépendance économique?

Le monde politique français doit réapprendre à diriger la France au plan économique. Il doit avoir une approche proactive et non pas seulement réactive. Privilégier l'offensive à la défensive, notamment dans le monde immatériel du numérique. Par ailleurs, il faut en finir avec cette obsession de l'attractivité du capital étranger qu'ont nos politiques et nos patrons. Les économies les plus compétitives au niveau mondial cherchent en premier lieu à conquérir des marchés à partir de leur propre force économique. Lorsqu'elles jouent sur l'attractivité, c'est pour en tirer profit en termes de pillage ou de transfert de technologies plutôt que de simplement faire apparaître des emplois éphémères. Le premier ministre a beau élargir le périmètre des entreprises protégées, il ne donne pas de vision cohérente par rapport à la situation mondiale, aux rapports de forces géoéconomiques, aux marges de manœuvre réelles de la France, à Bruxelles…

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Commencerions nous à prendre conscience du danger et surtout des divagations de Bruxelles ?
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