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 Théâtre : les jours d'après (la construction)

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Salamandre

Salamandre

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MessageSujet: Théâtre : les jours d'après (la construction)   Théâtre : les jours d'après (la construction) EmptyJeu 26 Déc 2019, 16:58

Ça promet …
Citation :
Le théâtre a mal à ses ressources humaines
Alors que les conflits se multiplient entre les directions et les équipes des théâtres, se livre en coulisse un combat à couteaux tirés entre la liberté de création et le droit du travail.
L. Carpentier, le 26.12.2019

« On a été et on est toujours naïfs et romantiques. On pensait qu’une direction du théâtre devait être une direction artistique. » Marie-José Malis, nommée en 2014 à la tête du Théâtre La Commune, à Aubervilliers, déchante. Le combat qui l’oppose depuis plus d’un an à la chef de la billetterie, déléguée syndicale, et une partie de l’équipe nommée par son prédécesseur, Didier Bezace, n’en finit pas de plomber l’ambiance. « Là-dessus, il faut le dire, on n’a pas été très bons. On vient des compagnies. Habitués au bricolage, on s’est pris un effet de réel », convient la metteuse en scène.
De Béthune à Dijon, metteurs en scène remarqués, ils ont débarqué dans les Centres dramatiques nationaux (consacrés à la création théâtrale) en pensant toucher le Graal : un lieu et des moyens pour faire exister leur travail à grande échelle au service du plus grand nombre ! Ils ont découvert des entreprises lourdes à manœuvrer, à l’outil souvent obsolète ou à rénover, et aux subventions en berne. Après Rodrigo Garcia à Montpellier, c’est Philippe Quesne qui a jeté l’éponge, annonçant en juillet son départ de Nanterre pour la fin de l’an prochain.

Résultat, à Aubervilliers comme partout, les avocats en droit du travail, les consultants en ressources humaines et les maisons d’audit (Technologia, La Belle Ouvrage, PK Consultants) sont désormais sur le devant de la scène… Un marché qu’on n’imaginait pas hier. Psychologues, médiateurs, cursus et plates-formes de formation font désormais partie du paysage. « En bout de chaîne, c’est autant d’argent que les artistes n’auront pas », soupire la directrice de théâtre épuisée. La formule est dans l’air du temps : « souffrance au travail » à tous les étages.
Micha Ferrier-Barbut est consultante en management. Présidente de l’association Le Pacifique, le centre de développement chorégraphique national de Grenoble, elle a codirigé en 2017 un petit opus qui a fait débat dans le milieu, La Gestion des ressources humaines dans le secteur culturel (Territorial éditions). « C’est un secteur pour qui le capital humain est longtemps resté un impensé, explique-t-elle. Ces structures se sont construites sur une sorte de militance – laquelle est de moins en moins vraie –, avec des formes d’organisation très hiérarchisées. Pas toujours nommées d’ailleurs, mais des hiérarchies symboliques très élevées. »

Se livre ainsi en coulisse un combat à couteaux tirés entre la liberté de création et le droit du travail. D’un côté, des artistes patrons défendant la révolution permanente sur le plateau, apanage de l’art, dont la mission est de faire bouger les lignes et d’interroger les marges. De l’autre, des salariés, politisés, cultivés – plus que la moyenne des actifs –, aspirant à une forme de réalisation personnelle, où l’attachement à ces structures implique « une gestion particulière, comme le suggère un consultant. Au risque de voir l’émotivité transformer le conflit social en des clivages de personnes ». Et, pour couronner le tout, derrière l’ensemble, les fantômes très actifs des « hiérarchies symboliques » antérieures – qui, aux temps bénis des vaches grasses, ont pu acheter la paix sociale facilement.

« Des logiques opposées »
« C’est plus facile quand tu as un chéquier, quand l’argent des tutelles est là. Aujourd’hui, tu arrives, tu ne connais rien de la situation, il n’y a aucun système de passation, de tuilage, d’évaluation, prévu… Si tu ne fais pas une dépression nerveuse dans les deux premières années, tu as de la chance », confie le directeur inquiet d’un de ces théâtres, découvrant en marchant les bons vieux acronymes qu’on apprenait autrefois dans les manuels de ressources humaines – le GVT : le glissement vieillissement technicité (le salarié qui vieillit, gagne en savoir-faire et coûte de plus en plus cher), les chartes QVT (qualité de vie au travail), la NAO (négociation annuelle sur les salaires)…
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Salamandre

Salamandre

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MessageSujet: Re: Théâtre : les jours d'après (la construction)   Théâtre : les jours d'après (la construction) EmptyJeu 26 Déc 2019, 16:59

Citation :
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Dans les cinq grands théâtres nationaux aux équipes imposantes (Odéon, Chaillot, La Colline, la Comédie-Française et le TNS à Strasbourg), il y a longtemps que le sujet est maîtrisé. « C’est notre travail de concilier des logiques opposées mais tout aussi légitimes : la compagnie qui est de passage avec une envie de tout bousculer. Et l’équipe du théâtre qui va rester là des années », dit Bethânia Gaschet, l’administratrice de l’Odéon (131 équivalents temps plein, 18 millions € de budget). Kim Pham, son homologue à la Comédie-Française, est énarque et rompue au dialogue social. Numéro deux du metteur en scène Stéphane Braunschweig, cette normalienne a passé cinq ans au ministère du travail. La captation vidéo des spectacles ? Négociation. Travail de nuit pour la livraison d’un décor ? Négociation. Un metteur en scène hésitant qui fait faire et défaire ? Négociation.

