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 Les classes favorisées ont fait sécession

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a.nonymous



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Date d'inscription : 30/05/2011

Les classes favorisées ont fait sécession Empty
MessageSujet: Les classes favorisées ont fait sécession   Les classes favorisées ont fait sécession EmptyMer 21 Fév 2018, 10:12

Une réflexion qui me semble très pertinente et qui à Fontenay peut être transposée du niveau national au niveau local, Ouest et Est.....

Sur le site de la Fondation Jaurès: https://jean-jaures.org/nos-productions/1985-2017-quand-les-classes-favorisees-ont-fait-secession


Citation :
Comment les classes favorisées ont rompu avec le reste du pays

Dans une note de la Fondation Jean-Jaurès, le politologue Jérôme Fourquet montre comment le modèle républicain s’est insidieusement érodé.

LE MONDE | 21.02.2018 à 06h42 • Mis à jour le 21.02.2018 à 09h54 | Par Françoise Fressoz

Les riches ont-ils cessé de « faire nation » ? Se sont-ils progressivement coupés du reste de la population au point de se vivre en dehors de la communauté nationale, comme exemptés de leurs responsabilités sociales ? Cette thèse, un brin provocatrice, est défendue par le politologue Jérôme Fourquet dans une note de la Fondation Jean-Jaurès à paraître mercredi 21 février, intitulée « 1985-2017 : quand les classes favorisées ont fait sécession », et à laquelle Le Monde a eu accès.

Si la conclusion de l’étude est discutable, faute de preuves suffisamment tangibles, le cheminement qui y conduit agrège des éléments tout à fait indéniables. Depuis le milieu de la décennie 1980, alors même qu’un président socialiste venait de s’installer à l’Elysée, « un processus protéiforme s’est mis en place, creusant un fossé de plus en plus béant entre la partie supérieure de la société et le reste de la population », écrit l’auteur.

S’appuyant sur les travaux de nombreux chercheurs tels Eric Maurin et Christophe Guilluy, Jérôme Fourquet insiste sur ce paradoxe propre à la France : alors que le pays est champion européen de la dépense publique, affiche un niveau de prélèvements obligatoires parmi les plus hauts du monde, limite plus qu’ailleurs les inégalités de revenus, le recul de la mixité sociale ronge le modèle républicain.

En trente ans, les citoyens les plus aisés sont parvenus à se construire un confortable entre-soi, loin du vulgum pecus dont ils ne savent plus rien du mode de vie, du raisonnement ou des aspirations. D’où le creusement du fossé entre ce qu’on a appelé « la France d’en haut » et celle « d’en bas », les « coups de tonnerre » qui ont éclaté le 21 avril 2002 lorsque Lionel Jospin s’est retrouvé devancé par Jean-Marie Le Pen à l’issue du premier tour de la présidentielle ou lorsque le non a triomphé lors du référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005, alors même que 62 % des cadres et des professions intellectuelles avaient voté oui.

Dans cette érosion du modèle républicain, nulle main invisible, aucune intention revendiquée mais la conjonction de cinq évolutions qui, mises bout à bout, ont eu un puissant effet corrosif : le quartier et l’école, qui étaient naguère des lieux de brassage social, se sont comme vitrifiés ; le service militaire qui, en dépit de ses défauts, était l’occasion de rassembler 67 % des garçons d’une même classe d’âge, a disparu ; les colonies de vacances qui accueillaient 4 millions d’enfants dans les années 1960 se sont étiolées ; les partis de gouvernement ont perdu leur capacité à représenter l’ensemble de la population. Désormais, chacun vit sur son territoire, dans sa réserve, en ignorant tout de l’autre.

L’évolution sociologique de Paris et des métropoles régionales est l’illustration la plus flagrante de cette séparation qui est d’abord territorial : alors que les cadres et professions intellectuelles représentaient 24,7 % de la population parisienne en 1982, cette proportion atteint 46,4 % en 2013, soit un quasi doublement en l’espace de trois décennies. Dans le même temps, la part des employés et des ouvriers vivant dans la capitale est tombée de 18,2 % à 6,9 %.

En cause, l’explosion des prix de l’immobilier, la tertiarisation du tissu économique des grandes villes et la gentrification des anciens quartiers ouvriers qui ont permis aux CSP+ de se construire un vaste espace territorial dans lequel ils « vivent de plus en plus en autarcie, développent un système de valeurs de plus en plus homogène » et « ont de plus en plus de mal à appréhender la réalité concrète du pays ».

La démocratisation et l’intensification de la compétition scolaire, durant la même période, a contribué à fossiliser cette séparation : pour s’extraire de l’enseignement public réputé en baisse, les enfants de familles favorisées ont investi de plus en plus massivement l’enseignement privé (leur proportion y est désormais deux fois plus importante que dans le public) et monopolisé les grandes écoles. « Le public des établissements où se forme l’élite de la nation est ainsi devenu sociologiquement complètement homogène, ce qui n’était pas le cas dans les années 1960 et 1970 », souligne la note.

Dans ce contexte, les partis de gouvernement ont éprouvé une difficulté croissante à représenter l’ensemble de la population. Si l’on s’en tient au seul Parti socialiste, la proportion des cadres supérieurs parmi les adhérents a doublé entre 1985 et 2011 passant de 19 % à 38 %, alors que celle des ouvriers est tombée de 10 % à 3 %. « Fatalement, les sujets de préoccupation et les priorités retenues par l’appareil militant s’en trouvent progressivement modifiés », constate l’auteur. En clair, les sujets sociétaux ont pris le pas sur les thématiques sociales, contribuant à creuser un peu plus l’écart entre les catégories favorisées et les autres.

Jérôme Fourquet rapproche ce séparatisme social d’autres données telles que l’explosion des expatriations ou l’intensification de l’exil fiscal pour montrer l’érosion de la solidarité nationale : le nombre de Français dits de l’étranger, recensés sur les listes électorales, est ainsi passé de 385 000 en 2002 à 1 264 000 en 2017, soit une progression de 228 % en quinze ans. Parmi eux, les plus diplômés sont surreprésentés.

Quant aux départs d’assujettis à l’impôt de solidarité sur la fortune, ils atteignent désormais 700 à 800 chaque année, contre 400 au début des années 2000. Est-ce suffisant pour conclure à une sécession des riches ? « Pour une partie de l’élite sociale, le cadre national est aujourd’hui obsolète et le lien au pays n’est plus fondamental », avance l’auteur sans cependant fournir d’études d’opinion ni de chiffres précis susceptibles de documenter l’ampleur d’un phénomène qui touche en réalité tous les pays du fait de la mondialisation.

L’insistance mise par Emmanuel Macron à recréer un service national, ses appels incessants à l’engagement montrent cependant que le risque d’une amplification existe et que le président de la République, après avoir multiplié les signaux favorables aux riches, sera bel et bien jugé sur sa capacité à les faire « refaire nation ».
http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2018/02/21/les-trois-decennies-qui-ont-conduit-a-la-secession-des-elites-francaises_5260054_3232.html
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