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 Sur la trace des Guérin Leroux à Fontenay-sous-Bois

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Libellule

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MessageSujet: Sur la trace des Guérin Leroux à Fontenay-sous-Bois   Jeu 20 Déc 2012, 21:08

A quoi tient parfois le nom de nos rues : Voyons cela en nous intéressant à la rue Guérin –Leroux…

Un peu de recherche faite par des érudits, un relevé méticuleux de certains extraits de leurs travaux, une mise de l’ensemble dans une perspective historique, par une tierce personne.

Voici comment on en vient à proposer une hypothèse de travail qui ne demande qu’à s’enrichir. Ou à être démentie, bien sûr.
mais l'histoire est suffisamment plaisante pour la raconter ici.

C’est parti :

Nous sommes en 1269. Fontenay-sous-bois est alors divisé en fiefs.

L’un d’eux est le fief de Montgermont, du nom de son premier propriétaire.

La famille Montgermont le vend à Pierre Leroux, alors chanoine de notre Dame de Paris, l’acte de vente est signé en deux temps (deux parcelles de même taille) le premier acte étant daté de mars 1269, et la vente de l’annexe dite de Chantemelle intervenant en 1271.

Jean de Thoulouse, qui a écrit le mémorial de l’abbaye de Saint Victor cite également un document du 23 mars 1276, synthétisant les transactions d’acquisition, en même temps que les vœux testamentaires de Pierre Leroux, alors qu’il est à l’article de la mort.

Il y accepte de donner la moitié de son bien à l’abbaye de Saint Victor sous condition que son nom soit donné au lieu à perpétuité et souhaite en parallèle que la seconde moitié de son bien fasse l’objet d’une exploitation de vignes dont les revenus reviendraient à ses descendants.

Le temps s’écoule jusqu’en 1450 : Cette année-là, une branche de la famille Leroux a une fille comme seule descendante (Jeanne) qui épouse le seigneur de Villemonble de l’époque, le sieur Guérin, grand propriétaire, et en particulier de la maison portant son nom à Bondy.

Le fief de Mongermont en 1450 se retrouve dès lors éclaté en deux, une partie détenue par l’abbaye de saint Victor au lieudit « Leroux » de par la volonté de perpétuité de son propriétaire depuis sa mort en 1276, et une autre détenue par le Seigneur de Villemonble qui, bien qu'épousant une Leroux, peut octroyer son nom "Guérin" à son acquisition, n’étant pas tenu par les obligations de perpétuité de l’abbaye.

Le temps passe encore jusqu’en 1742 ; et les éléments fournis vont même permettre de localiser le tout (et donc de quel côté se situent chaque parcelle de l’axe Guérin-Leroux.

Premier évènement relaté : le 13 mai 1742, à 4 heures du matin, quatre messieurs du terroir de Saint Victor témoigne qu’un délinquant doit être signalé, et qu’il vient de recevoir un coup de couteau sur le tendon du nez. Une enquête devant être menée pour faire cesser les agissements de cet individu, qui s’appelle Pierre Leroux et est présenté comme un voisin sans gêne.

L’enquête est menée et ses conclusions sont déposées auprès du procureur le 11 septembre 1742 en ces termes :

Malgré les ordres de police, des justiciables de la seigneurie de Villemonble voisine et même d’autres n’ont cessé de s’attrouper jour et nuit, armés de bâtons, poêles et autres instruments sonnants, même armés de pistolets, et d’autres déguisés par des vêtements, et courent le long des rues de Fontenay pour gagner la demeure d’à côté de l’Eglise en chantant les chansons les plus indignes et les plus affreuses en faisant ce qu’on appelle charivari, à coups de marteaux sur lesdits poêles et poêlons

duquel il en est revenu plusieurs plaintes du propriétaire d'à côté (en l’occurrence l’abbaye saint Victor) ;

Si l’on essaye de mettre tout cela dans une perspective géographique en cherchant à identifier le lieu « entre l’église et la demeure d’en face », et que l’on considère que ce terrain est borné (en bas) par « impasse de l’église» à gauche par l’actuelle « église Saint Germain » et en haut à droite par le « croisement de l’avenue Rabelais et de l’Allée Albert Camus », nous avons devant nous « le lieu dit bois Guérin Leroux » ; il est « coupé en deux » par la rue du même nom, on peut se laisser tenter à croire que « le lieu des festivités de 1747 » entre « l’église et la demeure d’en face » nous amène en plein parc de la mairie.

On serait dès lors dans la propriété « Leroux » (celle rattachée à l’Abbaye de saint Victor), la propriété « Guérin » commençant de l’autre côté de la rue, (ce serait donc celle se rattachant elle à la seigneurie Villemonble).

Que s'est-il passé après 1747 ?

Un petit rappel totu d’abord sur le contexte historique :

Situé à l'extérieur de l'enceinte de Paris, et de ce fait doté d'un statut particulier (notamment l'exemption des droits d'entrée sur les marchandises), Fontenay-sous-Bois fait alors partie des "grands faubourgs" (on dirait aujourd’hui de la grande banlieue…., puisqu’on ne peut pas encore dire le grand Paris)

Ces faubourgs extérieurs ont longtemps conservé un caractère rural.