En 20 ans, la subvention au spectacle vivant a baissé, à mesure que la masse salariale augmentait
La DRH superstar ? Facile pour les poids lourds aux budgets ad hoc. Mais 93 % des 21 500 entreprises du secteur du spectacle vivant comptent moins de onze salariés (« Il est clair qu’on ne va pas mettre un directeur des ressources humaines dans une boîte où il y a cinq personnes », fait remarquer dans un sourire la consultante Micha Ferrier-Barbut. Restent les théâtres de taille moyenne, comme les CDN, qui, à l’heure de la raréfaction des crédits publics, n’ont ni les moyens de se les offrir ni ceux de s’en passer.
« Professionnalisation ! », affirment les uns. « Institutionnalisation, bureaucratisation ! », clament les autres. Au milieu, le ministère reste silencieux. Faute de stratégie ? Faute de courage politique ? En 20 ans, la subvention au spectacle vivant a baissé (dans la plupart des maisons, les sommes n’ont pas été réévaluées depuis 15 ans), à mesure que le nombre de salariés augmentait (+ 140 % depuis 2000, soit environ 250 000 personnes concernées aujourd’hui, qu’ils soient titulaires ou intermittents). Comment faire ? Donner à ces théâtres les moyens de vivre selon le modèle établi ou dire qu’il y en a trop et redistribuer la manne financière ? Questions iconoclastes que d’aucuns se posent tout bas. « De tout ça, on en a conscience, au ministère, glisse un ancien de la Rue de Valois. Les CDN et les scènes nationales, c’est comme un aquarium foisonnant. Dont ils vident l’eau. Et ils regardent ce qui va se passer. Qui va survivre ? Les gros ? Les petits ? »

Vers de nouveaux concepts
« Trop de théâtre ? Je récuse ce genre de propos », s’insurge Jack Lang, l’homme qui fut, avec la manne culturelle des années Mitterrand, à l’origine de ce qui était hier une solution, et aujourd’hui peut-être un problème – il en convient lui-même : « En 1981, quand j’ai décidé de faire sauter le système des Maisons de la culture, qu’en son temps j’avais trouvé ingénieux, j’ai beaucoup pensé à Jeanne Laurent. Cette femme qui n’avait que le titre de sous-directrice est le plus grand ministre de la culture que la France ait connu. Sa hantise était que les théâtres deviennent des institutions bureaucratiques. Pour elle, les CDN, qu’elle a créés, c’était : un chef de troupe et basta ! Des Maisons de la culture, elle disait : “Ces institutions, c’est une catastrophe. Vous verrez qu’elles vont se nourrir d’elles-mêmes et finiront par ne plus rien produire, enfermées qu’elles seront sur elles-mêmes.” A l’époque, il fallait que ces organismes se métamorphosent ou disparaissent. » De là à dresser un parallèle avec la situation actuelle, il n’y a que l’épaisseur d’un sous-entendu…

Ainsi voit-on des Caroline Guiela Nguyen, des Julien Gosselin, des Sylvain Creuzevault, prendre petit à petit la tangente vers des « tiers-lieux », des « fabriques »… A nouvelle époque, nouveaux concepts. « Forcément. Pourquoi s’embêter avec des théâtres où c’est compliqué et où les artistes n’arrivent pas à faire la différence? », s’inquiète Marie-José Malis, qui vient de quitter la présidence du Syndeac, le syndicat qui regroupe les dirigeants du secteur culturel.
« Ce n’est pas la bonne façon de considérer le problème », suggère Benoît Lambert, qui dirige le Théâtre Dijon Bourgogne. Lui aussi a eu droit il y a quelque temps à sa grogne sociale – et à son audit – face à l’augmentation des tournées et de la charge de travail. « Je ne nie pas qu’il existe une confrontation entre une éthique des métiers et une éthique de la création, mais je dirais qu’elle est secondaire. Au fond, ce à quoi on assiste, c’est une démonétisation symbolique de nos maisons. Et pour nous tous, qui travaillons dans les théâtres : un même sentiment d’abandon. Après, c’est la complexité de ces lieux…

https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/12/26/le-theatre-a-mal-a-ses-ressources-humaines_6024097_3246.html
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Salamandre

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MessageSujet: Re: Théâtre : les jours d'après (la construction)   Théâtre : les jours d'après (la construction) EmptyJeu 26 Déc 2019, 18:09

On peut aussi rappeler la triste histoire du théâtre de la Villette à Paris :
http://www.plateaufontenay.net/t868-theatre-de-la-villette-la-mairie-de-paris-a-choisi-de-sacrifier-un-lieu-de-creation

Même pour mettre en scène des pièces qui dénoncent l'argent et l'excès de consommation, il faut des sous ...
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Salamandre

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MessageSujet: Re: Théâtre : les jours d'après (la construction)   Théâtre : les jours d'après (la construction) EmptyMer 11 Mar 2020, 14:42

"On va se démerder sans toi pour faire de ce pays un territoire où l'on peut encore, malgré la crise, (...) faire des films et monter des spectacles grâce à des subventions obtenues en prélevant l'impôt", souligne Philippe Torreton.
https://www.lemonde.fr/societe/article/2012/12/18/violente-charge-de-l-acteur-philippe-torreton-contre-gerard-depardieu-dans-liberation_1807689_3224.html

Eh oui, pour Philippe Torreton, même en temps de crise l'essentiel c'est de subventionner des spectacles par l'impôt. Si le peuple a faim, donnons-lui des jeux ?
Il ne vient pas à l'idée du grand homme que le succès public aussi permet de financer des spectacles. Mais ça, pour lui c'est surement trop "commercial" ...
Pour ce qui est de la distribution des subventions, quel comité suprème est légitime ? Pour ce qui est des César, la contestation est devenue forte contre l'opacité de la procédure.
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