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 Jean Jacques Rousseau à Fontenay-sous-Bois

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Libellule

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MessageSujet: Jean Jacques Rousseau à Fontenay-sous-Bois   Mar 04 Déc 2012, 19:18

Il faut bien que quelqu'un se lance.
Alors va pour une reproduction d'un papier que j'ai co-écrit.
Il s'agit du récit des 48 heures qu'a passées Jean Jacques Rousseau à Fontenay en 1749.

Tout commence en juin 1749, Diderot publie une lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient.

Diderot y explique qu’un aveugle qui se met à voir ne comprend pas immédiatement ce qu’il voit et qu’il mettra un certain temps à faire le rapport entre son expérience des formes et des distances acquises par le toucher, et les images qu’il perçoit avec son œil.

Il en déduit l’idée que la morale dépend de la sensibilité, en montrant qu’un certain nombre d’arguments religieux sont sans portée pour un aveugle.

Et de conclure que la morale n’est donc pas universelle mais liée à la perception de chacun sans qu’il soit besoin de recourir à un Dieu quelconque.

La publication fait scandale dans les milieux dévots influents à la cour.
Diderot est arrêté le 24 juillet et emprisonné dans le donjon de Vincennes.

Sa fiche signalétique indiquant « Jeune homme qui fait le bel esprit et se fait trophée de l’impiété, très dangereux ; parlant des saints mystères avec mépris.

Diderot est rapidement est autorisé à circuler dans l’enceinte du château et à recevoir des visites ;

Et c’est là que commence réellement notre histoire.

Nous sommes en août 1749 : le plus simple ici est de reprendre ce que dit jean jacques Rousseau de cette journée à l’entame du livre VIII de ses confessions :

http://lettresexperts.net/index.php?option=com_content&view=article&id=642:les-confessions-rousseau-fiche-de-lecture&catid=52&Itemid=265

J'ai dû faire une pause à la fin du précédent livre. Avec celui-ci commence, dans sa première origine, la longue chaîne de mes malheurs.

Ayant vécu dans deux des plus brillantes maisons de Paris, je n'avais pas laissé, malgré mon peu d'entregent, d'y faire quelques connaissances.

J'avais fait, entre autres, chez Mme Dupin, celle du jeune prince héréditaire de, Saxe-Gotha, et du baron de Thun, son gouverneur.

J'avais fait chez M. de la Poplinière celle de M. Seguy, ami du baron de Thun, et connu dans le monde littéraire par sa belle édition de Rousseau. Le baron nous invita, M. Seguy et moi, d'aller passer un jour ou deux à Fontenay-sous-Bois, où le prince avait une maison. Nous y fûmes.

En passant devant Vincennes, je sentis à la vue du Donjon un déchirement de cœur dont le baron remarqua l'effet sur mon visage. A souper, le prince parla de la détention de Diderot. Le baron, pour me faire parler, accusa le prisonnier d'imprudence : j'en mis dans la manière impétueuse dont je le défendis.

L'on pardonna cet excès de zèle à celui qu'inspire un ami malheureux, et l'on parla d'autre chose. Il y avait là deux Allemands attachés au prince. L'un, appelé M. Klupffel, homme de beaucoup d'esprit, était son chapelain, et devint ensuite son gouverneur, après avoir supplanté le baron.

L'autre était un jeune homme appelé M. Grimm, qui lui servait de lecteur en attendant qu'il trouvât quelque place, et dont l'équipage très mince annonçait le pressant besoin de la trouver.

Dès ce même soir, Klupffel et moi commençâmes une liaison qui bientôt devint amitié. Celle avec le sieur Grimm n'alla pas tout à fait si vite. Il ne se mettait guère en avant, bien éloigné de ce ton avantageux que la prospérité lui donna dans la suite. Le lendemain à dîner on parla de musique : il en parla bien.

Je fus transporté d'aise en apprenant qu'il accompagnait du clavecin. Après le dîner on fit apporter de la musique. Nous musiquâmes tout le jour au clavecin du prince, et ainsi commença cette amitié qui d'abord me fut si douce, enfin si funeste, et dont j'aurai tant à parler désormais.

