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 Loi ELAN - Evolution du logement, de l’aménagement et du numérique

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a.nonymous



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MessageSujet: Loi ELAN - Evolution du logement, de l’aménagement et du numérique   Loi ELAN - Evolution du logement, de l’aménagement et du numérique EmptyVen 08 Juin 2018, 21:14

Citation :
« Sans les architectes, le projet de loi ELAN ne répond qu’à une logique économique »

LE MONDE | 08.06.2018 à 11h22 | Par Michel Guerrin (rédacteur en chef au « Monde »)

Chronique. Etrange profil que celui de l’architecte, qui fait le grand écart comme personne. Entre le BTP et l’art, l’équipement et la culture, le politique et l’esthétique, l’utilitaire et le formel, l’argent et l’esprit. Il dépend de lui et beaucoup des autres. Cette ambiguïté est sa force. Sa faiblesse aussi.

Certains en profitent pour l’enfermer dans une image faussée. Un créateur qui ne construit pas pour le commun des mortels, conçoit des bâtiments audacieux pour les institutions et extravagants pour les gens fortunés. Qui dépasse les budgets et ralentit les travaux. N’en fait qu’à sa tête. Pense plus au musée qu’aux habitants. Bref, un artiste, donc un emmerdeur, dont on peut se passer quand il s’agit de construire une simple maison, un immeuble moyen, un équipement fonctionnel. Alors pour le logement social…

Il faut avoir en tête cette image quand on aborde le projet de loi évolution du logement, de l’aménagement et du numérique (ELAN), examiné jusqu’au 8 juin par les députés. Son contenu touche à des tas de sujets mais avec un objectif commun : alléger les règles afin de relancer la construction. Louable quand on sait qu’il y a 4 millions de mal-logés en France, selon la Fondation Abbé-Pierre. Louable car nous sommes champions des normes, de la paperasse, des contestations – il faut vingt-sept jours pour construire un entrepôt aux Etats-Unis, quatre-vingt-dix-sept en Allemagne, cent quatre-vingt-quatre en France.

Parmi les freins multiples, cette loi cible l’architecte, transformé en bouc émissaire. Pour construire plus vite et moins cher, oublions-le. Etonnant, car c’est un peu son métier. Prenons le logement social. Jusqu’ici, le bailleur social, qui pilote l’opération, doit lancer un concours puis l’architecte lauréat veille sur le projet jusqu’à livraison. Avec le projet de loi ELAN, le concours n’est plus obligatoire, le bailleur social peut choisir son architecte puis le remercier une fois le dessin livré et le permis de construire obtenu, afin de réaliser la construction en dialogue direct avec les entreprises.

Le concours est imparfait mais il est démocratique et évite le copinage. Il stimule le débat et l’innovation. Induit-il un surcoût ? L’architecte ralentit-il le chantier ? Possible. Les bailleurs sociaux veulent construire avec la même liberté que celle du promoteur privé. Sauf qu’ils sont financés avec de l’argent public et qu’un logement social répond à des critères spécifiques. Et puis s’il y a des logements sociaux médiocres, il y en a surtout des réussis, bien plus qu’ailleurs, et l’architecte n’y est pas pour rien.

Voyons plus large. L’architecture vernaculaire de la France n’est guère brillante. La faute des maires, promoteurs et architectes, qui, ensemble, ont allègrement détruit du beau et construit du laid, ont mité le paysage de maisons clonées, ont débridé l’urbanisme, ont conçu des entrées de ville misérables. Et puis on paie toujours les années 1950-1970, qui, pour répondre au manque cruel de logement, ont fait pousser à un rythme fou des villes nouvelles, barres d’immeubles, une architecture sur dalles aussi. Tout cela était fondé sur une utopie du vivre-ensemble à laquelle les politiques et les promoteurs ont cru fort, mais aussi les architectes, qui ont parfois tendance à relativiser leur responsabilité. Et même à rapprocher cette époque du « construire vite, mal et pas cher » avec le projet de loi ELAN.

Fausse route. La bonne question, puisque c’est le but du projet de loi, est de savoir quel est le premier frein à la construction. Pas vraiment l’architecte (il perçoit 10 % du montant des travaux). Pas les coûts de fabrication. Un peu les normes. C’est surtout le coût du foncier dans les villes. Là où le logement manque et le mètre carré est rare. Le foncier représente plus du tiers du coût global d’une opération immobilière. Outre qu’il freine un projet, il le rend médiocre. Car il faut compresser les autres postes – matériaux, délais, surface des logements (en dix ans, un trois-pièces est passé de 73m2 à 58m2). La solution, c’est de mobiliser les 3 millions de logements vides, de stopper la migration vers les centres urbains ou de construire plus haut les immeubles – bonne chance.

Alors bien sûr on peut regretter le corporatisme des architectes, qui s’érigent vite en citadelle assiégée. S’étonner de les voir vent debout contre le projet de loi ELAN, alors que le logement social ne représente qu’un petit tiers de la construction, et être moins vindicatifs sur les médiocrités de la construction privée. Mais il faut les soutenir. Car eux aussi veulent alléger le système, mais sans tomber dans la radicalité du projet de loi ELAN.

Et puis sans eux, et c’est le plus gênant, ce projet de loi ne répond qu’à une logique économique. Rien sur la dimension culturelle, esthétique, sociale, environnementale de la construction. Aucune mention d’un dialogue à inventer pour habiter mieux. C’est là que l’architecte doit jouer un rôle. Sinon, il est juste un supplément d’âme qui donne bonne conscience.

Le projet de loi ELAN crispe d’autant plus la profession que le paysage est déjà inquiétant. La France compte moitié moins d’architectes que la moyenne européenne, parce que faire appel à eux n’est pas un réflexe. La profession se paupérise – plus d’un architecte sur deux gagne moins de 2 000 euros net par mois. Le fossé se creuse entre quelques stars qui signent des bâtiments de prestige, et les autres qui s’effacent toujours plus du secteur privé et cherchent leur place dans une commande publique raréfiée. Aussi nombre d’architectes de renom et les organisations professionnelles ont alerté Emmanuel Macron, en février, pour dénoncer la loi ELAN et ses « logements au rabais ».

Autre signe qui ne sent pas bon. Les architectes des Bâtiments de France peuvent interdire toute construction dans les secteurs protégés du pays, par exemple une antenne-relais pour téléphone mobile. Mais le projet de loi réduit leur pouvoir en avis consultatif. Là encore, c’est l’économie qui prime. Un modèle de société aussi où l’architecte est introuvable.

Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».
https://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2018/06/08/sans-les-architectes-le-projet-de-loi-elan-ne-repond-qu-a-une-logique-economique_5311654_3232.html
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