Ils sont traversés par plusieurs voies importantes qui relient les abbayes périphériques entre elles comme par exemple de l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés à l'abbaye de Saint-Denis ; le chemin de Ménilmontant qui rejoint Montreuil, avant de conduire vers les villages dont celui de Fontenay-sous -Bois et qui est aussi celui qui conduit au château royal de Vincennes.
L'espace est à l'époque occupé par des jardins, des vergers, des vignes, des prairies, et quelques bois.

Quelques hameaux se développent à l'écart de chaque abbaye. Des terres que des hommes plus ou moins riches se mettent en quête d’acquérir à partir de 1750.

Certains de ces notables en profitent pour se faire construire des résidences champêtres, des «folies», comme la Folie-Regnault, la Folie-Titon, la Folie-Méricourt. On les appelle ainsi, car, déjà la terre en bordure de Paris est très chère à l'acquisition. Elles reçoivent le nom de leur propriétaire.

Or, il est établi que sous l’ancien régime, la seigneurie de Fontenay appartenait pour la plus grande part à l’abbaye Saint-Victor qui possédait presque tous les fiefs de la ville.

Et que c'est en 1767 que Jacques Maquer devient seigneur en achetant les terres de l’abbaye, après avoir acquis successivement d'autres seigneuries adjacentes. Et comme il est aussi établi qu’il habitait le château qui se situait dans l’actuel parc de la Mairie, il n’y a plus qu’à rapprocher tout cela de l’histoire précédente pour comprendre ce qui s‘est passé. Le bien des Leroux lui a été cédé par l’Abbaye de Saint Victor.

En 1775 démarre le démembrement des fiefs de saint Victor et la mise en vente des seigneuries ; les justices propres à chaque propriétaire doivent être appliquées.

Jacques Maquer y est confronté ; il se retrouve acheter à L’abbaye saint Victor la parcelle Leroux, et au seigneur de Villemonble la parcelle Guérin.

Comment le sait-on ?

Ne voulant pas être assujetti à deux règlements différents, il plaide pour la réunion des justices, ce qui lui fut accordé par le roi par patentes du mois d’avril 1775, enregistrées le 2 juillet 1776.

Le lieu dit Guérin-Leroux s’est alors retrouvé réunifié comme il le fût du temps du fief du XIIIe siècle.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là : Arrive la crise économique de 1788-1789. L'émeute Réveillon, qui éclate rue de Montreuil en avril 1789 à la suite de rumeurs attribuant au manufacturier Réveillon des propos sur le niveau trop élevé des salaires, est le prélude à la Révolution.

Le 14 juillet 1789, le peuple des faubourgs sont au premier rang des assaillants de la Bastille. La fortune des notables s'effondre et certaines folies sont alors vendues en îlots.

Les îlots Guérin et Leroux font partie des transactions.

Il faudra néanmoins attendre 1847, en même temps qu'est effectué le renouvellement général du numérotage des immeubles avec la fixation du nom des rues de Paris et de ses environs dans le cadre du grand projet Hausmanien pour que le nom choisi pour la rue qui sépare les deux prpriétés deviennent celle qu’on lui connait aujourd’hui.

L’option choisie pour son attribution ayant été de retenir « une dénomination des voies dite historique » en hommage aux anciens propriétaires, à distinguer des « grandes voies » qui elles ont fait l’objet d’une reconnaissance publique des « grands hommes » : Fontenay-sous-Bois en comptant beaucoup de cette seconde catégorie (Victor Hugo, Jean Jacques Rousseau, par exemple).

Mais peut-être retrouvera-t-on quelques chose dans les archives de la commune si, comme ce fut le cas pour Paris, le droit du choix des noms a été dévolu au Conseil municipal.

De même la piste des actes notariés post 1775, pourrait-elle nou sindiquer avec plus de précisions ce qu'il s'est passé depuis.
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Gérard

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MessageSujet: Re: Sur la trace des Guérin Leroux à Fontenay-sous-Bois   Jeu 20 Déc 2012, 21:21

Très intéressant, serait-il possible d'avoir une idée des sources de cette documentation.
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Libellule

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Date d'inscription : 24/01/2012

MessageSujet: Re: Sur la trace des Guérin Leroux à Fontenay-sous-Bois   Jeu 20 Déc 2012, 22:12

Du Georges Naudet annoté comme grille de première lecture. (beaucoup de choses éparpillées, comme pour un puzzle avant sa construction).

Puis une approche geek du sujet pour construire et relier les histoires distinctes entre elles.
En fait le même procédé que celui utilisé pour rédiger le texte sur Jean Jacques Rousseau.
Ou que j'utilise pour fournir des fichiers ou des liens accessibles par internet pour les débats sur ce forum.
Rien d'extraordinaire en fait. De la curiosité, et de la curiosité, qui s'ajoute au fur et à mesure des découvertes.

Si d'aucun est tenté de faire l'expérience : Des recherches complémentaires avec le module books de Google pour l'essentiel.
Avec les mots de mon choix comme "seigneur de Villemonble", "Abbaye Saint Victor", "Jacques Maquer", en maintenant pour chaque recherche le bloc "Fontenay-sous-bois" en complément. (souvent des actes notariés sortent).

La Libellule pouvant par ailleurs se transformer aussi en rat de bibliothèque (Verney, BNF par exemple).

Des visites de sites historiques autres (Bondy, Villemonble, Paris, Montreuil).

De la patience. Une certaine passion.

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