C’est Melchior Grimm qui de son côté précise le contenu de la conversation qui s’est tenue dans la demeure de Fontenay-sous-bois ce jour-là dans ses mémoires anecdotiques :

http://books.google.fr/books?id=lnEFAAAAIAAJ&pg=PA16&lpg=PA16&dq=seguy+fontenay+sous+bois&source=bl&ots=Jt4mGRNd3K&sig=P19awnSgZZqKV-hGFVPcTLBP6OM&hl=fr#v=onepage&q=seguy%20fontenay%20sous%20bois&f=false

Devant l’émotion que suscitait chez Jean Jacques Rousseau, l’emprisonnement de Diderot à Vincennes, Grimm lui demanda s’il était au courant du concours qu’allait lancer l’Académie de Dijon et dont le libellé était le suivant :Si les sciences et les arts a contribué au rétablissement des mœurs? A vos plumes... Rousseau, répondant non, Grimm lui proposa d’en parler à Diderot qui y verrait peut-être le plus grand bien.

C’est ainsi que Jean Jacques Rousseau prit le temps le lendemain de passer par les jardins du château de Vincennes pour rencontrer Diderot.
Et qu’en 1750, Jean Jacques Rousseau se mit à écrire ce qui allait devenir le premier prix de ce concours, son fameux "discours sur les sciences et les arts".

http://fr.m.wikipedia.org/wiki/Discours_sur_les_sciences_et_les_arts

Son amitié avec Grimm devient effectivement plus houleuse après la publication de ce discours, entraînant des correspondances enflammées entre les deux hommes jusqu'en mi novembre 1751 où parut in fine la lettre de réfutation des arguments du discours qu'écrivit Jean Jacques Rousseau à Grimm en ultime réponse.

Voilà, ce texte est bien entendu libre de tous droits
En souhaitant prospérité à cette nouvelle page sur le forum.

A mon niveau de connaissances, il me reste un mystère à élucider.
Où était cette maison?
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Libellule

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MessageSujet: Re: Jean Jacques Rousseau à Fontenay-sous-Bois   Mer 05 Déc 2012, 12:27

reçu ce message personnel que je reposte ici

20-22 août 1749, Fontenay-sous-Bois, Rousseau est bien invité par le baron de Thun chez le prince héritier de Saxe-Gotha et y fait connaissance de Grimm. Le prince louait le Château de Fontenay qui se trouvait à l'emplacement du stade municipal, au numéro 23 de la rue Saint-Germain (G. Naudet, Histoire de Fontenay-sous-Bois, Paris, 1980, p. 150).

est-ce celui là?

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GUIZMO

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MessageSujet: Re: Jean Jacques Rousseau à Fontenay-sous-Bois   Mer 05 Déc 2012, 15:56



Ce château abritait bien la maison de santé dont il ne reste que les communs occupés, après démolition du château abandonné, par l'actuel LEP et quelques locaux du stade St Germain.
.
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Libellule

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MessageSujet: Re: Jean Jacques Rousseau à Fontenay-sous-Bois   Mer 05 Déc 2012, 19:04

L'ancien hôpital à Fontenay-sous-Bois est le centre d'un haut lieu de la mémoire fontenaysienne, qui connut diverses vocations avant de devenir le lycée Michelet, surplombant le stade André Laurent.

En effet, autrefois s'élevait à cet endroit le château de Fontenay, dont la construction originelle remontait au Moyen Âge. En 1713, des travaux de réfection font disparaître le donjon qui fragilisait les murs de l'édifice. Il est acheté en 1788 par Frédéric Charles, comte de Bentheim en Westphalie. À sa mort, en 1803, ses héritiers vendent le château au sénateur Joseph Anicet Barthélemy.

À la fin du XIX e siècle, la propriété change de destination : le docteur Paul Auguste Duhamel y transfère en 1898 l'établissement psychiatrique fondé par Brierre de Boismont à Saint-Mandé. On construit dans le parc deux pavillons d'hydrothérapie et d'électrothérapie en 1899. L'hôpital demeure fonctionnel jusqu'en 1937.

Rachetée par la commune en 1943, la propriété est une nouvelle fois transformée : le château est détruit pour laisser place au stade. Dans les pavillons médicaux s'installe le lycée Michelet.

Dixit http://fr.topic-topos.com/ancien-hopital-fontenay-sous-bois
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Gérard

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MessageSujet: Re: Jean Jacques Rousseau à Fontenay-sous-Bois   Mer 05 Déc 2012, 19:27

Très intéressant

Citation :
Dans les pavillons médicaux s'installe le lycée Michelet.

Juste un petit complément qui rappellera peut être des souvenirs à d'anciens écoliers fontenaysiens
A ses débuts le collège industriel Michelet (et non le LEP) occupait les deux bâtiments cités par Libellule ainsi que les ateliers situés au bout du stade.
Les deux écoles primaires Michelet garçons-filles appartenaient à la ville. Une partie des bâtiments St Germain fut occupée à la fin des années 60 par des classes primaires, suite à l'effondrement de plafonds dans les classes, dites "du fond", de l'école Michelet garçons. Chaque midi, les rangs des enfants déjeunant à la cantine regagnaient l'école Michelet puis revenaient à St Germain.
Plus tard la Région prit possession de Michelet garçons et de l'ensemble des bâtiments St Germain pour installer le Lycée d'enseignement professionnel.

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Libellule

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MessageSujet: Re: Jean Jacques Rousseau à Fontenay-sous-Bois   Mar 15 Juil 2014, 09:40

Voici une aquarelle représentant ce château au moment où Joseph Anicet Barthélémy en prend possession.
Il ne compte alors que cinq fenestrons et non dix.



Une occasion pour découvrir le discours prononcé le 15 mars 1819, sur la tombe de Joseph Anicet Barthelemy au Père Lachaise.

Messieurs,

Parler de gloire en présence du néant, prodiguer des éloges emphatiques à d'insensibles cendres, sont des contre-sens de l'orgueil humain, que des Chrétiens ne doivent pas commettre, et que désavouerait l'homme modeste dont nous restituons les restes à la terre. Un bien autre soin doit nous animer, quand en ces moments solennels nous semblons escorter l'ami, qui nous quitte, jusqu'aux pieds du tribunal redoutable où sa vie doit être jugée dans le silence de toutes les vanités.

Quel allègement à notre douleur, Messieurs, en reportant nos souvenirs sur cette vie, heureusement si pleine de bonnes actions, de n'y trouver que de justes sujets d'espérance pour lui! Une austère probité, caractère" comme distinctif de sa famille; une piété sans faste; la plus constante application à tous ses devoirs; un dévouement qui ne connut ni dégoûts ni périls, lorsqu'il s'agit de servir la société, sa ville et son Roi; une ardeur, pure de toute haineuse affection, à résister aux mauvais principes; un esprit éminemment conciliateur qui, sans pactiser jamais avec le crime, voulait toujours tolérer la faiblesse; de la sévérité pour soi, de l'indulgence pour autrui:

Telles étaient les qualités que nous eûmes souvent occasion d'honorer dans M. Joseph-Anicet Barthélemy. Nous surtout, associés à ses travaux administratifs pendant près de vingt années, nous pouvons porter témoignage sur l'inaltérable constance, cachet des âmes fortes, qui ne l'abandonna jamais dans nos troubles ; sur cette longanimité avec laquelle il poursuivit toutes les améliorations, toutes les économies; sur la tendre sollicitude que, même enfoncé déjà dans la mort, et en s'élevant au-dessus de ses cuisantes souffrances, il ne cessa de porter à ces grands intérêts généreusement défendus par lui pendant si longtemps.

Noble et utile citoyen! Sujet fidèle et patriote! N'ayant jamais voulu d'autres récompenses de ses services que l'honneur de les avoir rendus; luttant seulement avec bien de la sagesse pour retenir l'obscurité qui le fuyait; et ne voulant accepter d'autres titres que ceux qui lui permettaient de se livrer sans éclat, dans ses différentes fonctions toutes gratuites, à des travaux suffisamment payés à son gré par l'estime de ses concitoyens et par les bénédictions des pauvres.

Qu'est-il besoin de dire que ce qu'il fut dans sa vie publique, il le fut dans sa vie privée ? Bon mari, bon père, bon ami, je n'ajouterai pas bon frère; car ici sa vertu pouvait devenir un juste orgueil. Sous chacune de ces qualités diverses il sut rendre aux autres tout ce qu'il recevait d'eux; d'autant plus digne de son bonheur domestique, qu'il y était plus propre par l'exemplaire simplicité de ses goûts, et par ses mœurs toutes pastorales.

Une carrière si moralement remplie devait être la même de tous points. Elle le fut: M. Barthélemy est mort ainsi qu'il a vécu, cherchant, trouvant dans la religion ces consolations ineffables, ces grands et inestimables salaires qu'elle seule est assez riche pour assurer à ceux qui, comme lui, furent fidèles toujours à sa douce voix, en accomplissant tous les devoirs d'amour qu'elle prescrit, et en ne faisant que du bien à leurs semblables.

Allez donc en paix, ombre vénérable et chère : précédez-nous de quelques jours dans ces demeures réservées aux hommes de bien. Vous ne vous séparerez pas de nous. Vos exemples nous restent. En les méditant nous goûterons l'heureuse illusion de vous retenir encore parmi nous; et par nos efforts pour vous imiter, nous nous préparerons le bonheur de vous retrouver un jour.


et de vous permettre de comparer les deux façades...

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Libellule

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MessageSujet: Re: Jean Jacques Rousseau à Fontenay-sous-Bois   Mar 15 Juil 2014, 10:47

Tout d’abord laissons à Diderot ce qui lui appartient. Ensuite restons dans le contexte de l'époque qui permet de compléter utilement votre comparaison avec les temps modernes.

Parlant de Réaumur, il déclare à sa correspondante qu’en un mot, il n’a voulu laisser tomber le voile que devant quelques yeux sans conséquence. L’homme étant aveugle… Se faisant il se plait à dire  que nombre de témoins éclairés peuvent moins bien voir qu’un aveugle.

Si vous lisez le texte d’origine, vous verrez qu’au-delà de l’aveuglement c’est bien l’effet miroir qui est en cause ; on ne voit bien que ce qu’on croit être vrai, mais l’aveugle lui ne fait que répéter ce que les autres voient. Qu’il ne le fasse pas, et voilà pas que les voyants se croient mieux voir que les aveugles. Ce qui bien entendu reste une vue de l'esprit.  Very Happy 

Un aveugle qui refuse de se projeter dans le monde tel qu'on le lui décrit, en ne prenant pas pour vrai ce qu'on lui dit l'être fait preuve de plus de discernement que ceux qui prétendent mieux voir à sa place.

Le riche voit la misère à sa façon, étant près à décrire des gueux. Le pauvre la vit bien entendu autrement.
Lequel des deux pose le meilleur regard sur la vraie vie? Là est  toute la question. Ni l'un ni l'autre, aurais-je tendance à dire, mais si le riche vient à comprendre la misère du pauvre, sans que cela entraîne de la déconsidération de sa part, alors là on est en face d'un éclairage comme il se doit.

Sachant que "Les patries sont toujours défendues par les gueux, livrées par les riches, car les riches n’ont que des biens temporels à perdre, alors que les gueux ont à perdre ce bien : l’amour de la patrie ." Charles Pépuy

Jean Jacques Rousseau en écrivant le contrat social dit à sa manière un peu cela.
De l'importance de rester libre et de ne pas se laisser enfermer dans quelque fer que ce soit.
http://www.etudes-litteraires.com/rousseau-contrat-social.php

On appellerait ce type de débat de nos jours, comme une analyse des fondements de l'objectivité.
Qui dit vrai, qui est aveugle, et pourquoi l'est-on si ce n'est parce que l'on préfère refuser de se regarder dans un miroir?

http://fr.wikisource.org/wiki/Lettre_sur_les_aveugles_%C3%A0_l%E2%80%99usage_de_ceux_qui_voient

« Ce n’est pas toujours devant soi qu’on rencontre des ennemis. Les plus à craindre se trouvent souvent derrière soi. Veuillez vous retourner» Parabole du miroir.

Quand on se regarde "en face" mieux vaut éviter  d'utiliser un miroir a plusieurs facettes, car trop facilement cela permet à beaucoup de gens en effet de se présenter aux autres, sous celle qui leur fait plaisir.

CQFD.
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